Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

Vous aimerez aussi

La Nouvelle Revue Française N° 211

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 362

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 303

de editions-gallimard-revues-nrf

Du même publieur

NOUVELLE LA REVUEFRANÇAISE
L'UtopiedeCasanova
Casanovarésolument,etplusd'unefois,lenie;mais RivesChilds,dontonpeutconsidérerlabiographiede l'écrivainvénitien(finissons-endel'appeleraventurier ill'étaitentoutetappelons-leenfinécrivain) commeunmonumentdeconfiance,sembleavoirun doutesurcepoint«IrèneRinaldi(ouBalzali),une autredesesmaîtresses,pouvaitelleaussiavoirétésa fille»(elleaussicommeLeonildaetnouscitonsd'après l'éditionparisienne,1962,deJean-JacquesPauvert, pluscomplètequel'éditionanglaiseCasanova,biographie nouvelled'aprèsdesdocumentsinédits).Pourquoicedoute, delapartd'unhommesiconfiantenversson Casanova etjamaisdéçudanssaconfianceparlesrésultatsd'an-néesetd'annéesderecherches? CasanovaaconnulacomtesseRinaldien1746.Ilen parledanslechapitrehuitdusecondvolumedel'His-toire
«Cetaimablegarçonquetoutlemondeaimait,et qu'oncroyaitespritfort parcequ'onlevoyaitavec
LaNouvelleRevueFrançaise
M.AngeloQuerinietM.LunardoVenier,meprésenta dansunjardindelaZueccaàunebellecomtesseétrangère quimeplut.Nousallâmeslemêmesoirchezelleàla Locandeduchâtelet,aprèsm'avoirprésentéson maricomteRinaldi,ellenousengageaàresteràsou-per.Lemarifitunebanquedepharaonpontantde moitiéavecMadamej'aigagnéunecinquantainede sequins.Charméd'avoirfaitcettebelleconnaissance,je fuslavoirlelendemainmatintoutseul;sonmariaprès m'avoirdemandéexcusesielleétaitencoreaulit,mefit entrer.Elleeutl'artdansletête-à-têtedemefaireespé-rertoutennem'accordantrien,etquandellemevit partirellem'invitaàsouper.J'yfus,j'aigagnécommela veille,toujoursdemoitiéavecelle etjesuisretourné chezmoiamoureux.Jecroyaisqu'elleseraitbonnele lendemainmatin;maisquandj'yfusonmeditqu'elle étaitsortie.J'ysuisretournélesoir,etaprèsm'avoirfait desexcusesnousjouâmes,etj'aiperdutoutl'argentque j'avaistoujoursdemoitiéavecelle.etjen'aiplusvule comteetlacomtessequeseizeansaprèsàMilan.»
Naturellement,lecomteet lacomtesseRinaldiétaient desjoueursprofessionnelslesagrémentsdecelle-ciet lacapacitédecelui-làpourinclinerlafortunepermet-taientdes'ensortir,etpasdefaçonbienbrillante.Lui avaitfaitchoublancmêmeavecCasanova,amoureuxet joueurpasdesplusrouésencoreparl'interventionde M.Bragadin,ilsavaientétécontraintsdeluirendre unepartiedel'argentqu'ilsluiavaientdistrait.Le sentimentdeCasanovaàleurendroitn'étaitdoncpas desmeilleurs,quandseizeansaprèsillesrencontre àMilaniln'étaitpashommeàoublierunetromperie etdoublepar-dessuslemarché.Amoinsque,letrom-pant,onymîtassezdeverveoud'espritpourl'amuser. Etd'esprit,lecomteetlacomtesseRinaldienétaient toutàfaitdépourvus.Uncoupleplutôtsordide,seize ansaprès.Casanovaauraitalorsrefusédelesvoir,siune
L'UtopiedeCasanova jeunefille«joliecommeuncoeur»n'avaitétéentre eux. Unsoir,àunbalmasqué,Casanovasetrouveàdan-serlafurlanecettedanseétantdanslenombrede mespetitespassions»)avecunejeunefillehabilléeen bergèreparelleinvitéaprèsqu'ill'avaitdéjàpardeux foisdanséeetsesentaitfatigué.«Elleladansasupérieu-rement.Ellefitetdéfittroisfoisàdoublereprisele grandcercle,planantsibienqu'elleparutnepastou-cherterre.Ellem'amishorsd'haleine.Ellemedità l'oreillemonnom,jeluiaidemandélesien,etelleme réponditquejelesauraissij'allaislavoirauxTrois Roisdanstellechambre.»Lelendemain,auxTrois Rois,danslachambrequelajeunefilleluiavaitindi-quée,iltrouveaussilamèrelacomtesseRinaldi. «MmeRinaldiavaitvieilli,maisjel'aidansl'instant et reconnue»ilseditheureuxdelarevoir,maisà peineentend-ilqu'ellevitencoreavecsonmari,son bonheurs'évanouit.Ilveuts'enaller.Alorslacomtesse «Irène,retiensM» onsieur.
«LajolieIrèneàcetordresemitàlaportenonpas commeunmâtinqui,grinçantlesdents,menacela mortàceluiquipensederésisteràsarage,maiscomme unangequiavecunregardenchanteur,calmeetannonce lebonheuràceluiqu'ilarrête.Ellemerenditimmobile. Laissez-moipartir,luidis-je,nouspourronsnous revoirailleurs,laissez-moipartir. Ah,jevousprie,attendezpapa. Enmedisantcela,ellemeregarded'unefaçonsi tendrequeseslèvresattirentlesmiennes.Irèneavaincu; jememetssurunsiège,où,glorieusedesavictoire,elle vients'asseoirsurmoi,jeluifaisdescaressesqu'elle merendtoutejoyeuse.JedemandeàMadameelle estnée,etellemerépond AMantoue,troismoisaprèsmondépartdeVenise. Quandpartîtes-vousdeVenise?
LaNouvelleRevueFrançaise
Sixmoisaprèsvousavoirconnu. C'estcurieux.Sij'avaiseuavecvousunetendre connaissance,vouspourriezmedirequejesuisson père;etjelecroirais,prenantpourunevoixdusangla passionqu'ellem'inspire. Jem'étonnequevousoubliiezsifacilementcer-taineschoses. Ohoh!Jevousrépondsquejen'oubliepasces choses-là;maisjevoistout.Vousvoulezquejerejette lessentimentsqu'ellem'inspire,etcelaserafait;mais elleyperdra. Irène,quececourtdialogueavaitrenduemuette, reprendcourageunmomentaprèsetmeditqu'elleme ressemble. Restez,medit-elle,dîneravecnous. Non,carjepourraisdeveniramoureuxdevous,et uneloidivinemeledéfend,àcequevotremère pré-tend. J'aibadiné,merépondlamère.Vouspouvezaimer Irèneenbonneconscience.»
Casanova,envérité,pointne«voit tout»;oubien,à nousseslecteurs,ilneveutpasfairevoirtout.Leschoses ensontsimplementlà lacomtesseaplaisantéetluia goûtélaplaisanterie.Eût-ilétémoins«casanoviste»et davantagecritique,RivesChildss'enseraitaperçuet auraitrésoluencoreunefoisenfaveurdeCasanova ledoute.Plutôtinsensédanslaréalité,lejeuesttrès subtildanslelivreGiacomoCasanovajoueànous offriruneanticipationsymbolique,unemanièred'ou-verture,àlaconsommationréelledecetincesteque, sansvoilesetsanslemoindresentimentdeculpabilité, ilnousraconteradansledernierchapitreduonzième volume.Acemoment-là,lepersonnageCasanovane saitpascequiarriveraàSalerne,enaoût1770,avecsa filleLeonilda;maisl'écrivainCasanovasaitcequiest arrivé.Acemoment-là,danslachambredesTroisRois,
L'UtopiedeCasanova ilnepouvaitêtrequeconfusetexcitéconfusément excitéparcetterévélationd'uneimpossiblepaternité; maisàl'instantilrevitlascène,ill'écrit,ilsait fût-cesanslesavoirqu'alorsjustementcommenceà sedessinerenlui,àseprojeter,l'utopiedel'incesteet c'estpourquoi,surlemodedelaplaisanterie,comme pourentrerdanslejeudelacomtesse,ilenesquissela théorisation(lesentimentdelapaternitéquidevient transportérotique). Ilfaut direaussiquelavenued'Irène,outrequ'elle préfiguredanslafictionunetransgressionbienréelle, déchaînedansl'Histoireuneauthentiqueorgieparen-taleetprécisémentdanslespremierschapitresdu neuvième volume.Lesparentéssontnominales,fictives maislajouissancequeCasanovatiredecesnoms,deces fictions, estàn'enpasdoutervraieetréelle.On commenceparledépartdeMilanencompagniede l'amieabandonnéedeCroce(laCroix,dellaCroce,de laCroix,deSantaCroce,Crosin)qu'ilfaitpasserpour sanièceetqu'ilappelleratoujours«manièce».Il espéraitn'enpastomberamoureux(c'est-à-direne pas coucheravecelleetonenvientàconsidérercomme heureuseuneépoqueetheureuxuncaractèrel'amourétaitfairel'amour;cequ'ontented'imiter aujourd'hui,maisd'unefaçontriste,maisd'unefaçon morose),neluiinspirerquedel'amitiéetdelaconfiance. Maisc'étaitunproposinventécommelaparentéeten fonctiond'ellec'est-à-direunefictionrattachéeà l'autreet,toutesdeux,pourrendreplusagréablela réalité.Déjàlelendemaindubeauproposde nelui inspirerquedel'amitiéetdelaconfiance«Jel'ai embrasséed'exubérancedecœur,etayanttrouvésursa belleboucheunbaiseraussiardentquelemien,l'idée d'amourvintmeséduire.Jeluiaidemandésiellevou-laitquenouscouchassions ensemble.»Maiscelaarri-veraplustard.Pendantcetempsréapparaît,maisfugiti-vement,Irène.EtpuisapparaîtMarcoline,lamaîtresse
LaNouvelleRevue Française deGaetanoCasanova«lecadetdetousmesfrères quej'avaistoujoursméprisé».GaetanoCasanova, auquelonavaitdéjàconférélesordresdusous-diaconat, étaitenfuiteaveclajeunefilleetavecsurledosles ennuisdusous-diaconat,dumanqued'argentetdela jeunefilleàlaquelleilavaitpromislemariage.Tousces malheurs,etparticulièrementceluidusous-diaconat, apparaissentàGiacomocommeuneturpitude.Etily metbonordreenemmenantlafilleaveclui.Ilfait cohabiterd'unefaçontoutàfaitheureusedansles échangeslesbiensquis'établissententreellessanièce nominaleetsanominalebelle-sœur((Vousseriezdonc manièceaussi»ditMarcolineàlamaîtresseaban-donnéedeCroce«sij'étaissasœur.Quejeserais heureuse,sij'avaisunesijolienièce!»),jouitduspec-tacledeleursjeux.EtréapparaîtensuiteIrène«tou-jourstrèsjolie,[elle]avaitprisunairdecontentement quirépondaitàmerveilleauxpropos joyeuxqueMarco-lineluitenait,trèssatisfaited'avoirsud'elle-même qu'ellenem'avaitappelépapaqueparcequesamère luiavaitditàMilanqu'elleétaitmafille.Marcoline riaitdetoutsoncœurdecettebelleaventure,ets'atten-daitàvoircettemèrequisoupaitlà-bas,etdontje devaisavoirétél'amant».Dansl'idéequeMarcoline sefait deCasanova,lapaternitéimpossibledevientpos-sible.«Marcoline,toutegrisequ'elleétait,semontra fortsensibleàcettenarrationd'Irène.Ellel'embrassa, etelleluiditquesij'étaissonpèrejenedevaispas l'abandonner.»DefaitCasanovanel'abandonnapas, dumoinspourcettenuit-là«J'aieulavertuderester uneheure,etdavantage,spectateurd'untableau tou-joursnouveau,malgréquejel'avaisvutantdefois;mais enfin devenuesaffaméeselless'acharnèrenttoutesles deuxcontremoiavectantdeviolencequetoutd'uncoup j'aiperdulaforcederésister,etj'aipassétoutelanuiten secondantlesfureursdecesdeuxbacchantes.»Lafic-tiondelarésistancedanslafictiondelatransgression.
L'UtopiedeCasanova
«
LesMémoiresdeCasanovan'ontjamaisétépourmoi, pasmêmedansl'adolescencejelesailuspourla premièrefois,undeceslivresqu'onlit,commedit Stendhal,d'uneseulemain.Larépétitionmonotonede cesscènesquilesfontconsidérerd'unérotismebrû-lant,m'aplutôtfaitpencherducôtédelaconsidération manzoniennecontraireetdel'observationqued'amour etdefairel'amouraumondeilyenatantqu'iln'est nulbesoindelemettredansleslivres.Apartird'un certainpoint,aucoursdemesrelectures,ilm'estarrivé demedemander,etavecdeplus en plusd'assiduitéet deraisons,s'iln'estpaspossibledevoirl'oeuvrede Casanovacommeunpetitunivers,commeun«sys-tème»,quitourneautourd'uneidéefixe,d'uneutopie l'idéefixe,quidevientutopie,del'inceste. Acetteinterrogation,RivesChildsrépondraitsans hésiternégativement.Danslabiographiecitée,fruit, commeonl'adit,delonguesrecherches,l'indexalpha-bétique,aunom«Casanova,Jacques»,énumèreune cinquantainedethèmesquisillonnentl'oeuvrecasano-vienne.Ilsvontdel'abusdeconfianceàlavéridicitédu mémorialiste,maisonchercheraitenvainceluidel'in-ceste.Ilnefautpourtantpasselaisserdécouragerdevant cetteabsence.C'estuneabsenceproprementinjustifiée injustifiéeauregarddel'importancematérielle,objec-tive,quelethèmeadansl'œuvredansl'Histoireetdans l'Icosameronavecévidencemacroscopique.Dansle roman,entantqu'idéed'oùc'estlecasdeledire toutel'actionprolifère;danslesMémoires,commefil conducteursedéroulant,enunecasualitéquifusionne aveclacausalitéets'apparenteaudestin,de1743à1791 Pourrésumerbrièvementen1743,Casanova,en voyagedeNaplesàRome,rencontreLucrezia(Anna
LaNouvelleRevueFrançaise nefûttouràtouretàlafoisdanstouslescoinsdema personne.Jelevoyaistoutentierpartout,sibienque, m'eût-ilabandonné,commeonseretrouvesainetsauf aprèsunnaufrage,mêmeabsent,ilmetientsousluiet jel'embrassed'unseulregardintérieur.Assimilé,il bouge,ilbouttoujoursenmoi,curieuxdetoutesles impudeursetcapabledetouteslesdélicatesses.
ASerge «Cequiestcurieux,c'estquecequenousavons,René etmoi,osé,maintenantquejet'airemarqué,cene futquepourlereprendreavectoi.Jeteferaipasserpar touslescheminsquenousavonspris,partoutesles figuresduballetenquestion.Ainsi,prépare-toiàsubir demapartletraitementleplussubtil,leplushardi, extravagantquisoit.Jenetedispasseplairadans lepaysagedetoncorpslebouquetdemesdixdoigts, jeporteraimaboucheauscandaledelaraison.Pré-pare-toiseulementàunassautsansmesure,sansmerci etsansfin.Quandtucrierasgrâce,iln'yaurapas de grâce.Hypocrite,quieuspeurdemepervertir,jete battraisurtonpropreterrain.Lavoluptédoitréduire deuxcorpsaumêmedénominateurcommun,sens dessusdessous,sensdevantderrière,nihautnibas.»
Castor Castorestmaprison,lelieujem'enfermeavecmes amoursquejeneluilaissepasignorer.Presquejesuis pluschezmoienluiqu'enmoi,tantsonâmeetla miennesesontépousées,confondues,confondanttout cequiestleurenunbienunique,àl'exclusiondenos corps,lasolennitéetlapérennitédenotresentiment mutuelreposantsurlepartipris,surlevœuquenous avonsfaitl'unetl'autredenenousvoirjamaisence monde. Castormeditquejedécrissoncorpsmieuxquesije l'avaisaperçu.C'estquemarésidencehabituelleestson
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin