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La Nouvelle Revue Française N° 291

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La Nouvelle Revue Française N° 211

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LANOUVELLE REVUEFRAN~'AISE
journal1981
Wilfligen,ierjanvier1981.
Delafenêtred'enhautlacampagnemontredes contourssombres,commesouventlorsqu'ilaplusur laneige. Nousavions,ilyaquelquesjours,unfortbrouillard, quelesoleilneparvenaitpasàpercer,maissesrayons s'ydissolvaientenunelueurrosée.Peut-êtrecettemême teinteest-elleapparue,engrand,surnotreplanèteou surd'autresplanètes.Hélioss'annonceparlesaurores. Iln'estpasvuencore,maispressentiàtraverslessiècles.
Uneannéenouvellecommence.Personnellement, j'auraislieud'êtresatisfaitdecellequis'éloigne,mais lemal-êtredumonde,etparticulièrementdemon proprepaysdéchiré,jetteuneombrejouretnuitsur l'esprit.L'éducationhistoriqueacetinconvénient,de maintenirlelienquisedéferait.Onerreencoreun
LaNouvelleRevueFrançaise
certaintempsenterreétrangère,commeHannibalaprès Zama. Lavaleurdel'hommenecessedetomber.Iln'est pluspossibledetablersurlesgrandsmots,dontonn'a jamaisfaitsipeudecas;ilfautvoirparcontrelesréa-lités.Parmielles,ilyalaprised'otages.Lesbandits exigentdesmillionsderançon,lesÉtats,desmilliards. Lavaleurmatérielledel'hommeestexagéréeau-delà detoutemesure;lemystèredesavertucessed'être perçu. Puislemonstrueuxetéphémèreaveuglementdes masses,démontréunefoisdeplus,denosjours,àl'oc-casiondugrandPrésidentMao.Levêtementd'apparat decethommerécemmentencoredivinisépartenlam-beauxcommeduclinquant.
Lapremièrefeuilleducalendriermontreleportrait dupoèteDavison,peintparLouiseBreslau(1856-1927). Jen'aipastrouvélesnomsdecesdeuxartistesdansma petitebibliothèque,etm'étonnecependantqu'une œuvreaussiremarquablem'aitjusqu'iciéchappé. L'impressionnismeconvientparticulièrementaupor-traitilfaudraitpeut-êtreajouterdanslamesureil correspondànotreconceptiondelaPersonne.Ilne suffitpas entoutcasderesserrer l'Impressionnisme entreleNaturalismeetl'Expressionnismesoitentre LeibletBeckmann;ilexisteunsentimentdelaviequise répèteàtraversledevenirtemporel.
J'ensuisencoreàtrouvermerveilleuxquel'onpuisse nonseulementtéléphonerendesendroitsnaguère fabuleux,commeSingapour,maismême«discrimi-ner»d'aussiloin.J'aieulapremièreconversationde
Journalig8i l'annéeavecWolframDufner,là-bas,àquinousren-dronsvisiteenfévrier,etj'aiappris quedegrandspapil-lonsvolaientàcemoment-làsurlapiscine.J'espère aussidesretrouvaillesaveclesmarécagesàpalétuviers leurteintegénérale,latransitiond'unélémentà l'autre,rappellentunpeunotresituationmondiale.
Plusquelechangementd'année,GrégoiredeNysse m'occupel'esprit,avecsonexplicationdelarésurrec-tioncommeretouràlaparfaitenature.Acelarépond l'idée,onnepeutplustéméraire,d'Origène,selonqui lacréationn'estqu'unprécipitédumondeparfait.Ces deuxconceptionss'affrontenttermeàterme. Danscetteperspective,l'œuvred'artpeuts'envisager aussicommeunprécipitél'artistesesouvient,auplus profonddelui-même,d'uneperfectionqu'iln'atteint jamais. Quelestlerôledesdieuxlà-dedans?Peut-êtrecelui demaîtresdesportes.Maisquandleuréons'achève,ils pénètrentdansletemple,lesderniers.Lesprières expirentcontrelemur;ellesn'agissentplus.
Ludwigsburg,3janvier1981.
(SessionannuelledelaSociétéd'entomologiede l'AllemagneduSud-Ouest.) Enroute,nousprenonslesnouvellesàlaradio.Il seproduitalorsunedecesperturbationsconnuesde touslesautomobilisteslesonseperdaupassagesous lespontsetsouslescanalisationsélectriques.Ilestrem-placéparunbruitcrépitant. Quenous nousdéplaçonsau milieuderayonnements
LaNouvelleRevueFrançaise
cachés,nousnepouvonslesavoir,commeici,quepar uneperturbation.Danscecasparticulier,onpourrait parlerd'unetraductionunappareiltientlieud'inter-prète. Celanesignifiepasquelesvariationsélectriques n'agissentpassurnous,demêmequelapressionatmos-phériquequandsoufflelefôhn.Maisilnousmanqueun organespécialpourlesinfluencesélectriques,telque nousenpossédonspourlalumièreetleson.Lanature yarenoncé, commeàd'autrespossibilités,probable-ment,ainsilaperceptionimmédiatedelaradiation atomique. Quel'électricitépuisses'intégreràlastructurede l'économie organique,desêtrescommelaraieoula torpillelemontrent.Desaptitudesquenousavonstar-divementdéveloppéespardesappareilsnousseraient échuesdefaçonnaturelle.Unegrande partiedela techniqued'informationseraitsuperflue.Onpourrait imaginer,outrecela,uncerveaucollectif,doncun mondetotalementautre.
Onadistribuéchezlesentomologistesune«liste rouge»,cataloguedesanimauxquibénéficientdeslois deprotectiondelanature.Celaparaîtlouable,sil'on n'y regardepasdeprès,mais,aufond,celaestdérisoire. QuandjesuisvenuàWilfligen,j'aitrouvédesmasses d'insectesquiétaientmortsentre-temps.Ilfautdireque lesarbresfruitiersdanslesprairiesavaientreçudix-septpulvérisations.J'aipréparé,àl'époque,deuxou troisexemplaires,assurantparàleurespècetoutau moinsuneexistencemuséale. Notons,àtitrede curiosité,quelaprotectiondela natureestsubordonnéeauministèredel'Agriculture, c'est-à-direauxAutoritésquiprésidentàl'innombrable anéantissement.Cesespritsontparailleurslaconscience
Journal1981 sidélicatequ'ilsrefusentàl'écolierlefiletaveclequel ilfaitlachasseàunpapillonréchappédumassacrecol-lectif.Demême,oninterditauxenfantslesjouetsguer-riers,cependantquelesarmesdemortsontproduites enquantitésinégalées.Onnesauraitpenserensemble ceschosesqu'auprixd'uneeffaranteacrobatiemorale.
Wilfligen,6janvier1981.
L'ironieprésupposelabonnesociété.Ilestdesjeux l'onnevoitnilefiletnilaballe;onentendseulement lescoups.L'exploitestsurtoutlefait del'esprit.Lefin joueurestapplaudidecelui-làmêmeauxdépensde quiilagagné. Lahargnefloritdanslamauvaisesociété;ellevade pairavecl'applaudissementdelafouleetdesaffreuses cliques.C'estpourquoielleserépanddanslamesure mêmel'ironiedisparaît.Celle-citourne,pourfinir, aumonologuel'isoléprendcongédansl'entretien socratiqueavecsoi-même.
Devantlafenêtrequidonneausuds'épanouitlecac-tusdontnousavionsrapportélapoussedeTaormine, ilyadesannées.Iladéveloppélapointefloraleetson enveloppeprotectrice;laformeainsiatteintem'en-chanteànouveau,commeàNaplesencetemps-là, quandnous nousasseyions,Albertetmoi,dansune loggia.Lapointes'estlacérée,etlanceautourd'elledes radicellesaériennesafindes'accrocher.Latigedevient organedepréhension,lepieddevientmain.C'estune allégoriecommedansl'Écrituresainte.
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VuLaCageauxfolles,filmquiaeuiciungrandsuccès; onledonnedepuis longtemps.Cetaprès-midiencore, pasmaldemondedanscecinémadeMontparnasse. Classiquehistoiredemétamorphosebaséesurla sexualité,maissanspornographie.Lestravestissements passentparplusieursphases;unhomosexueletsonami untranssexuelsontpoursuivisparlapolice.Ilss'en-fuientenSardaigne,chezlamèredel'amant.Celui-ci présentel'amiàsamère,commeétantsafemme.aussi,lapersécutioncontinue;illeur fautallerchez lesbandits,danslesmontagnes.Letranssexueldoit maintenantporterdesvêtementsmasculins.D'oùce dilemmevis-à-visdesbanditsilluifautsecomporter enhomme,vis-à-visdelamère,enfemmedéguiséeen homme,alorsqu'iln'estenréalitéaucundesdeux, maisbienuntranssexuel. Toutessortesdeclassesd'âgedanslepublic;ilyavait aussidesenfants.Ilss'amusaient.Progrès,manifeste-ment,delaconsciencegénérale,etquineselaissepas aisémentdéfinir.Unthèmejusqu'icitabouestpubli-quementexposé,etsuscited'unepartapplaudissement, d'autrepartindignation.Ildevientensuitequasiment biencommun,etperdsoncaractèrechoquant.Lephal-lusdevientmotifpourleslampesetlespoignées deporte,ou,commeàPompéi,pourlesbornesdes rues. Lecomiquen'yperdpasforcément.Léautaud avaittrouvé,enfant,desphotographiesobscènesdans lebureaudesonpère;ellesl'amusaient,sansqu'ilpût lescomprendre. Unmembreénormepeut,commeunnezdeCarnaval, avoiruneffetcomique;àlaported'unlupanar,il acquiertuncomiquespécialuncomiquepoursoi. L'instinctquipousseàgriffonnerdesimagesetdescou-
Journal1981 pletsobscènessurlesmurs,ouencore,sil'onsongeà Herculanum,àleséterniser,dénoteunbesoin,etsa satisfaction. Quelqu'unvient,ensecret,commeàdesmystères interdits,etseretirefurtivement.Est-iltémérairede voirunactecultuel?Etya-t-ilmauvaisgoûtàdéplo-rerquecesgraffitidisparaissent?Maiscen'estpasaffairedegoût. Ilvaudraitlapeinedecherchercomments'attisele rire.Onydevinelarusedesapproches,onydevine aussilesrévoltes.Ledéfiàlarègle,àl'ordre,àlaloi, fouaillel'esprit.Noussommeslesprisonniersdumonde, lepôleopposéaurire,cesontlesmathématiques.Lais-sercourirleschiffres,c'estungrandthème. L'obscèneprovoquelagaîté,mêmesurlessarco-phages,cesontdesdieuxquis'approchent,àvraidire nondansleurgrandeur;onsemêleiciaucortègede Dionysos.Ilenvaautrementdecequiestgrossièrement pornographique,etquifaitplutôtpeur.Là,c'estla volontébrutale,animale;lerireaucontrairevientd'une émotiondudiaphragme,dusystèmevégétatif.
J'aiprisfroid.Lesoir,pourlireencoreunpeu,j'ai choisidanslabibliothèquedePaulRavoux,laCorres-pondancedeMadame,Duchessed'Orléans(Paris,1869). C'estaprèsquelquespagesseulementquej'aicompris qu'ils'agissaitdeslettresd'Élisabeth-CharlottedePala-tinat,«Liselotte»,laPalatine.Lecturequimeplaît davantagedanslatraductionquedansl'original.Jesais quejemeseraisquerellélà-dessusavecPerpetua,dont cettecorrespondanceétaitprécisémentl'unedesdistrac-tionspréférées.Onyvoit,soulignées,lesrévérences superfluesdonts'accompagnentfinetcommencement, lesbagatellesfamilialesdesminusculesprincipautés allemandes,beaucoupd'enflurebaroque,d'intermi-
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socialistes.Enoutrel'idéedumatriarcatlesoccupanon seulementparlanotionducommunismeprimitifqui s'yrattachemaisaussiparlebouleversementduconcept d'autoritéqu'elleamène.C'estainsiquePaulLafargue, gendredeKarlMarxetl'undesraresmaîtresdesa méthode,termineenfaisantallusionàlacouvade sonessaisurlematriarcatparlaconsidérationsuivante «Nousvoyonsquelafamillepaternelleestuneinstitu-tionrelativementrécente;sonentréedanslemonde estcaractériséepardesdiscordes,descrimesetdeviles niaiseries.»L'accentquin'estcertespasceluid'une recherchedésintéresséelaissepercevoirquellescouches profondesdel'individului-mêmesontmisesenjeupar cesquestions.Cesontellesquiontconféréleurton passionnéaudébatquis'estdérouléautourdeBacho-fenetauquellesverdictsdelascienceelle-mêmen'ont nullementéchappé.Partoutcesthéoriesontprovoqué uneréactiondanslaquellelavieintimedel'affectivité etlesconvictionspolitiquessemblentuniesindissolu-blement.DansuneremarquableétudesurlaSignifica-tionpsychologico-socialedesthéoriesmatriarcales,Erich Frommatoutrécemmentétudiécetaspectdelaques-tion.Enévoquantlesfiliationsmultiplesentrelarenais-sancedeBachofen etlefascisme,ildénoncelapertur-bationsérieusequi,danslasociétéactuelle,menaceles relationsentreenfantetmère.Ainsi,dit-il,«l'aspira-tionàl'amourmaternelestremplacéeparcelled'être protecteurdelamèrequiestvénérée,placéeau-dessus detout.Cen'estpluslamèreàlaquelleincombele devoirdeprotéger,c'estellequiabesoindetutelleetde sauvegardedesapureté.Etcettefaçonderéagircontre lestroublesquiontatteintl'attitudenaturelleenversla mèreamodifiédemêmelessymbolesquilafigurent commepays,peuple,terre».