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LANOUVELLE REVUEFrançaise
MadameDavid
IlleurademandéQuepensez-vousdumessie?De quiest-illefils? IlsontréponduDeDavid. IladitTiens?Alorscommentsefait-ilqueDavid lui-mêmeaitditLemaitreaditàmonmaîtreAssieds-toiàmadroite?SiDavidl'appellesonmaître,comment peut-ils'agirdesonfils?Nesavez-vouspascequedit Mical,lafemmedeDavid?
1
Cesoleild'éternelétéquifaitluirelesfeuillesetbril-lerlesablenemesurprendpas.Onm'appelaitleRuis-seletetsansdoutemavies'estécoulée,lesjoursont plissémaface,leslessivesontcreusémesmains,mais moncœurn'apascessé. Quandj'aivuDavidjenepouvaisplusendétachermes yeux.Ilétaitpromisàmasoeur,maisc'étaitmoiqui étaisentraindeleregarder.EtmonfrèreJonathanétait commemoi.Pourtantmonfrèrecouraitleschamps aveclui,ildevaitenêtrerassasié.Etàlamaisononles trouvaittoujoursàbavarderensembleouàriresansse
LaNouvelleRevueFrançaise soucierdesautres.EhbienpendantlescérémoniesJona-thann'arrêtaitpasderegarderDavidcommesirien d'autren'existait.Pourmonfrèrequiétaitlekronprinz cen'étaitpeut-êtrepastrèsdignedes'amouracherainsi d'undomestique. IlestvraiqueDavidétaitaussiun remarquablecitha-riste.Ilinventaitlui-mêmelespoèmesqu'ilchantaiten s'accompagnantetleroiSaülmonpèredontl'humeur étaitdevenuesombresemblaitrajeunirquandDavid improvisait. Quellelumièreildevaityavoirquandmonpèreétait jeune.Lesanciensnousracontentcommenttoutle mondes'estliguépourembringuerdans uneaffairede trônelebeaujeunehommetimidequ'étaitSaül.Illeur fallaitunchefdebataillequiprévoielabataille.Cen'est pascevieuxrenarddeSamuelquipouvaitdéfendrele peuplecontrelespillages.Samuelétaitlepremier, avecsaclique,àpillerlepeuplesousprétextede sacrifices,dejugements,deprédictions.Ilvoyaitbien qu'ilétaitimpopulaire,alorsilacruquedonnerunroi aupeuple,çalerehausseraitlui-mêmeetqu'ilpasserait pourpèredelapatrie.IlachoisiSaülparceque Saül.
II
Jemedemandesic'étaitDavidquejeregardaisou,à traverslui,unautredontjenepourraisplusme déprendre.Commentpouvais-jeaimercetintrigant?Il allaitdétruirelamaisondemonpère,l'âmedemon pèreet laviedemonfrère.MaisgrâceàDavidj'aivu errersurlevisagedemonpèrecettejeunessequien avaitdisparu. Jedécouvraisalorscettesantéd'âmedemonpèrequi luiavaitméritélacouronne,cegrandjeuneSaülqui n'avaitsouciquedesonpèreTontroupeaud'ânesses
MadameDavid
jevaislechercher.Etilparcouraitlesreplisdelamon-tagne.Sionluidisaitqu'ilyavaitunvoyantpasloin Pourquoipas?OrcevoyantétaitSamueletquandila vulabeautédujeunehommeilavouluenfaireleroi quelesgensdemandaient. Iln'étaitpasfaciledetrouverquelqu'unquiplaiseà toutlemondesansfairedejaloux,maisSaülonallait l'aimeretSamuellesacra.Saülnecomprenaitguèrede quoiils'agissait.Ilafallulefairetirerausortenpublic. EtSaülétaitpartisecacherderrièrelesbagages.Ilne secroyaitrienderemarquable,ilétaitinconscientdesoi, ildétestaitqu'onl'honore. Unrienparfoislemettaithorsdelui,ildevenaitfié-vreuxcommeunvoyant,ilperçaitlessecretsetl'avenir, maisiln'aimaitpascela.Iln'aimaitquetravaillerpour sonpère,allerauxchamps.Onl'avaitfaitroimaisilne s'inquiétaitderien,ilneserenseignaitsurrien.Ilyen avaitquinevoulaientpasdeluietiltrouvaitcelatrès bon.Ceuxquiluiapportaientdesoffrandes,ildonnait toutàsonpère. Maisilyaeulejourlesgenssetaisaientàson retourdeschamps.Ilatrouvécelabizarre,ilaques-tionné,ilasucequevoulaientlesennemis.Alors,après tout,laguerreestuntravailaussi.Lesassaillantssont lesfauvesdanslebercail.Ilafaitcequ'ilfallait,ila sauvélesouailles.Etceuxquin'avaientpasvouludelui, lesgenssesontmisàleurvouloirdumal,maislui,il riait,ilsemoquaitdecequepensaientlesgens.Ilétait jeuneetgrandetbeausanslesavoir,etroiaussisans savoirnonpluscequec'était. Seulementils'estfaitune arméemoinsimprovisée, etilaorganiséleterritoire commeuneferme,etils'estsouciédesdégats. Levraijalouxaétélevoyantquil'avaitfaitroi.Celaa ététerriblecarlevoyantétaitpourluilepèredesavie nouvelle.Iltravaillaitpourlevoyantcommeilavait travaillépoursonpère.Orlevoyantluitendaitdes pièges,luidonnaitdesordresimpossibles(rassemble
LaNouvelleRevueFrançaise l'arméeetattends-moi,etilnevenaitpas)oucruels (tutuerastout,maistombéelachaleurducombat,per-sonnenepouvaits'empêcherd'épargnerunpeu). Monpères'estassombri.Quandilpensaitàcesnasses danslesquellesonlejetait,ildevenaitenragé,ilfrap-paitlesmurs,ilauraittranspercén'importequi.Mais Davidchantaitetmonpèrerevenaitàsoi.Etaussitôt, lâchement,c'estDavidquejeregardais.
III
Ehbienvousmecroirez,maisDavidàlalongueaété commemonpère.Est-cel'âge oulesuccèsquirend maladesleshommes?L'âgec'est-à-direl'entassement dessuccèsimparfaits.Laviesedépenseenacquisitions vulnérables.Cesroyaumesqu'onétendmultiplient leursennemis,lesrichessesqu'onaugmentesemontrent d'autantpérissables,lesbonheursqu'oncollectionnese fontfugacesàproportionetl'âmeestpeuàpeudétruite parsesentreprisesJ'aivuDavidvieillircommeunautre. LejourcetécervelépartaittuerdesPhilistins,mon pèreluidisaitTues-encent,etpensaitIIyrestera. Davidenatuédeuxcentspardéfi.Jen'aimaisguèreles risquesqu'ilcouraitnisesrusespourlesdiminuer, maisjel'aimais. Devenir reine,est-cequej'ypensais?Maisroioupas, Davidétaitlalumièredumonde.Ilétaitlesdernières oasisdemonpèreet leravissementpermanentdemon frère,mêmeunpeutrop,monfrèreendevenaitbuse, maisc'étaittouchantdelesvoir.Quantàmasœur aînéeàquionavaitpromisDavid,elles'estlaissée marierailleurs.Elleétaitlourdaudeetjel'avaisdétour-néedeDavid. UnefoisDavidavecmoi,quellefête!Oh,l'odeurde sescheveuxcommeunespiraled'escalierqu'onmonte danslasenteurdesgéraniums.Etchaquefoisl'aube
MadameDavid
envahissaitnotrechambre.Maismonpèren'apulesup-porteretlesjoursn'ontpaséténombreux. Lematinilssontvenusl'arrêterjem'endoutais, jel'avaisfaitsauverparlafenêtreetj'aiamusélesgen-darmesavecl'espècedestatuequ'onm'avaitachetée chezleCananéenquandj'étaisgamineetaveclepoilde chèvredupolochon.Jeleurmontraislelitdansla pénombreparlaporteentrebâilléeQuellefièvreila, enfinils'estassoupi,voyeziln'apasmêmeprislebolde tisane.Monpèren'apasétécontent.D'autantque Jonathanétaitdemècheaveclefugitifilsavaient combinéjenesaisquelssignaux. Machambreétaitvide,maisDavidétaitsauf.Les matinsvisitaientmachambrelesunsaprèslesautres.Je n'avaispashâtedesortir,jeregardaislalumièregrandir danslachambreetjemedisais Davidvoitlemême jourseleversurlesbuissonsdudésert. J'aiapprisplustardcommentilpeuplaitsesrepaires avecdesbonnesfemmesplusoumoinsenlevéesetcomme ildevenaitunesortedebanditaveclesbannisetlesclo-chardsqu'ilrassemblait.Maisilavaitencoredebeaux gestesetjemedisaisilasauvésonâme.Toutlemonde saitcommentparmégardeleroiestalléfairesesbesoins danslacavernesecachaitDavid.Davidluiacoupé unboutdemanteau.IlauraitpupercerSaületillelui acriédeloinlelendemain.AlorsSaülapleuré. UneautrefoisDavidestallédenuitprendrelalance etlacrucheauchevetduroienpleincampdel'armée. SaülluiacriéTuesmeilleurquemoi,etacesséla poursuite,maisilestrevenuplustristequejamais.Et ilfallaitencorefairelaguerreauxennemis,etilvoyait queDavids'entendaitaveclesennemis.Saülperdait confianceet,laveilledelabataille,ilestalléconsulter lesmorts.Etlesoirdelabatailleilétaitvraimentchez lesmortsavecJonathanetlescapitaines.MaisDavida faitpourJonathanetpourSaülunecomplaintequitire leslarmes.
LaNouvelleRevueFrançaise PuisDavids'esttailléunpetitroyaumedanscegrand Israëldont mononcleAbnerétaitrégent.Davidjouait aupetitroi.C'étaitunpeuunecaricature,maisilrestait enfantetcen'étaitpaspourmedéplaire. A lafinils'estdécidéàmeréclameràl'oncleAbner. Abnerm'aditQu'enpenses-tu?J'aiditÉcoute,je suisàDavid.Qu'est-cequec'estquecebonhomme dontonm'acoifféepourmefaireoublierDavid?Tu saisquemonpèreétaitdevenufou.Lebonhommeaété gentil,maistusaisbienquej'aimeDavid. Lebonhommeaeu delapeine.Ilmesemblequ'ila eudessanglotslelongduchemincarilavaitvoulu m'accompagner.Ilétaitattendrissant.Jeluiaidit Mercibien,maismaintenantretournecheztoi.Jenesais pascommentilmevoyait,maismoijenevoyaisque David. J'aiditàDavidjesuistafemme.Tontasdeconcu-bines,tupeuxlesparquerensemblequelquepartavec leursmioches,maislepalaisn'estqu'ànousdeux.Ila rimaisilafaitcommejedisais.Quandilallaitàla guerre,jemepromenaisdanslessallesvidesd'unpalais toutpeuplédelui.Onentendaitparinstantsglapirla marmailledansleshangars.Unebelledescendance, maparole.Est-cequ'ilscomptentlà-dessuspourse fairedesrois?Touteunesuccessiondecandidatsaupou-voir.
IV
QuiestDavid?L'affairisteauquellescirconstances permettentd'agrandirsaportiondeterrain,devarier lasérie deluronnesqu'ils'accrocheaucoucommeune guirlandedepommesdeterre? Cetusurpateurquej'aiépousérestepourmoil'ado-rabledomestiquedemonpèreetlefrèred'âmedemon frère.Davidestcegarçonaiméetjalousé,candideet
MadameDavid
menacéqueDieusauvedesfiletsdel'oiseleur.Jele regardeaveclesyeuxdontsonDieuleregarde. Sesfrèresleméprisentetlerudoient.Ilssontsoldats, ilsfontlaguerre,lejeuneDavidn'estencorequeberger, unpeuunsauvageaumilieudesesbêtes,etsaseule guerreestcontrelesloupsdanslamontagne.Lanuitil lesguetteauclairdelune,ilépielecaillouqu'ilsfont roulerdansl'ombre.Illesflaire,iln'estqu'instinct.A lamaisonilobservesesparentscommes'ilsétaientdes archanges. Cettecrainteconfiantequ'étaitl'âmedeDavid,ç'aété pourmonpèrelerefletd'unematinéequeluicachaitle décombre dujour.Pourmonfrèreetpourmoic'était leretourdenotrepèrequeSamuelnousavaitenlevé. Samueln'avaitpastuélecœurdenotrepère,ill'avait massacré.SamuelavaitointSaülquidevenaitmessie,il l'avaittiréausortcommeunechanceetfaitplébisciter. Ill'avaitsortidesatâchedefilspourenfaireunesorte depèredumonde.Orenmêmetempsill'avait empê-chédejouercerôleunpeublasphématoireill'acca-blaitd'ordresméticuleux,illuiinoculaitleremords,il l'étouffaitsousledégoûtdesoi.Ilenfaisaitunchrist manqué,unesouffrancehonteuse,uneviepourrien. Non,paspourrien,maispourqueparaisseDavid, pourquecepetittueurdelouvesaitpitiéd'unvieux roi,pourqu'ilsourieàSaüldecesourirequiempêche lamort,pourquemonâmesoitilluminée,carmon pèreseremettaitàvivrecommeunbrefjourd'hiver paradisiaquedansleshautesbranchesglabresentre deuxinterminablesnuits. Jen'aiplusregardéqueceDavidquidevenaitl'âme demonâme.Lesannéesl'ontherséàsontourmais, soussesrides,jevoissoncœur.Lesfemmeslecroient roi,moiquisais,hélas,cequec'estqu'unroi,jesaisque Davidn'enaquel'apparence.Ilpeutdanserlagigue toutnu,enpublic,devantsonarche,joueraumâleexta-tique,jen'ensuispasdupe.Çal'aassezfâchéquandje
LaNouvelleRevue Française
velleAd.ad.CettepassionpourSaravarendremes datesbienplusintéressantespourmoij'écrirailes présentesavecplusd'attention;jereverrailespassées avecplusd'attendrissement. C'estdanscesdispositionsquejecommençail'an-née1781.L'amourfaitplaisir,quandilcommence;il n'estdouloureuxqu'aprèsquelquestrahisonsdela partdel'objetaimé. 17.Ladatede/lnM:1781.Lavuedecellede1780 renditcelle-ciplusintéressante.Enachevantletourde l'Ile,jeréfléchissurlarapiditédutemps,etsurtoutje repassai,dansmamémoire,touslesévénementsde l'année;ensuite,jemereportaiàl'instantdemapre-mièredate;j'envisageaismasituationd'alorsàtravers ceprismeflatteurquiembellitlemomentéchappé sansretour. 18.Lesdatesfurentfréquentes,cetteannéecelledu 6janvierporteencoreAd.ad.,etcelledulendemain rendcomptedelacollationdélicieusequej'avaisfaite, laveilleausoir,avecSara,samèreetl'amantdecelle-ci. Cefutuntempsd'ivresse,jusqu'au7marssuivant. Presquetouslesjours,jevoyaisSara,tendre,complai-sante,etj'allaisdatermafélicitéqu'onimaginequelle devaitêtresadouceurpourunhommedemonâgequi voyaitseréaliserpourlui,presquemotàmot,cequ'il avaitpensé,écritetsupposéàunjeunehommeaimable, sixmoisauparavant!Cefutcecharmeparticulier, réuniàlabeautédeSara,àladouceurdesescaresses, cefutcecharmequirenditsicruellelacatastrophedu 31maisuivant. 19.Ladatedudimanche14porteElis.,aulieud'Ad., aveccettenoteRedierediesbeatijuventutis. 20.Celledu21exprimeladouleur,aveccemot funesteT~n~monstrum.Ensuitecesmotssetrouvent gravéssurlapierrebriséeàl'angleobtus,vis-à-visle boutoccidentaldelarueSaint-LouisE/Mc~acordedit (Éliseremplacemafille,etm'adonnésoncœur).C'est