La Nouvelle Revue Française N° 365

De
Peter Handke, Les écoles
Bertrand Visage, Tous les soleils
Jean-Pierre Georges, Dizains disette
Jean-Noël Schifano, Les Heures contraires (Fin)
Salah Stétié, Les pommes et le désir
Jean-Loup Trassard, L'amant de la jeune Targuia (Fin)
Chroniques :
Ghislain Sartoris, Francis Ponge et la langue française
Clément Rosset, Archives
Jean Clair, Amorces - S. D.
Chroniques : le théâtre :
Jeanyves Guérin, La joie de jouer (Gozzi, Boris Vian)
Notes : la poésie :
Jacques Réda, Les antipodes, par Pierre Lepère (Gallimard)
Yves-Alain Favre, Corps à cœur, par Luc Estang (Gallimard)Daniel Leuwers, America, par William Cliff (Gallimard)
Notes : la littérature :
Claude Dis, L'usage de la parole, par Nathalie Sarraute (Gallimard)
Francis Wybrands, L'art du peu, par Daniel Klébaner (Gallimard)
Notes : le roman :
Janine Aeply, Le clin d'œil de l'ange, par Françoise Mallet-Joris (Gallimard)
Notes : les essais :
Janine Aeply, Verlaine, par Pierre Petitfils (Julliard)
Thierry Cordellier, Temps et récit, par Paul Ricœur (Le Seuil)
Judith Le Hardi, La Bataille de cent ans, par Élisabeth Roudinesco (Ramsay)
Marc Le Bot, Considérations sur l'état des Beaux-Arts, par Jean Clair (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Jean Luc Gautier, Dom Casmurro, par Joaquim Maria Machado de Assis (A.-M. Métailié)
Hector Bianciotti, Les eaux brûlées, par Carlos Fuentes (Gallimard)
Francine de Martinoir, Sarnia, par G. B. Edwards (Éditions Papyrus-Maurice Nadeau)
Christine Jordis, Le destin de Darcy Dancer, gentleman, par J. P. Donleavy (Denoël)
Laurand Kovacs, Jardin, cendre, par Danilo Kis (Gallimard)
Notes : les arts :
Jean Revol, Claude Lorrain, École de La Haye (Grand Palais) - Yves Klein (Centre Georges Pompidou)
L'air du mois :
Jean Grosjean, La déchirure
Jean Lambert, Retour d'Égypte (Fin)
Textes :
Amrita Pritam, Poèmes
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072383076
Nombre de pages : 192
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LesÉcoles
Conséquenced'undéménagementdansunemai-sondebanlieue,surleplateaudel'autrecôtédu fleuve,lanouvelleécolecommunalesetrouvaitelle aussihorsdesportesdelaville,assezprèsd'une grandelignedechemin deferqui,endirectionde l'ouest,sedirigeaitverslamer.Latransition,pensait l'adulte,seraiticisupportablepourl'enfant;ilsesen-taitmêmeconfiantparcequelebâtimentetsasitua-tioncorrespondaient,àbiendeségards,àla «petiteécole»bienaimée.Icilesfaçadescouvertes ellesaussideverdureetlesboisagessombresdansla muraille,semblablesaussiàl'intérieurledessindes classes;lesfenêtresavaientlamêmeorientationavec vuesurlesarbresd'unecourlescachettesde l'ancienjardinserépétaientdanslesrenflementsdes racines,lesbuissonsetlestournoiementsdessous-bois(maisen un peuplusgrand).L'undeschemins del'école,même,étaitnonpavécommel'ancienet ilmontaitenpentedouced'unemanièrecomparable l'enfantnepouvaitquesesentirchezelle. Maiscelle-cisefigea,faceàlanouvelleécole,prise d'unerépugnancequinesedissipapasmêmeavecle tempsmaisdevintunmouvementd'effroiplusgrand
LaNouvelleRevueFrançaise chaquejour.Mêmelarecettedelapromenadedu soirn'eutplusd'effetc'étaitcertesunlieupleinde paixmaislelendemainmatiniln'yavaitplusqu'une détressesanslimites(labaveduchagrinsuspendue d'avance,opiniâtre,auxbouchéesdupetitdéjeuner). Audébutdesélèvesdelaclasseétaient encoresou-ventvenuslavoirchezellelelendemain,àl'école, ilsl'évitaientlittéralement.L'enfantellen'avaitpas encorehuitansensavaitbienlaraisonetl'exprima parlaphrasesuivante«Ilsnem'aimentpasparce quejesuisallemande.» Cen'étaitpaslepiredesparolesdecettesorte, lesagressionsverbalesengénéralnelatouchaient guèreabominablesurtoutétaitdenepasêtrevue, d'êtrepousséedecôté,detoujourschercherenvain uneplacedesortequecequ'ilyavaitleplusà craindre,maintenant,c'étaientlesrécréations.Et quandl'adultevenaitchercherl'enfanttarddans l'après-midi,enrèglegénéralecelle-cil'avaitdéjà repérédepuislongtemps et del'endroitlepluséloigné. Ledésespoirpeutêtredissimuléparlesgrandsde biendesmanières,maisceluid'unenfantonle remarquedetoutefaçonetvoirunenfantdésolé étaitinsupportable.Retirerdel'écolel'enfantconfiée àsagardes'imposaitdoncd'urgenceetlorsqu'au coursdecesmoisl'homme,surpris,seditàlui-même, àhautevoix,qu'ilspourraientaussibien,àlalongue, resteràdeux,sanspersonned'autre,uncridedou-loureuseapprobation,presqueinquiétant,sortitdu plusprofonddel'enfant.L'adultes'interrogeala visiondel'enfantaumilieudelarondedesautres n'avait-ellepasétéunedécouverte?Nonellenelui appartenaitpasàluiseul.Oui,elleavaitbesoinde société,elleenétaitcapable,elleétaitfaitepourcela! C'étaitcelal'issue,lasociétéquiluiconvenaitexistait. Revenirenarrière,iln'enétaitpasquestion. Uneétrangerépétitiondecetterondeluiendonne
LesÉcoles
lacertitude.Unemaîtresse delapetiteécolede naguèreétaitmorteetunsoirdenovembrel'adulte revintavecl'enfant,pourlamessedesmorts,dela banlieuedanssonquartierd'autrefois.Presquetous lesanciensélèvesétaientvenusàl'égliseavecleurs parentsetaucoursdelacérémonie,déjà,lesenfants dontlaplupartnes'étaientpasrevusdepuislafête del'écolenecessaientdetournerlatêtelesunsvers lesautres.Souslavoûteobscurecen'étaitpasseu-lementleursvêtementsmaisleursvisages,leurs contoursmêmesqui,c'était frappant,paraissaientplus clairsqueceuxdesadultes,oucelavenait-ildes silhouettesombreuses,immobilesdecesderniers? Ensuite,lorsquetoutlemondeestdeboutsurlepar-vis,onn'entend,pourainsidire,plusquelesenfants. Ilscrient,s'esclaffent,s'empoignentdefaçondésor-donnée etdéboulentenpiaillantparmilesgensvenus àl'enterrementetquis'entretiennentàvoixbasse, n'interdisentpasleurdanseetsontpeut-êtreplus profondémenttouchésparcettegaietéquisedéchaîne autourd'euxqueparlacérémoniededeuilquia précédé.C'estunesoiréed'unerareclarté,avecla pleine lunequibrillejauneau-dessusduquartieret au-dessusdecetterondeunpeudémoniaquedes enfants.Difficileaprèsceladeseséparer,beaucoup debrasetdejambesquiavaientsembléuninstant fairepartiedu mêmecorpssedémêlent.Ilsefait tardlorsquel'enfantestassisedanslebusdebanlieue, presqueseuleavecl'adulte.Elleestépuiséeetpour-tanttoutàfaitéveilléeet,onpeutledire,ravie.C'est l'étonnement,surtout,quidomineavoirenuneseule foisrevutouslesgensdenaguère,avoir étéaccueillie pareuxavecunetellejoieetavoir,danslaronde, oubliétoutàfaitlamortdel'institutrice. Lalumière,àl'intérieurdubusdenuitvide,est très blanche;lesbancsmétalliquesmiroitent.Ilstra-versentlepontlefleuveestencrueetparaîtdans
LaNouvelleRevueFrançaise lanuitd'unelargeurinhabituelle,avecunéclatde luneçàetetdescimesdebuissonsquisedressent dansl'eau.C'estdansunetragiquebeautéquese révèlealors autémoinoculairelevisageenthou-siasmé,brûlantdevie,del'enfantassiseplongée enelle-mêmeetquiévoqueencoreetencorecette heureaveclesautres.
Cetteinstitutricedécédéeavaiteubeaucoupd'in-clinationpourl'enfantetparlasuiteilapparutà l'adulteque cetéloignementàl'égarddelanouvelle écolenevenaitpasdecequ'elleétaituneécole d'«état»commeilenavaitprématurémenttiréla conclusiond'aprèssonproprepassémaisunique-mentdelapersonnequienseignait etquin'étaitpas pourl'enfant(etpeut-êtreétait-elleseuledansson cas)cellequ'ilfallait.Ilappritcelailexistaitune amabilitésanspassion,d'unefixitéd'idole(dépour-vuedecettevolontégénéreusedepouvoiroud'in-tervention)qui,pratiquéeparunprofesseur,pouvait blesseretfairel'effetdeladisgrâce.Peut-êtrey reconnaissait-illesmomentsilsecomportaitde même,l'espritabsent,etsavait-ilquec'étaitdeque venaitl'inhumanitémaiscequisemblaitcondam-nable,parsurcroît,c'étaitqueleurviedurantcertains enseignantsn'étaientmêmepaseffleurésparl'idée decequepouvaitêtreunenfant.Ilsparlaientavec luisanstimbre;lecontemplaientsansregard;leur calme,leurtranquillitévis-à-visdetousn'étaitqu'in-différencepourchacun.
Aprèslessixpremiersmoisl'enfantcessadese rebellercontrelanouvelleécole;elleneracontait mêmeplusledéroulementdesesjournées.Ellesem-blaitmêmed'accordavecsasituation;quandelle levaitlesyeuxonyremarquaitcommeunabandon audestin,telquel'adultenel'avaitconstatéjusque-
LesÉcoles
quechezunseulautreêtrehumainetqui,deplus, étaitdéjàassezâgéetonsongeaitalorsàlaviolence laplusextrême,laplustriste. Aucoursd'uneheuretranquilleilputcomme jadisluiposerquelquesquestionsl'enfantditqu'elle nes'aimaitpluselle-même.Lesautres,eux,ilsétaient bien;mais«avecmoiilyaquelquechosequine marchepas». Lematinsuivantl'hommes'adressa,commeill'avait déjàfaitplusieursfoisauparavant,àl'enseignante, s'efforçantdenepasfairedezèlesanspourtantéviter desmotscomme«solitude»,«détresse»,«exclu-sion»quidanslalangueétrangère,plusencoreque danslalanguepropre,sonnaientcommedesfor-mules.Toutàcoupilserenditcomptequesonvis-à-visquil'écoutaitpolimentnelecomprenaitpas,au senslittéralduterme.Peuàpeuapparutdansles yeux del'enseignanteuneétrangeexpressionquelui, là,entraind'intercéder,n'allaitplusjamaisoublier quelquechosecomme del'amusementetparinter-mittence,même,delarailleriedequelqu'undece «systèmeétranger»l'onnepouvaitavoirla moindreidéedecequec'étaitque«l'abandon».A cetinstantlarésolutionestarrêtéelejourmême, l'enfant,onabeauêtreaumilieudel'année,va quitterl'école(ricanementsurlevisagedel'ensei-gnantequidistribueen même tempsdestractspour unecauselointaine).Maiselleneresterapasdavan-tageunseuljourdanslamaisonauprèsdel'adulte celui-cisemet,aussitôtaprèscetteconversation,en routepouruneautreécolequisetrouveégalement lelongdelalignedechemindefer,maisdel'autre côté delatranchée.Laseulechosequ'ilensaitelle portelenomd'unsaintdontlastatuesetrouveaussi dansunecourasphaltée.Pourtant,enchemin,cela neledérangepasquel'écoleappartienneàunetra-ditionreligieusequil'entourajadisdetantdefroid
LaNouvelleRevueFrançaise mortel,detantde croyanceauxfantômes,detant d'hostilitéàl'esprit;maintenantc'étaientbienplutôt lamagnificencedescouleurs,laferveur,laproximité desvoisins,l'abandonàl'enfance,lajoied'existeret l'unitémystiquequirevivaienttouteschosesenquoi l'église(outoutaumoinslesécrituresquilafon-daient)pouvaitparailleurs,certainement,donnerdes forces. L'enfant,seuleavec lui,avaitjusque-làpeureçu d'unetraditionquelconque(gèreplusque decourtes lecturesàhautevoixdelaBible,seulsimportaient lesévénements,sansleursignificationàl'arrière-plan). Ilsétaientallésquelquefoisensembleàlamesseet parfois,exceptionnellement,l'enfantavaitditque toutlemondeavaitétési«bon»pourellemais d'habitudedanslesnefsd'égliseonétaitécraséd'en-nuidèslapremièrenoteetonavaitl'âmelittérale-mentblesséeparlesattitudes,lesgestesengénéral dérisoires,méchants,exécutés,l'espritabsent,parles fauxprêtresd'aujourd'huietparlesvoixtoutaussi méchantesetdépourvuesd'âmeetdecorpsdesfaux croyantsd'aujourd'hui. Etpourtantl'hommesurlecheminlelongdela voieferréeestpénétréparl'idéequel'écolesousle signeduSaintseramaintenantl'endroitqu'ilfautà l'enfant;etd'avanceilsaitdéjàqu'onseraforcéde laprendremêmes'iln'yavaitplusdeplaceon en trouveraunepourelle. C'estunclairetfroidmatin demars.Derrièreun cèdreauxvastesbranches,isolé,surunpontroutier fumeuncield'insurrection,d'unbleu deflots;dans latranchéelesifflementetlevacarmedesrapides; etdansladépressiondelamétropolelefleuveappa-raîtavecsesméandrescommefigés,tracésàtravers l'emboîtementdesimmeubles,telungéantendormi. L'hommeva,aupasde coursecommejadis,chez l'historien,onallaitau-devantd'unedécision;sonne
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àlamauvaiseporte,estconduitàlabonneetyconnaît eneffetlesuccèsgrâceàsonproposautoritaire qu'ilbégayeplutôt.Dèslematinsuivantl'écoledu malheurrestepourtoujoursdel'autrecôté delavoie dechemindeferetl'enfant,persuadéeaussipar l'enthousiasmedel'adultequetoutirabienselaisse debongré,avecreconnaissancemême,entourerpar lenouvelessaimd'enfants.Ilnes'agissaitqued'un changementd'écolemaisilétaitpourtantd'impor-tancevitale. L'enfantdemeuralerestedel'annéeetl'annéequi suivitàl'écoleconfessionnelle(jusqu'àcequevienne detoutefaçonlemomentdecequ'onappellel'en-seignementduseconddegré).Cen'étaitpasl'école idéalel'enfantl'avaitdéjàconnue etdepluselle n'existaitmêmeplus(lechemindeterreavaitaussi étégoudronnéentre-temps).Cequifitdubienà l'enfantc'estqu'ellen'avaitpasdeprétentions.Cette banlieuequiaudébutnesemblaitpasavoir de fron-tièresaveclescommunesenvironnantes,montraelle aussisonimagepropre,sonaspectencorevillageois; lesélèves,àladifférencedejadis,venaientdetous lesfoyerspossiblesetpourtantdesenvironsimmé-diats.L'écolequis'yrattachaitavaitquelquechose debénincequi,àlalettre,fitdu bienàl'enfant.Elle lesurprenaitmêmeparleplaisirqu'elleprenaità êtrecommetoutlemonde.D'abordl'adultevoulut encoreluiinterdirecequ'il considéraitcommedes bêtisesquiluidonnaientpar-dessuslemarchél'effet d'êtretéléguidéeparlesautres;etpuisilserendit comptequelesfaçonsdeparleretlesastuceslesplus stupidesaidaientl'enfantàparticiperàcesjeuxqui luiavaientsilongtempsmanqués.Etauboutdu compte,c'étaittrèsbienqu'iln'existâtjamaisle moindresignedepiétépouvait-onmêmes'imaginer unenfantquiauraitlafoi?
LaNouvelle RevueFrançaise MICHELSICARD Butor. Brasséed'avril,deM.118 PHILIPPESOLLERS DonjuanauxEnfers 1
WILLYDESPENS d .Blondin. Mavieentreleslignes,'A JUDESTÉFAN loue. C'esttoibeautéqueje SALAHSTÉTIÉ Désir. LesPommesetle ALAINSUIED IgorStravinsky,d'A.Boucourechliev. Joseph. L'AffaireWallenberg,deG. CharlesBaudelaire,deW.Benjamin
PIERRE-ALAINTÂCHE LaPromenadedudimanche JEANTARDIEU retour. LeVoyagesans ANTOINETERRASSE photographie. Degasetla PAULETHÉVENIN sentation). LettresàPierreBordas,d'A.Artaud(pré-
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