La Nouvelle Revue Française N° 336

De
William Faulkner, Lettres sur l'écriture
Jean Grosjean, Brumaire
Denis Hollier, Les fins de Sartre
Marc Eli Blanchard, Un si joli petit zoo
Jean-Noël Vuarnet, La Fleur des saintes (Fin)
Chroniques :
Jean Roudaut, Le Bavard ou Le secret diffusé
Jean-Noël Schifano, L'Italie du sud, une expression littéraire (Fin)
Clément Rosset, La faute originaire
Henri Thomas, Reportage
Marcel Schneider, La condition de la musique (Fin)
Claude Roy, Louis Guilloux
Notes : la poésie :
Chambaz Bernard, Notes pour la poésie, de Giuseppe Ungaretti (Solin)
Daniel Leuwers, Une voie pour l'insubordination, par Henri Michaux (Fata Morgana)
Richard Blin, La Rose et les épines du chemin, par Saint-Pol-Roux (Rougerie)
Didier Pobel, Leçons de ténèbres, par Jean-Pierre Colombi (Gallimard)
Notes : la littérature :
Pierre-Louis Rey, Paris et alentours, par Gérard de Nerval (Encre)
Pierre-François Moreau, L'Écriture du désastre, par Maurice Blanchot (Gallimard)
Pierre Bourgeade, De Saint-Pétersbourg à Saint-Germain-des-Prés, par André Beucler (Gallimard)
Notes : le roman :
Jean-Charles Gateau, Le Mentir-vrai, par Louis Aragon (Gallimard)
Claude Coustou, Les portes de Gubbio, par Danièle Sallenave (POL-Hachette)
Jacques Laurans, Le royaume du milieu, par Bernard Blangenois (Éditions Plein Chant)
Alain Clerval, Les Figurants, par François Weyergans (Balland)
Francine de Martinoir, Saad, par Alain Blottière (Gallimard)
Notes : les essais :
Pierre Bayard, Parcours critique, par Serge Doubrovsky (Galilée)
Judith Le Hardi, Blessures de mémoire, par Michel Schneider (Gallimard)
Hervé Cronel, Théorie de la pauvreté de masse, par John Kenneth Galbraith (Gallimard)
Jean Duvignaud, Mon Thibaud ou Le jeu de vivre, par Robert Jaulin (Aubier)
Notes : lettres étrangères :
Anne Serre, La mort de Virgile, par Hermann Broch (Gallimard)
Christine Jordis, Le grand roman américain, par Philip Roth (Gallimard)
Jean Luc Gautier, Triptyque, par Max Frisch (Gallimard)
Laurand Kovacs, Le pays d'origine, par Eddy Du Perron (Gallimard)
Notes : le théâtre :
Jeanyves Guérin, Spectacles à Ménilmontant
Notes : les arts :
Jean Revol, Parcours et tribulations du réel, V : De la F.I.A.C. 80 à Bram van Velde (Maeght)
L'air du mois :
Jacques Réda, Juillet à Malakoff
Max Alhau, Paysage immobile
Daniel Klébaner, Note sur Ingres
Georges Lambrichs, Revue des revues
Textes :
Marcel Jouhandeau, Bréviaire
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072387937
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Lettressurl'écriture
C'estenaoût1949queJoanWilliams,alorsétudianteà BardCollege(NewYork),fitlaconnaissancedeWilliam Faulkner,grâceàdesamiscommunsd'Oxford(Mississippi). Fascinéeparl'écrivain,lajeunefille,quivenaitdegagner l'undesprixduconcoursdenouvellesorganiséparlemagazine Mademoiselleetquidevaitparlasuitepublierplusieurs romans,luiécrivit,etFaulknerluirépondit.Ildevaitlarevoir àNewYorkenfévrier1950,l'encourageantàvolerdeses propresailes,l'invitantmêmeàcollaboreravecluiàlacompo-sitiond'unepiècedethéâtrequ'ilallaitprécisémentcommencer àécriresousletitredeRequiempourunenonne.Unanplus tard,ceprojetdecollaborationn'avaitpasabouti,maisleurs relationsétaientdevenuesintimes.Celles-cidevaientinspirer àMissWilliamsunroman,TheWintering(L'Hivernage).
AJOANWILLIAMSs
Dimanche[28janvier1951 ]
[dactyl.] [Oxford]
Tuécriras,unjour.Tun'aspeut-êtrerienàdirepour lemoment.Ilfautavoiraufonddesesentraillesquelque
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chosedebrûlantquivousforceàparler;tun'enespas encorelà,maisnet'inquiètepas;quetuécrivesounon, peuimporte;écrire,celacompteseulementsionenres-sentlebesoin,quandrien, rien,riensinonl'écriturene peutvousapporterlapaix.
Jeparsjeudi1,paravion.Jevoudraisavoirsousla mainnotreactem,etc'esttoiquil'asenvirondeux pages,lesoriginaux,paslescarbones,lascènedela prison.C'estmonseulexemplaire.Situpeuxlemettre àlaposteNon,j'allaistediredel'envoyeràOxford. Maisnon,garde-le,jevaistedonneruneadresseenCali-fornieettupourrasmel'envoyerlà-bas.Situmel'en-voyaisici,ilpourraitfortbienarriveraprèsmondépart. Lems.prendforme,jecrois,maiscetravailvame retarderunpeu.Cependant,jedevraisenavoirfiniavec laCal.enavril. Bill
AJOANWILLIAMS[ms.] HôtelBeverly-Carlton Berverly-Hills [Californie] [11février1951] Jesuisicijusqu'auiermarsenviron.Endroitmer-veilleux,travailmerveilleuxquivautpresqueles 200odollarshebdomadairesqu'ilsmeversent.Envoie-moile3eacteici.J'aimeraisquenouspuissionsnous voir.ParléàtamèrelorsdemonpassageàMemphis cejour-là.Dis-moicommentvatontravail. Bill
FaulknerpartaitpourHollywood,ildevaittravailleravecHawks 1 surlescénariodeLaMaingaucheduSeigneur(TheLejtHandofGod).
Lettressurl'écriture
AJOANWILLIAMS
[ms.] HôtelBeverly-Carlton
Dimanche[4mars1951 ] Lettretrèstardive.J'aiétéfortoccupé.Jedevaisrece-voiruneprimesilescénarioétaitécriten4semaines, résultatacquiscematin,avecunjourd'avance.Jeserai deretourchezmoidansunesemaineenviron,dixjours. JeseraiàNew Yorkentrele10avriletleiermai,àpeu près. Icilavilleestpleinedebourgeoistrèsrichesquin'ont pasencoredécouvertl'existencedel'encéphale,oude l'âme,toutaumieux.Tempssplendidesacrémentmono-tone,etjecommenceàm'enlasser,jemeremettraiavec plaisirauxtravauxdelaferme. Bill
AJOANWILLIAMS
Vendredi[peut-êtreprintemps1952]
[dactyl.] [Oxford]
J'airegardéencoreunefoistonms.Tuapprends. Maintenantilfautpeiner,souffrirdessustunedois jamaisêtresatisfaitemêmequandtusaisqu'iln'estpas humainementpossibledemieuxfaire,tunedoispas traînerquandtuasfiniparcequetun'aspasletemps, tudoistedépêchertedépêchertedépêcherderécrire tontexte,pourluidonneruneformemeilleure,lameil-leure.Nonpasunereprisedelamêmehistoiremais JoanWilliams,quiestcapabledepeineretdesouffrir
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etquin'échangeraitsaconditioncontreaucuneautre aumonde. Écris-moiquandtuaurasletemps.J'aimesavoirce quetufais.Es-tuheureuse,découvres-tuquelquechose quetuignoraishier?Raconte-moitout.
Samedi Tuvoiscequejeveuxdirequelquechosedenou-veauquifaitquecelavalaitlapeinedevivrehierpour vivreaujourd'hui,etcommetusaisquetupourras encoredécouvrirquelquechosedenouveau,celavaut lapeinedevivreaujourd'huipourvivredemain. Lems.estencoretropprolixe.Ilfautcondenser.Ily aplusd'écriturequedesujet;car,tuvois,jel'airelu hiersoir.Lasolituded'unenfant,cen'estpasunsujet suffisant.Ilfautquelasolitudesoituncatalyseurréagis-santsurlaviolencedespassionsuniversellesducoeur humain,dumondedesadultesquel'enfantnefait encorequ'observer.Tuneveuxpasécrireseulementdes choses«charmantes».Entoutcasilsemblebienqueje n'aiepasl'intentiondetelaisserfaire. [pasdesignature]
AJOANWILLIAMS
[7mai1952]
[dactyl.] [Oxford]
Oui,jedoisfaireundiscoursàl'InstitutduCotonà Cleveland(Mississippi)le15,êtreàNew Yorkle16, àParisle19,etderetourchezmoiversle15juin. Cestemps-cijemèneuneviebanale,active,purement physique,jem'occupedelaferme,jedresseunpou-lain,jefaisfairedessautsd'obstacleàuncheval.Ilya bienlongtempsquej'aiéprouvélesaffresqu'onéprouve
Lettressurl'écriture
àalignerdesmots,jecroismêmeavoiroubliéceque c'est.Cequisignifiesansdoutequejemeprépare,que j'accumuledel'énergieouappelleçacommetuveux, pourrepartir.C'est,jecrois,cequit'arriveence moment.Quandona écritunjourquelquechosequ'on nesesentpasobligédehaïr,c'estcommelecancer,on nes'enremetjamais. [pasdesignature]
AJOANWILLIAMS
Jeudi[6novembre1952]
[dactyl.] [Oxford]
toiaussi,tuasunchoixàfaire.Jecroisquetul'as déjàfaitlechoixentrel'artetlesvaleursbourgeoises. Jetel'aidéjàécrit,Jaket'alibérée.Tunepeuxpaste donnerauxdeuxàlafoiset,entantquemembrede l'espècehumaine,tusouffrirasdetaconditiond'ar-tiste.Tudoist'attendreaumépris,àl'aversion,àl'in-compréhensiondetessemblables,queledestinn'apas condamnésàcréerquelquechosedenouveauetde passionné.Aucunartisten'yéchappe.
AJOANWILLIAMS
[pasdesignature]
[dactyl.] [Oxford]
Mercredi[31décembre1952] Cequejeprévoyaisestarrivé.Jesuisàsec.Jeveux direincapabled'écrire.Çaacommencéilyatrois jours.Lesmotsquejemetssurlepapiernesontpas
LaNouvelleRevueFrançaise justesetlesmotsquejesaisêtrejustes,jenepeuxpasles écrire.Jesuisincapabledetravaillerici,jel'aidéjàcons-tatémaisj'avaiscrupouvoirmeservirdemonélan,le tempsquejesuiscontraintdepasserici.Maiscetespoir estvain,j'enaibienpeur,etjeneferairiendebonsi jenem'éloignepasd'ici.
[pasdesignature]
AJOANWILLIAMS[dactyl.] [Oxford] Vendredi,22heures[2janvier1953] J'avaistort.Letravail,lems.estreparti.Pascommeje voudraiscen'estpaslemerveilleuxélan,l'extase comparableàl'orgasme,commenousdisionscesoir-là chezHall.Celarésultedelavolonté.Jenesuispassûr detenirtrèslongtemps.Maissuisheureuxdeconsta-terquej'ensuisencorecapable,quejepeuxécrirece que jeveuxquandjeveux,parlesimpleeffetdela volonté,enmeconcentrant,quej'ensuisencore capable.Maissacrebleu,jeveuxpouvoirlefairepourle plaisiretnonpassimplementpourprouveràbillf.que j'ensuisencorecapable. [pasdesignature]
AJOANWILLIAMS
Jeudi[8janvier1953]
[dactyl.] [Oxford]
Quit'aditquetun'étaispascapabled'écriredesnou-velles?Unenouvelle,c'estlacristallisationd'uninstant i.Dansl'appartementdel'éditeurHarrisonSmith,à NewYork.
Lettressurl'écriture
arbitrairementchoisiunpersonnageestenconflit avecunautrepersonnage,avecsonmilieuouaveclui-même.Noussommestombésd'accordilyabienlong-tempspourdirequec'estlegenrelittéraireleplusdif-ficileaprèslapoésie.Testroistextessontdesnouvelles etnonpasdesétudespsychologiques. Montravailavancefichtrementbien.Écrireici,c'est difficile,etçaprenddutemps.J'aientrainquelque chosedenouveauçameva.Jetrouveencorel'énergie etlefeunécessairesquandj'enaibesoin,Dieumerci.
AJOANWILLIAMS
Mercredi[29avril1953]
[pasdesignature]
[dactyl.] 1 [Oxford]
Jetravailleaugroslivre.Maintenant,jesais,jecrois queceserapeut-êtreladernièredemesœuvresmajeures, ambitieuses;ilyauradestextesbrefs,biensûr.Jesais quej'approchedelafin,dufonddutonneau.Cen'est pasquelaqualitéaitbaissémaisjesaismaintenantque laquantitéestlimitéecarcequejetirecharrietoujours desimpuretés,qu'ilmefautéliminer.Etmaintenantje peuxenfinjeteruncoupd'oeild'ensemblesurceque j'aifait.Jeveuxparlerdel'oeuvre,biendistinctedema personne;dutravailquej'aiaccompli,biendistinctde cequejesuis.Etpourlapremièrefois,jecomprends enfinqueldonextraordinairej'avaisreçuavoir accomplicelasanslamoindreinstructionausensvéri-tabledumot,sanscompagnonsnonseulementversés enlittératuremaismêmeinstruits!Jenesaispasd'où celam'estvenu.JenesaispaspourquoiDieuoules dieuxouquiconqued'autrem'ontchoisicommerécep-
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Detouscesvisages,detoutescesmains,de tousces corpscontemplésàhuisclosmamémoirecommeun templegardelesouvenir. Cequejem'entêteàsignaler,c'estquel'élément, essentielàcettevénération,étaitl'incognito.Ilfallait autantquepossible,quel'Hommequej'adoraisnefût personnequejepussenommer,identifier.Lapureté, l'universalitédenoséchangesexigeaientquej'eusse affaireàuninconnuetquejefusseuninconnupourlui. Certes,ilm'estarrivéd'aimerquelqu'un.Alors,toute lamystiquedontj'avaisplusbesoinqued'amour s'effaçait,anéantie. Prostituésounon Undeshommeslespluséruditsetavertisqueje connaissevientdemedire(ilesthomosexuelcomme pasun)qu'ilnesauraitavoirderapportsintimesavec unêtredontilneconnaîtraitpaslepedigree,lepatro-nyme,qu'iln'étaitparconséquentpasquestionpourlui derencontrerquelqu'unquiseprostituaitenmaison close. Ilmesemblequec'estdumomentqu'onmeres-semblel'aveu,lesigned'uneincompréhensiontotale decequ'estessentiellementl'homosexualité. Certes,jelerépète,j'aipuaimer«quelqu'un))pour lui-même,«quelqu'undontlapersonnem'était )) connuedeaàz,maisalors,monémoiseréduisait devantluiàsaplussimpleexpression.L'amitié,l'amour n'ontriendecommunaveccequejedemande,avecce quej'attends,quandjerechercheunêtreanonyme chezM"~Made.Cequejerecherche,cequej'attends nerelèventpas delasentimentalité,delasensualité, maisd'unesortedemystique.Oui,jel'affirme,c'est aveccesinconnus,rencontrésj'aiditcommepar hasard,quej'aiobtenulecombledemesvœux l'Hommedeuxfoisnu,parce quedébarrassédelaper-sonne,parce quejenem'embarrassaisavecluideper-
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