La Nouvelle Revue Française N° 334

De
Patrick Modiano, Memory Lane
Édith Boissonnas, La Ferme
Jean-Benoît Puech, La troisième personne
David Gascoyne, La Mort Anglaise
Pascal Lainé, Suicide, ou assassinat?
Chroniques :
Jude Stéfan, L'inconnu du sens
Jean Roudaut, Julien Gracq ou La perversité moderne
Henri Meschonnic, Rythme, système du sujet
Henri Thomas, Reportage
Georges Banu, Le théâtre
Notes : la poésie :
Georges-L. Godeau, Guy Lévis Mano
Notes : le roman :
Pierre Bayard, Les yeux verts, par Marguerite Duras (Cahiers du cinéma)
Alain Clerval, Une comédie française, par Érik Orsenna (Le Seuil)
Francine de Martinoir, La brèche, par Pierre-Louis Rey (Gallimard)
Notes : la philosophie :
Jean-Maurice Monnoyer, Problèmes de l'enjeu, par Kostas Axelos (Éditions de Minuit)
Notes : les essais :
Jean-Marie Le Sidaner, La vie de la lettre au Moyen Âge, par Roger Dragonetti (Le Seuil)
Jean-Pol Madou, Ego sum, par Jean-Luc Nancy (Aubier-Flammarion)
Jean Duvignaud, Les jeux du désir, par Georges-Hubert de Radkowski (P.U.F.)
Notes : lettres étrangères :
Christine Jordis, Billy Budd, marin, par Herman Melville (Gallimard)
Jean Luc Gautier, La Divine Mimesis, par Pier Paolo Pasolini (Flammarion)
Notes : le théâtre :
Jeanyves Guérin, Du côté de Palente, le mélodrame de grand-papa
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Truffaut et Godard en effigie
Alain Calame, Raymond Queneau et le cinéma (Maison de la Culture de Reims)
Notes : l'opéra :
Pierre-Jean Remy, Festival de Glyndebourne 1980
Notes : le jazz :
Jacques Laurans, Hommage to Charles Parker, de George Lewis
Notes : les arts :
Denis Hollier, Peintures au crayon, de Michel Canteloup (Chez Lucien Durand)
L'air du mois :
David Rokeah, Poèmes
Jeanne Terracini, Après la conquête
Textes :
Jacques Réda, Chinois et paravents
Collectifs, Poèmes des Tang
Publié le : lundi 13 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072380716
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE RevueFrançaise
MemoryLane
Jemedemandeparquellemystérieusechimieseforme un«petitgroupe»tantôtilsedisloquetrèsvite,tan-tôtilrestehomogènependantplusieursannées,etsou-ventàcauseducaractèredisparatedesesmembreson penseauxraflesdepolicequirassemblentdeminuità l'aubedesindividusquineseseraientjamaisrencontrés sanscela. Lepetitgroupequej'eusleloisird'observeràvingt ans,jen'enétais pasunmembreeffectif.Jel'aicôtoyé etcelam'asuffipourengarderunsouvenirasseznet. Celuiquim'yintroduisits'appelaitGeorgesBellune.Je travaillaisàl'époquedansunemaisond'éditionmusi-caletravailbiensubalterneetBelluneoccupaitle bureauvoisindumien.Jecroisqu'ilexerçaitlaprofes-siond'impresarioetqu'onutilisaitsestalentslorsqu'on voulaitorganiserdestournéesàl'étrangerpourdes chanteursquin'avaientpasencoreatteintunevraie notoriété.Maisj'entendaisrarementlasonneriedutélé-
LaNouvelleRevueFrançaise phonederrièrelacloisonquiséparaitnosbureaux. Nousnousrencontrionsdansl'ascenseuretlecouloir etnousétionsdevenusdesamis.L'après-midi,ilfrap-paitàmaporte. Etsinousallionsfaireuntour?medemandait-il. Enbas,noussuivionslaruedeBerrijusqu'auxChamps-Élyséespuislaprenionsdansl'autresens.Etcelaplu-sieursfoisdesuite.Bellunerestaitsilencieuxetjen'osais pasledistrairedesarêverie. Unjour,ilm'invitaàdéjeunerau«Saint-Gothard», unrestaurantdelaruedufaubourg Montmartredont laclientèlesecomposaitd'hommesseuls,àl'apparence austère;Monamim'expliquaqu'ilconnaissaitcetéta-blissementdepuisplusdetrenteansIlyétaitvenu lapremièrefoisencompagnied'uncertainOscar Dufresne,directeurd'unesalledemusic-hallvoisine, etcelui-ciavaitétéassassiné,lemoissuivant.Al'heure ducrimeunmarins'échappaitdubureaudeDufresne etseperdaitparmilafouledupromenoirtandisque lesgirls,surlascène,segroupaientpourletableaufinal. Cettesilhouettefurtivedemarindisparaissantdansla pénombrelaissaitBellunerêveur.Lespoliciersavaient bieninterrogélemousse-accordéonistedelarevue, maissansaucunrésultat. Aprèsledéjeuner,Bellunemedemandadelesuivre chezunbottier,citéBergèrel'undesesamis,Paul Contour,l'avaitpriéd'ychercherdeuxpairesdemocas-sinsdontilavaitpassécommande.Quandnousarri-vâmesdevantlemagasin,nous nousrendîmescompte qu'ilétaitfermépourtoujours.Lavitrineétaitpoussié-reuseetune plantegrimpanteenvahissaitl'étalagevide. Belluneeutunpetitrireencontemplantcetteboutique désaffectée,aveclaplantequicontinuaitdepousseret lespairesdemocassinsdeContourquidevaientcertai-nementpourrirdansuncoin. «C'esttoutàfaitPaul»,medit-il. Etunsoirquenoussortionsensembledubureau,il
MemoryLane meproposadem'emmenerchezsesamisContour. J'acceptais,trèsintrigué,parcequej'avaisencoreàl'es-pritlavitrinedubottierfantôme. LesContourhabitaientl'avenuePaul-Doumer,etce soir-là,jelesvis«enprivé»carlesautresmembresdu «petitgroupe»n'étaientpaslà.Ilsnousreçurentdans unsalonauxmeublesrésolumentmodernesdontles formesaérodynamiquesetlesteintesvivesm'étonnèrent. J'apprisqueladécorationdeleurappartementavait étéconçueparunmembredeleur«petitgroupe»,un antiquaireparisienspécialistedesboisclairs.Sonnom, ClaudeDelval,revenaitsouventdanslesproposqu'ils échangeaientavecGeorgesBellune,ainsiqued'autres noms,ceuxdeleursfamiliersquej'eusl'occasionde rencontrerparlasuite. ÉtaitprésentunAméricainauvisagerougebriqueet auxcheveuxblancscoiffésenfrangedontjen'aijamais suqueleprénomDouglas.Onl'appelait«Doug».Il paraissaitjouerauprèsdesContourlerôledesecrétaire oud'intendant. MaddyContouravaitlaquarantaine.Blonde,grande, leteintbronzé,lesyeuxclairs,sonalluresportiveetson airdejeunessel'auraientfaitpasserelleaussipourune Américaine.Ellemeséduisit.PaulContour,dedixans sonaîné,dehautetaille,trèsbrun,lestempesàpeine argentées,une moustache,donnaitendépitdesacor-pulenceune impressiond'extrêmesouplessedansses gestesetsonallureimpressionencoreaccentuéepar sescostumesamplesetseschemisesauxcolstrèsouverts. Jefussensible,cepremiersoir,aucaractèreouaté del'appartement.Nousnoustenionstousimmobiles dansnosfauteuils,saufl'Américainquisedéplaçait de temps entempspourserviruneboissonourépondre autéléphone,maisonnel'entendaitpasmarcher parcequ'ilétaitchaussédeponchos.Achaqueappel téléphonique,Contourluidemandaitquiétaitaubout dufiletsurunsignedetêteaffirmatifdecelui-ci,
LaNouvelleRevueFrançaise l'Américain,gardantletéléphoneàlamain,luilançait lecombinéetContourlesaisissaitauvol.Ilchuchotait, lecombinécoincéentresajoueetsonépaule.Laconver-sationfinie,Contourjetaitlecombiné quel'Améri-cainrattrapaitentrepouceetindexavantderaccrocher etdeposerletéléphonesurunguéridon.Lumièred'une lamped'opalinecontrelemurdufond.MaddyContour mesouriait.PaulContourparlait.Entoutefranchise,je nemesouviensplusdecequ'ildisaitj'étaistropatten-tifautimbredesavoixunevoixdouceetgrave,une sortedebruissement. Surlecheminduretour,GeorgesBellunequiles pratiquaitdepuisplusdevingtans,medonnaquelques précisionsàleursujet.D'originemodesteetprovinciale enfantd'Annecy,quoiqu'ilprétendîtêtremoitié gitan«rabouin»,selonsonexpressionetqueses yeuxnoirsetsonteintmatparussentsuspectspourun Savoyard, PaulContouravaitcommencé unebrillante carrièred'avocatetavaitétéleplusjeuneprésidentde laconférencedustagemaislaguerreavaitcoupénet sonélan.Ils'étaitlancédanslecommercedeschevaux etavaitépouséMaddy,alorsmannequindansunemai-sondecoutureréputée.Depuis,onnesavaitpastrès bienquelles«affaires»iltraitait,maisilmarchaitsur unecorderaide,certainsjoursconfiantauxamisdeson groupequ'il«avaitperdulamain»,àd'autresmoments invitanttoutlemondeàdînerducôtédeBougivalpour fêtersa«remiseenselle.»J'appris,entreautreschoses, queContouravaitvéculongtempssurl'argentquelui avaitrapporté«l'affaireTendeetLaBrigue».Luiet Belluneessayèrentdem'expliquerlemécanismesubtil de«TendeetLaBrigue»etjelesécoutais,lessourcils froncésungrouped'intermédiaires,lesunssepréten-dantmandatésparlegouvernementitalien,lesautres parlegouvernementfrançais,cherchaientànégocier laventede«TendeetLaBrigue»,deuxlocalitésdela frontièreitalo-française.Contouravaittirélesmarrons
MemoryLane dufeuettouchéuneimportantecommission.Dequi? jenel'aijamaiscompris,commejen'aijamaispudémê-leràquicesgensvoulaientvendre«TendeetLa Brigue».Ets'ilsl'ontvendu. EtDoug,l'Américainauteintdebrique,présentave-nuePaul-Doumer,cepremiersoir?Unancienofficier del'arméeBradleyquelesContouravaientconnuàla Libérationetqui,depuis,s'étaitfixéàParis.Ilneles quittaitpasd'unesemelleetleurservait,commeje l'avaisdeviné,desecrétaireetdechauffeuràtitreami-cal.DougavaitexercéenFrance,aprèslaguerre,le mêmemétierqueMaddyContourIlavaitétélepre-miermannequindemodemasculinmaisl'abusdes alcoolssucrésluiavaitfaitperdresabeautéetdonnéce teintrouge.DanslachambredeMaddy,avenuePaul-Doumer,unephotodeDougjeune,miseenvaleurpar uncadredecuir,lemontraithabilléd'uncostumeprince degallesetprenantlapose.
Quelquessemainesplustard,entraînédenouveau parBellune,jefusmisenprésencedupetitgroupeau complet.Lepointderalliementétaitunbardel'avenue deFriedlandaudécorsépulcral.Autourdesapéritifs setenaientPauletMaddyContour,deuxhommesd'une trentaine d'annéesqu'onmeprésentauncertainChris-tianWinegrainetuncertainBourdon,l'amiede Winegrain,adolescenteblondeettimide,etuneScan-dinavequiéclataitderireàtousproposenparlantla languedesonpaysetdontBourdonpressaitten-drementlesépaules.Aleurscôtés,Doug,trèsrouge, impassibleetleregardfixedevantunebouteilled'Izarra verte. Cebardel'avenuedeFriedlandétaitaniméparune MartiniquaisequePaulContourappelait«Madame Camoëns».GeorgesBellunem'expliquaàvoixbasse
LaNouvelleRevueFrançaise
queChristianWinegrain,lorsqueleprenaientsester-ribles«coupsdecafard»,passaitdesnuitsentièresici etque«MadameCamoëns»luiavaitinstalléunlitde camp.Ilvoulutmêmemelemontreret,nousglissant derrièrelecomptoird'acajou,noussuivîmesuncouloir, descendîmesunescalier.Là,ensous-sol,j'admiraile litdecampprotégéparunevoûteetunepetitegrille deferforgéquidonnaientàcerecoinl'aspectd'une crypte.Bellunes'allongeasurlelit. Moiaussi,monvieux,j'auraisbesoind'unpeude repos.IlfaudraquejedemandeàMadameCamoëns dem'installerquelquechoseici. Ilparlaitfrançaisavecunaccentquejen'avaisjamais remarquéjusque-là.Sapâleuretsonregardinquiet m'impressionnèrent. Allons.Courage. Ilselevaetmelançaunsouriretriste.Quandnous rejoignîmeslesautres,lesContournous invitaientà dînerducôtédeBougival.Etnousvoilàtousserrésles unscontrelesautresdansleurvoituredécapotable. Cefutaucoursdecedînerquejelesobservaideplus près.Christian Winegrain,queContourappelaitpar-fois«lefilsduComptoird'Escompte»,venaitd'hériter d'unebellefortunemaisilcraignaitqu'onneconvo-quât,pourstatuerdesonsortdéfinitif,unconseilde famille.PaulContourlerassuraitsurlemodedelaplai-santerieenluidisantqu'illuifourniraitdescertificats debonnemoralité.Bourdon,dontj'ignorelepré-nomnousl'appelionsinvariablement«deBour-don»étaitunamidelonguedatedeWinegrain,qu'il avaitconnuaucollègeduMontcel. Tousdeuxpartaientdetempsentempspourl'Océanie ouleBrésiletenrapportaientdesdiapositivesetdes sujetsdeconférences.Unsoir,ilseurentlagentillessede m'inviteràl'uned'elles.Lasalleétaitvidesauflepre-mierrangqu'occupaientunetrentained'adolescentset quelquesadultes.ChaquediapositiveprojetéeparWine-
MemoryLane grainsurl'écrandéchaînaitdeleurpartunesalve d'applaudissementsavantmêmequeBourdonl'eût commentée.Laconférencefinie,cesauditeursenthou-siastesvinrentnousrejoindre.C'étaitdesélèvesdu Montceletquelques-unsdeleursprofesseurs.Aleur émotionetàleurempressementaffectueuxondevinait queWinegrainetBourdonfaisaientpartiedelalégende ducollègeetqu'auMontcelleursouvenirseperpé-tuait.Dougmaisilétaitquelquefoismauvaise languem'affirmaqu'exceptélesélèvesducollègedu Montcel,BourdonetWinegrainnetrouvaientpasde public. Maiscesétrangesconférenciersétaientsurtoutsou-cieuxde«vivreleurvie»,ChristianWinegrainsouf-frantd'uneneurasthéniequ'iltâchaitdecombattrepar uneagitationperpétuelle.Sonproblèmedisait-il «erlestempsrts».Ilavaitlescheveux c'étaitd'évitmo blondsfrisés,leteintrose,levisagelégèrementpoupin d'unvieilangelot.Bourdon,avecsonhâle,sesche-veuxbrunsbouclés,sonsourirecarnassier,sonparler brefetsapipe,sedonnaitvolontiersdesalluresdegent-lemandesOcéansetressemblaitplutôtàunstewart degrandeslignes.Ilspartageaientunegarçonnière, ruedesColonels-Renard,Winegrainm'entraînasou-vent.Lesmurss'ornaientdecartesTarridedenos anciennescoloniesetd'unetêtederhinocérosempail-lée.Surlesol,despeauxdebêtes.LachambredeWine-grainétaitunecabinedebateau,minutieusement reconstituée.Lelongducouloir,sesuccédaientlespho-tosdequelques-unesdeleursconquêtesfémininesavec lesdates,etparmielles,jefussurprisdereconnaîtrela femmed'unministrechauve enexercice. L'undeleursexploits,qu'ilsneselassaientpasde raconter,avaitétédepromettreàdeux«splendides» SuédoisesenvillégiatureàParislequalificatif«splen-dides»estdeWinegraindelesemmeneraubord delamer,conditionquemettaientlesSuédoisespour
DUFU
EnrêvantdeLiBai 1 (MengLiBai)
Lamortongardelesilence, Quandc'estlavie.untenacetourment; AusudduFleuve0?M~~pestilence, ~OM~ De/)C!7~~desNéant.
Levieilami~a~~T~OMrêvepénètre Quechacunpenseà/~M~Ïestévident! Maismaintenantcommeunfilett'empëtre. a! Alorstuprisdesmaiscomment? e~MC~ A-t-elledonc,cetteâme,un Longlechemin!queC~~embarrassant! Duvertdesboisd'érablesl'âmeavance, Aunoirdesmontssanscoll'âmeserend!
Asoncouchantlaluneemplitmachambre, Etunvisageestcommeapparent; Profondeestl'eau,lavague,elle,démembre, Lecrocodile,aussibien,garde-t'en!
i.Hs'agitd'unpoèmedestyleancien(g!/tishi). 2.LeYang-zi. g.Pours'êtrecompromisaudébutdel'année757enacceptant d'accompagnerleprinceimpérialLin,félonàl'Empereur,LiBaifutbanni ausudduMoyenYang-zi,régionalorstrèssauvage(Yunnanactuel).
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