Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lire un extrait Achetez pour : 12,99 €

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

Publications similaires

La Nouvelle Revue Française N° 338

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 324

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 360

de editions-gallimard-revues-nrf

Vous aimerez aussi

suivant
LANOUVELLE RevueFrançaise
Terrebrisée
L'ATTENTE
Oklopoliss'annulelentementdanssanuitestivale. Christophenepeutmanquerd'êtreattristéparlemono-lithegrisdechairdure,au profilanémiquequitrône au-dessousducieldelit.Ilsesentperdupourl'amour. ImpossiblederesterclouécommeautrefoissurMarie, derétablirl'échangemiraculeuxquilesrendaitaveugles etsourdsàtouteslesmisèresdumonde,impossiblede ne pasentendrelesmouches«bombinantes,obusives» quifondentsurl'étreinte(ilyadesbruitsquimesurent ledéclindudésir,lesentendreestdéjàensoiunetrahi-son),impossibledesombrerdanslemêmecoma,d'em-pêcherlamontéedecedoublefruste,ceChristophe spectral,ironiqueparsaseuleprésence,prêtàtoutdéni-grer,àgrimacersurlecoupledépensantenvainsarage solitude.L'accordestinterrompu!.L.eszam.antsd'antan d'unité,su1r'¡(lUellslld,euxcorps,leursnerfs,leurpantelante s'essoufflent,ontperdulamémoiredeleurchorégra-phieChacunYeprendsescontours,sasurface,leventre fouretourneàsonnylon,levaginrefoulelesucqu'il aspiraitpoursesdélires!Chacunserecroquevillesur l'échec,enchiendefusil,aveclegoûtamerduplaisirt, enallé.
LaNouvelleRevueFrançaise
Maissontlesancienscrépuscules,transfigurations sanglantesd'après-guerre?Mariefolâtraitsurlesruines, narguantdesespiedsnusledésastrequil'avaitépargnée, glissaitaufondd'unrécenttroudebombeetsurl'herbe nouvelledéployaitsescuissesécarlates.Christophemet-taitdesheurespoureffleurercediadème.Unepuissance intérieureleurordonnait,parvaguesobscurémentdif-fusesqu'ilssavaientaccorder,d'extraireduchaos,dece creuxmortuaire,enunspasmeglorieuxetprovisoire, unecréaturequigrandiraitdanslesilencedesMessersch-mitt.AlorsMarieBizarrerassemblaittoutesonénergie pouraimeretChristophesemblaitdescendredusoleil, commesisachair,sesporesavaientbulalumièred'un coupdebraguettemagiqueilpénétraitenelle,ill'empa-laitetluidonnaitàvoirautermedudéliceleciel.de Picassodansunjaillissementd'oiseaux-chirurgiens, d'oiseaux-chats,d'oiseaux-brochetsetautrescréatures innommablesquivoletaientde-cide-là,planaientpai-siblement,gouttesbrûlanteséternisantlanébuleusedu plaisiretrecomposantsurl'horizonnaguèrelacérépar lesbombeslesfragmentsdel'enfantàvenir,lesfiligranes d'Ange.Al'heurelesgens«responsables»apaisaient leurfatiguedansl'ombrequinoyaitlesmaisonsrecons-truitesetlesruines,alorsquebeaucouprepensaientà leursmorts,leursdouleursouleurscrimes,Christophe murmurait«SalutMarie!Sourced'espace!Lesoleil estentoi»Danslemystèrerevenu,lanuitenfintom-' bée,MarieBizarreramenaitsescuissesinvisiblesetfré-missaittrèslonguement,livréeauplaisirdel'eau d'amour,lesmainsserréessursonventre.Quin'aurait cruàl'absoludeleursétreintes,àl'indissolubilitédecet engagement Maisaujourd'hui,25juillet1956,ilestcinqheureset Christophen'aplusledroitderêver.Lecorpsdégagé desdraps,villeclose,maladieenveloppante,ileffectue, danslademi-consciencequ'il reprendauréveil,unvol mentaljusqu'àlafenêtre.Là-basilyaunChristophe
Terrebrisée
indestructible;unpoèteparallèlequ'ilnejoindraplus jamais,àquitouslesgestessontfaciles,quipeutaussi-tôtcequ'ilveut,sanslesbavuresnauséeusesque l'acte imprimeauxmeilleuresintentions,là-basilyaunfan-tômevoleurde touslessonges,seuladmisauxballets desultra-violets,tournesolfrémissantauxpremiers éblouissementsdel'aube,guidantsesyeuxdontlequartz scintille,sesbras,safaimverscetespacebleuquiestla négationdutravailetdudevoir.Ilestcinqheures,et tandisquelafemmeetl'enfantpoursuiventleursom-meil,enretraitdel'existence,Christophepuisedans l'inertiedesesmuscleslepremiermouvement,par lequelilexpulsesonâmeetliesoncorpsaumanège ténébreux,souslarigueurdesuns,avecl'humilitédes autres.Illefaut.Angedortàpoingsferméssoninno-cenceestplusfrappante,auréoléed'undemi-jour.Ange àluiseulméritequesonmineurdepèrecontinuede payerletributdesMitolowskiàlavillequilesaaccueil-lis,qu'ilailles'enterrerdanslesentraillesd'Oklopolis, qu'ilsoitprivédetouslessoleilsceluiquiarasantla ligneirrégulièredestoituresvientenluminertimidement lacouretcetautre,toujourslà,maissilointainquepeut-êtreChristophenel'ajamaisremarqué.Eneffetau-dessusdelacommodebruneprèsdelaquelleChristophe s'habille,dansleplusgrandsilence,quatrevieilles punaisesmaintiennentaumurlareproductiond'un tableautrèsancien. Danscerectangleauxdimensionsréduites,unevoile demisaineetunevoiled'artimon,gonfléesparunvent moyenqu'ellessuggèrentavecd'autrespluslointaines, vontentraîner,depuisdessiècles,ungaliondansun calmeestuaireaucentreduquell'eauàlateintecrayeuse ducielquil'incrimine,l'eauaccueillecommeunenébu-leuselerefletdusoleilémergeant derrièrelabrumeque sonocreirradie.Aupremierplan,lesarbresfluetsetla verdurefrisottantlarocaillesontétrangementimmo-biles.Lesoleil (est-illevant?)sembletropbaspourjus-
LaNouvelleRevueFrançaise tifierlerôlequelalégendeluiattribue;ledramesejoue danslecoingauchedelatoileàquelquesbrassesdu vaisseauetdepuisplusdedeuxmillénairesn'intéresse personne. Passeencorequelavilleauxtoitsrosesquienserreune crique,àl'extrémiténord(?)del'estuaire,quelesfalaises fuyantdanslesnuagesausud(?)etl'îledéchiquetéequi leurfaitface,quetoutcetarrière-planbaignedansla blancheurdel'aube(?)triomphante,sansentrerdans uncataclysmedignedesévangiles.Passeencorequela naturenetremblepointdesvétilleshumaines,qu'elle poursuivesansfaillesondevenirinaltérable,quelacita-dellerocheuseflanquéedesesarbustes,lesdeuxrocs inégauxquilajouxtentn'aientàsubirquelebaiserà peinevisible delamer.Passeencorequedeuxoiseaux minusculescontinuentdeplaner,insouciantsdecet Icarequin'apaspulessuivre!Passeencorequesurle promontoire,danslaproximitédudrame,desmoutons oudesbrebiscontinuentdepaîtrel'herbequelamagie dupinceauaabolie.Passeencorequ'unchevalderobe brune,crinièreetqueueargentée,excuséparsesœillères, soulèvesonsabotarrièredroitetpersistesansahans, malgrélesinjonctionsdufouet,àtirerl'araireprimitif. Maiscetaraireetlemancherigidedufouetsonttenus pardeuxmainsquiappartiennentàunhommepresque tropbeaupourêtrelaboureur.Sonbrasgaucheenfoui sousunemancheorangeetbouffantenetrahitnuleffort etsajambegauchedégagéed'unetuniquegrisesemble esquisserunpasdedansesurdessillonsquel'ondirait d'argile(?).N'a-t-ilrienvu,rienentendu?Fait-ilsem-blantdelaboureruneterreincultivableavecuncheval plusdemi-sangquebêtedetrait,dontlesjarretsfinset fragilespourraientoffrirdeplusrafraîchissantespro-menades?Fait-ilsemblantdetravaillerpournepas regarderlachuteenface? Maisletroupeauestgardéparun pâtrequibayeau ciel,l'œilévidécommeunaveugledelaparabole,
Terrebrisée
debout,jambescroisées;lebusteappuyésurunbâton (plushautquelui)qu'ilétreintfermement,chapeauren-versésurlanuque, tenantenlaisseunchienaccroupiet indifférent.N'ont-ilsrienvu,rienentendu?Leber-gerrêve-t-il,assouvit-illesrestesd'unsommeiltroptôt interrompu,implore-t-ilunvaguedieuquiguériraune peinemineureou unrédempteuraléatoire,hypostase del'inertiehumaineetdel'impuissance,quiviendra rachetertoutesleschutespasséesetàvenir? Passeencorequ'àbordduvaisseauenpartance,deux matelotsrisquentleurcorpssurlesverguespour déployerlesvoilesd'arrièreetqueleurattentionnouée surledangerlesdétournedeleurfrèreorgueilleux,qui abrisésesailesPasseencorequesurlepontuntroi-sièmedansl'exaltationdu départ,soitoccupéàdémêler sesdrisses! Maisunautreagrippéauhauband'artimonetunder-nierdanslaposturelaplusoisive,dirigeantlamanœuvre (peut-être)desongaillardd'avant,n'ontpaspunepas voirIcaresombrerdansl'eaulaplusnoiredelatoile. Souffrent-ilsdudénouementqueladistancequiles séparedel'enfantàdeminoyéannonceirréversible? Mesurent-ilsleurfragilitéàlacoquemassivequialan-guittoutesmanœuvres?Lecapitainea-t-ilreçudes ordresqu'aucunemortnepeutinfléchir?Est-cele commerçantquifaitlaniqueauconquérantd'azur? Sont-ilslapointepresquefinaled'uneincitationnaïve àl'obéissancefiliale,auxrespectsdesloisetquimeten exerguelechâtimentinéluctableréservéàtouslestrans-gresseurs?Sont-ilslescoupsdepinceaupresqueultimes d'unedénonciation,sobreetviolentedel'Indifférence? Presqueultimes!parcequ'ilrestecepêcheurqu'on voudraitextirperdelatoilepourenéluciderlemystère, pourvoirenfincevisagequ'ilnouscache,pourvoirqu'il n'enapas,qu'ildonnelechangeaubouletquiluia emportélaface,qu'ilacouvertd'unecagoulerouge uneblessureincomparable, dugenredecellesquivous
LaNouvelleRevueFrançaise
coupentàjamaisdumonde.Carenfinilestlà,allon-geantpassionnémentsaligne,prêtàferrerlepoisson quin'enfinitpasdesuçoterl'appâtetriennedit,sur-toutpasl'étrangeoiseau-tortuequil'observe,qu'ilne sacrifierapastoutàl'espoirdecetteprisedérisoire Icaresedébatàsespieds,erreurdejeunesse?Effraction parlaquelleonsefaithomme?.Oui,onvoudrait extirperdelatoilecepêcheurinsupportablepourcons-taterenfinqu'ilavaitlesoleil(maîtreabsolududrame) danslesyeuxoulavisièredesonchapeaunoirtrop rabattue.Etlebruit?Lachairrebroussantl'air,l'étoile soudaineduchocvenutrouerledemi-silenced'une matinéeordinaire?A-t-ilpunepasl'entendre?Soit! Observezbiennotrehomme!Regardezbiensanuque! Vouscomprenez?Oui,c'estévident,iln'apasd'oreilles àl'instarduberger,dulaboureuroudesmarinsaux-quelsonseraitbienenpeinefinalementdetrouverde véritablesyeux.L'honneurdelaraceestsauf! Qu'adoncvoulumontrerBruegheldanscettetoile lescouleurs,lesréfractionsdelalumièresemblent n'avoirqu'unseulbutfaireensortequelesperson-nagessurlerectanglepeintdepuisdessièclesetlesspec-tateursquilescontemplent,sedétournentdu«foyer divergent»s'accomplitlachute?Qu'adoncvoulu montrerBreughel?Indifférence,confianceaveugleenun dieusecourable,anesthésieparletravail,hypocrisie démissionnaire,rêverieégoïstementcoupable,divertis-sementhypnotique,impudence,démesuredeshommes oiseaux,desvoleursdefeu,s'excluantdelacommu-nauté,vaincuspouravoirtransgresséleurslimites, condamnésà l'exilglorieuxoumisérable,déchéancedu demi-dieuramenéàlamer,àsonstatutmortel?.A-t-il voulumontrerautrechosequ'untableaudésarmantle tempsparsasimplicité,avecsonsoleillevantoucou-chant,soleilénigmatiquequel'onquestionneraencore quandtouslesdieuxserontbannisduciel? Ainsiàcinqheurescinqminutes,alorsquelesmouches
Terrebrisée
«bombinantes,obusives»sillonnentànouveaula pénombremourante,Christophes'éloignedelarepro-ductionprimitive,etcédantplusàlatorpeur,auxgestes queledevoiraincrustésdanssesmoëlles,qu'ausortilège toujoursactifdupeintre,iln'ad'yeuxquepourson cafénoiretfroid.Combiendemois,combiend'années luifaudra-t-ilpouraccéderàcetteénigme,aumystère delachuteetaprèsdesmilliersdedescentesremonter définitivementparmileshommesanonymesdujour? la Ange,aumoins,«gagnerasurface,maispour romprelecycle,fautederévolution,lesacrificedoit s'accomplir.Lecapitalréclamelesuicidedupère,la mortlente,letempstournantsansarrêtsurlui-même, l'hivermangeantl'été,l'année,l'anneauténébreux, térébrant. Demaincommehier,uneallumette,quelquesflam-mèchesgéométriques,unpainbeurré.Lecaféattiédi faitmiroiterquelqueslunulesets'écouleprécipitam-mentdanslecorpsdeChristophe,avivantlapensée quilesauve,ladégageantdeslimbesdusommeil,réta-blissantsalogiquesimpleetfulgurantequelafatigue necessededistendre,detrouerdedésirsoudedéses-poirsfous.Décidé,décrotté,peigné,botté,bardédesa gamelle,ChristophesalueMariedesyeux,s'attardeprès dulitd'Ange,ouvreetrefermelaported'unemainde velours,descendaujugéetsansheurtlesquinzemarches sombres,vireàdroite,traverselecouloir,débouche dansl'auroreironiquedejuillet,résisteàlaprovocation, entameàgauchelesderniersmètresdelarueJean-François-Colin,esquiveinstinctivementlescloquesque lachaleurdelaveillea faitlever,débouchesurlaplace Delatre,longelapalissadederrièrelaquelledesdétritus disparaissentsouslesorties,dépasselejeudeboules desprivilégiés,envacances,viendrontaprèsmidi égrenerleurfarniente,s'amollir,s'abolir,emprunte unraccourci,vraichemindecampagne(Oklopolisn'a pasencoretoutdigéréellesedéveloppeparplaques,
LaNouvelleRevueFrançaise
Riend'autreàdirequ'adieu. Jevaisenvoyerceciparavionetessayerainside ne pasmesentirtroploindevous. Votre D.B.
Voustraduiseztoujours«LordHamlet»par«Sei-gneur»ou«Prince))àl'ActeI.
A.G.ÀD.B.
[novembre1942]
Chèreamie, VoicilesversdeHamletdontjevousparlais.Vousles trouverezdansladernièrescènedu1~acte.Lespectre dupèredeHamletditàcelui-ci
Butvirtue,asitneverwillbemoved, Thoughlewdnesscourtitinashapeofheaven, Solust,thoughtoaradiantangellink'd, Willsateitselfinacelestialbed, Andpreyongarbage.
Ilmeparaîtqu'icilaplupartdestraductionsse à méprennent;moins quejenememéprennemoi-même.Dites-moiqui,d'euxoudemoi,araison.Voici parexemplecommenttraduitJulesDerocquigny
Maissines'émeutpointlavertu,quandlevice S'enviendraitlatentersousdecélestestraits, Levice,entréaulitd'unangeradieux, Prendbientôtendégoûtcettecouchecéleste Etcourtàl'immondice.