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LANOUVELLE REVUEFrançaise
Montaigne unethéoriedel'actioncalme
Dupointdevuedelafoi,ilestparfaitementjustifiéde considérerMontaignecommeunauteurqui,aprèsavoir humiliélaraisonhumaine,«agitenpaïen»(Pascal),au lieudeserendreauxargumentsdelareligion.Lafoi reconnaîtl'autoritédansuneParoleantérieurele mondeetlaviehumaineneluisontlisiblesquesecundum scripturas.Montaigne,enrevanche,discerne,dansle passé,unemultiplicitédediscoursdivers,philoso-phiquesoureligieuxils'enétonne,ilenadmire quelques-uns,maisils'arrêtedavantageencoreàleurs contradictionslaquestiondel'autoritéresteindéci-dable.Devantlapluralitédesreligionsetdescoutumes, ilnemarquepas depréférenceintellectuelle.S'ilforme unchoix,enfaveurducatholicisme,c'estpourdesrai-sonsd'utilitéetd'opportunitéprésentes,sanssedépartir desprivilègesdel'intelligencespectatrice.Celle-ci n'habiteaucundesmondesqueleshommesdefoiont édifiéellelescomprendetlesconfronte,pours'en distancer.S'ilestuneautorité,celle-cirésidedans
LaNouvelleRevueFrançaise
l'exerciceprésentdujugement,conscientdeseslimites etdesoninsuffisance,maisconscientaussidetrouveren soiunfondement.Cefondement,s'iln'estpasplus solidequeceluiques'attribuentlesdiversescroyances, coïncidenéanmoinsaveclaprimautémoraledumien, dupropre;ilcoïncideavecl'originedelaparolepar laquelleMontaignesefaitprésentementl'auteurdeson livre, etassumedelasortel'autoritédelareprésentation desoi
Cettecapacitéquej'aydetrierlevray,quellequ'elle soitenmoy,etcett'humeurlibreden'assubjectiraisé-mentmacreance,jeladoisprincipalementàmoy.
QuelleindocilitéauregarddelafoiQuelorgueild'in-dépendance,chezcecontempteurdelaraisonhumaine, quidemeuresourdàlarévélationtransmisedufonddes temps,aveugleàlalumièrequ'ildevraitreconnaîtredans leLivreourecevoirdelaGrâcedeDieu Cetteattitudeestsiévidentequelescommentateursy ontvul'undesaspectsprincipauxdel'iniiuencedes Essais.PourCassirer,Montaigneramènetoutereligion, «danssamanifestationempirique»,àn'êtreque«le refletd'unetendancedominantedenotrevolonté.La naturehumaine,danstoutesadiversitéanthropologique etethnographique,constituelefondementnaturel auquellareligionseréduit».«Etsidansl'éthique, poursuitCassirer,endépitdelarelativitédesformula-tionsextérieures,l'onapuretrouverintérieurement uncritèregénéraletvalable,cetteissuenousresteici ferméecarquelleressourcedelaconsciencedesoi seraitcapabled'assureretdegarantirunêtrepensé commetranscendant?Certes,lesdogmespositifsnesont chezMontaignenullepartsoumisàl'examenmaiscette façondelesécarterconstitue,àleurégard,lacritique ironiquelaplusaiguëcarlesvoiciquiappartiennent ausolideensembleconventionneldescoutumes
Montaigneunethéoriedel'actioncalme auxquellesl'individuesttenudesesoumettre'.»Onne sauraitdoncaffirmerquelaretenuedeMontaignen'a pasétéagissantelacritiqueestuntyped'action.Mais ellenecréepasdesmondes,elleéveille desindividus. AuxyeuxdeCassirer,cetteactionn'estpasdumême ordrequecellequiaconstruitl'édificedelareligion celle-ciétaitl'œuvred'unevolontéhumaine,etMon-taigne,lui,n'enappellepas àlavolonté.Telleest,selon Cassirer,«lalimiteintérieuredelaskepsis.Lesnouvelles valeursqu'elleélaborerestentlimitéesausujetpensant ellesdéterminentetguidentlejugementdel'individu, sansimpliquersavolontéonévitetoutetentativede transporterdanslemondeextérieurcequiaétécrééà l'intérieur,detransformerlesconjoncturesextérieures selonlenouveaucritère.C'estparlecôténégatifquese démontreicilasignificationquirevientaudouteentant queprincipecarprécisémentlaskepsisserésigne àsesoumettreauxpuissancesétablies,politiqueset sociales,lanotiondelaconsciencemoraledesoi-même n'estpasenmesuredemûriretdeparveniràsonplein accomplissement2».End'autrestermes,mêmesisapen-séen'estpasdénuéedeforceagissante,Montaigne n'appellepasseslecteursàlaréalisationd'unprojet «extérieurn.Maisuneobservationcapitaledoiticiinter-venirpourqu'unepenséesoitcapabled'entraînerla volontéetpourqu'elletentedetransformerlemonde commeelleadéjàtransformélasubjectivité,cequiest requisn'estpasseulementl'audaced'unpassageàl'ac-tionilfautencorequelaconscience,désireused'impo-seràlaréalitéexternelamarquedeson«nouveaucri-tère»,voies'ouvrirdevantelle lapossibilitéd'unavenir
i.ErnstCassirer,DasErkenntnisproblem(1922),4vol.repr.Wissenschaf-tlicheBuchgesellschaft,Darmstadt,1971,t.I,p.igo.Cf.aussilechapitre qu'ÉricWeilconsacreàlacatégorieet àl'attitudedel'intelligence(Logiquedela philo.sophie,Paris,1950,chap.XI,p.263-281). 2.Op.cit.,p.189.Cesconsidérationsconstituent,dansunecertaine mesure,lasourcedelacritiquebeaucoupmoinséquitabledirigée,comme nousleverrons,parMaxHorkheimercontreMontaigne.
LaNouvelleRevueFrançaise
quiaccueilleraitsonœuvre.Or,chezMontaigne,cen'est pasledéfautd'initiativequidétermineledéfautd'ave-nirc'estbienaucontraireledéfautd'avenirquidécou-ragel'initiativeetl'action.S'ilnes'agissaitqued'une dispositionpsychologiquepersonnelle,d'unehumeur liéeàla«vieillesse»,ouàlavolubilitémêmedel'esprit, onsecontenteraitd'admettreuneinterdépendanceocca-sionnelleentrel'expérienceintérieuredutempsetcelle del'actionceluiquinecroitpasdisposerdutempsà venirestenclinà«mesnagersavolonté»;et,viceversa, enménageantsavolontéiln'outrepasserapas,dansses projets,lecercleétroitd'unfuturàcourtterme,dominé parunprésentjalouxdesaprépondérance.Maisàcette dispositionsubjectiveindividuelle(quelacoquetterie dépréciativedeMontaignenommevolontiersnoncha-lance)s'ajoutelefaitqu'àl'époquedeMontaignela consciencecollective,ycompriscelledesintellectuels, nepensepaslefuturhistorique,nil'actionorientéevers lefutur,commeildeviendracourantdelefaire,en Europe,àpartirdelafinduxvmesiècle. Relisonsàceproposl'essaiIII,X(Demesnagersa volonté).Onytrouve,assurément,unplaidoyerenfaveur delaviepersonnelle,delaretenue,delaproximitéà soi-même
(b)Auprisducommundeshommes,peudechoses metouchent,ou,pourmieuxdire,metiennent;car c'estraisonqu'ellestouchent,pourveuqu'ellesne nouspossedent. Montaigne,d'entréedejeu,annonceuneattitude moyenne.Ilacceptelecontactdeschoses,ilneveutpas enêtreséparéenrevanche,ilneveutpasleurapparte-nir.Etilpoursuit (b)J'aygrandsoind'augmenterparestudeetpardis-coursceprivileged'insensibilité,quiestnaturellement bienavancéenmoy.J'espouse,etmepassionnepar
Montaigneunethéoriedel'actioncalme [.] consequant,depeudechosesAutantquejepuis, jem'employetoutàmoy[.]Maisauxaffectionsqui medistrayentdemoyetattachentailleurs,àcellescertesm'oppose-jedetoutemaforce.Monopinion estqu'ilsefautpresteràautruyetnesedonnerqu'à soy-mesme[.]Ceuxquisçaventcombienilsse doiventetdecombiend'officesilssontobligezàeux, trouventquenatureleuradonnécettecommission plaineassezetnullementoysifve.Tuasbienlargement affairecheztoy,net'esloignepas.
Nousvoicipourrions-nouscroireenprésenced'une préférencesidécidéepourlavieprivée,d'unetelle prévalencedel'existencepropredel'individu,quetoute actiondirigéeaudehors,tout«embesognement»dans lesaffairespubliquesdevraients'entrouverdécoura-gés.EtilestvraiqueMontaignemanifestelesouciprio-ritairedesalibertépersonnellemaiscen'estpaspour lagarderinemployée,oupournel'employerquedans lerapportinterneàsoi-même.C'est, enfait,pour ne«l'hypothéquerqu'auxoccasionsjustes».Dansle domainepolitico-religieux,nousretrouvonslaréconci-liationavecledehors,l'estranger,quinousétaitapparu nettement,déjà,danslesaspectslesplusdiversla «relationàautruy». Montaigneredouteunpérilmorteldansl'actionqui provoqueunexcessifoublidesoi.Assurément,cepéril, àsesyeux,nemanquepasdenoblessesonpère, dans l'exercicedelamairiedeBordeaux,s'étaitdonnéàsa tâcheavecunemerveilleuseabnégation,«mesprisant certessaviequ'ilycuidaperdre».Montaignetoutefois objecte«Cetrainquejelouëenautruy,jen'aime pointàlesuivre,etnesuispassansexcuse.Ilavoitouy direqu'ilsefalloitoublierpourleprochain,quelepar-ticuliernevenoitenaucuneconsiderationapresle general.nLui-même,ilpressentqu'ens'engageanttrop avantdanslesoucidesaffaires,ilcourraitàsapropre destruction«Simavolontésetrouvoitaysée àse
LaNouvelleRevueFrançaise hypothequeretàs'appliquer,jen'ydureroispas jesuistroptendre,etparnatureetparusage[.]Sije mordoisàmesme,commefontlesautres,moname n'auroitjamaislaforcedeporterlesalarmesetémotions quisuyventceuxquiembrassenttant;elleseroitinconti-nentdisloquéeparcetteagitationintestine.»L'ardeur dansl'action,qui,chezsonpèrepartoit[.]d'une « grandebontédenature»,d'unedispositiond'âme charitable «etpopulaire»,Montaigne,quantàlui, s'enméfiecommed'unentraînementilauraittôt faitdeperdrelamaîtrisedumouvementdanslequelil seseraitprécipité.Leparadoxequ'ilsignale,c'estque l'hommed'actiondevienthabituellementunhommede passion;ilnes'appartientplusilestdominéàlafois parlesautresetparsontumulteintérieur.Double sourcedepassivité (b)Leshommessedonnentàlouage.Leursfacultez nesontpaspoureux,ellessontpourceuxàquiils s'asservissent;leurslocatairessontchezeux,cene sontpaseux[.]Voyezlesgensaprisàselaisserempor-teretsaisir,ilslefontpartout,auxpetiteschoses comme auxgrandes,àcequinelestouchepoint commeàcequilestouche;ilss'ingerentindifferem-mentilyadelabesongne(c)etdel'obligation, (b)etsontsansviequandilssontsansagitationtumul-tuaire[.](c)Ilsnecherchentlabesongnequepour embesongnement.Cen'estpasqu'ilsveuillentaller, tantcommec'estqu'ilsnesepeuventtenirne plus nemoinsqu'unepierreesbranléeensacheute,quine s'arrestejusqu'àtantqu'ellesecouche.L'occupation estàcertainemanièredegensmarquedesuffisance etdedignité.(b)Leurespritcerchesonreposau branle,commelesenfansauberceau.
Agirdecettemanière,c'estsedilapider imprudem-mentl'extériorisationactiveestinterprétéecomme pertedesoietasservissement.L'oncroitfaire,alorsqu'en réalitél'onselivreaumorcellementintérieur.Montaigne
Montaigneunethéoriedel'actioncalme n'envisagelerésultatdel'actionpassionnellequesous deuxaspects.Pourlaplupartdeceuxquiselaissentainsi emporter,c'est,àplusoumoinsbrèveéchéance,le destindelapierrequirouleou,plusdérisoirement,le sommeildel'enfantquis'estabandonnéau«branle». Paradoxalement,l'inertietriomphe,aprèsunebrève agitation.Pourlesraresindividusquilaméritent,la récompenseseralagloireetl'honneur,leretentissement durabled'unnom.Maisc'estunrésultatexception-nel.Ordinairement,l'actionestd'autantplusinefficace qu'elleauraétéentrepriseavecplusd'ardeurpassion-nelle. Laconsciencedudangerintérieurmarqueainsile premiertempsdelarencontredeMontaigneavecl'impé-ratifdel'action. L'idéede«nesedonnerqu'àsoy-mesme»estun secondmouvement,quicorrespondaudésirdesauve-gardeetdeprotectioncontreladislocationmenaçante. Enisolantlesdéclarationsquicorrespondentàcesecond mouvement,onpeutforgerl'imaged'unhommesou-cieuxdesonseulconfort,etaccuserMontaigned'être unprivilégiéquin'asouciquedeseréfugierdanslatié-deurdelavieprivéeetdupasse-tempscultivé.Ainsi fait,entreautres,MaxHorkheimer,l'undesreprésen-tantsdel'écolede Francfort,dansune étudeétrange-menthargneuseàl'encroire,Montaignen'auraitpas sufairedroitauxexigencesd'un«humanismeactif» «Quellequesoitsabienveillancepourl'hommeet l'animal,lapenséedeMontaignerestelogiquement centréesursonreposintérieuretsurlasécuritédeson moiempirique'.»Silereposintérieuresteffective-
i.MaxHorkheimer,«MontaigneunddieFunktionderSkepsis»,in AnfàngederbûrgerlichenGeschichtsphilosophie,Francfort,1971, p.116.Atravers Montaigne,Horkheimers'enprend,sansennommeraucun,aux«scep-tiques»desonépoque(1938),quiserefusaientàcombattrerésolumentles mouvementsdictatoriauxdedroite.C'estbienàtort,mesemble-t-il,qu'il prétendquelaneutralitérelativedeMontaignedanslesguerresdesHugue-notsetdesGuise«s'estexpriméeparlaretraitedanslabibliothèque»et parlevoyageen«terreennemie».Maisilaprissoindedistinguer
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ALBERTOSAVINIO
ElVanièr(traduitdel'italienpatJean-NoëlSchi-fano)
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