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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
L'Écrituredudésastre
DanslacavernedePlaton,nulmotpoursignifier lamort,nulrêveounulleimagepourenfairepressen-tirl'infigurabilité.Lamortyestenexcès,enoubli,sur-venantdudehorsdanslaboucheduphilosophecomme cequileréduitpréalablementausilenceoupourle perdredansladérisiond'unsemblantd'immortalité, perpétuationd'ombre.Lamortn'estnomméeque commenécessitédetuerceuxqui,s'étantlibérés,ayant euaccèsàlalumière,reviennentetrévèlent,dérangeant l'ordre,troublantlatranquillitédel'abri,ainsi désa-britant.Lamort,c'estl'actedetuer.Etlephilosophe estceluiquisubitlaviolencesuprême,maisl'appelle aussi,parcequelavéritéqu'ilporteetditparleretour estuneformedeviolence.
LamortironiquecelledeSocratepeut-êtres'em-portantelle-mêmedanslamortetainsilarendantaussi discrètequ'irréelle.Etsilapossibilitédel'écritureest liéeàlapossibilitédel'ironie,nouscomprenonspour-quoil'uneetl'autresonttoujoursdécevantes,nepou-
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vantêtrerevendiquées,excluanttoutemaîtrise(cf.Syl-vianneAgacinski).
Durêve,nousnesaurionsnoussouvenir;s'ilvient ànousmaisdequellevenue?àtraversquellenuit? cen'estqueparoubli,unoubliquin'estpasseule-mentdecensureouderefoulement.Rêvantsans mémoire,d'unemanièretellequetoutrêvetemporaire seraitunfragmentderéponseàunmouririmmémo-rial,rayéparlarépétitiondudésir. Iln'yapascessation,iln'ya pasinterruptionentre rêveetréveil.Encesens,ilestpossiblededirejamais, rêveur,tunepeuxt'éveiller(ni,aureste,telaisserainsi appeler,interpeller).
Lerêveestsansfin,laveillesanscommencement,nil'un nil'autreneserejoignent. Seulelaparoledialectiquelesmet enrapportenvued'unevérité.
Pensantautrementqu'ilnepense,detellesorteque l'Autrevienneàlapensée,commeapprocheetréponse.
L'écrivain,sabiographie
ilmourut,vécutetmourut.
Silelivrepouvaitpourunepremièrefoisvraiment débuter,ilauraitpourunedernièrefoisdepuislong-tempsprisfin.
Cequinousfaitcraindreetdésirerlenouveau,c'est quelenouveaucombat contrelavérité(établie),combat desplusancienstoujourspeutsedéciderquelque chosedeplusjuste.
Avantqu'ilnesoitlà,personnenel'attendquandilestlà, personnenelereconnaîtc'estqu'iln'estpaslà,ledésastre quiadéjàdétournélemotêtre,s'accomplissanttantqu'iln'a pascommencéroseépanouieenbouton.
L'Écrituredudésastre
Quandtouts'estobscurci,règnel'éclairementsanslumière qu'annoncentcertainesparoles.
Louantlaviesanslaquelleilneseraitpasdonnéde vivreselonlemouvementdemourir.
Letraitdudésastreletriomphe,lagloirenelui sontpasopposés,ilsneluiappartiennentpasnonplus, malgrélelieucommunquiprévoitdanslesommet déjàledéclin;iln'apasdecontraireetiln'estpasle Simple.(Dequerienneluisoitplusétrangerquela dialectique,serait-elleréduiteàsonmomentdestruc-teur.)
Ilnousinterrogecequenousfaisons,commentnous vivons,quelssontnosamis.Ilestdiscret,commesisesques-tionsnequestionnaientpas.Etquandànotretournouslui demandonscequ'ilfait,ilsourit,selèveetc'estcommes'il n'avaitjamaisétéprésent.Leschosessuiventleurcours.Ilne nousdérangepas.
L'inexpériencedemourir,celaveutdireaussila maladresseàmourir,mourantcommequelqu'unqui n'apasapprisouquiamanquésesclasses.
Leneuf,lenouveau,parcequ'ilnepeutpasprendre placedansl'histoire,estaussibiencequ'ilyadeplus ancien,quelquechosedenonhistoriqueauquelnous sommesappelésàrépondrecommesic'étaitl'impos-sible,l'invisible,cequiadepuistoujoursdisparusous lesdécombres.
Commentsaurions-nousquenoussommesdespré-curseurs,silemessagequidevraitfairedenousdes messagersnousdevanced'uneéternité,nousvouantà êtred'éternelsretardataires? Noussommesdesprécurseurs,couranthorsdenous,
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au-devantdenous;quandnousarrivons,notretemps estdéjàpassé,lecours,interrompu. Silacitation,danssaforcemorcellaire,détruitpar avanceletexteauquelellen'estpasseulementarrachée, maisqu'elleexaltejusqu'àn'êtrequ'arrachement,le fragmentsanstextenicontexteestradicalementinci-table.
Pourquoitouslesmalheurs,finis,infinis,personnels, impersonnels,demaintenant,detoujours,avaient-ilspour sous-entendu,lerappelantsanscesse,lemalheurhistorique-mentdaté,pourtantsansdate,d'unpaysdéjàsiréduitqu'il semblaitpresqueeffacédelacarteetdontl'histoirecependant débordaitl'histoiredumonde?Pourquoi?
Ilécritécrit-il?nonparcequeleslivresdesautresle laisseraientinsatisfait(aucontraire,ilsluiplaisenttous), maisparcequecesontdeslivresetqu'àécrireonnetrouvepas soncontent.
Écrirepourquelenégatifetleneutre,dansleurdif-férencetoujoursrecouverte,danslaplusdangereusedes proximités,serappellentl'unàl'autreleurspécificité, l'untravaillant,l'autredésoeuvrant.
Aujourd'huiestpauvre;cettepauvretéquiluiserait essentielle,siellen'étaitàcepointextrêmequ'elleest aussidénuéed'essence,luipermetdenepasenvenirà uneprésence,nides'attarderdanslenouveauoudans l'anciend'unmaintenant.
Écrispournepasseulementdétruire,pournepas seulementconserver,pournepastransmettre,écris sousl'attraitdel'impossibleréel,cettepartdedésastre sombre,sauveetintacte,touteréalité.
Confiancedanslelangage gagedéfiancedulangage
ellesesituedanslelan-c'estencorelelangage
L'Écrituredudésastre
quisedéfieraitdelui-même,trouvantdanssonespace lesprincipesinébranlablesd'unecritique.D'oùle recoursàl'étymologie(ousarécusation);d'oùl'appel auxdivertissementsanagrammatiques,auxrenverse-mentsacrobatiquesdestinésàmultiplierlesmotsà l'infinisousprétextedelescorrompre,maisenvain toutcelajustifiéàconditiond'enuser(recoursetrécusa-tion)àlafois,danslemêmetemps,sansycroireet sansarrêt.L'inconnudulangageresteinconnu. Laconfiance-défiancedanslelangageestdéjàféti-chisme,choisissanttelmotpourenjouerdanslajouis-sanceetlemalaisedelaperversion quisupposetou-jours,dissimulé,unbonusage.Écrire,détourqui écarteraitledroitàunlangage,fût-ilperverti,ana-grammédétourdel'écriture,quitoujoursdé-crit, amitiépourl'inconnumalvenu,«réel»échappantà toutemonstration,àtoutepossibleparole. Écrivainmalgréluiilnes'agitpasd'écriremalgré oucontresoidansunrapportdecontradiction,voire d'incompatibilitéàsoiouàlavieouàl'écriture(cela, c'estlabiographiedel'anecdote),maisdansuneautre relationdelaquellel'autres'éconduitetnousatou-jourséconduitsjusquedanslemouvementd'attrait d'oùlesnomsvainsderéel,degloireoudedésastre parlesquelscequiseséparedulangages'yconsacreou tombe,peut-êtreparpertedepatience. Carilsepourrait quetoutnometprécisémentledernier,l'impronon-çablefûtencoreuneffetd'impatience.
Lalumièreéclateéclat,cequi,danslaclarté,se clameetn'éclairepas(ladispersionquirésonneou vibrejusqu'àl'éblouissement).Éclat,leretentissement brisantd'unlangagesansentente. Mourirsansbutpar(cemouvementd'immobi-lité),lapenséetomberaithorsdetoutetéléologieet peut-êtrehorsdesonsite.Pensersansbutcommeon meurt,c'estcequ'ilsemblequ'impose,entermesnon
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degratuité,maisderesponsabilité,lapatiencedanssa persévéranceinnocented'oùlepiétinementdel'in-connusanslangage,ànotreporte,surleseuil. Pensercommeonmeurtsansbut,sanspouvoir,sans unitéetprécisémentsans«comme»d'oùl'anéan-tissementdelaformulationdèsqu'elleestpensée,c'est-à-direpenséedechaquecôté,endéséquilibre,enexcès desensetenexcèssurlesenssortie,dehors. Pensercommemourirexclutle«comme»delapen-sée,ensorteque,mêmesinouslesupprimonsparsim-plificationparataxique,écrivantpensermourir,il formeénigmejusquedanssonabsence,espacepresque infranchissable;l'irrelationdepenseretdemourirest aussilaformedeleursrapports,nonpasquepenserpro-cèdeversmourir,procédantverssonautre,maispas davantageverssonmême.C'estdeque«comme» prendsonélanniautrenimême. Ilyaunesortededéclind'ascendanceentrepenseret mourirplusnouspensonsdansl'absencedepensée (déterminée),plusnous nousélevons,demarcheen marche,versleprécipice,lachuteàpic,l'échéancepar latête.Pensern'estqu'ascensionoudéclin, maisn'a pasdepenséedéterminéepours'arrêteretseretourner verssoidesonvertigequiestcependantégalité, commemouriresttoujourségal,toujoursétal(létal).
Sil'espritestcequ'ilyadetoujoursactif,lapatience estdéjàlenon-esprit,lecorpsdanssapassivité souf-frante,cadavérique,étaléeoudesurface,lecrisousla parole,lenon-spiritueldel'écritencesenslaviemême, commeombredelavie,ledonoudépensevivantejus-qu'àmourir. Déjà»outoujoursdéjàestlamarquedu «« désastre,lehorsdel'histoirehistoriquecequenous quin'estpasnous?subironsavantdel'avoirsubi,la transecommelepassifdupasau-delà.Ledésastreest
L'Écrituredudésastre
l'impropriétédesonnometladisparitiondunom propre(Derrida),ninomniverbe,maisunrestequi rayeraitd'invisibilitéetd'illisibilitétoutcequisemontre ettoutcequiseditunrestesansrésultatnireliquat lapatienceencore,lepassif,quands'arrêtel'Aufhebung devenuel'inopérable.Hegel«Innocenceseulementest lenon-faire(l'absenced'opération).»
Ledésastreestcetempsl'onnepeutplusmettre enjeu,pardésir,ruseouviolence,laviequ'oncherche, parcejeu,àmaintenirencore,tempslenégatifse taitetauxhommesasuccédél'infinicalme(l'efferves-cence)quines'incarnepasetneserendpasintelligible.
Ilsnepensentpasàlamort,n'ayantderelationqu'avecelle.
Unelecturedecequifutécritceluiquimaîtriselamort (laviefinie),déchaînel'infinidumourir.
Lapassivitédulangagesil'onsesert,enlefaussant unpeu,dulangagehégélien,onpeutaffirmerquele conceptestlamort,lafindelavienaturelleetspirituelle, etquelemourirestl'obscurdelavie,cetau-delàdela vie,sansagir,sansfaire,sansêtre,laviesansmortquiest alorslepérissablemême,l'éternellementpérissablequi noustransit,tandisque,interminablement,nousfinis-sonsdeparler,parlantcommeaprèsleterme,écoutant sansparlerl'échodecequiatoujoursdéjàpassé,passant cependantlepassage.
L'autreesttoujoursautrui,etautruiesttoujoursson autre,libérédetoutepropriété,detoutsenspropre, ainsiau-delàdetoutemarquedevéritéetdetoutsigne delumière.
Mourir,c'est,absolumentparlant,l'imminence incessante,parlaquellecependantlaviedureendési-rant.Imminencedecequis'esttoujoursdéjàpassé.
LaNouvelleRevueFrançaise Lasouffrancesouffred'êtreinnocenteainsielle chercheàdevenircoupablepours'alléger.Maislapas-sivitéenellesedérobeàtoutefautepassifhorsfail-lite,souffrancesauvedelapenséedusalut. IIn'yadésastreque parcequeledésastreincessam-mentsemanque.Findelanature,findelaculture. Écrire,«former»dansl'informelunsensabsent. Sensabsent(nonpasabsencedesens,nisensquiman-queraitoupotentiel oulatent).Écrire,c'estpeut-être ameneràlasurfacequelquechosecommedusens absent,accueillirlapousséepassivequin'estpasencore lapensée,étantdéjàledésastredelapensée.Sapatience. Entreluietl'autre,ilyauraitlecontact,ladéliaisonde sensabsentl'amitié.Unsensabsentmaintiendrait «l'affirmation»delapousséeau-delàdelaperte;la pousséedemouriremportantavecellelaperte,laperte perdue.Sensquinepassepasparl'être,au-dessousdu senssoupirdusens,sensexpiré.D'oùladifficultéd'un commentaired'écriture;carlecommentairesignifieet produitdelasignification,nepouvantsupporterunsens absent. Désirdel'écriture,écrituredudésir.Désirdusavoir, savoirdudésir.Necroyonspasquenousayonsdit quelquechoseparcesrenversements.Désir,écriturene restentpasenplace,passentl'unpar-dessusl'autre cenesontpasdesjeuxdemot,carledésiresttoujours désirdemourir,nonpasun souhait.Cependanten rapportavecWunsch,aussibiennon-désir,puissance impuissantequitraverseécrire,commeécrireestle déchirementdésiré,souffranttoutjusqu'àl'impatience. Désirquimeurt,désirdemourir,nousvivonscela ensemble,sanscoïncidence,dansl'obscuritédudélai. Veillersurlesensabsent.
Ilseconfirme
dansetparl'incertitude
quetout
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