La Nouvelle Revue Française N° 352

De
William Goyen, Arthur Bond
Georges Schehadé, Cinq poèmes
André Dhôtel, Rimbaldiana
Gérard Macé, Livre muet
Jan Trefulka, Les Départs
Jude Stéfan, Un vieillard vénérable
Chroniques :
Georges Piroué, Leopardi, mon ami
Bruno Bayen, Lire Jabès et voyager
Ghislaine Dunant, Virginia Woolf : un credo romanesque
David Steel, L'amitié entre Sigmund Freud et Yvette Guilbert
Henri Thomas, Amorces
Chroniques : le théâtre :
Jeanyves Guérin, Le réel au théâtre
Notes : la poésie :
Didier Pobel, Les Purifications, par Marc Guyon (Gallimard)
Daniel Leuwers, L'ombre des biens à venir, par Franck André Jamme (Chez Thierry Bouchard)
Notes : la littérature :
Pierre Bayard, À perte de vue, par Robert Kanters (Le Seuil)
Francis Wybrands, Le sang et la mémoire, par Gilles Quinsat (La Nuit surveillée)
Pierre-Louis Rey, Trésors des racines grecques, par Jean Bouffartigue et Anne-Marie Delrieu (Belin) - Trésors des racines latines, par Jean Bouffartigue et Anne-Marie Delrieu (Belin)
Notes : le roman :
Gilles Quinsat, L'apprenti, par Raymond Guérin (Gallimard)
Francine de Martinoir, Le gâteau des morts, par Dominique Rolin (Denoël)
Janine Aeply, Le poisson-scorpion, par Nicolas Bouvier (Bertil Galland-Gallimard)
Notes : les essais :
Ghislain Sartoris, La Trinité, par saint Hilaire de Poitiers (Desclée de Brouwer)
Thierry Cordellier, Le paradoxe de la morale, par Vladimir Jankélévitch (Le Seuil)
Jean Grosjean, L'écart et l'alliance, par Jean Sulivan (Gallimard)
Alain Clerval, Syphilis, par Patrick Wald Lasowski (Gallimard)
Jean-Marie Le Sidaner, Naissance de la philosophie, par Giorgio Colli (Éditions de l'Aire)
Jean Philippe Guinle, L'invention de la mythologie, par Marcel Detienne (Gallimard)
Hervé Cronel, Le contre-transfert, par Harold Searles (Gallimard)
Claude Coustou, L'écriture-femme, par Béatrice Didier (P.U.F.)
Notes : lettres étrangères :
Franck André Jamme, Les entretiens de Mazu (Les Deux Océans)
Jean Luc Gautier, Œuvres complètes, I, de Federico Garcia Lorca (Gallimard)
Marc Froment-Meurice, Une certaine parenté, par Carlos Fuentes (Gallimard)
Roger Blin, Éclats de pluie sur le jardin du zodiaque, par Penelope Shuttle (P.O.L.-Hachette)
Philippe Dulac, Musique pour caméléons, par Truman Capote (Gallimard)
Laurand Kovacs, Têtes polonaises, par Adolf Rudnicki (Albin Michel)
Notes : le théâtre :
Jeanyves Guérin, La dramaturgie poétique de Jean Tardieu, par Paul Vernois (Klincksieck)
Notes : la télévision :
Jacques Laurans, Les Enthousiastes : Rembrandt, 'Le Retour de l'enfant prodigue'
Notes : le jazz :
Jacques Laurans, Thesis, de Jimmy Giuffre
Notes : les arts :
Jean Revol, Magdalena Abakanowicz (Galerie Jeanne Bûcher)
L'air du mois :
Jean Grosjean, L'aveugle de Jéricho
Pierre Bazantay, La Glose de l'Immortel – Réfutation
Gilbert Lascault, Portrait de l'artiste en artiste
Textes :
Alain Calame, Sextines, par Ferdinand de Gramont (Alphonse Lemerre)
Ferdinand L. de Gramont, Histoire de la Sextine
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072379178
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFrançaise
ArthurBond
Ilmerevientqu'unhommequis'appelaitArthur Bondavaitunverdanslacuisse.L'aeupendantdes années,l'avaitattrapéçadanslesmaraisdelaLoui-siane,quandiltravaillaitdanslesmaraisdutempsilétaitjeunehomme.Ilaportécevertoutesaviedans lacuissedroite.Desfoispendantunbonboutdetemps ArthurBond disaitqu'ilsetenait tranquille,maisillui arrivaitdesemettreencolèreetdefaireunfoindetous lesdiables,àcesmoments-làArthurBonddisaitqu'il étaitvicieuxetcommedanstoussesétats,qu'illepiquait, lemordaitetlebrûlait,ArthurBonddisaitqu'ille démangeait,qu'illechatouillaitetlefaisaitsouffrir. ArthurBondlui-mêmenousracontaitqu'alorsildeve-naitfou. Leverluirendaitlavieinfernale.Logédanslapartie laplusdoucedelacuisse,vousavezqu'àregardervous-mêmeetmettrelamain,lachairestlaplustendre etgardelachaleurdesreins,àmi-cheminentrelegenou
LaNouvelleRevueFrançaise etlebas-ventre,c'estmoelleuxetcharnuetsidouil-let,commequandontientunseindefemme. (J'airemar-quéquelespartiesdel'hommeetdelafemmeseres-semblentbeaucoupmêmeautoucher,etpourquoi pas?UnseulDieulesafaitstouslesdeux,atranchéla questiondansleJardin,IllescréaMâleetFemelleetpour-tant,Dieusaitsichezcertainsleschosessontencore plutôtconfuses,maisjeveuxpasmelancersurcesujet.) ArthurBondracontaitqu'unbeaujourlevers'est misàvouloirsortirparsongenou,ildisaitqu'ilvoyait satêtedansuntrouquis'était formédanssongenou. Lesdocteursonttirésurleverpouressayerdel'enlever maisilacasséetestretournévivredanslacuissed'Arthur Bondsanstête,disaitArthurBond.SeigneurJésus unversanstête.Lesdocteursontconservélatête,l'ont misedansunflaconetlevisageétaitjoli,leverquand onregardaitetqu'onlevoyaitvousregarderensuspen-siondanssonliquideavaitunvraivisagedepetitepou-pée.Personne,pasundocteuraétécapabledetuerce mauditverdesmaraisdelaLouisianequivivaitsans têtedanslacuissetoutepâled'ArthurBond,ilestmort aveclever,vieuxetignoblequiprospéraitdanssacuisse. PauvreArthurBond,ceverdesmaraisl'afaitsouffrir toutesaviedèsl'âgededix-huitansetaaccompagné ArthurBondsouslaterreàsoixante-sixans.Maisla têteduveravecsonjolivisagedepoupéeballottetou-joursdansunflaconArthurBondl'alaisséeàsa mort,àlaScience,àl'Université.PourtantArthurBond lui-mêmeajamaisétéjusqu'aulycée,c'est-ypoint drôle?Ilestallétravaillerdanslesmaraisàquatorze ans.S'ilétaitpasallétravaillerdanslesmarais,jeme demandebiencequ'auraitétésavie.Jeveuxdire,sans ceverdemalheur. Entoutcas,m'estavisquetoutlemondepeutpasvoir dansunflaconlevisagedesontourmentcaché.Arthur Bondavaitdelachance?Leverlefaisaitboirejusqu'à cequ'ils'écrouleouqu'ilsèmelapaniquedansun
ArthurBond bordel.ArthurBondavaitdelachance?Leverleren-daitméchant,foufurieuxdanslesbars,luifaisaitbattre lesfemmescommeplâtre.Leveravaitprislesrênes, commandaitsavie,ilétaitpossédéd'undémon,un ignobledémonsanstêteetrépugnant l'habitaitetdiri-geaitsavie.PlusArthurBondvieillissaitetplusilétait àlamerciduver,l'esclavedesmoindresdésirsduver. Quejevousdonnedeuxexemples.C'estsurtoutaux femmesqueleversemblaitenvouloir.Unefemmeen chaleurmettaitcettechosedanstoussesétats.Aupoint quelesfemmesvoulaientplusapprocherdupauvre ArthurBond,sûrqu'ellesvoulaientpassefaireécraser parunrouleaucompresseur,quandellesseretrouvaient pasétranglées,oulesmembrestorduscommesiun rebouteuxdétraquélesavaienttriturées,c'estquelever s'étaitemparédecettejambed'ArthurBondetqu'illa secouaitcommeunprunier.Évidemmentquelqu'un qu'auraitrecherchécegenredechose,cegenredechose pouruncombat,auraitestiméquelajambed'Arthur Bondvalaitdel'oretauraitessayédel'exploiter;mais personneestjamaisvenulevoirpourçaetmafoiArthur Bondauraitenremercierleciel,ilseraitmortde façonhorrible,dansdesconvulsionsetlecouprobable-mentbrisé;lesgensévitaientArthurBond.Çan'afait qu'accroîtrelasolituded'ArthurBondetnaturellement çal'apousséàboireencoreplusdebourbon.Lebour-bonavaitl'effetd'unevraietornadesurlever.Alors ArthurBondsemettaitàassommerlesgensetàbriser leschaisesetàenfoncerlescrânesàcoupsdebouteilles. Quandilatuéunhommedansuneruelle,ilracontait quel'hommel'avaitaccostépourlevoleretquepourse défendreilluiavaitarrachélamoitiéduvisageavecun tessondebouteilledebièreilaencoresuppliéledoc-teurdefairen'importequoi,mêmedeluicouperla jambe,carunefoisdessoûléilétaithorrifiéparce qu'avaitfaitlever,ilavaittuéunhomme,etilsavait pascequelachoseallaitfairelaprochainefois.Maisle
LaNouvelleRevueFrançaise docteurapasvouluamputer.Iladitqu'ilsavaitpassetrouvaitaujustesapartiearrière,saqueueignoble, sielleétaitpasdansl'ained'ArthurBond,etpeut-être même danssesboursesautourdesescouilles.Naturel-lementensuiteons'estdemandésic'étaitpasdansson membre,monDieuest-cequ'àprésentsonmembrefai-saitpartieduver,c'étaittropduràsupporteretvoyant queleverallaitpeut-êtrebienenvahirsoncorps,toute sachairetsoncorpsjusqu'àohmonDieulatêted'Ar-thurBond,lapropretêted'ArthurBondavecsescheveux jaunesetsesyeuxvertsaupointqu'ilallaitpeut-être finirpardevenirleverenpersonneavecdescheveux jaunesetdesyeuxverts,ArthurBondaperdularaison etaessayédesetuerluietleverenavalantunverrede mort-aux-rats.Ilaréussiqu'àétoufferdanssapropre bile,onabienpenséunmomentquelepoisonavait tuéleverjusqu'aujourils'estremisàbouger,àle picoteretàluiélancerdanslacuissecommepourlui diresalutArthurBondespèced'imbécile;ilss'ensont doncsortistouslesdeux. Alorslevers'estvengéungrandcoup.Lepoison l'avaitmisenfurieetill'ajetéàterre.Etilestmort répugnantvertetl'écumeàlabouche.Lesgensracon-taientquedanslecercueillecorpsd'ArthurBondétait prisdetremblementssiviolentsparmomentssousla voléedecoupsqu'arrêtaitpasdeluidonnerleverquele cercueilcontenantArthurBondsecouaitettrépidait tellementquelespompesfunèbresontl'attacherau plancheravecdegrossescordes,unhommequ'était venudufonddesboisavecsafemmeversersesdeux dollarsmensuelspoursonPland'ÉpargneEnterrement auxPompesFunèbres,disaitehbienqu'est-cequ'Arthur Bondessaiedefaireàprésent,l'abrutid'ivrogne,il essaiedemonteraucielcommeleSauveurpourqui fautqu'onl'attache?L'hommeavaitbuplusd'unverre lui-mêmeetildisaitquesileSauveuremporteArthur Bondqu'est-cequ'ilvafairedenousautresdeSands
ArthurBond
Countyqu'onaessayédevivrecommedesChrétiens? Sûrqueçadoitêtrelafindumonde,disaitsafemme,si lesviolentsvontauciel.Leveravaitgagnéàplatescou-turesetavaittellementratatinélecorpsd'ArthurBond qu'illuirestaitplusquelapeausurlesos,commes'il luiavaitsucétoutelachair.Onauraitditqu'ilsenter-raientleverhabilléenArthurBonddecauchemar, qu'ilsenterraientunverqu'auraitmislecorpsd'Arthur Bondcommeuncostumepoursedéguiserenhomme. Encoreunechoseetj'enaifini.Jemesuissouvent demandésilevercontinueàvivredanslatombedu défuntous'ilestmortaveclui;mais est-cequec'est vraimentimportant?aditquelqu'un.Celui-làouun autreyauratoujoursdesversdansunetombe,pasvrai? afaitquelqu'un.Maisattendezunpeu,quej'aidit.J'ai entenduraconterl'histoired'unautrehommequ'avait uneenviedanslecerveau.Çaluiavaitpousséd'uneveine commeunebaiesurune plante,danslecerveau.Etj'ai toujoursuneidée entête,commel'enviedecethomme danslatête,quiveutpasmelâcher,etjevaisvousdire, c'estquelesversdestombessontdes versdemortdans lesténèbres,etleverd'ArthurBondc'était quelque chosed'incontrôléquivitparminoustous,augrand jour,onatousvuseseffetsàlalumièredujour,main-tenantquejevoisçaplusclairement,ohquelquechose debien curieuxetdeterrifiantdansnotrevie,detrès bizarre,j'arrivepasàtrouverlesmotspourvousexpli-queraujuste,j'arrivepasàm'endébarrasserl'esprit, desjoursc'estdurcommeunebaiesuruneplante,et surtoutlanuit;ilmevientalorsàl'espritquec'estpeut-êtrelamaindeDieuqu'amisçadansArthurBond, c'estcequej'enarriveàcroirequandjepeuxpasme sortirçadelatête,monDieu,unpeucommesilever d'ArthurBondm'étaitrentrédanslacervelle,Dieume soitenaideunverdanslecerveau,dixfoispirequ'un verdanslacuisse,etj'étaisdeceuxquidisaientleplus demaldeluietondiraitbienqu'àprésentjesuiscelui
LaNouvelleRevueFrançaise qu'aleplusdepenséespourluietçam'intrigue,ça m'inquièteetçamebouleverse;lavied'ArthurBond quiseperpétuedansmonespritm'aamenéàmeposer desquestionssursoncompteetàlevoirsousunjour agréable,commeuneespècedeSaintquiseraitdans monesprit,unesorted'ange;peut-êtrequec'estlamain deDieuqu'amisunconflitdansArthurBondpourle tirerlepousseretlejeterparterre,pourmontrerSes oeuvrespuissantescommedisentlesÉcritures,etfinale-mentlelaisseraller,librefinalement,pourconnaître unenouvelleviedansl'autremondeetuneviemeilleure; forcémentmeilleure,pouvaitpasêtrepirequecequ'il avaitconnu,Pauv'ArthurBond,c'étaituneespècede Saint;est-cequeceverétaitleverdeDieu?Est-ceque Dieuamisunverdanslacuissed'unhommepourme montrerquelquechose,s'estservid'unverpourme montrerquelquechoseetpourvaloirlavieéternelle àunhommedansl'autremonde,pourêtreunSaint, pourêtreunAnge,monDieulesvoiesdeJéhova,unver pourfaireunAnge,ohSeigneurpourquoitantde ténèbres danscettevieavantqu'onvoielalumière deschosestesvoiessontbizarrestesvoiessontobscures avantqu'onvoielalumière.
WILLIAM
Traduitdel'américainparPATRICEREPUSSEAU.
GOYEN
Cinqpoèmes
Avantlesommeil Lessœursdemamèreparlaientsibas Quetoutdevenaitdel'ombre Lesvisagesetlesvoix Jusqu'àl'horlogedanssacage Quin'avaitplusdechant Uneallumettealorsbrillait Etl'onpouvaitentrevoir Mestantesagenouillées Dansunegoutted'or
LaNouvelleRevueFrançaise
l'existencedemespropresyeux,n'apasunevaleur poétiqueconsidérable.Elleestenversdedixsyllabes etconformeauxrèglesdelaSextineprovençaleet italiennequantausystèmed'interversiondesmotster-minauxetaunombredesstrophes;seulementlareprise estdequatreversaulieudetrois.Pasplusquemoi PontusdeThyardn'avoulus'astreindreàl'obligation den'employerenfinsdeversquedessubstantifsde deuxsyllabes;pasplusquemoiencoreiln'acrupou-voirsepasserdelarime,maisaveccettedifférence qu'aulieudeseborneràdeuxrimes,commej'aifait, ilenaemployétrois,cequi,parlechangementde placedesmotsterminaux,amèneunedisparatecom-plèteentrelesdifférentesstrophes,avecdesjuxtaposi-tions,desentre-croisementsetdesécartementsderimes absolumentinadmissiblesaujourd'huidansnotreversi-ficationetquin'étaientmêmepastousadmisdutemps dePontusdeThyard.C'estcedontsuffirontàfaire jugerlesdeuxpremièresstrophesdesasextine
LorsquePhebussuëlelongduiour, Jemetravailleentourmentsetennuiz EtsousPhebéleslanguissantesnuits, Nemesontrienqu'unpénibleseiour Ainsitousiourspourl'amourdelabelle Jevoymourantendouleuréternelle.
Biendoy-ie,hélas,enmémoireéternelle, Mesouveniretdel'heureetduiour, Queiefutprisauxbeauxyeuxdelabelle Caronquespuisien'ayreceuqu'ennuiz, Quim'ontpriuéduplaisir,etseiour Desplaisansioursetreposantesnuits.
Ceuxquiserontcurieuxdeconnaîtredanssoninté-gritécettepièce,vaguementinspirée,àcequ'ilsemble, delapremièresextinedePétrarquedontnousavons
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