La Nouvelle Revue Française N° 330

De
Maurice Blanchot, L'Écriture du désastre
Thomas Bernhard, Grünkranz
Jude Stéfan, La Mer sa sépulture
Arnaldo Calveyra, Guide pour un jardin des plantes
Henri Raczymow, Le nécrophore
Henri Meschonnic, L'enjeu de la théorie du rythme
Chroniques :
J. M. G. Le Clézio, Le rêve de Maldoror (Fin)
Marianne Alphant, Une lecture orpheline
Pierre-Louis Rey, Stendhal 'cicerone'
Clément Rosset, Images de l'absence
Henri Thomas, Reportage
Florence Delay, Le théâtre
Jérôme Prieur, À travers La revue du cinéma
Michel Sicard, Jean-Paul Sartre
Notes : la poésie :
Patrick Reumaux, À quoi tu penses, par Henri Thomas (Gallimard)
Chambaz Bernard, Marrakch Médine, par Claude Ollier (Flammarion)
Notes : la littérature :
Georges Lambrichs, Correspondance, de Jean Paulhan et Guillaume de Tarde (Gallimard)
Michel Mohrt, Avant-Mémoire, II, par Jean Delay (Gallimard)
Jean-Marie Le Sidaner, Envois, par Michel Butor (Gallimard)
Notes : le roman :
Francine de Martinoir, Désert, par J. M. G. Le Clézio (Gallimard)
Gilles Quinsat, Histoire de Billy et la mienne, par Dieudonné Jourda (Hachette/Pol)
Pierre Bayard, Vide ta bière dans ta tombe, par Claude Michel Cluny (Balland)
Notes : la philosophie :
Jean-Maurice Monnoyer, Grammaire philosophique, par Ludwig Wittgenstein (Gallimard)
Notes : les essais :
Pierre Bayard, Le Prince et le Marchand, par Pierre Barbéris (Fayard)
Philippe Dulac, La Chambre claire, par Roland Barthes (Gallimard-Le Seuil)
Notes : lettres étrangères :
Franck André Jamme, Ceux que l'on oublie difficilement, par Ishikawa Takuboku (Éditions Arfuyen)
Laurand Kovacs, Neige de printemps, par Yukio Mishima (Gallimard) - Chevaux échappés, par Yukio Mishima (Gallimard)
Christine Jordis, Harriet dit..., par Beryi Baindridge (Flammarion)
Jean Luc Gautier, Le Corbeau vient le dernier, par Italo Calvino (Julliard)
Notes : le théâtre :
Jeanyves Guérin, L'art d'être père
Notes : le jazz :
Jacques Laurans, Gentleman Farmer
Notes : les arts :
Édith Boissonnas, Œuvres récentes, d'Henri Michaux (Le Point Cardinal)
Henri Thomas, Evelyn Ortlieb (Galerie Carmen Martinez)
Jean Revol, Parcours et tribulations du réel, I : De Beaubourg à Jacques Villon
L'air du mois :
Jacques Réda, Ici Armand Robin
Jérôme d' Astier, Au lecteur
Claude Schmitt, L'empreinte (Fin)
Textes :
Ernst Barlach, Journal de Russie
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072386695
Nombre de pages : 288
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
L'Écrituredudésastre
DanslacavernedePlaton,nulmotpoursignifier lamort,nulrêveounulleimagepourenfairepressen-tirl'infigurabilité.Lamortyestenexcès,enoubli,sur-venantdudehorsdanslaboucheduphilosophecomme cequileréduitpréalablementausilenceoupourle perdredansladérisiond'unsemblantd'immortalité, perpétuationd'ombre.Lamortn'estnomméeque commenécessitédetuerceuxqui,s'étantlibérés,ayant euaccèsàlalumière,reviennentetrévèlent,dérangeant l'ordre,troublantlatranquillitédel'abri,ainsi désa-britant.Lamort,c'estl'actedetuer.Etlephilosophe estceluiquisubitlaviolencesuprême,maisl'appelle aussi,parcequelavéritéqu'ilporteetditparleretour estuneformedeviolence.
LamortironiquecelledeSocratepeut-êtres'em-portantelle-mêmedanslamortetainsilarendantaussi discrètequ'irréelle.Etsilapossibilitédel'écritureest liéeàlapossibilitédel'ironie,nouscomprenonspour-quoil'uneetl'autresonttoujoursdécevantes,nepou-
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vantêtrerevendiquées,excluanttoutemaîtrise(cf.Syl-vianneAgacinski).
Durêve,nousnesaurionsnoussouvenir;s'ilvient ànousmaisdequellevenue?àtraversquellenuit? cen'estqueparoubli,unoubliquin'estpasseule-mentdecensureouderefoulement.Rêvantsans mémoire,d'unemanièretellequetoutrêvetemporaire seraitunfragmentderéponseàunmouririmmémo-rial,rayéparlarépétitiondudésir. Iln'yapascessation,iln'ya pasinterruptionentre rêveetréveil.Encesens,ilestpossiblededirejamais, rêveur,tunepeuxt'éveiller(ni,aureste,telaisserainsi appeler,interpeller).
Lerêveestsansfin,laveillesanscommencement,nil'un nil'autreneserejoignent. Seulelaparoledialectiquelesmet enrapportenvued'unevérité.
Pensantautrementqu'ilnepense,detellesorteque l'Autrevienneàlapensée,commeapprocheetréponse.
L'écrivain,sabiographie
ilmourut,vécutetmourut.
Silelivrepouvaitpourunepremièrefoisvraiment débuter,ilauraitpourunedernièrefoisdepuislong-tempsprisfin.
Cequinousfaitcraindreetdésirerlenouveau,c'est quelenouveaucombat contrelavérité(établie),combat desplusancienstoujourspeutsedéciderquelque chosedeplusjuste.
Avantqu'ilnesoitlà,personnenel'attendquandilestlà, personnenelereconnaîtc'estqu'iln'estpaslà,ledésastre quiadéjàdétournélemotêtre,s'accomplissanttantqu'iln'a pascommencéroseépanouieenbouton.
L'Écrituredudésastre
Quandtouts'estobscurci,règnel'éclairementsanslumière qu'annoncentcertainesparoles.
Louantlaviesanslaquelleilneseraitpasdonnéde vivreselonlemouvementdemourir.
Letraitdudésastreletriomphe,lagloirenelui sontpasopposés,ilsneluiappartiennentpasnonplus, malgrélelieucommunquiprévoitdanslesommet déjàledéclin;iln'apasdecontraireetiln'estpasle Simple.(Dequerienneluisoitplusétrangerquela dialectique,serait-elleréduiteàsonmomentdestruc-teur.)
Ilnousinterrogecequenousfaisons,commentnous vivons,quelssontnosamis.Ilestdiscret,commesisesques-tionsnequestionnaientpas.Etquandànotretournouslui demandonscequ'ilfait,ilsourit,selèveetc'estcommes'il n'avaitjamaisétéprésent.Leschosessuiventleurcours.Ilne nousdérangepas.
L'inexpériencedemourir,celaveutdireaussila maladresseàmourir,mourantcommequelqu'unqui n'apasapprisouquiamanquésesclasses.
Leneuf,lenouveau,parcequ'ilnepeutpasprendre placedansl'histoire,estaussibiencequ'ilyadeplus ancien,quelquechosedenonhistoriqueauquelnous sommesappelésàrépondrecommesic'étaitl'impos-sible,l'invisible,cequiadepuistoujoursdisparusous lesdécombres.
Commentsaurions-nousquenoussommesdespré-curseurs,silemessagequidevraitfairedenousdes messagersnousdevanced'uneéternité,nousvouantà êtred'éternelsretardataires? Noussommesdesprécurseurs,couranthorsdenous,
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au-devantdenous;quandnousarrivons,notretemps estdéjàpassé,lecours,interrompu. Silacitation,danssaforcemorcellaire,détruitpar avanceletexteauquelellen'estpasseulementarrachée, maisqu'elleexaltejusqu'àn'êtrequ'arrachement,le fragmentsanstextenicontexteestradicalementinci-table.
Pourquoitouslesmalheurs,finis,infinis,personnels, impersonnels,demaintenant,detoujours,avaient-ilspour sous-entendu,lerappelantsanscesse,lemalheurhistorique-mentdaté,pourtantsansdate,d'unpaysdéjàsiréduitqu'il semblaitpresqueeffacédelacarteetdontl'histoirecependant débordaitl'histoiredumonde?Pourquoi?
Ilécritécrit-il?nonparcequeleslivresdesautresle laisseraientinsatisfait(aucontraire,ilsluiplaisenttous), maisparcequecesontdeslivresetqu'àécrireonnetrouvepas soncontent.
Écrirepourquelenégatifetleneutre,dansleurdif-férencetoujoursrecouverte,danslaplusdangereusedes proximités,serappellentl'unàl'autreleurspécificité, l'untravaillant,l'autredésoeuvrant.
Aujourd'huiestpauvre;cettepauvretéquiluiserait essentielle,siellen'étaitàcepointextrêmequ'elleest aussidénuéed'essence,luipermetdenepasenvenirà uneprésence,nides'attarderdanslenouveauoudans l'anciend'unmaintenant.
Écrispournepasseulementdétruire,pournepas seulementconserver,pournepastransmettre,écris sousl'attraitdel'impossibleréel,cettepartdedésastre sombre,sauveetintacte,touteréalité.
Confiancedanslelangage gagedéfiancedulangage
ellesesituedanslelan-c'estencorelelangage
L'Écrituredudésastre
quisedéfieraitdelui-même,trouvantdanssonespace lesprincipesinébranlablesd'unecritique.D'oùle recoursàl'étymologie(ousarécusation);d'oùl'appel auxdivertissementsanagrammatiques,auxrenverse-mentsacrobatiquesdestinésàmultiplierlesmotsà l'infinisousprétextedelescorrompre,maisenvain toutcelajustifiéàconditiond'enuser(recoursetrécusa-tion)àlafois,danslemêmetemps,sansycroireet sansarrêt.L'inconnudulangageresteinconnu. Laconfiance-défiancedanslelangageestdéjàféti-chisme,choisissanttelmotpourenjouerdanslajouis-sanceetlemalaisedelaperversion quisupposetou-jours,dissimulé,unbonusage.Écrire,détourqui écarteraitledroitàunlangage,fût-ilperverti,ana-grammédétourdel'écriture,quitoujoursdé-crit, amitiépourl'inconnumalvenu,«réel»échappantà toutemonstration,àtoutepossibleparole. Écrivainmalgréluiilnes'agitpasd'écriremalgré oucontresoidansunrapportdecontradiction,voire d'incompatibilitéàsoiouàlavieouàl'écriture(cela, c'estlabiographiedel'anecdote),maisdansuneautre relationdelaquellel'autres'éconduitetnousatou-jourséconduitsjusquedanslemouvementd'attrait d'oùlesnomsvainsderéel,degloireoudedésastre parlesquelscequiseséparedulangages'yconsacreou tombe,peut-êtreparpertedepatience. Carilsepourrait quetoutnometprécisémentledernier,l'impronon-çablefûtencoreuneffetd'impatience.
Lalumièreéclateéclat,cequi,danslaclarté,se clameetn'éclairepas(ladispersionquirésonneou vibrejusqu'àl'éblouissement).Éclat,leretentissement brisantd'unlangagesansentente. Mourirsansbutpar(cemouvementd'immobi-lité),lapenséetomberaithorsdetoutetéléologieet peut-êtrehorsdesonsite.Pensersansbutcommeon meurt,c'estcequ'ilsemblequ'impose,entermesnon
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degratuité,maisderesponsabilité,lapatiencedanssa persévéranceinnocented'oùlepiétinementdel'in-connusanslangage,ànotreporte,surleseuil. Pensercommeonmeurtsansbut,sanspouvoir,sans unitéetprécisémentsans«comme»d'oùl'anéan-tissementdelaformulationdèsqu'elleestpensée,c'est-à-direpenséedechaquecôté,endéséquilibre,enexcès desensetenexcèssurlesenssortie,dehors. Pensercommemourirexclutle«comme»delapen-sée,ensorteque,mêmesinouslesupprimonsparsim-plificationparataxique,écrivantpensermourir,il formeénigmejusquedanssonabsence,espacepresque infranchissable;l'irrelationdepenseretdemourirest aussilaformedeleursrapports,nonpasquepenserpro-cèdeversmourir,procédantverssonautre,maispas davantageverssonmême.C'estdeque«comme» prendsonélanniautrenimême. Ilyaunesortededéclind'ascendanceentrepenseret mourirplusnouspensonsdansl'absencedepensée (déterminée),plusnous nousélevons,demarcheen marche,versleprécipice,lachuteàpic,l'échéancepar latête.Pensern'estqu'ascensionoudéclin, maisn'a pasdepenséedéterminéepours'arrêteretseretourner verssoidesonvertigequiestcependantégalité, commemouriresttoujourségal,toujoursétal(létal).
Sil'espritestcequ'ilyadetoujoursactif,lapatience estdéjàlenon-esprit,lecorpsdanssapassivité souf-frante,cadavérique,étaléeoudesurface,lecrisousla parole,lenon-spiritueldel'écritencesenslaviemême, commeombredelavie,ledonoudépensevivantejus-qu'àmourir. Déjà»outoujoursdéjàestlamarquedu «« désastre,lehorsdel'histoirehistoriquecequenous quin'estpasnous?subironsavantdel'avoirsubi,la transecommelepassifdupasau-delà.Ledésastreest
L'Écrituredudésastre
l'impropriétédesonnometladisparitiondunom propre(Derrida),ninomniverbe,maisunrestequi rayeraitd'invisibilitéetd'illisibilitétoutcequisemontre ettoutcequiseditunrestesansrésultatnireliquat lapatienceencore,lepassif,quands'arrêtel'Aufhebung devenuel'inopérable.Hegel«Innocenceseulementest lenon-faire(l'absenced'opération).»
Ledésastreestcetempsl'onnepeutplusmettre enjeu,pardésir,ruseouviolence,laviequ'oncherche, parcejeu,àmaintenirencore,tempslenégatifse taitetauxhommesasuccédél'infinicalme(l'efferves-cence)quines'incarnepasetneserendpasintelligible.
Ilsnepensentpasàlamort,n'ayantderelationqu'avecelle.
Unelecturedecequifutécritceluiquimaîtriselamort (laviefinie),déchaînel'infinidumourir.
Lapassivitédulangagesil'onsesert,enlefaussant unpeu,dulangagehégélien,onpeutaffirmerquele conceptestlamort,lafindelavienaturelleetspirituelle, etquelemourirestl'obscurdelavie,cetau-delàdela vie,sansagir,sansfaire,sansêtre,laviesansmortquiest alorslepérissablemême,l'éternellementpérissablequi noustransit,tandisque,interminablement,nousfinis-sonsdeparler,parlantcommeaprèsleterme,écoutant sansparlerl'échodecequiatoujoursdéjàpassé,passant cependantlepassage.
L'autreesttoujoursautrui,etautruiesttoujoursson autre,libérédetoutepropriété,detoutsenspropre, ainsiau-delàdetoutemarquedevéritéetdetoutsigne delumière.
Mourir,c'est,absolumentparlant,l'imminence incessante,parlaquellecependantlaviedureendési-rant.Imminencedecequis'esttoujoursdéjàpassé.
LaNouvelleRevueFrançaise Lasouffrancesouffred'êtreinnocenteainsielle chercheàdevenircoupablepours'alléger.Maislapas-sivitéenellesedérobeàtoutefautepassifhorsfail-lite,souffrancesauvedelapenséedusalut. IIn'yadésastreque parcequeledésastreincessam-mentsemanque.Findelanature,findelaculture. Écrire,«former»dansl'informelunsensabsent. Sensabsent(nonpasabsencedesens,nisensquiman-queraitoupotentiel oulatent).Écrire,c'estpeut-être ameneràlasurfacequelquechosecommedusens absent,accueillirlapousséepassivequin'estpasencore lapensée,étantdéjàledésastredelapensée.Sapatience. Entreluietl'autre,ilyauraitlecontact,ladéliaisonde sensabsentl'amitié.Unsensabsentmaintiendrait «l'affirmation»delapousséeau-delàdelaperte;la pousséedemouriremportantavecellelaperte,laperte perdue.Sensquinepassepasparl'être,au-dessousdu senssoupirdusens,sensexpiré.D'oùladifficultéd'un commentaired'écriture;carlecommentairesignifieet produitdelasignification,nepouvantsupporterunsens absent. Désirdel'écriture,écrituredudésir.Désirdusavoir, savoirdudésir.Necroyonspasquenousayonsdit quelquechoseparcesrenversements.Désir,écriturene restentpasenplace,passentl'unpar-dessusl'autre cenesontpasdesjeuxdemot,carledésiresttoujours désirdemourir,nonpasun souhait.Cependanten rapportavecWunsch,aussibiennon-désir,puissance impuissantequitraverseécrire,commeécrireestle déchirementdésiré,souffranttoutjusqu'àl'impatience. Désirquimeurt,désirdemourir,nousvivonscela ensemble,sanscoïncidence,dansl'obscuritédudélai. Veillersurlesensabsent.
Ilseconfirme
dansetparl'incertitude
quetout
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