La Nouvelle Revue Française N° 341

De
Patrick Modiano, La Seine
Karl Reinhardt, Gygès et son anneau
Jude Stéfan, Poèmes verticaux
Pascal Quignard, Le Petit Cupidon
Gérard Macé, Rome à ciel ouvert
Chroniques :
Daniel Leuwers, L'ultime dépendance de René Char
Gilles Quinsat, La langue deux fois perdue
Clément Rosset, Nietzsche aujourd'hui
Henri Thomas, Reportage
Serge Dieudonné, Éros porte-monde
Chroniques : le théâtre :
Florence Delay, Marlowe – Sternheim – Bernhard
Notes : la poésie :
Gwénaël Gouérou, Poèmes, d'Henry-Jean-Marie Levet (Éditions Le Pont de l'Épée)
Notes : la littérature :
Gerard Barriere, Correspondance, d'Albert Camus et Jean Grenier (Gallimard)
Robert André, Mais enfin qui êtes-vous?, par Marcel Arland (Gallimard)
Pierre Bourgeade, Petit entracte à la guerre, par José Cabanis (Gallimard)
Jean Blot, L'impossible coïncidence, par Martine de Courcel (Hermann)
François Trémolières, Joseph d'Arimathie et Merlin l'Enchanteur, par Florence Delay et Jacques Roubaud (Gallimard)
Alain Calame, Oulipo 1960-1963, par Jacques Bens (Christian Bourgois)
Notes : le roman :
Jacques Laurans, L'homme sans nouvelle, par Armand Robin (Georges Monti)
Francine de Martinoir, La femme gelée, par Annie Ernaux (Gallimard)
Pierre-Louis Rey, Le football, c'est la guerre poursuivie par d'autres moyens, par Pierre Bourgeade (Gallimard)
Notes : les essais :
Pierre-François Moreau, L'athéisme dans le christianisme, par Ernst Bloch (Gallimard)
Pierre-Louis Rey, Ouvertures : Éros et les clefs de la liberté, par Yves Florenne (P.U.F.)
Jacques Laurans, Wim Wenders (Caméra/Stylo, n° 1)
Notes : lettres étrangères :
Jeanyves Guérin, L'Othello de Shakespeare, par Jean Vauthier (Gallimard)
Hervé Cronel, Le poète et les lunatiques, par G. K. Chesterton (Gallimard)
Philippe Dulac, Feu pâle, par Vladimir Nabokov (Gallimard)
Christine Jordis, Chez les heureux du monde, par Edith Wharton (POL Hachette)
Valentin Beauvois, Le Prince jaune, par Vassil Barka (Gallimard)
Laurand Kovacs, Un long été à Istanbul, par Nedim Gürsel (Gallimard)
Notes : le théâtre :
Yerri Kempf, Athalie, de Jean Racine (Théâtre de l'Odéon) - Dom Juan, de Molière (Théâtre de l'Odéon)
Notes : les arts :
Jean Revol, Amadeo Modigliani (Musée de la Ville de Paris)
L'air du mois : Jean Cassou, Adieu aux Halles
Jacques Réda, Décembre à Châtillon
Jean-Pierre Otte, Le souffleur de verre
Jean-Loup Trassard, Ouailles (II)
Textes :
Charles Fourier, Les Progrès de l'intempérie
Publié le : lundi 13 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072380679
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFrançaise
LaSeine
ABoulogne,quaiduPoint-du-Jour,unrayondesoleil éclairaitlepandemurd'unpetitimmeubleilétait écritencaractèresbleusàmoitiéeffacésBlache.J'ai questionnélepatronducafévoisin.CeBlachetenait unatelierderéparationsdecyclesaufonddelacour etilétaitmortdepuislongtemps.Safille,elle,était partietrèsjeunevivresavie. J'aipenséàla«comtesse»,lamèredeBijou.En fouillantdansuntiroir,CoursAlbert-Ier,j'avaisdécou-vertunecarted'identitéaunomde«BlacheOdette». Surlaphoto,jereconnaissaisbienla«comtesse».Et parunecoïncidence,commeils'enproduitquelquefois pourrécompenserceuxquicherchentvainementle tracéd'uncheminperdu,quatrefeuilletsdepapier-pelureétaienttombésunpeuplustardentremesmains grâceàlagentillessed'unsecrétairedelaPréfecture dePoliceauquelj'avaisdemandé,àtouthasard,s'il n'yavaitrien,là-bas,aunomde«Blache».
LaNouvelleRevueFrançaise
Lesfeuilletscontenaientunelistedenomstapésàla machineunerafle,faitedenuitdansdesbastringues, ducôtédelapasserelledeCharenton,laSeineet laMarneserejoignent. Etparmicesnoms,j'ailuBlache,Odette,dix-huit ans,23bisquaiduPoint-du-Jour,Boulogne. LeCoursAlbert-Ier.Etl'ancienatelierdeceBlache àBoulognesurlequai.En avaldufleuve,l'îlede Puteaux,près delaquellelagrosseMadeleine-Louis avaitamarrésapéniche.Etdel'autrecôté,àl'est,la passerelledeCharenton. LaSeinepassepartouscesendroits,laSeinecouleur desyeuxdeBijou.
Jefréquentaisalorsuncoursd'artdramatique.De touslesélèvesdeceCoursMarivaux,aucunn'afait carrièredanslespectacle,sauflepetitgrosquenous appelions«Bouboule».Onlevoitsouventàlatélé-visionetsurlesscènesdesthéâtres.Ilneluireste plus beaucoupdecheveuxmaissonvisagen'apaschangé lemêmeBouboulequeceluiquej'aiconnu. QuandjemesouviensduCoursMarivaux,c'esttou-jourssurunfondd'hiveretdenuit.J'avaisdix-huit ansetj'assistaistroisfoisparsemaineaux«séances d'ensemble»,selonl'expressiondenotreprofesseur, uneanciennesociétairedelaComédie-Française,qui avaitdécidé,autermed'unecarrièredetragédienneet degrandeamoureuse,dedépensersonénergieetd'as-souvirungoûtrestévifdescontactshumainsencréant, danssonrez-de-chausséeprochedel'Étoile,leCours Marivaux,«antichambre duthéâtreetducinéma,du music-halletducabaret»,commel'annonçaitlepros-pectus. Oui,c'esttoujourssurunfondd'hiveretdenuitque
LaSeine
jerevoisnos«séancesd'ensemble»,devingtheuresà vingt-deuxheurestrente.Alasortieducours,nous bavardionsunpeuavantdenousperdre,Bouboule, moietlesautres,dansleblack-out.J'aidelapeineàme rappelerleursnomsetleursvisagesàtous.Seuls demeurentdansmamémoire,BoubouleetSonia O'Dauyé. EllefutlavedetteduCoursMarivaux.Ellen'avait participéquedeuxoutroisfoisaux«séancesd'en-semble»carelleprenaitdescoursparticuliersavec notreprofesseur,luxequ'aucundenousnepouvaitse permettre.Uneblondeauvisageétroitetauxyeuxtrès clairs.Toutdesuite,ellenousintrigua.Endépitdeses vingt-troisans,elleavaitcertainementdixouquinze ansdeplusquenous.Elledisaitapparteniràune familledel'aristocratiepolonaiseetànotregrande surprise,ellen'étaitpasauCoursdepuisunmoisque l'onparlaitd'elledanslesdeuxoutroismagazinesde cetemps-là.Elleferaitprochainementdisait-on «sesdébutsauthéâtre». Notreprofesseur nousrépondaitdemanièreéva-sivequandnousluiposionsdesquestionsausujet des«débuts»prometteursdela«comtesse» ainsil'avions-noussurnommée.MaisBouboule,plus dégourdiquenousautresetquifréquentaitdéjàle mondedescoulisses,desstudiosetceluidesboîtesde nuit,nousexpliquaquela«comtesse»habitaitCours Albert-Ierunsomptueuxappartement.Boubouleflairait quelquechosedelouchelà-dedansAcoupsûr,on entretenaitla«comtesse».Sinon,d'oùvenaitl'argent quela«comtesse»dépensaitàprofusionchezlescoutu-riersetlesbijoutiers?D'aprèsBouboule,elleréservait destablesd'unedizainedecouvertsàlaTourd'Argent, invitaitunpeun'importequi,offraitdescadeaux,et certainsn'yrésistaientpas.Lui,Bouboule,auraitbien aiméfairepartiedelabandedela«comtesse». Maistoutcelanecompteraitguèreplusaujourd'hui
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qu'unecouronnedefleursfanées,surlecouvercled'une poubelle,s'iln'yavaitpaseulapetiteBijou. Jel'aiconnuelejourduconcoursannuel.Notrepro-fesseuravaitaménagéunescènedethéâtredanslapièce laplusspacieuseetlaplushautedesonappartementet parmiunecinquantainedespectateurs,unjurysiégeait, composédequelquespersonnalitésdumondedesarts etduspectacle. J'étaisunélèvedetropfraîchedatepourparticiperà cettecérémonieetpartimidité,jenemerendisrueBeau-jonqu'aprèsleconcours.Dansla«salledethéâtre», Boubouleetquelques camaradespoursuivaientunedis-cussionanimée. C'estla«comtesse»quiaeulepremierprixde tragédie,meditBouboule.Moi,ilsm'ontdonnéun accessitdemusic-hall. Jelefélicitai. ElleavaitchoisilascènedelamortdeLaDameaux Camélias,maisellenesavaitpassontexte. Ilsepenchaversmoi. Toutçaétaitarrangédepuisledébut.Des combines,monvieux.La«comtesse»adistribuer desenveloppesaujuryetàMmeSans-Gêne. MmeSans-Gêne,c'étaitnotreprofesseur.Elleavait brillé danscerôle,jadis. Figure-toiquedesphotographessontvenusspécia-lementpourla«comtesse».Elles'estfaitinterviewer. Unevedettequoi.Elleatouslespayertrèscher. C'estalorsquejeremarquai,toutaufonddelasalle, surl'undessiègesdeveloursrouge,unepetitefille endormie. Quiest-ce?demandai-jeàBouboule. «omtesse» Lafilledelac.Ellen'apasl'airde s'enoccuperbeaucoup.Ellemel'aconfiéepour l'après-midi.Seulement,moi,çanem'arrangepas. Jedoispasseruneaudition.Tunevoudraispast'en occuper,toi?
LaSeine
Situveux. Tulabaladesunpeuettularamèneschezla comtesse,24CoursAlbert-Ier. D'accord. Jefile.Tuterendscompte?Onvapeut-êtrem'en-gagerdansuncabaret. Ilétaittrèsagitéetsuaitàgrossesgouttes. Bonnechance,Bouboule. Ilnerestaitplusdanslasalledethéâtrequecette petitefilleendormieetmoi.Jem'approchaid'elle.Sa joueétaitappuyéeaudossierdufauteuil,samain gauchesursonépauleetlebrasrepliécontresapoi-trine.Lescheveuxblondsetbouclés,elleportaitun manteaubleupâleetdegrosseschaussuresmarron. Elleavaitsixouseptans. Jeluiaitapédoucementsurl'épaule.Elleaouvert lesyeux. Desyeuxclairs,presquegris,commeceuxdela «comtesse». Ilfautqu'onaillesepromener. Ellem'aconsidéréd'unair étonnéetpuiselles'est levée.Jeluiaiprislamainetnoussommessortistous lesdeuxduCoursMarivaux.
Ensuivantl'avenueHoche,nousétionsarrivésdevant lesgrillesduParcMonceau. Tuveuxqu'onsepromènelà? Oui. Ellehochaitlatête,docile. Verslagauche,ducôtédu boulevard,ilyavaitdes balançoiresauxpeinturesécaillées,unvieuxtobogganet unbacàsableen ciment. Tuveuxjouer? Oui. Personne.Aucunenfant.Lecielétaitbasetd'une blancheurd'ouatecommes'ilallaitneiger.Deuxou troisfois,elleaglissésurletobogganetellem'ademandé
LaNouvelleRevueFrançaise d'unevoixtimidedel'aideràmontersurlabalan-çoire.Ellenepesaitpasbienlourd.Jepoussaislabalan-çoireetellesetenaitassise,trèsraide.Detempsen temps,ellemeregardait. Tut'appellescomment? Martine,maismamamanm'appelle«Bijou». Unepelletraînaitdanslebacàsableet elleacom-mencéàfairedespâtés.Assissurlebanc,toutprès,j'ai constatéqueseschaussettesétaientdetailleetdecou-leurdifférentes,l'unevert foncéjusqu'augenou,l'autre bleuedépassantdequelquescentimètresdelachaussure marronauxlacetsdénoués.La«comtessel'avait-elle habilléecejour-là? J'aicraintqu'elleneprennefroiddanslesableet aprèsluiavoirlacésachaussure,jel'aientraînéede l'autrecôtéduparc.Quelquesenfantstournaientsur leschevauxdumanège.Elleachoisides'asseoirdans l'undescygnesdeboisetlemanèges'estébranléen crissant.Chaquefoisqu'ellepassaitdevantmoi,elle levaitlebrascommepourmesaluer,unsourirepresque imperceptibleauxlèvres,samaingaucheserrantlecol ducygne. Auboutdecinqtours,jeluiaiditquesamaman l'attendaitetquenousdevionsprendrelemétro. J'aimeraisbienrentreràpied. Situveux. Jen'osaispasleluirefuser.Jen'avaispasencorel'âge d'êtresonpère. NousavonsrejointlaSeineparlaruedeMonceauet l'avenueGeorge-V.C'étaitl'heurelesfaçadesd'im-meublessedétachaientencoresurle cielunpeuplus clair,maisbientôttoutseconfondraitdanslenoir. Ilfallaitsepresser.Commechaquesoir,àcetinstant-là,jemelaissaisenvahirparuneangoissediffuse.Elle aussi,puisquejesentaislapressiondesamaindansla mienne.
LaSeine
Surlepalierdel'appartement,j'entendaisdesmur-muresdeconversationetdesrires.Unefemmebrune d'unecinquantained'années,auxcheveuxcourtsetau visagecarréeténergiquedebull-terrierestvenuenous ouvrir.Ellem'ajetéunœilsoupçonneux. Bonjour,Madeleine-Louis,aditlapetite. Bonjour,Bijou. Jeramène.Bijou,ai-jedit. Entrez. Danslevestibule,desbouquetsde fleursétaientposés àmêmelesol,etjedistinguais,aufond,parladouble porteentrouvertedusalon,desgroupesdegens. Uninstant.J'appelleSonia,m'aditlafemmeau visagedebull-terrier. Nousattendionstouslesdeux,lapetiteetmoi,parmi lesbouquetsde fleursquijonchaientlevestibule. Ilyenadesfleurs.ai-jedit. C'estpourmaman. La«comtesse»estapparue,blondeetrayonnante, dansuntailleurdeveloursnoirauxépaulesincrustées dejais. C'estgentilderamenerBijou. Voyons.Lamoindredeschoses.Jevousféli-cite.pourvotrepremierprix. Merci. Merci. J'étaismalàl'aise.J'avaisenviedequittertoutdesuite cetappartement. Ellesetournaitvers safille. Bijou,c'estungrandjourpourtamaman,tusais. Lapetitefixaitsurelledesyeuxdémesurémentagran-dis.Del'étonnementoudelapeur? Bijou,mamanareçuunebellerécompenseaujour-d'hui.Ilfautquetuembrassestamaman. Maiscommeellenesepenchaitpasverssafille,celle-ciessayaitvainementdel'embrasserensedressantsur lapointedespieds.La«comtesse»nes'enapercevait mêmepas.Ellecontemplaitlesbouquets,parterre.
LaNouvelleRevueFrançaise
JEAN-FRANÇOISSENÉ LeCarthaginoiscartilagineux
ANNESERRE LaMortdeVirgile,d'H.Broch
SERGIOSOLMI
Mémoireetcréation(traduitdel'italienparGérard MacéetÉlianeFormentelli)
MICHAELSPENCER
LesProgrèsdel'intempérie,deCh.Fourier(présen-tation)
JEANSTAROBINSKI RousseauetBaudelaire(Lesenfantseffarés)
JUDESTÉFAN LeBoutdesBordes,deJ.-L.Parant Vingtpoètesaméricains,dej.Roubaud LeDix-SeptièmeSiècle AndréSuarès Poèmesverticaux
Reportage L'Imparable Reportage Reportage Reportage Reportage Reportage
HENRITHOMAS
17y
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