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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LesÉcoles
Conséquenced'undéménagementdansunemai-sondebanlieue,surleplateaudel'autrecôtédu fleuve,lanouvelleécolecommunalesetrouvaitelle aussihorsdesportesdelaville,assezprèsd'une grandelignedechemin deferqui,endirectionde l'ouest,sedirigeaitverslamer.Latransition,pensait l'adulte,seraiticisupportablepourl'enfant;ilsesen-taitmêmeconfiantparcequelebâtimentetsasitua-tioncorrespondaient,àbiendeségards,àla «petiteécole»bienaimée.Icilesfaçadescouvertes ellesaussideverdureetlesboisagessombresdansla muraille,semblablesaussiàl'intérieurledessindes classes;lesfenêtresavaientlamêmeorientationavec vuesurlesarbresd'unecourlescachettesde l'ancienjardinserépétaientdanslesrenflementsdes racines,lesbuissonsetlestournoiementsdessous-bois(maisen un peuplusgrand).L'undeschemins del'école,même,étaitnonpavécommel'ancienet ilmontaitenpentedouced'unemanièrecomparable l'enfantnepouvaitquesesentirchezelle. Maiscelle-cisefigea,faceàlanouvelleécole,prise d'unerépugnancequinesedissipapasmêmeavecle tempsmaisdevintunmouvementd'effroiplusgrand
LaNouvelleRevueFrançaise chaquejour.Mêmelarecettedelapromenadedu soirn'eutplusd'effetc'étaitcertesunlieupleinde paixmaislelendemainmatiniln'yavaitplusqu'une détressesanslimites(labaveduchagrinsuspendue d'avance,opiniâtre,auxbouchéesdupetitdéjeuner). Audébutdesélèvesdelaclasseétaient encoresou-ventvenuslavoirchezellelelendemain,àl'école, ilsl'évitaientlittéralement.L'enfantellen'avaitpas encorehuitansensavaitbienlaraisonetl'exprima parlaphrasesuivante«Ilsnem'aimentpasparce quejesuisallemande.» Cen'étaitpaslepiredesparolesdecettesorte, lesagressionsverbalesengénéralnelatouchaient guèreabominablesurtoutétaitdenepasêtrevue, d'êtrepousséedecôté,detoujourschercherenvain uneplacedesortequecequ'ilyavaitleplusà craindre,maintenant,c'étaientlesrécréations.Et quandl'adultevenaitchercherl'enfanttarddans l'après-midi,enrèglegénéralecelle-cil'avaitdéjà repérédepuislongtemps et del'endroitlepluséloigné. Ledésespoirpeutêtredissimuléparlesgrandsde biendesmanières,maisceluid'unenfantonle remarquedetoutefaçonetvoirunenfantdésolé étaitinsupportable.Retirerdel'écolel'enfantconfiée àsagardes'imposaitdoncd'urgenceetlorsqu'au coursdecesmoisl'homme,surpris,seditàlui-même, àhautevoix,qu'ilspourraientaussibien,àlalongue, resteràdeux,sanspersonned'autre,uncridedou-loureuseapprobation,presqueinquiétant,sortitdu plusprofonddel'enfant.L'adultes'interrogeala visiondel'enfantaumilieudelarondedesautres n'avait-ellepasétéunedécouverte?Nonellenelui appartenaitpasàluiseul.Oui,elleavaitbesoinde société,elleenétaitcapable,elleétaitfaitepourcela! C'étaitcelal'issue,lasociétéquiluiconvenaitexistait. Revenirenarrière,iln'enétaitpasquestion. Uneétrangerépétitiondecetterondeluiendonne
LesÉcoles
lacertitude.Unemaîtresse delapetiteécolede naguèreétaitmorteetunsoirdenovembrel'adulte revintavecl'enfant,pourlamessedesmorts,dela banlieuedanssonquartierd'autrefois.Presquetous lesanciensélèvesétaientvenusàl'égliseavecleurs parentsetaucoursdelacérémonie,déjà,lesenfants dontlaplupartnes'étaientpasrevusdepuislafête del'écolenecessaientdetournerlatêtelesunsvers lesautres.Souslavoûteobscurecen'étaitpasseu-lementleursvêtementsmaisleursvisages,leurs contoursmêmesqui,c'était frappant,paraissaientplus clairsqueceuxdesadultes,oucelavenait-ildes silhouettesombreuses,immobilesdecesderniers? Ensuite,lorsquetoutlemondeestdeboutsurlepar-vis,onn'entend,pourainsidire,plusquelesenfants. Ilscrient,s'esclaffent,s'empoignentdefaçondésor-donnée etdéboulentenpiaillantparmilesgensvenus àl'enterrementetquis'entretiennentàvoixbasse, n'interdisentpasleurdanseetsontpeut-êtreplus profondémenttouchésparcettegaietéquisedéchaîne autourd'euxqueparlacérémoniededeuilquia précédé.C'estunesoiréed'unerareclarté,avecla pleine lunequibrillejauneau-dessusduquartieret au-dessusdecetterondeunpeudémoniaquedes enfants.Difficileaprèsceladeseséparer,beaucoup debrasetdejambesquiavaientsembléuninstant fairepartiedu mêmecorpssedémêlent.Ilsefait tardlorsquel'enfantestassisedanslebusdebanlieue, presqueseuleavecl'adulte.Elleestépuiséeetpour-tanttoutàfaitéveilléeet,onpeutledire,ravie.C'est l'étonnement,surtout,quidomineavoirenuneseule foisrevutouslesgensdenaguère,avoir étéaccueillie pareuxavecunetellejoieetavoir,danslaronde, oubliétoutàfaitlamortdel'institutrice. Lalumière,àl'intérieurdubusdenuitvide,est très blanche;lesbancsmétalliquesmiroitent.Ilstra-versentlepontlefleuveestencrueetparaîtdans
LaNouvelleRevueFrançaise lanuitd'unelargeurinhabituelle,avecunéclatde luneçàetetdescimesdebuissonsquisedressent dansl'eau.C'estdansunetragiquebeautéquese révèlealors autémoinoculairelevisageenthou-siasmé,brûlantdevie,del'enfantassiseplongée enelle-mêmeetquiévoqueencoreetencorecette heureaveclesautres.
Cetteinstitutricedécédéeavaiteubeaucoupd'in-clinationpourl'enfantetparlasuiteilapparutà l'adulteque cetéloignementàl'égarddelanouvelle écolenevenaitpasdecequ'elleétaituneécole d'«état»commeilenavaitprématurémenttiréla conclusiond'aprèssonproprepassémaisunique-mentdelapersonnequienseignait etquin'étaitpas pourl'enfant(etpeut-êtreétait-elleseuledansson cas)cellequ'ilfallait.Ilappritcelailexistaitune amabilitésanspassion,d'unefixitéd'idole(dépour-vuedecettevolontégénéreusedepouvoiroud'in-tervention)qui,pratiquéeparunprofesseur,pouvait blesseretfairel'effetdeladisgrâce.Peut-êtrey reconnaissait-illesmomentsilsecomportaitde même,l'espritabsent,etsavait-ilquec'étaitdeque venaitl'inhumanitémaiscequisemblaitcondam-nable,parsurcroît,c'étaitqueleurviedurantcertains enseignantsn'étaientmêmepaseffleurésparl'idée decequepouvaitêtreunenfant.Ilsparlaientavec luisanstimbre;lecontemplaientsansregard;leur calme,leurtranquillitévis-à-visdetousn'étaitqu'in-différencepourchacun.
Aprèslessixpremiersmoisl'enfantcessadese rebellercontrelanouvelleécole;elleneracontait mêmeplusledéroulementdesesjournées.Ellesem-blaitmêmed'accordavecsasituation;quandelle levaitlesyeuxonyremarquaitcommeunabandon audestin,telquel'adultenel'avaitconstatéjusque-
LesÉcoles
quechezunseulautreêtrehumainetqui,deplus, étaitdéjàassezâgéetonsongeaitalorsàlaviolence laplusextrême,laplustriste. Aucoursd'uneheuretranquilleilputcomme jadisluiposerquelquesquestionsl'enfantditqu'elle nes'aimaitpluselle-même.Lesautres,eux,ilsétaient bien;mais«avecmoiilyaquelquechosequine marchepas». Lematinsuivantl'hommes'adressa,commeill'avait déjàfaitplusieursfoisauparavant,àl'enseignante, s'efforçantdenepasfairedezèlesanspourtantéviter desmotscomme«solitude»,«détresse»,«exclu-sion»quidanslalangueétrangère,plusencoreque danslalanguepropre,sonnaientcommedesfor-mules.Toutàcoupilserenditcomptequesonvis-à-visquil'écoutaitpolimentnelecomprenaitpas,au senslittéralduterme.Peuàpeuapparutdansles yeux del'enseignanteuneétrangeexpressionquelui, là,entraind'intercéder,n'allaitplusjamaisoublier quelquechosecomme del'amusementetparinter-mittence,même,delarailleriedequelqu'undece «systèmeétranger»l'onnepouvaitavoirla moindreidéedecequec'étaitque«l'abandon».A cetinstantlarésolutionestarrêtéelejourmême, l'enfant,onabeauêtreaumilieudel'année,va quitterl'école(ricanementsurlevisagedel'ensei-gnantequidistribueen même tempsdestractspour unecauselointaine).Maiselleneresterapasdavan-tageunseuljourdanslamaisonauprèsdel'adulte celui-cisemet,aussitôtaprèscetteconversation,en routepouruneautreécolequisetrouveégalement lelongdelalignedechemindefer,maisdel'autre côté delatranchée.Laseulechosequ'ilensaitelle portelenomd'unsaintdontlastatuesetrouveaussi dansunecourasphaltée.Pourtant,enchemin,cela neledérangepasquel'écoleappartienneàunetra-ditionreligieusequil'entourajadisdetantdefroid
LaNouvelleRevueFrançaise mortel,detantde croyanceauxfantômes,detant d'hostilitéàl'esprit;maintenantc'étaientbienplutôt lamagnificencedescouleurs,laferveur,laproximité desvoisins,l'abandonàl'enfance,lajoied'existeret l'unitémystiquequirevivaienttouteschosesenquoi l'église(outoutaumoinslesécrituresquilafon-daient)pouvaitparailleurs,certainement,donnerdes forces. L'enfant,seuleavec lui,avaitjusque-làpeureçu d'unetraditionquelconque(gèreplusque decourtes lecturesàhautevoixdelaBible,seulsimportaient lesévénements,sansleursignificationàl'arrière-plan). Ilsétaientallésquelquefoisensembleàlamesseet parfois,exceptionnellement,l'enfantavaitditque toutlemondeavaitétési«bon»pourellemais d'habitudedanslesnefsd'égliseonétaitécraséd'en-nuidèslapremièrenoteetonavaitl'âmelittérale-mentblesséeparlesattitudes,lesgestesengénéral dérisoires,méchants,exécutés,l'espritabsent,parles fauxprêtresd'aujourd'huietparlesvoixtoutaussi méchantesetdépourvuesd'âmeetdecorpsdesfaux croyantsd'aujourd'hui. Etpourtantl'hommesurlecheminlelongdela voieferréeestpénétréparl'idéequel'écolesousle signeduSaintseramaintenantl'endroitqu'ilfautà l'enfant;etd'avanceilsaitdéjàqu'onseraforcéde laprendremêmes'iln'yavaitplusdeplaceon en trouveraunepourelle. C'estunclairetfroidmatin demars.Derrièreun cèdreauxvastesbranches,isolé,surunpontroutier fumeuncield'insurrection,d'unbleu deflots;dans latranchéelesifflementetlevacarmedesrapides; etdansladépressiondelamétropolelefleuveappa-raîtavecsesméandrescommefigés,tracésàtravers l'emboîtementdesimmeubles,telungéantendormi. L'hommeva,aupasde coursecommejadis,chez l'historien,onallaitau-devantd'unedécision;sonne
LesÉcoles
àlamauvaiseporte,estconduitàlabonneetyconnaît eneffetlesuccèsgrâceàsonproposautoritaire qu'ilbégayeplutôt.Dèslematinsuivantl'écoledu malheurrestepourtoujoursdel'autrecôté delavoie dechemindeferetl'enfant,persuadéeaussipar l'enthousiasmedel'adultequetoutirabienselaisse debongré,avecreconnaissancemême,entourerpar lenouvelessaimd'enfants.Ilnes'agissaitqued'un changementd'écolemaisilétaitpourtantd'impor-tancevitale. L'enfantdemeuralerestedel'annéeetl'annéequi suivitàl'écoleconfessionnelle(jusqu'àcequevienne detoutefaçonlemomentdecequ'onappellel'en-seignementduseconddegré).Cen'étaitpasl'école idéalel'enfantl'avaitdéjàconnue etdepluselle n'existaitmêmeplus(lechemindeterreavaitaussi étégoudronnéentre-temps).Cequifitdubienà l'enfantc'estqu'ellen'avaitpasdeprétentions.Cette banlieuequiaudébutnesemblaitpasavoir de fron-tièresaveclescommunesenvironnantes,montraelle aussisonimagepropre,sonaspectencorevillageois; lesélèves,àladifférencedejadis,venaientdetous lesfoyerspossiblesetpourtantdesenvironsimmé-diats.L'écolequis'yrattachaitavaitquelquechose debénincequi,àlalettre,fitdu bienàl'enfant.Elle lesurprenaitmêmeparleplaisirqu'elleprenaità êtrecommetoutlemonde.D'abordl'adultevoulut encoreluiinterdirecequ'il considéraitcommedes bêtisesquiluidonnaientpar-dessuslemarchél'effet d'êtretéléguidéeparlesautres;etpuisilserendit comptequelesfaçonsdeparleretlesastuceslesplus stupidesaidaientl'enfantàparticiperàcesjeuxqui luiavaientsilongtempsmanqués.Etauboutdu compte,c'étaittrèsbienqu'iln'existâtjamaisle moindresignedepiétépouvait-onmêmes'imaginer unenfantquiauraitlafoi?
LaNouvelle RevueFrançaise MICHELSICARD Butor. Brasséed'avril,deM.118 PHILIPPESOLLERS DonjuanauxEnfers 1
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