La Nouvelle Revue Française N° 359

De
Jean Grosjean, Darius
Georges-Emmanuel Clancier, Lumière mais d'où venue?
Alain Dulot, Autopsie d'un geste
Botho Strauss, Couples, passants
Chroniques :
Marguerite Yourcenar, Les charmes de l'innocence. Une relecture d'Henry James
Henri Thomas, Amorces
Jean Clair, S. D.
Chroniques : le théâtre :
Florence Delay, Victors (Sarrazac, Enzensberger, Vinaver, Garcia)
Notes : la poésie :
Daniel Leuwers, Histoire contemporaine, par Jean Perol (Gallimard)
Notes : la littérature :
Michel Mohrt, Mon dernier rêve sera pour vous, par Jean d'Ormesson (Lattès)
Notes : le roman :
Claude Dis, De si braves garçons, par Patrick Modiano (Gallimard)
Régis Turrini, Un jasmin ivre, par Olympia Alberti (Albin Michel)
Notes : les essais :
Janine Aeply, Voyage d'un naturaliste autour du monde, par Charles Darwin (FM/La Découverte)
Thierry Cordellier, Rencontres avec Léon Chestov, par Benjamin Fondane (Plasma)
Judith Le Hardi, Paroles poétiques échappées du texte, par Pierre Legendre (Le Seuil)
Hervé Cronel, Le peuple de Mao, par Michaël B. Frolic (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Christine Jordis, La maison d'haleine, par William Goyen (Gallimard)
Francine de Martinoir, L'amour n'est pas aimé, par Hector Bianciotti (Gallimard)
Louis Arénilla, Les Müller, une dynastie allemande, par Walter Mehring (Laffont)
Laurand Kovacs, Sablier, par Danilo Kis (Gallimard
Notes : le théâtre :
Jeanyves Guérin, Pantagleize, de Michel de Ghelderode (Théâtre Présent) - Le mal court, de Jacques Audiberti
Notes : le cinéma :
Florence de Meredieu, Festival international du jeune cinéma : Cinéma différent (Hyères)
Notes : la musique :
Alain Suied, Domenico Scarlatti, par Ralph Kirkpatrick (Lattès)
Notes : les arts :
Jean Revol, XII<sup>e</sup> Biennale de Paris (Musée d'Art moderne, etc.)
Georges Lambrichs, Une revue disparaît
L'air du mois :
Jorge Luis Borges, Le dernier voyage d'Ulysse
Gilbert Lascault, La fureur, la perte et l'imprévu
Jacques Réda, L'homme des bois
Textes :
André Gide, Correspondance avec sa mère
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072385711
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
Darius
l
LECOMPLOT
Lessoufflesfaisaientbougerleslonguesombresdu matinsurl'herbeduverger.Adosséaumurdufond, lelieutenantDariusécoutaitd'unairbutésonancien capitaineluifairedesconfidencesOnavaitdes preuves.Lesouverainétaitunimposteur.Saconcu-bineavaitdécouvertqu'ilétaitlebagnarddontCam-byseavaitfaitcouperlesoreilles.Iln'étaitpas plus déshonorantpourunhommed'avoirsubiCambyse quepourunmerisierdeporterunniddepie,mais lessévicesd'unfounedonnaientpasdroitàdes représaillessurlesvivants. DariusdisaitOui,oui. LecapitainedisaitVeux-tuêtredesnôtres? AlorsDariussemitàrireSijenevoulaispas, vousseriezendrôledeposture. Lerendez-vousauraitlieuàmidiaupetitval.Nous necomplotonspasdanslesténèbres,disaitlecapi-
LaNouvelleRevueFrançaise taine,maischacunarriveraparunedirectiondiffé-rente.Latienneseracelledel'Étrier. DariuspritlachausséedroitequimontaitauChau-mont.Lesoleilluibrûlaitlesépaules,leventlui caressaitlevisage.Ilyavaitdesmoutonsauloindans leschampsetdespetitsnuagestrèshautdansleciel. Arrivéaumomentd'entrersouslecouvert,Darius seretournajamaislaterren'avaitparusivasteavec sescollinesimberbesetsesbourgsembués.Illongea unpeulalisièresinueuseetaperçutl'autrepartiede l'horizon,plusboiséepeut-êtreetcachantmieuxses villes,maissisemblabledanssonétalement.Quand ilatteignitunrenfoncementdel'orée,ilytrouvaune senteencombréedepinsbrisésquiluipermitde rejoindrel'alléeforestièreàl'abandon.Alorstantôt illuifallutenjamberl'épine-vinettetantôtsepencher sousunsorbieroblique.Deplaceenplaceils'arrêtait pourreconnaîtretelsapinàlasouchequienrestait ou telsentierdetraversemalgrél'envahissementdes cytises,maislespentesdusolétaientlesindicesles plussûrs.Lesmouchesdesboisnecessaientde venir boirelasueurautourdesesyeuxmalgrélesbalafres queluiinfligeaitlebranchage. Asagaucheunsentierquittalecheminpourépou-serunthalweg.Ilpréféracontinuerdegravir.Quand ilsejugeaau-dessusdupointderencontre,ils'en-fournadanslefouillisdusous-boisquidescendait abrupt.Unmomentilseretintaux racinesd'unbel allouchierdontledessousblêmedesfeuillesformait unetenturemouvanteau-dessusdeluietilentendit monter,avecl'odeurdesrésineschaudesdesoleil,le murmuretranquilledesconjurés.Parfoisleventpar-laitplusfortqu'euxouemportaitailleurs leursvoix, puisleurdiscussionredevenaitperceptible. Ilselaissaglisserenbas,d'uncoup,et sautaau milieudugroupequisursauta.Lescapitainesétaient entraind'établirlalistedeshommessûrsauxquels
Darius
onferaitappel.Cefonddevalmalgrésagrande herbesousl'ombredesessencesenchevêtréesétait unefournaise.Lesconjurésytravaillaientavecautant desérieux quelesfourmisquiportaientdesaiguilles sèchesaupiedd'untronc.DariusleurditDes hommessûrs?Laissez-moirire. LesconjurésIlfautdesexécutants. DariusNoussommesdéjàtrop. EuxPourfaireuncoupd'état? LuiLequeldevouss'iln'estpassurveilléparles autresestsûr denepaslesdénoncerpourtoucher sarécompense? EuxTueslederniervenu,on tefaitconfiance ettuteméfies? LuiLederniervenu?Jesavaisl'imposture.Je venaistenterdel'abattreseul.Maisvousm'avezparlé, vousm'avezmontrélemêmecœur.Bravo.Seulement cequivautd'êtrefaitdoitl'êtresur-le-champ.Qui saitcombienonadejours? EuxL'importantestderéussir.Ilfautenprendre lesmoyens. LuiVoulez-vousquejevousdise?Sinousne partonspastoutdesuite,tousensemble,exigerdu souverainl'audiencequ'ilnepeutnousrefuseretlui fairerendresonâmedefaussaire,jenesuispasplus mariolequ'unautreetavantqu'aucundevoussesoit hissédanslesgrâcesdusouverain auxdépensdeses complices,jeseraimoi-mêmegrimpédanslepom-mierpourvouscueillir. Lescapitainesseregardaiententreeux.Ilsse voyaiententraindecomprendre.Leventchantait dansleshauteurssansrafraîchirleshommesdansle creux.IlsdirentAllons. DariusParlequeldenosseptchemins? EuxConduis-nous. Dariuspritparlepluscourtquitteàsetordreles chevillesdansunefondrièredesséchée.Ensuiteils
LaNouvelleRevueFrançaise traversèrentunecoupe.Ilsn'avaientplusàsecacher maisàmarcheraussivitequelespenséesdequi-conquelesverrait.Arrivésen rase campagneilstrou-vèrentquelesoleiln'avaitdéclinéqu'àpeine.Sa fièvres'ajoutaitàlaleur.Maislessoufflesavaientla mêmedémencequeleursespoirs.Quidonc pouvait direoù etquandcesruéesdel'airatteindraientleur repos? Unemanœuvredecharscréaitsurlecoteaud'en facedestraînéesdepoussière.Unbataillon entenue decampagnecroisalesseptofficiersetlessalua.Au palaislagardeprésentalesarmesdevantleurairde techniciens.Quandilsentrèrent,l'odeurdemoisis-suredesvieillesmaisonslespritcommeunsouvenir. Lasalled'audienceonvoulutlesfaireattendre étaitdécoréedereliefsmaissombrecommeune grangepleine degerbes. Uneservanteauxyeuxd'oragevintsouleverune tenturedefenêtrepourcompterleshôtes,mais quelques-unsforçaientdéjàlaporteroyaleetpéné-traientdansunechambreaussibassedeplafond qu'uneécurie.L'usurpateurs'apprêtaitàlaquitter d'unefaçonmoinsdéfinitivequecelledontillaquitta. Plussurprisqu'étonnéilcommitl'erreurquiguette leschanceuxildécrochasonarcpeuutiledansle corpsàcorps.Ladistancedontilavaitrêvéense retirantdansl'ombreluimanqua. Lescapitainesressortirentenrajustantleurtenue avecl'indifférencedeceuxquionteuunpeuchaud. Laservantelaissaitvoir unsouriresurseslèvres mincessanssavoirpourquoi.Lesgardesprésentèrent denouveaulesarmesàcesofficiersquisemblaient contentsdeleuraudience.Dehorslesoleilhorizontal inondaitdelumièredoréelaplacedontfrémissaient lescharmillesàlabrisedusoir.
LEPOUVOIR
Dariusdormaitdansunechambrecarréeavecdes bribesderêvesendérive.Lejourvintsepercherà safenêtreetysecouersonplumagelaiteux.Darius s'enaperçutàtraverssespaupières.Ils'éveillad'un coup etdéjàilétaitàlafontaineàs'inonderde fraîcheur.Puisilcourutviteàsonpetitchevaldes steppesquibroutaitaufonddel'enclos.C'étaitun chevalun peufouetguèrebiendressémaisDarius l'avaiteupourcompagnondejeunesseetreconnais-saitenluisespropresfoucades.Illuiparlad'unton basetjoyeuxetlepetitchevalsecouaitlatêteavec malice. PuisDariuss'enallaetlechevallesuivitenfaisant jaillirdesétincellesde roséedanslestouffesd'herbes. Dariusavaitrendez-vousdanslaplaineaveclesautres officiersducomplot.Ilfallaittraverserlavilleencore endormie.Dariusavaitdédaignédemonteràcheval. Ilallaitàgrandspasetsonchevaltrottaitàcôtéde luienfaisantsonnersessabotssurlespavésdela rue.Desenfantsseretournaientdansleursommeil parmil'ombredesmaisonsprofondesetleursmères croyaientquec'étaitl'heuredulaitier. Quandl'hommeetlechevalarrivèrentàlaporte duNord,leurspasdécalésretentirentbizarrement souslavoûteentrelestours.Onauraitcruentendre
LaNouvelleRevueFrançaise boitercevieuxroidelégendequiavaitunejambe deboisenor. EtbrusquementDarius futaugrandvent del'es-pace.Ilarrivaitledernier.Lesautrescavalcadaient déjà.Ivresd'étendueilsseregardaientendessousles unslesautres,maisvoyantDariusàpiedilss'esclaf-fèrent.Ilsoubliaientleursrivalitéspoursetrouver ensembledébarrassésduseptièmecompère,ceDarius quis'avouaitd'avanceperdantetquineputquese mettretimidementàl'unissondevantsapropre étourderie.Quelrired'avoircouvéunpiéton.Les ambitieuxneseretrouvaientplusquesix.Etdese jeterdesbonsmots.Maisleventdunordallaitporter prématurémentleurséclatsdanslavilleetilsfirent effortpoursecalmer.LechevaldeDariusnefaisait pasdesisubtilsraisonnements,ilsentitfaiblircette joiedumatinetilsemitàhenniretàsecabrer. Alorslessixcavaliersmirentpiedàterre. Ilsavaientconvenulaveillequeseraitroicelui d'entreeuxdontlechevalhenniraitlepremierce matin-là.Personnenesedérobaàlaconvention.Les sixcapitainessevoulurentlespremiersadeptesd'un hommequ'ilsavaientcruabandonnéduciel.Darius lesembrassaetlescongédiamaisilneremontaitpas àcheval.Ils'écartadelavilled'unpaslourd,posant sespiedsdistraitsparmilespierres,dansl'ombre cheminantedesoncheval.Ilcrut entendre,entreles vaguesduvent,desclameursmonterdelaville,mais ilneseretournaitpaspourvoirsiquelqu'unsortait verslui. Amidiilatteignitlesroches.Ils'étenditdansleur ombreparmilescourantsdel'airet parfoisilenten-daitprèsdesonoreillelesdentsduchevalcouperles touffesd'uneherberare.Illaissavoguersonmalaise aveclesgrandsnuagespâlesquitraversaientl'azur. Pourquoidanslefeudesrivalitésavoirconvenud'un arbitragesibête?Maislescamaradesavaientprisle
Darius chevalausérieux.Ilfallaitserésoudreàlafaussevie desrois.Lesnuéeslégèress'éloignaientverslesud. Ellesdisparurentendirectiondelaville.Lalumière ducielparutreposersurlemonde. Dariuss'habituapeuàpeuàl'acceptationqu'il avaitd'abordfaiteàcausedesescomplicesetaussi parcamaraderiepoursoncheval.Ilsesentitdépos-sédédesoi.Rienneluiarriveraitplus,ilseraiten fonction.Aquoiservaitlavieetmêmelemonde sinonàbaignerdanslalumièreduciel,àêtredévoré parlalumièreduciel?Avecsesarbusteséparss'égosillel'oiseauperdu,sesherbessèchesqu'effleure lepapillonjaune,sesrocheserratiquesrêvele carabe,toutelaterren'estenproiequ'auciel.Le fétuqueportelafourmietlamuraillequ'érigentles hommessontpurifiésparlalumière.Leruisselet fugaceetl'âmeéphémèrenesontquelesreflets du frémissementimmensedel'airlumineux.Adieumon âme,jetequittepourneplushabiterquetasource. CommelesoleildéclinaitDariusrevintoblique-mentversunfaubourgetn'entraenvillequepar unepoterned'oùilputgagnersonjardin.Ilypassa lentementenrevueseshoux,sesbuisetsesautres plantesfamilières.Ellesavaientétélesseulesamies desavieprivée.Illesnommaitparleurprénom.Un églantiers'accrochaitàsamanche.Uneroseachevait des'effeuiller. Lesoleilsevoilaitparinstants.Leventsemblait tourner.Oncroyaitpresqueentendretonnerauloin. Lasoiréeprenaitl'éclairageglauqued'unevieillesse. AlamaisonleslampesétaientalluméesmaisleDarius qu'onyattendaitn'intéressaitguèreDarius.Ilse donnaunultimedélai.Ilpritaufonddujardinl'es-calierrustiqueparlequelonpouvaitaccéderaux rempartsetilrestalà-hautàregarderledisquerouge s'enfoncerdanslesbuéesdel'ouest.Cesoleilquitout lejouravaitparuimmobilesemblaitpris dehâteà
LaNouvelleRevueFrançaise ALAINSUIED SeamusHeaneyoulecoeurdel'Irlande150 DomenicoScarlatti,deR.Kirkpatrick124 PAULETHÉVENIN d'Artaud. Uninédit 1
HENRITHOMAS 142 104 93 Amorces. 96 74 DYLANTHOMAS Suied). Poèmesdejeunesse(traduitdel'anglaispar Alain213 JEAN-LOUPTRASSARD ménage. LeBonheuren221 FRANÇOISTRÉMOLIÈRES Paulhan. L'ArtdeJean80 RÉGISTURRINI sauve. LaMoraleest154 Unjasminivre,d'O.Alberti95
HARITAVALAVANIDIS-WYBRANDS Figuresduféminin,deC.Chalier187
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