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Cœurintermittent,cœuraventureux
PROUSTETJÜNGER
L'enchantementdustyledeProusttientaussidela perfectiondelasociétéqu'ilfaitrevivre. Ilyaeuunpariproustiensurletempscommeilyaun paripascaliensurl'éternité.RiennegarantissaitProust qu'ilpût,àlafindesavie,fairedelasommedes'souve-nirsquil'avait constituéelechef-d'oeuvredeLaRecherche. Ilsepouvaittoutaucontrairequ'ayantattendusitard pourélaborerlematériaudesesmémoires,ilsefût renducomptequeletempsn'avaitrienconservé de suffisammentdignedejamaisêtre«retrouvé». Ilenestainsisansdoutepourlaplupartd'entrenous. Lesouvenirdecequel'oncroyaitmériterd'êtreconservé sedissipeous'altèredetellesortequedesmoisoudes annéesplustard,nousn'éprouvonspluslegoûtdele ressusciter.Decequifaisaitlasubstanced'unmoment, neresteplusqu'unpeudesuieoudecendre,rienàpartir duquelélaborerlediamant,ce«peudetempsàl'état pur»dontparleProust. Maisqu'avecluicepariaitpuêtre tenu,c'estque
LaNouvelleRevueFrançaise Proust,jecrois,travaillait,ausenschimiqueduterme, surunmatériaudéjàraffinédesanatureiltiraitpro-priétéderésisterautemps.Contrairementautissu friableetgrossierdontsontfaitsaujourd'huilaplupart desmomentsdenotreexistence,c'estparcequ'ilsétaient ceuxd'unmilieuexceptionnellementpoli,àlalangue rarementaussipure,auxmanièresetauxgoûtsexquis, environnéd'objetsprécieuxetqui,prèsdedisparaître, recueillaitdessièclesdesavoir-vivreetconstituaitdeses derniersinstantsuneoeuvred'artaccomplie,queles souvenirsqueProustenavaitgardaientunevivacité tellequ'ilpûtlesressusciter,aussiintacts,fraisetétin-celantsqu'unemosaïquemiseàjour,dessièclesplus tard,parunarchéologue. Lafascinationparticulièrequ'exerçaitsurProustla peinturedeVermeertrahitassezbienlanaturedece phénomènecréateurqui,chezluicommechezleHol-landais,consistaitàprocéderd'unmatériaudéjàéla-boré,déjàesthétiséou,pourreprendrelamétaphore del'alchimie,déjà«raffiné».Al'inversedesautres peintresdesonpays,Vermeernepeintpasuneréalité immédiateoubrutenin'importequelmomentles carreauxdeDelft,lestableauxaumur,levirginalsculpté etdécoré,laperle,leverredecristalciselé,sontles élémentsadmirablementfaçonnésetrigoureusement disposésdansl'espaced'ununiversqui,d'emblée,se présenteàl'oeilsouslesignepréétablidel'ordreetde labeauté.Etdesfiguresquis'yrencontrent,pensives ouendormies,aucunenetroublel'harmoniedulieu. C'estdecemondeparfaitetsurlepointdedisparaître queVermeerchoisitdefairel'imageouplutôtqu'il transmueunesecondefois.Autermedel'opération, cequiétaitdéjàchef-d'œuvreensoi,produitélaboré duluxeetdelaréflexion,acquerralatransparence définitivequidonneautableausonéclatsingulier,une fragilitécristallineetl'échosubtild'uneperfection «seconde»etquel'onsaitperdue.
Cœurintermittent,cœuraventureux
TelProustqui,placéluiaussicommetémoindela find'unmonde,sutenrecueillirlesélémentslesplus précieux,lescombiner,lesfondreetdresseraveceux lafragileetimpeccableconstructionduTempsperdu.
Or,siLaRechercheestlechef-d'œuvrelittéraired'un mondequidisparaîtdansl'Apocalypsede14-18,ilse pourraitquelejournaldeJüngerfûtlechef-d'œuvre dumondenouveauquis'estdessinéparaprès.Cette étonnantechronique,inlassablementtenuedepuisdes décennies,seraitalorsaumondeduTravailleur,de l'Arbeiterqui,depuis1917,s'estmodelésousnosyeux, cequel'oeuvredeProustaétéaumondedel'Esthète quipritfinenEuropeaveclaPremièreGuerre. Toutlesoppose,dirait-onicilemémorialimposant d'unesociétédisparue,objethomogène,énormeet clos,indéfinimentrepliésurlui.Là,bâtid'aventure, toujoursinachevé,unjournalconstruitcommeun labyrinthe,seméd'ombresetdefulgurations,d'im-passesetdetrouées,desymétriesréellesoufausses. Pourtant,soussonapparentcaprice,sedevinebientôt laprésenced'uncentreimmobileautourduquelil ordonnesonparcoursouplutôtaccomplitsarévolu-tion.Noyaucaché,cecœurrayonneàtraverslesjour-néessachaleurégaleetsonénergie.Etc'estcemême éclatd'unsoleilintelligiblequiseretrouveradansces livresquinousapparaissentaprèscoupcommeseshors-d'œuvrearchitecturauxouplutôtcommeautantde planètesgravitantautourdelui,plusoumoinsproches, maistoujourscomposéesdelamêmesubstanceLe TraitéduRebellequi,pourceluiquis'aventuredansson lacis,enestl'indispensablevademecumou,parexemple, lesChassessubtilesquirecueillentetprolongentlesplus mystérieuxdesesfragments. Biend'autrestraitslesrassemblentunmêmesouci
LaNouvelleRevueFrançaise
delalangue,unstylismeexceptionnel,ledondepoésie appliquéàdesobjetsetàdescirconstancesbanals,la descriptionminutieused'unmouvementducœurou d'uneailed'insecte,laperfectionformellecherchée danslasaisiedesmotifsparmilespluséphémèreset lespluscommuns.Maisc'estprécisémentque,d'un rapportantagonisteautempsetàlasociété,iciparle mémoiredecequifutetparlejournaldecequi advient,nepouvaitnaître,chezl'unetchezl'autre,que lesoucid'uneidentiquesplendeurformelle,seule capabledepérenniser,commel'insectedanslaboîte deverre,cequidansLaRecherche,unefoisvenuàterme, allaitdisparaîtreàjamais,etcequi,danslejournal, àpeinevenuaujour,sevoitdéjàetcommesansarrêt menacédemort. SiProusteneffetrecueilleàlafindesavielamasse enfinmûriedessouvenirsdontilferasonoeuvre,c'est aujourlejourqueJüngercueillelesincidentsdont s'alimentesaréflexion.AvecProustsemblesemanifes-terunedernièrefoisl'économiesavantedupaysanqui attendaitjusqu'audernierjourlefruitdesarécolte, assuréde l'excellencedessemencesqu'ilavaitpuuti-liser.AvecJüngersembleréapparaîtrel'économiepri-mitiveduchasseuràl'occasiondel'envahisseurqu'il futqui,incertaindulendemain,nepeutquesenour-rirdecequ'ilrencontre,sifrustesoitlefruit. Maisc'estqueJünger,guetteurexemplairedestemps nouveaux,saitqu'ilneluiestpasdonnéd'attendre. Riendecequ'ilvoit,entend,rencontreoucroisen'a dechance,illesait,abandonnéàsoi,decroîtreet,en croissant,defranchirlabarrièredutemps.Pourlesau-ver,illuifautsansdélailesaisiretsansdélailuidonner forme.Hommed'anciennecultureenunsièclederuf-fians,ilnepeut,poursubsisterparmieux,qu'agiren prédateurdanslajungledesjours.Espritsolitairedans unesociétédemasse,privédelasacraconversazione qu'entretenaitencoreunProustavecsescongénères,il
Cœurintermittent,cœuraventureux
nepeutquesoliloquerauhasarddesrencontres,riches oumisérables,quelaterredévastéeduprésentluipro-pose. L'attentionextrêmeetamoureusequ'ilmetàdénom-meretdécrireuneplanteouunanimalsembleapriori demêmenaturequecellequemettaitProustàdénom-meretdécrireunchapiteaud'égliseouuntableau.Mais Proustnesevoulaitspectateurquedeladisparition d'uneculture.Plusradicalement,Jüngers'affirmele contemporaindeladestructiondelanaturemême.L'un décrivaitl'agonie,aussidélicieusequedéchirante,de façonsdefaire,devivreetdeparler.D'unelucidité autrementcruelle,Jünger,aprèsavoirété,dansLes Falaisesdemarbre,letémoindeladisparitiondel'homme enl'homme,sera,danslesChassessubtiles,l'observateur consternédel'extinctioncroissantedesespècesanimales etvégétales.Acetégard,etquoiqu'onpenseenFrance tropsouventdelui,iln'yapascontradictionentrele Jünger«belliciste»desOragesd'acieretleJünger «idyllique» duCœuraventureux.Pourquiveutbien lire,ilesticietquestiond'uneseuleetmêmechose. S'ydémontrequelaguerremodernen'auraétéque l'ouvertureallègreettonitruanteduprojetquelasociété technicienneduTravailleurvapoursuivresurunmode pluslentetplussournoisexterminerleVivantou, selonlemotdeNietzsche,fairecroîtreledésert. Ilseraitàcetégardintéressantdecomparercomment laréalitédelaPremièreGuerreestsaisiedansLeTemps retrouvé.L'explosiond'unebombelâchéeparunTaube netroublepaspluslesméditationsetlesplaisirsparti-culiersduBarondeCharlusquelefracasd'unéclair dansuncield'orage.Toiledefondpresqueinvisible tantelleestlointaine,laguerrenechangerienaudestin desêtresquis'agitentdevantelle etquin'envoient pasencorelasignification.Onsait,aucontraire,com-mentcesmêmesoragesannoncentpourJüngerlamuta-tionformidabledutemps.
LaNouvelleRevueFrançaise
Aussi,etc'estpeut-êtrequejevoulaisenvenir lechocpoétiqueleplusfortnaît-ilsouventchezProust dusentimentréconfortantduBeau.Larencontreavec VermeerouVinteuil,c'estd'abordl'assuranceque quelquechosed'essentielestpréservé,etqu'illesera demanièredéfinitive.C'estcettecertitudequifaitsou-dainbattresoncœuretquiprovoqueuneméditation quin'estjamaisquelaratificationdecetteassurance. ChezJüngeraucontraire,dansunmondeles valeursdelacivilisationausensl'Italienentend laciviltàontdisparu,nerègneplusquelaviolence ouverteduMaurétanienoucelleencore,plussourdeet d'autantplusterrifiante,dufonctionnairezélé, lechoc salvateurnaîtplussouventdelarencontreavecl'hor-rible.Ladécouverte,dansunchâteaudontleshabi-tantsontfui,delivresetdetableauxanciens,nesou-lèveguèreenluiquelacuriositépassagèredel'amateur; sanss'attarder,illesconsultecommedesobjetschus d'uneautremondepuisconfieàuntierslamission d'assurerlesmesuresnécessairesàleursauvegarde. Maislavisionau-dessusd'uncharnierd'uninsecte dontilcroyaitl'espèceéteinte,provoqueenluiune intenseetdurablejubilation.C'estquetableaux,livres précieux,sculptures,ontperdusensetefficace.Tout aupluspeut-on,commeondit,espérersauverces meublesqu'ilssontàleurtourdevenus.Enrevanche, c'estautourdecesurgissementincongrud'unmacabre qu'ilcompareàuncapricciodeGoya,commejadischez Proustautourdubeauvermeerien,quevontsemettre enplace,deprocheenproche,lesorbesconcentriques detouteunecosmogonie,capabled'ordonneretde redonnersensàunmondedévasté.SilaSonateoule petitpandemurdévoilaient,souslesremousincertains desjours,unétatdumondeimmuable,commeau MoyenAgelessphèresdeCopernic,demême,laper-manencedesespècespar-dessuslescharniersestchez Jüngerlepointdedépartd'uneméditationdanslaquelle
Cœurintermittent,cœuraventureux
lesdésastresdelaguerreacquièrentleurjustesigni-fication. Lavisiond'unfossiledéterréparunéclatd'obus dansunbanccalcairedelaPicardie,prèsdescadavres desesvictimes,provoqueainsichezluiunesortede révélationqu'onpeutcomparerauxexpériencesprous-tiennesdelamémoireinvolontaire.Demêmequele fauxpasdupromeneursurlesdallesdeVeniseestun lapsusdelasensibilité,unesortedecourt-circuitdes sensqui,commepareffraction,permetd'entrebâiller uninstai.:'.esportesferméesduTemps,demême,sur-gieinopinémentàlasurfaceduprésent,cetteammo-nitedontnesubsisteplusquelaformeencreux,appa-raîtauxyeuxdeJüngercommelarévélation,parmile fracasdesexplosions,ducœurimmobiledutemps. Elleestlecentreautourduquel,àlafaçond'unressort demontre,sedéroulentlesspiralesdeplusenplus largesdesphénomènes.Dupluslointainauplusactuel, duplusnobleauplusignoble,chacuns'ordonneet prendplaceselonunefigureaussirigoureusequela formulemathématiquequicalculeledéveloppement d'unecycloïde. Maisleparallèles'arrêtelà.S'ilya,chezl'unetchez l'autre,unpareilpalimpsestedutemps,toujoursà déchiffrer,lanaturedumatériaudontilestfaitdiffère absolument.ChezProust,lasédimentationdessouve-nirsdemeure unprojetinachevé.Ilseraitplusjusteà sonproposdeparlerd'unesuspension,d'untrouble lesdiverséléments,encoresolidaireslesunsdes autres,n'ontpasfinidesedéposerselonl'ordredeleur gravité.Etc'estdel'instabilitémêmedumélangeque l'anamnèsetiresonpouvoirdenaîtreaucontactdece qu'ilyadeplusténu,deplusléger,maisaussideplus sensibleetdeplusanimaldanslasensibilitélegoût, l'olfaction.Leparfumd'uneaubépine,l'odeurdela camomille,l'arômedusiropdepoire,enfrôlantla couchesupérieureducolloïde,suffisentàleprécipiter
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