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LANOUVELLE REVUEFrançaise
ArthurBond
Ilmerevientqu'unhommequis'appelaitArthur Bondavaitunverdanslacuisse.L'aeupendantdes années,l'avaitattrapéçadanslesmaraisdelaLoui-siane,quandiltravaillaitdanslesmaraisdutempsilétaitjeunehomme.Ilaportécevertoutesaviedans lacuissedroite.Desfoispendantunbonboutdetemps ArthurBond disaitqu'ilsetenait tranquille,maisillui arrivaitdesemettreencolèreetdefaireunfoindetous lesdiables,àcesmoments-làArthurBonddisaitqu'il étaitvicieuxetcommedanstoussesétats,qu'illepiquait, lemordaitetlebrûlait,ArthurBonddisaitqu'ille démangeait,qu'illechatouillaitetlefaisaitsouffrir. ArthurBondlui-mêmenousracontaitqu'alorsildeve-naitfou. Leverluirendaitlavieinfernale.Logédanslapartie laplusdoucedelacuisse,vousavezqu'àregardervous-mêmeetmettrelamain,lachairestlaplustendre etgardelachaleurdesreins,àmi-cheminentrelegenou
LaNouvelleRevueFrançaise etlebas-ventre,c'estmoelleuxetcharnuetsidouil-let,commequandontientunseindefemme. (J'airemar-quéquelespartiesdel'hommeetdelafemmeseres-semblentbeaucoupmêmeautoucher,etpourquoi pas?UnseulDieulesafaitstouslesdeux,atranchéla questiondansleJardin,IllescréaMâleetFemelleetpour-tant,Dieusaitsichezcertainsleschosessontencore plutôtconfuses,maisjeveuxpasmelancersurcesujet.) ArthurBondracontaitqu'unbeaujourlevers'est misàvouloirsortirparsongenou,ildisaitqu'ilvoyait satêtedansuntrouquis'était formédanssongenou. Lesdocteursonttirésurleverpouressayerdel'enlever maisilacasséetestretournévivredanslacuissed'Arthur Bondsanstête,disaitArthurBond.SeigneurJésus unversanstête.Lesdocteursontconservélatête,l'ont misedansunflaconetlevisageétaitjoli,leverquand onregardaitetqu'onlevoyaitvousregarderensuspen-siondanssonliquideavaitunvraivisagedepetitepou-pée.Personne,pasundocteuraétécapabledetuerce mauditverdesmaraisdelaLouisianequivivaitsans têtedanslacuissetoutepâled'ArthurBond,ilestmort aveclever,vieuxetignoblequiprospéraitdanssacuisse. PauvreArthurBond,ceverdesmaraisl'afaitsouffrir toutesaviedèsl'âgededix-huitansetaaccompagné ArthurBondsouslaterreàsoixante-sixans.Maisla têteduveravecsonjolivisagedepoupéeballottetou-joursdansunflaconArthurBondl'alaisséeàsa mort,àlaScience,àl'Université.PourtantArthurBond lui-mêmeajamaisétéjusqu'aulycée,c'est-ypoint drôle?Ilestallétravaillerdanslesmaraisàquatorze ans.S'ilétaitpasallétravaillerdanslesmarais,jeme demandebiencequ'auraitétésavie.Jeveuxdire,sans ceverdemalheur. Entoutcas,m'estavisquetoutlemondepeutpasvoir dansunflaconlevisagedesontourmentcaché.Arthur Bondavaitdelachance?Leverlefaisaitboirejusqu'à cequ'ils'écrouleouqu'ilsèmelapaniquedansun
ArthurBond bordel.ArthurBondavaitdelachance?Leverleren-daitméchant,foufurieuxdanslesbars,luifaisaitbattre lesfemmescommeplâtre.Leveravaitprislesrênes, commandaitsavie,ilétaitpossédéd'undémon,un ignobledémonsanstêteetrépugnant l'habitaitetdiri-geaitsavie.PlusArthurBondvieillissaitetplusilétait àlamerciduver,l'esclavedesmoindresdésirsduver. Quejevousdonnedeuxexemples.C'estsurtoutaux femmesqueleversemblaitenvouloir.Unefemmeen chaleurmettaitcettechosedanstoussesétats.Aupoint quelesfemmesvoulaientplusapprocherdupauvre ArthurBond,sûrqu'ellesvoulaientpassefaireécraser parunrouleaucompresseur,quandellesseretrouvaient pasétranglées,oulesmembrestorduscommesiun rebouteuxdétraquélesavaienttriturées,c'estquelever s'étaitemparédecettejambed'ArthurBondetqu'illa secouaitcommeunprunier.Évidemmentquelqu'un qu'auraitrecherchécegenredechose,cegenredechose pouruncombat,auraitestiméquelajambed'Arthur Bondvalaitdel'oretauraitessayédel'exploiter;mais personneestjamaisvenulevoirpourçaetmafoiArthur Bondauraitenremercierleciel,ilseraitmortde façonhorrible,dansdesconvulsionsetlecouprobable-mentbrisé;lesgensévitaientArthurBond.Çan'afait qu'accroîtrelasolituded'ArthurBondetnaturellement çal'apousséàboireencoreplusdebourbon.Lebour-bonavaitl'effetd'unevraietornadesurlever.Alors ArthurBondsemettaitàassommerlesgensetàbriser leschaisesetàenfoncerlescrânesàcoupsdebouteilles. Quandilatuéunhommedansuneruelle,ilracontait quel'hommel'avaitaccostépourlevoleretquepourse défendreilluiavaitarrachélamoitiéduvisageavecun tessondebouteilledebièreilaencoresuppliéledoc-teurdefairen'importequoi,mêmedeluicouperla jambe,carunefoisdessoûléilétaithorrifiéparce qu'avaitfaitlever,ilavaittuéunhomme,etilsavait pascequelachoseallaitfairelaprochainefois.Maisle
LaNouvelleRevueFrançaise docteurapasvouluamputer.Iladitqu'ilsavaitpassetrouvaitaujustesapartiearrière,saqueueignoble, sielleétaitpasdansl'ained'ArthurBond,etpeut-être même danssesboursesautourdesescouilles.Naturel-lementensuiteons'estdemandésic'étaitpasdansson membre,monDieuest-cequ'àprésentsonmembrefai-saitpartieduver,c'étaittropduràsupporteretvoyant queleverallaitpeut-êtrebienenvahirsoncorps,toute sachairetsoncorpsjusqu'àohmonDieulatêted'Ar-thurBond,lapropretêted'ArthurBondavecsescheveux jaunesetsesyeuxvertsaupointqu'ilallaitpeut-être finirpardevenirleverenpersonneavecdescheveux jaunesetdesyeuxverts,ArthurBondaperdularaison etaessayédesetuerluietleverenavalantunverrede mort-aux-rats.Ilaréussiqu'àétoufferdanssapropre bile,onabienpenséunmomentquelepoisonavait tuéleverjusqu'aujourils'estremisàbouger,àle picoteretàluiélancerdanslacuissecommepourlui diresalutArthurBondespèced'imbécile;ilss'ensont doncsortistouslesdeux. Alorslevers'estvengéungrandcoup.Lepoison l'avaitmisenfurieetill'ajetéàterre.Etilestmort répugnantvertetl'écumeàlabouche.Lesgensracon-taientquedanslecercueillecorpsd'ArthurBondétait prisdetremblementssiviolentsparmomentssousla voléedecoupsqu'arrêtaitpasdeluidonnerleverquele cercueilcontenantArthurBondsecouaitettrépidait tellementquelespompesfunèbresontl'attacherau plancheravecdegrossescordes,unhommequ'était venudufonddesboisavecsafemmeversersesdeux dollarsmensuelspoursonPland'ÉpargneEnterrement auxPompesFunèbres,disaitehbienqu'est-cequ'Arthur Bondessaiedefaireàprésent,l'abrutid'ivrogne,il essaiedemonteraucielcommeleSauveurpourqui fautqu'onl'attache?L'hommeavaitbuplusd'unverre lui-mêmeetildisaitquesileSauveuremporteArthur Bondqu'est-cequ'ilvafairedenousautresdeSands
ArthurBond
Countyqu'onaessayédevivrecommedesChrétiens? Sûrqueçadoitêtrelafindumonde,disaitsafemme,si lesviolentsvontauciel.Leveravaitgagnéàplatescou-turesetavaittellementratatinélecorpsd'ArthurBond qu'illuirestaitplusquelapeausurlesos,commes'il luiavaitsucétoutelachair.Onauraitditqu'ilsenter-raientleverhabilléenArthurBonddecauchemar, qu'ilsenterraientunverqu'auraitmislecorpsd'Arthur Bondcommeuncostumepoursedéguiserenhomme. Encoreunechoseetj'enaifini.Jemesuissouvent demandésilevercontinueàvivredanslatombedu défuntous'ilestmortaveclui;mais est-cequec'est vraimentimportant?aditquelqu'un.Celui-làouun autreyauratoujoursdesversdansunetombe,pasvrai? afaitquelqu'un.Maisattendezunpeu,quej'aidit.J'ai entenduraconterl'histoired'unautrehommequ'avait uneenviedanslecerveau.Çaluiavaitpousséd'uneveine commeunebaiesurune plante,danslecerveau.Etj'ai toujoursuneidée entête,commel'enviedecethomme danslatête,quiveutpasmelâcher,etjevaisvousdire, c'estquelesversdestombessontdes versdemortdans lesténèbres,etleverd'ArthurBondc'était quelque chosed'incontrôléquivitparminoustous,augrand jour,onatousvuseseffetsàlalumièredujour,main-tenantquejevoisçaplusclairement,ohquelquechose debien curieuxetdeterrifiantdansnotrevie,detrès bizarre,j'arrivepasàtrouverlesmotspourvousexpli-queraujuste,j'arrivepasàm'endébarrasserl'esprit, desjoursc'estdurcommeunebaiesuruneplante,et surtoutlanuit;ilmevientalorsàl'espritquec'estpeut-êtrelamaindeDieuqu'amisçadansArthurBond, c'estcequej'enarriveàcroirequandjepeuxpasme sortirçadelatête,monDieu,unpeucommesilever d'ArthurBondm'étaitrentrédanslacervelle,Dieume soitenaideunverdanslecerveau,dixfoispirequ'un verdanslacuisse,etj'étaisdeceuxquidisaientleplus demaldeluietondiraitbienqu'àprésentjesuiscelui
LaNouvelleRevueFrançaise qu'aleplusdepenséespourluietçam'intrigue,ça m'inquièteetçamebouleverse;lavied'ArthurBond quiseperpétuedansmonespritm'aamenéàmeposer desquestionssursoncompteetàlevoirsousunjour agréable,commeuneespècedeSaintquiseraitdans monesprit,unesorted'ange;peut-êtrequec'estlamain deDieuqu'amisunconflitdansArthurBondpourle tirerlepousseretlejeterparterre,pourmontrerSes oeuvrespuissantescommedisentlesÉcritures,etfinale-mentlelaisseraller,librefinalement,pourconnaître unenouvelleviedansl'autremondeetuneviemeilleure; forcémentmeilleure,pouvaitpasêtrepirequecequ'il avaitconnu,Pauv'ArthurBond,c'étaituneespècede Saint;est-cequeceverétaitleverdeDieu?Est-ceque Dieuamisunverdanslacuissed'unhommepourme montrerquelquechose,s'estservid'unverpourme montrerquelquechoseetpourvaloirlavieéternelle àunhommedansl'autremonde,pourêtreunSaint, pourêtreunAnge,monDieulesvoiesdeJéhova,unver pourfaireunAnge,ohSeigneurpourquoitantde ténèbres danscettevieavantqu'onvoielalumière deschosestesvoiessontbizarrestesvoiessontobscures avantqu'onvoielalumière.
WILLIAM
Traduitdel'américainparPATRICEREPUSSEAU.
GOYEN
Cinqpoèmes
Avantlesommeil Lessœursdemamèreparlaientsibas Quetoutdevenaitdel'ombre Lesvisagesetlesvoix Jusqu'àl'horlogedanssacage Quin'avaitplusdechant Uneallumettealorsbrillait Etl'onpouvaitentrevoir Mestantesagenouillées Dansunegoutted'or
LaNouvelleRevueFrançaise
l'existencedemespropresyeux,n'apasunevaleur poétiqueconsidérable.Elleestenversdedixsyllabes etconformeauxrèglesdelaSextineprovençaleet italiennequantausystèmed'interversiondesmotster-minauxetaunombredesstrophes;seulementlareprise estdequatreversaulieudetrois.Pasplusquemoi PontusdeThyardn'avoulus'astreindreàl'obligation den'employerenfinsdeversquedessubstantifsde deuxsyllabes;pasplusquemoiencoreiln'acrupou-voirsepasserdelarime,maisaveccettedifférence qu'aulieudeseborneràdeuxrimes,commej'aifait, ilenaemployétrois,cequi,parlechangementde placedesmotsterminaux,amèneunedisparatecom-plèteentrelesdifférentesstrophes,avecdesjuxtaposi-tions,desentre-croisementsetdesécartementsderimes absolumentinadmissiblesaujourd'huidansnotreversi-ficationetquin'étaientmêmepastousadmisdutemps dePontusdeThyard.C'estcedontsuffirontàfaire jugerlesdeuxpremièresstrophesdesasextine
LorsquePhebussuëlelongduiour, Jemetravailleentourmentsetennuiz EtsousPhebéleslanguissantesnuits, Nemesontrienqu'unpénibleseiour Ainsitousiourspourl'amourdelabelle Jevoymourantendouleuréternelle.
Biendoy-ie,hélas,enmémoireéternelle, Mesouveniretdel'heureetduiour, Queiefutprisauxbeauxyeuxdelabelle Caronquespuisien'ayreceuqu'ennuiz, Quim'ontpriuéduplaisir,etseiour Desplaisansioursetreposantesnuits.
Ceuxquiserontcurieuxdeconnaîtredanssoninté-gritécettepièce,vaguementinspirée,àcequ'ilsemble, delapremièresextinedePétrarquedontnousavons