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LANOUVELLE REVUEFrançaise
DanielOrme
Unnomdematelot,telqu'ilfiguresurlalistedes hommesdel'équipage,n'estpastoujourssonvrainom etn'indiquepasdanstouslescassapatrie.Ceciposé enprémisses,disonsquelenomplacéentêtedecet écritfutlongtempsporté parunvieilhommedela marinedeguerredupasséduquelonpeutassurerque personnenesavaitrienendehorsdelui-même;età cettesource-làilétaitvaindes'adresser.Laconstance aveclaquelleilremplissaitconsciencieusementses devoirsluivalaittoutnaturellementlerespectdeses officiers.Etquantàsescamarades,siaucund'eux n'avaitderaisond'aimerquelqu'und'aussidifférent d'eux-mêmes,aucunn'osait prendrelesmoindres libertésaveclui.Qu'onfîtminedes'yrisquer,etson regard,vousrappelantàl'ordre,vousendissuadait aussitôt. Avançantenfinenâge,ilpritsaretraitedechefde huneetsevitassignerungradeetunposteinférieurs,
LaNouvelleRevueFrançaise
àsavoiraupieddugrandmât,sonrôleconsistait simplementàparer,largueretamarrer.Mêmecela cependant,conjointauxquartsdenuit,netardapasà passerlesforcesd'unmarinseptuagénaire.Bref,il amarrasadernièredrisseetseglissaend'obscursquar-tiersàterre. Quelqu'eûtpuêtresontempéramentoriginel,jamais, dumoinsdanssesdernièrescroisières,iln'avaitétépar-ticulièrementremarquépoursasociabilité.Nonqu'il fûtgrincheuxcommeunvétérandesmersatteintd'un lumbago,nifurtivementtaciturnecommeunIndien, maisilavaitseshumeursetmarmottaitsouventàpart soi.Decessoliloquesétouffés,ilémergeaitparfois brusquement,avecuneexpressionetungestesiéloignés detoutenjouementquel'imaginationcalvinisted'un certainaumônierdefrégatel'interprétacommel'auto-condamnationpleinederemordsdequelquesombre actioncommisedanssonpassé. Sestraitsétaientgrands,vigoureux,commecoulésen fonte;maisl'explosiond'unecartouchel'avaitcriblé partoutsouslesyeuxd'undensepointillagebleu-noir. Lorsque,selonl'usage,entantqu'hommedugrand mât,ilgardaitsonchapeauàlamainpendantunentre-tienmoinslaconiqueavecl'officierdepont,sonfront tannéapparaissaitcommelalunefauved'octobre révéléeencroissantau-dessusd'unsinistrenuage. Conjointementàseshumeurscapricieuses,était-cecet aspectphysiqueinsolite,fruitd'unpurhasard,était-cecelaetcela seulquiavaitfaitcourirlebruitparmi certainsdeshommesdugaillardd'arrièrequ'ilavait étéenautrestempsun boucanierdesCayesetduGolfe, l'undesmaraudeursdeLafitte'?Ilestcertainqu'il avaitserviunefoissuruncorsaire.
i.NicolasLafitte,célèbrecorsairefrançaisquiavaitépousélacause américaineaudétrimentdesvaisseauxanglaisetquiécumaitnotamment leGolfeduMexiqueetlamerdesAntillesparmicesîlotsrocheuxqu'on nommedescayes(N.d.T.).
DanielOrme
Destature,quoiqu'ileûtlesépaulesunpeuvoûtées, ils'apparentaitauchampiondeGath1.Ilavaitdes mainslourdesetnoueuses;lesonglesdespoucescomme delacorneplissée.Unetêtepuissanteethirsute.Une barbegris-ferlargecommelaflammed'uncommodore et,auxabordsdelabouche,striéedemanièreindélébile parlejusdetabacqu'ilavaitmorosementsalivéaucours detoutessescroisières.Pendantlajournée,alorsqu'il étaitlibredequart,solitairementetsilencieusement couchédansunebaiedupontdebatterieentredenoirs canons,ilauraitpuévoquerlegrandgrizzlidessierras delaCalifornieattendant,farouche,soussafourrure pelée,sadernièreheuredanssadernièretanière. Ensonterrestreancragetoutprèsdesflotsetpastrès loindesdocks,avecsesnuitsentièresàcouvertetun modedevieplusaiséàtouségards,avecunchoixde fréquentationsaussiquandilendésirait,cequin'était pastoujourslecas,ilperditheureusementlaplusgrande partdesahargnedevieuxdoguedugrandmâtexposé àtouteslesintempériesetvouéauchevalsalépourson ordinaire. Unétrangerquil'eûtaccostéenlesaluantavecbonté, tandisqu'ilsechauffaitausoleilsurquelquevieilespar delagrève,n'auraitpasreçudeluiuneréponsebour-rueet,s'ilsavaientéchangédavantagequede simples salutations,seraitprobablementpartienemportant l'impressionqu'ilavaitdeviséavecunoriginalintéres-sant,unphilosopheimprégnédesel,quinemanquait pasd'unesortedesardoniquebonsens. Aprèsqu'ileutétéàterrependantuntemps,on remarquauntraitsingulierdansseshabitudes.Parfois, maisseulementlorsqu'ilpouvaitsecroiretoutàfait seul,ilroulaitdecôtéledevantdesonjerseyrepriséet contemplaitfixementquelquechosesursoncorps;si parhasardonlesurprenaitcefaisant,ilescamotaittout
i.C'est-à-direàGoliath(N.d.T.).
LaNouvelleRevueFrançaise
d'ungesterapideetgrommelaitsonressentiment.Cette particularitééveillantlacuriositédecertainsobser-vateursdésœuvrésquilogeaientsouslemêmehumble toitquelui,etaucund'euxn'ayantlahardiessedelui demanderlepourquoidesoncomportementnicequ'il yavaitsursoncorps,onfitappelàunedroguepour découvrirsonsecret.Ellefutsubrepticementglisséeen quantitéjudicieusedansl'énormeboldethéqu'il prenaitàsouper.Lelendemainmatin,certainmarchand devieuxhabitschuchotaàsescompèreslerésultatde satristeintrusionnocturne. Lesattirantdansuncoinetregardantfurtivement autourdelui,«Écoutez»,dit-il,etilleurcontaune histoirefantastiqueenl'accompagnantdeconjecturesà donnerlefrisson,suffisammentvaguesmaisfaitespour séduiredesespritssuperstitieuxetignorants.Cequ'il avaitdécouvertenréalitéétaitceciuncrucifixindigo etvermillontatouésurlapoitrineetducôtéducoeur. Traversantdebiaisleditcrucifixenenrendantlepig-mentpluspâle,couraitunelongueetmincecicatrice blanchâtre,tellequ'auraitpuenproduireuncoupde sabreimparfaitementparéouesquivé.Or,ontrouve souventlaCroixdelaPassiontatouéesurunmarin, généralementaupoignet,maisquelquefois,bienque rarement,surletronc.Quantàlacicatrice,levieux chefdehune,enservantlégalementdanslamarine, avaitsucequec'étaitquederepousserdesassaillants, nonsansrecevoird'euxpeut-êtreunemarqueen souvenirducombat.Lescompèresdulogement,toute-fois,virentladécouvertesousunnouveaujouret finirentparrapporteràlapropriétairequec'étaitune sorted'hommemaudit,unindividumarquéparle Malin,etqu'ilseraitbondesedébarrasserdelui,de craintequelecharmeduferàchevalclouéau-dessusde laportedelamaisonnefûtfatalementcontrecarréet réduitàrien.Labravefemmecependantétaitune dame senséequinecroyaitpasauferàchevalbienqu'ellele
DanielOrme
tolérâtet,commelevieillardpayaitrégulièrementson chaquesemaineetnefaisaitjamaisdebruitnine donnaitaucuntracas,ellefitlasourdeoreilleàtoutes sollicitationsàsonencontre. Étantdonnéquetoutcelafuttoujoursprudemment celéensaprésence,levieuxmarinnesoupçonnapas alorscesmenéessouterraines.Enmeriln'étaitjamais venuàsesoreillesquecertainsdesescamaradesle tenaientpourunboucanier,carilyavaituntranquille affaissementléoninàlacommissuredeseslèvresqui disaitbaslespattes.Demêmeignorait-ilàprésentque lamêmerumeurl'avaitsuiviàterre.S'ilavaiteudes habitudessociables,ileneûtsentisocialementl'effetet cherchévainementautourdeluilacause;quelqueracon-tardéfavorable,fondéounon,comparableentoutcas àcequelesmarinsappellentunetempêtesèche,pendant laquelleiln'yanipluienitonnerreniéclairs,bienque lesventsintangiblesetinvisiblesn'enprovoquentpas moinsunnaufrage,etpuisdemandentQuiafaitcela? AinsidoncOrmepoursuivitsoncheminsolitairesans grandchosedudehorspourletroubler.Maislesfrac-tionsduTempscontinuentàdescendresurl'heurela plustranquille,etquandbienmêmecelle-ciseraitada-mantine,ellesl'useraient.Danssaretraite,notregéant àboutdecoursecommenceàs'amollirentombant dansunesortededéclinanimal.Chezlesnaturesdures etrudes,notammentcellesquiontpasséleurvieparmi leséléments,commelesfermiersetlesmarins,cedéclin animalaffectesurtoutlamémoireenjetantunebrume surelle;maisiln'estpasrarequ'elleadoucisseaussile cœur,toutenassoupissantpeut-êtreplusoumoinsla conscience,qu'ellesoitinnocenteounon. Maisvenons-enautermed'uneesquissenécessaire-mentimparfaite. ParunbeaujourdePâquesquisuivitunepériodede tempsrhumatismal,ondécouvritOrmeseuletmort surunehauteurquidominaitl'échappéeverslelargedu
LaNouvelleRevueFrançaise grandportaurivageduquel,danssonadieuàlamer, ils'étaitamarré.C'étaituneterrasserégulièreetaplanie destinéeàêtreutiliséeencasdeguerre,bienque négligéeentempsdepaixetoffrantdecefaitunasile. Elleétaitsurmontéed'unebatteriedésuètedecanons rouillés.C'estcontrel'undeceux-ciqu'ontrouvanotre hommeadossé,lesjambesallongéesdevant lui;sapipe deterrecasséeendeux,lefourneauvideetdontrien n'étaittombéattestantqu'elleavaitétéfuméejusqu'à épuisementdesoncontenu.Ilfaisaitfaceaudébouché surl'océan.Lesyeuxétaientouverts,contenanttoujours danslamortleregardduvivantfixésurleseaux brumeusesetsurlesvoilesconfusémentvisiblesqui s'éloignaientous'approchaientouquiétaientancrées plus prèsdurivage. Quellesavaientétésesdernièrespensées?S'ilyavait quoiquecefûtderéeldanslesrumeursquileconcer-naient,leremords,lapénitenceavaient-ilsquelquepart àcespensées?Oubienenétaient-ilstousdeuxentière-mentabsents?Aprèstout,sessautesd'humeursetses marmottements,sesétrangeslubiesetfaçonsdetressail-lir,seshaussementsd'épauleetsesgrimacesexcen-triquesn'étaient-ilsquedesexcroissancesbaroques commelesloupes,lesnœudsetlesdistorsionsd'écorce d'unvieuxpommiervenuparhasarddansune haute terreinclémente,etnonseulementbattuparforce intempéries,maisencoreentravédanssondéveloppe-mentnaturelparlefaitqu'ilavaitpoussédèsleprin-cipeparmidesrochesresserrées?Enbref,cettefatalité quinelecontraignaitplusl'avait-ilfaitcequ'ilétaitvenu àêtre?Mêmeenadmettantqu'ilyeûtquelquechosede sombrequ'ilpréféraitgarderpourlui,qu'endéduire? Pareilleréticencesepratiqueparfoisparégardspour autruiplutôtquepoursoi-même.Non,présumonsque cedéclinanimalauquelnousavonsfaitallusionl'ac-compagnaamicalementjusqu'auboutetqu'ils'endor-mitenserappelantàtraverslabrumedelamémoire
DanielOrme maintesscèneslointainesdelabeautéduvastemonde suggéréesrêveusementparleseauxbrumeusesqui s'étendaientdevantlui. Ilgîtparmid'autresmarinspourlesquelsdesétran-gersaccomplirentégalementlesderniersritesdansun enclossolitaireenvahid'églantinesauvagedélaisséedes hommes.
HERMAN
Traduitdel'anglaisparPIERRELEYRIS.
MELVILLE
LaNouvelleRevueFrançaise t-oncomposerlamusique?Enrésumé,torturerlebois brutpourenfairedesustensiles,voilàlecrimedu menuisier.RuinerleTaoetlavertupourleur substituer labontéetlajustice,voilàlecrimedusaint.
Danslaplaineleschevauxbroutentl'herbeetboivent del'eau.Quandilssontcontents,ilssefrottentle coul'uncontrel'autre;quandilssontfâchés,ilsse retournentetselancentdesruades.Ilsnesaventfaire quecela. Lorsqu'onleseutsubjuguésparunepiècede boiset freinésparunfrontalenformedelune,leschevaux conçurentquelquechosededissimuléetdelouche.Ce futalorsqu'ilscourbèrentleurjoug,brisèrentleur bride,prirentlemorsauxdentsetsedégagèrentdeleurs rêves.Ainsileschevauxdevinrentrusésetméchants telfutlecrimeducélèbreécuyerPo-lo. AutempsdusouverainHo-siu,leshommessetenaient dansleurmaisonsanssavoircequ'ilsfaisaient.Au-dehors,ilsallaientsanssavoirilsallaient.Lorsqu'ils prenaientleurnourriture,ilsétaientcontents,puisse tapantsurleventre,ilsallaientsepromener.C'esttoutcequelepeuplesavaitfaire. Lorsquelessaintssurvinrent,ilsplièrentetbrisèrent leshommesparleriteetparlamusique,afinderendre correctesleursattitudes,puisilsprônèrentlabontéetla justiceafind'apaisertouslescœurssousleciel.Cefut alorsquelepeuplesetenditverslapassiondesavoiret luttapourl'intérêtmatérielsansqu'onpuissemettreun termeàcesmauxtelfutlecrimedessaints.
TCHOUANG-TSEU
TraduitduchinoisparÉTIEMBLE. ImprimerieFlochMayenne(17943) ? d'édition26698.Dépôtlégal2'trimestre198oImpriméenFrance GérantGEORGESLAMBRICHS