La Nouvelle Revue Française N° 358

De
Cioran, L'heure de la déception
Samuel Beckett, Poèmes
Philippe Beaussant, Ex machina
Louise Herlin, Allant venant
Jean-Noël Schifano, Madrigal napolitain (Fin)
Chroniques :
Gilles Quinsat, Templum (Œuvres complètes, I, de James Joyce)
Christine Jordis, Ivy Compton-Burnett
Henri Thomas, Amorces
Jean Clair, S. D.
Chroniques : le théâtre :
Bruno Bayen, Après avoir vu Par les villages (Peter Handke)
Notes : la littérature :
Claude Dis, Un Saturne gai, par André Pieyre de Mandiargues (Gallimard)
Notes : le roman :
Pierre Mahillon, La lumière du Nord, par Marcel Schneider (Grasset)
Florence de Meredieu, Ouverture des veines et autres distractions, par Dominique Noguez (Robert Laffont)
Notes : la philosophie :
Francois Lurcat, Paraphrases et hommages, par N. Lépine (revue Syntaxis, Albin Michel)
Notes : les essais :
Pierre-Louis Rey, Trois paysages du Rivage des Syrtes, par Michel Guiomar (José Corti)
Thierry Cordellier, Fondements du Savoir romantique, par Georges Gusdorf (Payot)
Notes : lettres étrangères :
Jean Pfeiffer, Robert Musil (Cahiers de l'Herne)
Francine de Martinoir, Nous l'aimons tant, Glenda, et autres récits, par Julio Cortázar (Gallimard)
Hervé Cronel, À la courbe du fleuve, par V. S. Naipaul (Albin Michel)
Jean Blot, Récit d'une époque étrange, par Léonide Borodine (Gallimard)
Laurand Kovacs, Un autre oiseau dans un autre temps, par Radovan Pavlovski (L'Âge d'Homme)
Notes : le cinéma :
Jérôme Prieur, Le Champ aveugle, par Pascal Bonitzer (Cahiers du cinéma/Gallimard)
Notes : la musique :
Daniel Leuwers, Un été en Provence
Notes : les arts :
Jean Revol, Revoir Delacroix (Musée du Louvre) – Revoir Picasso (Centre culturel du Marais)
L'air du mois :
Jacques Réda, La prière sous l'Acropole
Jean Bastaire, Un rationalisme à géométrie variable
André Beucler, Pierre Bonnard
Jean Roudaut, 8, avenue de la Gare
Textes :
Stéphane Mallarmé, Dix-sept lettres inédites à André-Ferdinand Herold
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072383755
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE RevueFrançaise
L'HeuredelaDéception
Nousnedevrionsparlerquedesensationsetde visionsjamaisd'idéescarellesn'émanentpasde nosentraillesetnesontjamaisvéritablementnôtres.
Cielmorose mament.
moncerveaufaisantofficedefir-
Dévastéparl'ennui,cecycloneauralenti.
Ilexiste,c'estentendu,unemélancolieclinique, surlaquellelesremèdesagissent parfois;ilenexiste uneautre,sous-jacenteànosexplosionsdegaîtéelles-mêmes,etquinousaccompagnepartout,sansnous laisserseulàaucunmoment.Cettemaléfiqueomni-
LaNouvelleRevueFrançaise présence,rienne nouspermetdenousendélivrer elleestnotremoiàjamaisfaceàlui-même.
J'assurecepoèteétrangerqui,aprèsavoirhésité entreplusieurscapitales,vient dedébarquerparmi nous,qu'ilaétébieninspiré,qu'ilytrouveraentre autresavantagesceluidecreverdefaimsansgêner personne.Pourl'encouragerencore,jepréciseque lefiascoyestsinaturelqu'iltientlieudepasse-partout.Cedétaill'acomblé,sij'enjuged'après l'éclairquej'aiperçudanssesyeux.
«Lefaitquetusoisarrivéàtonâgeprouvequela vieaunsens»,m'aditunamiaprèsplusdetrente ansdeséparation.Cemotmerevientsouventàl'es-pritetmefrappeàchaquefois,bienqu'ilaitété proféréparquelqu'unquiatoujourstrouvéunsens àtout.
PourMallarmé,condamné,prétendait-il,àveiller vingt-quatreheuressurvingt-quatre,lesommeil n'étaitpasun«vraibesoin»maisune«faveur». Seulungrandpoètepouvaitsepermettreleluxe d'unetelleinsanité.
L'insomniesembleépargnerlesbêtes.Sinousles empêchionsdedormirpendantquelquessemaines, unchangementradicalsurviendraitdansleurnature etleurcomportement.Elleséprouveraientdessen-
L'HeuredelaDéception sationsinconnuesjusqu'alors,etquipassaientpour nousappartenirenpropre.Détraquonslerègneani-mal,sinousvoulonsqu'ilnousrattrapeetnousrem-place.
Danschaquelettrequej'adresseàuneamienip-ponne,j'aiprisl'habitudedeluirecommandertelle outelleœuvredeBrahms.Ellevientdem'écrire qu'ellesortd'unecliniquedeTokyooù onl'atrans-portéeenambulancepouravoirtropsacrifiéàmon idole.Était-celafauteduTrio2,op.87ou dela Sonate2,op.99?Iln'importe.Cequiinviteàla défaillancemériteseuld'êtreécouté.
DansaucunbavardagesurlaConnaissance,dans aucuneErkenntnistheorie,dontsegargarisenttantles philosophes,allemandsounon,vousnetomberezsur lemoindrehommageàlaFatigueensoi,étatleplus propreànousfairepénétrerjusqu'aufonddeschoses. Cetoublioucetteingratitudediscréditedéfinitive-mentlaphilosophie.
UntouraucimetièreMontparnasse. Tous,jeunesouvieux,faisaientdesprojets.Ilsn'en fontplus. Bonélève,fortdeleurexemple,jejureenrentrant decesseràtoutjamaisd'enfaire. Promenadeindéniablementbénéfique.
LaNouvelleRevueFrançaise JesongeàC.,pourquiboireducaféétaitl'unique raisond'exister.Unjourqu'avecdestrémolosjelui vantaislebouddhisme,ilmerépondit«Lenirvâna, oui,maispassanscafé.» Nousavonstousquelquemaniequinousempêche d'acceptersansrestrictionlebonheursuprême.
EnlisantletextedeMmePérier,plusprécisément lepassageelleracontequePascal,sonfrère,à partirdel'âgededix-huitansn'avait,desonpropre aveu,passéunseuljoursanssouffrir,telfutmon saisissementquejememislepoingdanslabouche pournepascrier. C'étaitdansunebibliothèquepublique.J'avais,il estutiledelenoter,dix-huitansjustement.Quel pressentiment,maisaussiquellefolie,etquellepré-somption
Sedébarrasserdelavie,c'estsepriverdubonheur des'enmoquer. Uniqueréponsepossibleàquelqu'unquivous annoncesonintentiond'enfinir.
L'êtrenedéçoitjamais,affirmeunphilosophe.Qui déçoitalors?Certainementpaslenon-être,pardéfi-nitionincapablededécevoir.Cetavantage,forcé-mentirritantpournotrephilosophe,devaitl'amener àpromulguerunesiflagrantecontre-vérité.
L'HeuredelaDéception Cequifaitl'intérêtdel'amitié,c'estqu'elleest, presqueautantquel'amour,unesourceinépuisable dedésappointementetderage,etpardesurprises fécondesdontilseraitdéraisonnabledevouloirse passer.
Lemoyen sur-le-champ restera.
leplussûr de ne serappelerque
pasperdrelaraison toutestirréel,etle
Ilmetendunemainabsente.Jeluiposenombre dequestionsetperdscouragedevantsesréponses outrageusementlaconiques.Pasunseuldecesmots inutiles,sinécessairesaudialogue.Ils'agitbiende dialogue!Laparoleestsignedevie,etc'estpourquoi lefouintarissableestplusprèsde nous queledemi-foubloqué.
Nulle défensepossiblecontreuncomplimenteur. Onnepeutsansridiculeluidonnerraison;on ne peutdavantagelerabroueretluitournerledos.On secomportecommes'ildisaitvrai,onselaisseencen-serfautedesavoircommentréagir.Ilcroit,lui,que vousêtesdupe,qu'ilvousdomine,et savoureson triomphe,sansquevouspuissiezledétromper.Le plussouventc'estunfuturennemi,quisevengera des'êtreaplatidevantvous,unagresseurdéguiséqui méditesescoupspendantqu'ildébiteseshyperboles.
LaNouvelleRevueFrançaise Laméthodelaplusefficacedesefairedesamis fidèlesestdelesféliciterpourleurséchecs.
Cepenseurs'estréfugiédanslaprolixitécomme d'autresdanslastupeur.
Quandonatournéuncertaintempsautourd'un sujet,onpeutimmédiatementporterunjugement surtoutouvragequis'yrapporte.Jeviensd'ouvrir unlivresurlagnose,etj'aicomprisaussitôtqu'ilne fallaitpass'yfier.Pourtantj'enailuunephrase seulementetnesuisqu'undilettante,qu'unenullité, vaguementéclairée,enlamatière. Figurons-nousmaintenantunspécialisteabsolu,un monstre,Dieuensommetoutcequenousfaisons doitluisemblerdubousillage,mêmenosréussites inimitables,mêmecellesquidevraientl'humilieret leconfondre.
EntrelaGenèseetl'Apocalypserègnel'imposture.Il estimportantdelesavoir,carcetteévidenceverti-gineuse,unefoisassimilée,rendsuperfluestoutesles recettesdelasagesse.
Quandonalafaiblessedetravailleràunlivre,on nepensepassansémerveillementàcerabbinhassi-diquequiabandonnaleprojetd'enécrireun,incer-tainqu'ilétaitdepouvoirlefairepourleseulplaisir desonCréateur.
L'HeuredelaDéception
Sil'HeuredelaDéceptionsonnaitenmêmetemps pourtous,onassisteraitàuneversionentièrement nouvelle,soitduparadis,soitdel'enfer.
Impossiblededialogueravecladouleurphysique.
Seretirerindéfinimentensoi-même,commeDieu aprèslessixjours.Imitons-le,surcepointtoutau moins.
Lalumièredel'aubeestlavraielumière,lalumière primordiale.Chaquefoisquejelacontemple,jebénis mesmauvaisesnuitsquim'offrentl'occasiond'assis-terauspectacleduCommencement.Yeatslaqualifie de«lascive».Belletrouvailleinévidente.
Enapprenantqu'ilallaitsemarierbientôt,j'aicru bondemasquermonétonnementparunegénéralité «Toutestcompatibleavectout.»Etlui«C'est vrai,puisquel'hommeestcompatibleaveclafemme.»
Uneflammetraverselesang.Passerdel'autrecôté, encontournantlamort.
LaNouvelleRevueFrançaise EmileVerhaerendansLeCentaure,vol.77,1896, pp.5-18;c'estunpoèmedramatiqueenverslibresquimet enscèneleRoiGradlonetsafilleAlès,devenuedes ondesaprèsl'engloutissementdelavilled'Isellecontinue a~M!~?Ka~~o~tàalese~nMtr~raîïnMe~r~àal~eMurrMm:orr~t..La àséduirelesmatelotse LégendedeSainteLiberataestdédiée«AStéphane Mallarmé»etdatéede1888.Ladédicaceavaitétéajoutée aupoèmedèslasecondeédition,de1894(éditiondu «MercuredeFrance».In-16,37p.).DansImages tendres etmerveilleuses,lepoèmeaétéassezfortement modifié.Lessonnets,queMallarméavaitspécialementloués en1889,ontétésupprimés.Lesquatreparties dutexte primitifontétéréduitesentrois,portantdesUne chambre«Unjardin«UneCollineUnHéraut remplacelePèrebourreau.LeFiancéreparaîtàlafin, ayantretrouvélaf?~Mallarmé,enremerciantHeroldde ladédicace,nerelèvepascesmodifications.
XVI
Paris[89ruedeRome] Dimanche[21mars1897] Herold,mercidem'avoirenvoyé,enunvolume toujoursprêtsouslamain,cequesuccessivement j'aimaitantvotretitred'Imagestendresetmerveilleuses estcequ'onseraitheureuxd'avoirtrouvésoi-même pourrésumercetteœuvre,vôtreetsivôtre,dechant etdedécorlespersonnagesnesedétachent,jamais, quesuruneatmosphèreissued'eux,profondément etdélicieusement.Mercidemonnom,àuneplace quiluifaittantd'honneuretcettegratitudespéciale, toute,dansunevieillepoignéedemains. Votre StéphaneMallarmé
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