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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Novempopulanie
LespaysdusuddelaGaronnelaNovempopulanie del'ancienneGaulem'onttoujoursintrigué.Même endehorsdelaforêtdesLandes,quim'adèslepremier momentfaittombersouslecharme,jemesensattiré verscettefrangelâchementcousueduterritoirefrançais, grefféesurlui,ondirait,àlamanièred'unlambeaude tissuconjonctiffaiblementvascularisé,inapteànourrir aucunviscèrenoble.Sonretraitinsoliteparrapportà l'Histoireladésencombredetoutsouvenirtragiqueou théâtral.DèslaconquêtedelaGaule,ellesesignale commelaseulepartieduterritoireCésarnemen-tionneaucuncombatelleapparaîtdéjàplutôtcomme unfar-westgiboyeuxonenvoieleslégionsfourrager, cantonnerouserefaire.ApeinesilacroisadedesAlbi-geoisl'effleureparsafrangepyrénéenne,àpeine,plus tard,quelquesraidsdelacavaleriehuguenote,quelques castelspillés.Puisplus rien,quelesrarescoupsdefusil lâchésparl'arméedeSoultenretraitecontreleshabits rouges. L'enviem'estvenue,danscetterégionfavorisée,
LaNouvelleRevueFrançaise d'explorerundépartement,leGers,commeonvavoir leLuxembourgouleLichtenstein,letraversantetretra-versantenlongeten large,faisantvisiteprotocolaire àsonchef-lieu,àsesquatreex-sous-préfectures,àses anciensévêchés,attentifauborddesroutesàses modestesbornes-frontièresmi-parties,essayantdeme laisserimprégnersanspréjugésdesespaysagesetdeson climat,demefairepourunefoisdel'extérieurl'idée decequepeutêtreun patriotismededépartement,de cequeressentglobalement,confusément,unconscrit arrivantàlacasernelorsqu'ilprononcelaphrase«Je suisduGers»(Gerce). EnfaitleGersn'estniunvraipays,commel'Ardenne, niunepuremosaïqueadministrative,commelaSaône-et-Loire,maisplutôtuneesquisseinachevée,unenébu-leusedeprovinceenvoiededensificationautourd'un noyau,quiestàlavéritécequelejargonadministratif delaCinquièmeappelle unezoned'appellationcontrôlée. L'ArmagnacattirepuissammentleGersàlui,maissans s'yidentifier,sanscoïncideravecluitoutàfaitilm'a paru,auhasarddespanonceauxurbainsplantésaubord desroutes,qu'ilyavaitdesflottementsdefrontières etdesrivalitésmaltranchéesAuch(quiseprétendaussi capitaledelaGascogne)seveutcapitaledel'Armagnac, maisEauzetoutautantquantàLectoure,dontlasalle municipale,ledimanchej'ypasse,metpourtantà l'afficheLesTroisMousquetaires,ellerefusedeboiredans unverrepourtantillustre,etseproclamemutinement capitaledelaLomagne.D'ailleurs,sileGersaétépris entutelleetensommeadoptéparl'Armagnac(mais commeunménagebourgeoisdesolideconsidération adopteunpupilledel'Assistancepublique),l'imageque faitleverlui-mêmedansl'espritlenomd'Armagnacest, sionyréfléchit,passablementinhabituelle.Nonpasune imagegéographiqueethistoriqueunifiée,denseetpuis-sante,commecellequilèvedesnomsdeFlandre,de Bretagneoud'Alsace,maisseulement,distilléauxconfins
Novempopulanie
delagastronomieetd'unchef-d'œuvredelalittérature populaire,unparfum,unbouquetplutôtqu'uneessence fondamentale.Quelquechosedemousseux,delégeret depétillant,quiallègel'airqu'onrespireetmetsur lepaysageunetouchedenoblesseagreste.Aucœur mêmedelapetiteetgentillecapitaledecepetitterroir, aumilieudel'escaliermonumentalquijointlarivedu Gersauburgadministratifhautperché(lacathédrale,la préfecture,lelycéeétroitementjointsenunbouquet architecturalserré)sedresse,nonpas,commeailleurs, lastatued'unhéroséponymeetfondateur,maisl'effigie enbronzeà-demiparodiqueded'ArtagnanleGersne veutpassesouvenirquelafactiondesArmagnacsaété unmomentautempsdeCharlesVIIpresquelaFrance, ils'estdonnéparlecoupdesoleild'unmariagedecœur àunefictionromanesqueetfolâtreilestledépartement desTroisMousquetaires.Lesouvenirdecelivre,quia lavertusingulièredevousêtrefamiliermêmesi,comme c'estmoncas,onnel'apasludeboutenbout,nem'a jamaisquittétrèslongtempsaulongdecesjournéesde routesgasconnesilsurgissaitdepartout,tantôtpro-voqué,tantôtplaisammenthallucinatoire,aussibiendu menuqui,àl'hôtel,meproposait,pourmemettreen train,unPousse-Rapière«cocktaild'armagnacetdevin sauvage»queduchapeauconiquecoiffantlestourelles deshobereautièresducru,retroussédetoutespartsàsa basecommeparsaflambergelacaped'uncapitan.La bonnehumeurde cettefictionlégère,pleinedechapeaux àplumes,d'aubergesetdecolichemardes,dechâteaux bleusquis'éloignentaufildelaroute,etquisentpour moicommeaucune,aveclecoupdel'étrier,lepetitvent fraisdumatin,meservaitdeviatiquejevoyaisle paysageparlesyeuxdeceschevaucheursempanachésà quilaterrepesaitsipeu;j'allaisdegîted'étapeengîte d'étape,lenezauvent,parlesvertesvalléesetles coteauxàvignes,aveclamêmecharmanteinsouciance dulendemain.
LaNouvelleRevue Française
Lombez,tombéd'évêchéensous-préfecture,etdedéclasséencoreenchef-lieudecanton,duhautdeson roi declocheroctogonalàquatreétagescontemplesoncœur mort,leshallesvidesauxpoutragesdeboisfontécho del'autrecôté delarueàlafaçadeclôturéedelasous-préfectureendéshérence.Unchattraverselarue,deux outroisvieillesfemmes,danslabénignechaleuraqui-taine,tricotentsurleseuildeleurporteetsemblent poséespourattesterlesilence.Quelquechosede rebutéetd'arideflotteautourdesmoellonsjaunesdela cathédrale,quis'effritentausoleilcommeletuffeaude Saumur,mais,lelongdelaSavequetraverseunpetit pont,ilyaunejolielumièremouilléesurlesfeuillages. Miranden'arienàoffrirauvisiteurquel'ingratqua-drillageorthogonaldesesrues,toutàfaitindignede sonjolinom.PresquetouteslesbastidesduGers retiennentl'oeilparunebizarreriedeproportionsou d'architectureuneplaceàarcadesdémesurée,comme àPlaisance,uneflèchedecathédralecommeàMarciac, lesvieillesgaleriesdeboisquiabritentlestrottoirsde Tillac.Ici,parexception,iln'yarien.Alain-Fournier afaitàMirandesonservicemilitaireest-cedansle vilainbâtimentaucrépijaunequ'onaperçoitunpeuà l'écartdelavilleau-delàd'unvallonfeuillu? ACondom,ilpleuvaitlaidementsurlagrappeserrée, jauneetrose,desesmaisonsetdesonéglise.Lectoure, duhautdesoncoteau,tourneverslesudunfrontbeau etfierdepetitevilleperchéequin'estpassansrappeler unpeu,enplusurbaniséetenmoinsrustique,leport incomparabledeVézelay.Lannes,tuéà Essling,estàLectourelamoitiédelamaréchaleriedeNapoléon gasconnait.Sastatueornel'entréed'unmaildégarni, d'oùondécouvreausudunmolhorizondecollines, plusrestreintetplusbanalquecequepromettaitle théâtralescarpementdufrontdeville. LechapeaupointudesmédecinsdeMolièrecoiffeçà etlà,nonsanshumour,latourelledesgentilhommières
Novempopulanie
éparsesdanslacampagneilflotteunairdegueuserie àlafoisdélabréeetparodiquesurlesgîtesdecette noblesseamiedel'opérettequisemblevraiment,à considérersonstandingrustique,n'avoircompté que descadets.Castelspaysansdepeud'apparence,bâtis dematériauxmédiocressouslecrépiquis'effrite desgrumeauxd'argilejaune,plutôtquedesmoellons, fonticileplussouvent,quandlepisénelesremplace pas,lasubstancedesmurs.Derrièrecesfaçadesqui s'écaillentsouslesnoyers,cesvoletsveufsdepeinture, onimaginedesintérieurspareilsàceuxquevisite TchitchikovdansLesAmesMortesvieillesbottes,tables bancales,glacesàtrumeausanstain,almanachsdépa-reillés,canardières,chapeletsd'aulxetdechampignons pendusàséchersousl'alcôve.Oncomprendqueles beauxfilsdelaGascogne,auxlonguesrapièresetaux longuesdents,sesoientéchappésparvoléedeleurs pigeonniersfaméliquescommedescorbeauxdeleur corbeautière.Dansleslongsintervallesentrelescônes àgirouettes,lesbordesquis'espacentsurlescollines ontpourplusdemoitiéferméleursvolets;letorchis jaunes'envaparplaquesentrelesvoligesdeleurs colombages;ungrenierdontl'étageàclairevoieest treillissédelattesdeboisprolongeseullamaisonché-tive.Nullepartdesgrangesrajoutéesouunhangar neuf;desthéoriesd'oies,surdeuxfiles,sortentçàetdecesbicoquesagricoles.Mais,malgréledésastre silencieuxdeshameauxquisevident,lescollines,plus bassesetplusjaunesverslaLomagne,plusmouve-mentéesetplusfeuilluesversleLannemezan,gardent sousleurssoleilsmouillés,leursgrandscielsremués quis'élargissentdenouveauàchaquecrête,unefraî-cheur,unenaïvetérieuse.L'eauétincellepartoutsur lesfeuillesvernissées.Lemaïs,quepartoutenFrance unétédefeuadesséchésurpied,pousseiciendrues petitesfutaiesbeigesetvertes,opulentescommedes champsdecanneàsucre.
LaNouvelleRevueFrançaise
Ladissymétriedesvalléesdel'Armagnac,pont-aux-ânesdel'apprentigéographe,estmoinsnettesurle terrainquenel'indiquesurlacarteuncheveluhydro-graphiquetropcaractériséleslonguesridesdecollines quiséparentlesrivièreslesserresplusépaisses qu'onnel'imaginait,sontcompliquéesdevallonsetde ravinsàcontre-pente.Elleresteévidentecependant pourl'oeilaulongdelagrandeetdelapetiteBaïse,au longduGersenamontd'Auch,etsoulignéeencorepar lesfrichesetlesboqueteauxduversantabrupt.Avecla Save,aulongdelaroutedel'Isle-JourdainàLombez, ladissymétriecesse.Maistoujours,vued'unpointhaut, laperspectivedescolliness'emmêle;lespetitesroutes sinuentparmontsetparvauxpleinesd'insoucianceet deparessetellejolichemind'écoliers,buissonnieret soudainunpeuféerique,quivadeMarciacàEauze,et passeaprèsLupiacenvueducastelded'Artagnan. Auchcommeilestrafraîchissant,en1976,quandon arrivedanscettemodestecapitale,de nelongernulle partunemanufacture,descheminéesd'usine,oumême unestation-servicesophistiquée!ondéboucheicides vertescollinesdirectementdanslalongueruequimène àlacathédrale,commedanslesavenuesd'uneville d'eaux.Quandons'éloigneparlaroutedeLectoure,au boutdequelqueskilomètres,lerétroviseurcadresou-dainuneimageinattenduedelapetitecitélesmaisons escamotéesparunplideterrain,onnevoitplusquela silhouettedelacathédraleauxlourdestourscarrées,et, toutàsonbout,enporte-à-fauxaupenchantducoteau, laTourd'Armagnacautoitpointu.Lecomteetl'arche-vêquerestentseulsentêteàtêteàl'horizondansl'adieu deceskylineemblématique,quialanaïvetéd'une silhouettedevilledelivred'heures,lasimplicitépar-lanted'unefiguredeblason. Envisitantcesbourgadesdontaucune,endehors d'Auch,n'approchemêmedeloinlescinqmillehabi-tantsetceladansundépartementquiacomptéquatre
Novempopulanie
évêchésetquatresous-préfecturesonmesurel'am-pleurdesdramesdudéclassementadministratif,la capitiodeminutiobrutalementinfligéeà descitésnaines etsansressources, etqui,danslamesquineriesour-noiseetcamoufléedudésastre,atteintàunpathétique balzacien.Aveclegreffeetl'officialité,lepalaisépisco-palet lasous-préfecture,lepeudesang,ouplutôtde lymphe,quilesanimaitencoreadisparulesilencehar-gneux,agressif,desruellespavéesdeLombezoude Lectoureestceluidesveuvesquisecloîtrent,inconso-lablesmoinsencoredumariperduquedudouaire dissipé. Hélas!lesCenturiesAstrologiquesdeNostradamus n'augurentguèrebiende cettepacifiquecontrée,pro-miseexplicitementaufeuduciel,outoutaumoinsà quelquebombardementatomique,pardesquatrains pourunefoistoutàfaitclairs
CondometAux,etautourdeMirande Jevoisducielfeuquilesenvironne Sol,Mars,conjointauLion,puisMarmande Foudre,grandgrêle,murtombedansGaronne
Toutauprèsd'Aux,deLectoureetMirande, Grandfeuducielentroisnuitstombera Causeadviendrabienstupendeetmirande Bienpeuaprès,laterretremblera.
Jeliscesquatrainsdansunbizarrecommentaire contemporaindesCenturies,achetésurlesquaispour medésennuyer.Ilyauneespècedestyleentoutcas unescansionamiedel'oreilledanslesabirpresque complètementabsconsdecesprophéties,proches,par levocabulaire,delalanguemacaroniquedesmédecins duMaladeImaginaire,etplusencore,parleton,deleur majesténuageusedanslepronostic.Devinettesabstruses, anagrammes,contrepèteries,imagesdeblason,étymo-
LaNouvelleRevueFrançaise
rages.L'eauduSaguiat-el-Amraestdouceet trèslégère. Commejel'avaisprévu,cettemarchefuttrèspénible. J'eusàsubirsurtoutdegrandesprivations.Nousnous arrêtionstouslessoirsaucoucherdusoleil.Sinous trouvionsdescampementsdeMaures,nousdeman-dionsl'hospitalité.Certes,l'exercicedel'hospitalité estlaplusgrandevertudesMauresnomadesetune tellevertulesrelèvebeaucoupàmesyeux.Lorsquenous arrivionsdansuncampement,nousavionssoindenous arrêterdiscrètementàquelquespasdespremièrestentes. LesMauresvenaientalorsversnouset,nousserrantla main,noussouhaitaientlapaixdeDieu.Ilsfaisaient abattreensuitenosdromadaires,lesdéchargeaient, leurmettaientdesentravesauxpiedsetnouspriaient delessuivre.Nousétionsintroduitsdanslatentedu plusriched'entreeux,onnousoffraitlameilleureplace, lepremierlaitdelatraiteétaitpournous,etpuis, lorsquelaprièredusoiravaitétérécitéeencommunet quel'heuredureposétaitvenue,nousavionsune grandecouverturepournousenvelopperetpasserla nuitlepluschaudementpossible.Ettoutcelasansques-tionindiscrète,sansnous connaître,sansdemander quinousétions,nousallions,d'oùnousvenions. Cesdevoirsd'hospitalités'exerçaientméthodiquement aveclemêmerespectdepuislechefdelatentejusqu'au dernieresclave.Quelquefoisnousnerencontrions qu'uneoudeuxtentesisoléesgardéesparquelques femmesoufilles,lesMauresétantabsents.Danscecas, l'accèsdelatentenousétaitinterditet,selonlacou-tume,nousnousarrêtionsàunevingtainede pasdu camp.Lamaîtressedelatentevenaitalorsau-devant denous,noussouhaitaitlabienvenue,nousinvitaità descendredenosmonturesetchoisissantunaccident dusolcommeabri,nousledésignait.Ensuite,elleallait chercherlanattedelatente,ainsiqueletapisquisert decouverturedefamillependantlanuit,etl'étendant surlesolnouspriaitd'yprendreplace.Elleavaitsoin,