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La Nouvelle Revue Française N° 419

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LANOUVELLE REVUE~I~A.N'AISE
Journalduchercheurd'or
ARodrigues,toutsesait.Maintenant,jenepeux guèrecachercequejesuisvenuchercher.Pourtant, cequejesuisvenucherchera-t-ilvraimentunnom? Commentpourrais-jeledire?Bienentendu,ilsont unregardironique,avecunpetitpeud'inquiétude, eux,les«gentlemen»,les«bourzois»delabonne société,ledirecteurdelaBarclay's,lepropriétaire del'hôteldePointeVénusquepeut-onespérerde cetasdepierressauvage,sicen'estuntrésor?Oui, c'estcela,etlui-même,cethommequiestmortily acinquanteans,venuiciàl'aventure,quecherchait-ilN'était-cepasuntrésor,lebutinfabuleuxpro-? venantdesrapines deLaBuse,oud'England,l'oret lesbijouxduGrandMogol,lesdiamantsdeGol-conde?N'était-cepas,peut-être,lebutind'Avery, qui,audiredeVanBroeck,auraitcapturéletrésor donnéparleMogolAureng-Zebendotàsafille,et qu'ilestimaitàplusd'unmilliondelivressterling? Avery,quiavaitensontempslaréputationd'être devenuun«petitroi»,avaitcapturélevaisseaudu GrandMogolquiserendaitàlaMecqueavecsasuite. Alors,raconteCharlesJohnsondansHistoryofPyrates, «ilépousalafilleduGrandMogol,puisfitroutevers
LaNouvelleRevueFrançaise Madagascar»,etbientôtabandonnasonnavireetson équipageetsansdoutesontrésor(caché dansquelque île),pourserendreàBoston,auxAmériques,il vécutquelquetempsavantderetournermourirdans lamisèreàBristol.Qu'étaitalorsdevenuesafemme, lafillemerveilleuse(onnepeut l'imaginerautrement quebelle)duMogolAureng-Zeb? N'était-cepascelaaussiquecherchaitmongrand-père,danscedécordebroussaillesetdelave,ici,dans l'undesendroitslespluspauvresetlesplusisolésde laterre?Carletrésor,c'étaittoutcela,c'étaitl'aven-turefabuleusedu«Privateer»,lalégendeduGrand Mogoletdesesvassaux,NizamelMolukauDeccan, AnaverdiKhanàArcot,lacapitaledufameuxCar-natic(appeléaussiCoromandel),gardéeparsesdeux forteressesdeGingietdeTrichinopoli.C'étaitaussi lachimèredudomainedeGolconde,aunorddu Carnatic,uneforteresseinexpugnable,construiteen hautd'unrocheràtroislieuesdelacitélégendaire d'Hayderabad.C'estqu'étaitenfermé,selonla légende,lefabuleuxtrésordes«Nizam»,lesvassaux duGrandMogol,amassédepuisdessiècles.Lesdia-mantsdeGolcondeavaientétélerêvedesconqué-rantsvenusduPortugal,del'Espagne,deHollande, avantd'êtreledéliredesécumeursdesmersàlafin duxvmesiècle.Songecreux,carlorsqu'ilsentrèrent enfindansleDeccan,lesconquérantseuropéensne découvrirentpasl'Eldoradoqu'ilsescomptaient,mais lapauvretédesvillesetdespeuplesdansunpaysilyavaitplusdepoussièreetdemouchesqued'or. N'était-cepaslemême rêvequis'étaitdissipélorsque Coronado,croyantdécouvrirlesCitésdeCibolaaux toitsd'oretdepierreries,arrivaenfindevantles villagesdeboueséchéedesPueblos,n'était-cepasle mêmerêve,lorsque RenéCailléentrapourlapre-mièrefoisdansTombouctouetvitquelacitémys-
Journalduchercheurd'or térieusen'étaitenfaitqu'unrendez-vousdecha-meliers? Commentmongrand-pèrea-t-ilpucroireàla légendedutrésordeGolconde,etsurtoutàcellede ladotdelafilled'Aureng-ZebcapturéeparAverty? Al'époqueAvertyécumaitlamerdesIndes,c'est-à-direentre1720et1730,cen'étaitplusAureng-Zebquirégnaitsurl'Inde,surlesnababsetsouhabs, maisunusurpateur,nomméMohammedShahqui avaitrenverséen1720FarrukSiharlui-mêmecousin deShahAllanet desonfrèreDjahandar,filsd'Au-reng-Zebquiétaitmorten1707.Quantauxpirates ceuxquemongrand-pèreappelleles«Privateers» ilsn'ontcommencéànaviguerdanslamerdes Indes quelorsqu'ilsfurentchassésdelamerdes Antilles,c'est-à-direàpartirde1685.Celacoïncidait d'ailleursavecl'expansiondestroisgrandescompa-gniesmarchandes,laCompagniedesPayslointains pourlaHollande(fondéeen1595àAmsterdam);la CompagniedesMarchandstrafiquantsauxIndes orientalespourl'Angleterre(fondéeen1600)etla CompagniedesIndesorientalespourlaFrance(fon-déeparColberten1664).LesprédateursdelaMer desIndesTaylor,LaBuse,Avery,Cornélius,Coy-don,JohnPlantain,Misson,Tew,Davis,Cochlyn, Edward England ettantd'autresn'ontacquisleur gloirequeparcesgéantsauxdépensdesquelsils vivaientcesformidablescompagniesmarchandesqui ontétélespremiersvéritablesagentsdelacoloni-sationeuropéenne,etont ouvertlaroutedel'Orient, d'abordpardeséchangespacifiques,puisparlavio-lencearmée,divisantd'immensesterritoires,des océans,répartissantentreellescettemoitiédumonde. N'est-cepascepasséextraordinairequiestaucœur dutrésor,lesecretdecesmouvementsdedigestion dumondedel'Europetriomphante?Alleràla recherchedecesmersetdesîles,passèrentautre-
LaNouvelleRevueFrançaise foislesnavires,parcourirl'immensechampdebataille s'affrontèrentlesarméesetleshors-la-loi,c'était prendresapartdu rêvedel'Eldorado,chercherà partager,prèsdedeuxsièclesplustard,l'ivressede cettehistoireuniquequandlesterres,lesmers,les archipelsn'avaientpasencoreétéenfermésdansleurs frontières,queleshommesétaientlibresetcruels commelesoiseauxdelamer,etqueleslégendes semblaientencoreouvertessurl'infini.
TerreBrûléenoire,dure,quirefusel'homme. Terreindifférenteàlavie,rocs,montagnes,sables, poussièredelave. Chaosbasaltiquedelabaiemalgache,cônesarides, lunaires,quemongrand-pèreanotésdanssesplans, quiservaient,disait-il,derepèresauxnavigateurs leLimon,leMalartic,lemontPatate,lemontLubin, leBilactère,leCharlot,lepicMalgache,leCoup-de-sec,leDiamant.Lesruisseaux,lesravins,quicreusent leflancdescollines,vontdroitàlamerrainures sanseau,profondescommedesrides,quimontrent l'intérieurnoiretpoudreuxdelaterre,blessureset balafresqu'unsimplecoup deventefface,faits'ef-fondrer.Commentmongrand-pèrea-t-ilpuespérer trouvericidestraceshumaines,unsouvenirvieux dedeuxsiècles?Commenta-t-ilpu,annéeaprèsannée, chercherl'ombredu«Privateer»entrecesrochers, sousceciel,voyanttoujourslamêmeformedesmonts, semblablesàdesgéantseffrités?Ya-t-iliciautrechose quidureplusquelevent,lalumièreetlamer?La lave,peut-être,incroyablementdure,maiselleappa-raîtetsecacheaugrédesoragesoudesavalanches depoussièrenoire.Lesrochesdelavesemblentdes ossementsnoirs,brûlés,quiglissentsureux-mêmes, ouremontentàlasurfacesouslapousséedelaterre, jouetdanslamaind'undieuinconnu. Sont-celessignesquiontguidémongrand-père,
journalduchercheurd'or quandiltraçaitsesplansderecherche?Maisdes leurresplutôtquedessignes,cesblocsdelavequi changentdeplaceàchaquesaison,quisurgissenttout àcoupaumilieudesalluvionsdelarivièreRoseaux, oudisparaissent,avalésparlabouedumarécage. Commentcroireàdetelssignes? Etpourtantcommentnepasvoirdanscepaysage désertique,façonnéparleventetparlapluie, imprégnédesoleil,l'expressiond'unevolonté?Mes-sagelaissécommeparinadvertanceparquelquegéant terrestre,oubiendessindeladestinéedumonde. Signesduvent,delapluie,dusoleil,tracesd'unordre ancien,incompréhensible,pareillesàcesgraffitigravés danslalave,àl'ouestduNouveau-Mexique,ousur lemontCurutaran,aucentreduMexique.Ilme semble,tandisquejemarcheici,aufonddecette vallée,entrelescollinesnoires,quejesuisparvenu dansunautremonde,quin'appartientpasaux hommesmodernesnimême auxpirateslemonde d'avantleshommes.Ilyaicilesilence,levent,la lumière,etjesensencoresousmespiedslefeupro-fonddelaterre.Jevoislesracinesdesvacoas,des tamariniersaccrochésàlaterrebrûlante,jevoisces feuilleslisses,aiguëscommedeslames,etje comprendsquecemessagequejecherche,quiest écritaufonddecettevallée,nepeutmeparvenir, seulementm'effleurer.Commeuneparolequivien-draitd'unboutdutemps,etquiiraitenvolantdroit devantelle,versl'autreboutdutemps. Devantlabeautédecepaysagesimpleetpur lignesdescollinespelées,lignedelamer,blocsde laveémergeantdelaterresèche,chemindesruis-seauxsanseau,jepense aux tracéscompliquésde mongrand-père,cesplans,cesréseauxdelignes, pareilsàdestoilesd'araignée,pourcapturerlesecret disparu.C'estvrai,celapeutsemblerabsurde,inutile, unenchevêtrement,unembrouillaminiquicachait
LaNouvelleRevueFrançaise alorslaréalitédecetteîlepauvre,decetteterrenue, lavied'uninsecteetd'uneplanteestdéjàun bien grandmiracle. Maispeut-êtreétait-cenécessaire?Sanscestracés delignes,mesuresd'angles,repérages,axesest-ouest, calculsméticuleuxdespoints,est-cequecetteterre auraitexisté,est-cequ'elleauraiteuunesignification, est-cequ'elleauraitprisformesoussesyeux,jeveux dire,nonpluscommen'importequelpointindiffé-renciédelaplanète,maiscommecette«Anseaux Anglais»choisieparle«Privateer»pourycacher sonoretsesdiamants,c'est-à-direl'undeslieuxles pluspuissantsetlesplussecretsdumonde?Ainsi faisaientlespremiershommes,lorsqu'ilsdonnaient leursnomsauxendroitsdelaterre,montagnes, rivières,marécages,forêts,plainesd'herbesoude cailloux,pourlescréerenmêmetempsqu'ilsles nommaient.Alorschaqueparcelledecepaysage devientunsymbole.Le«marécageoumarnelamer», prèsdel'estuairedelarivièreRoseaux,lacourbe lentedelarivièreversl'est,puisverslesud,les collinessombresdel'ouest,dominéesparle«Comble duCommandeur»enformedeMmajuscule.L'ou-vertureduravinàl'est,avecsoncul-de-sacetson verroudepierres,etlagranderochetailléeenforme deMmajusculequirépondausignedel'ouest.Enfin, lesdeuxpierrespoinçonnées,l'uneàl'ouest,l'autre àl'est,traçantlalignegéométriquementperpendi-culaireàl'axetracéparlecoursgénéraldelarivière. Lepoint0«figuredel'organeaumarinpoinçonné , encreuxdanslapierre»,ettouslesautrespointsqui déterminentcepaysage,luidonnentsonsens,son histoire. Lepoint8«Autrefiguredel'organeau,plus grandeetmoinsaccentuée,lanaturedelapierrene seprêtantpasàun travailaussisoignéqueceluidu
Journalduchercheurd'or pointO.Lecorsaireautilisépourcesmarques, commeonpeutlevoir,despierresàdemeure.» Lepoint«Coinnettementpoinçonnédansla R pierre,dontl'undespansestdirigéverslepointZ.» LepointZ«Énormebosseenformede fût de colonne,enterréeperpendiculairementdanslesol, etdontlesommetsupérieur,amincipardeuxpans parallèles,étaitdirigéverslepoint29.» Lepoint«Trianglerectangleisocèlepoinçonné Y dansunedesparoisverticalesdelapierre.» LepointP«Figureenformed'équerre,poinçon-néedansunepositionobliquesurlaparoiverticale delapierre.» Lepoint«Triplerainureaupoinçonrayonnant E vers5,Fet30.» LepointF«Traitlongetprofondpoinçonnédans lapierre,dirigéverslepoint29.» C'estcefouillisdelignes,d'angles,depointsde repère,quirecouvrentledessinsimpleetfacilede l'AnseauxAnglais,annéeaprèsannée,traçantleur réseaudeplusenpluscompliquésurcesquelques arpentsdeterremongrand-pèreavécupresque sansdétournersonregard.Absurde,inutiletravail d'arpenteur,degéomètre,maispuis-jeenjuger?Cette terren'estpasseulementlaterre.Ainsileshommes ont-ilsrecouvertlabeautéindicibleducielnocturne remplid'étoilesaveclesdessinsdeleursconstella-tions,lesdivisions desheuressidérales,lesdegrésde déclinaison.Alorssontapparueslesfiguresmythiques duciel,leChien,lePoisson,leChariot,leSerpent, leDragon,quidisaientledésirdeshommesde comprendrel'ordresecretdumonde,ledestin commandéparlesdieux.Ici,dansl'AnseauxAnglais, c'estunautreordrequecherchaitmongrand-père, peut-êtreceluidesapropredestinée.Peut-êtrece pointinconnuquiferaitenfincoïncidersavieavec celledecemystérieuxvoyageurquin'avaitlaissé
LaNouvelleRevueFrançaise enétaitéclatant,maisdanstoutlerestelepeuple affectaitdeseconformeràlasimplicitédugenrede viedespremiersâges.Onobservaitlamêmechose enGrèceetenItalie;onnevivaitalorsquedesfruits delaterrepourserappelerquesesancêtresn'avaient autrefoisvécuquedeglands,defeuillesd'arbreset d'herbesdanslesfêtesdeCérèsonportaitdesfigues sèches,deslaitues,despavots,desgâteaux,desgre-nades,delalaineetdiversesautresproductionsfaites pourretracerlamémoiredespremierstemps. Commeladivinités'étaitmultipliéeparlamulti-tudedesnomsetdesemblèmessouslequelonla désigna,onvoitquelesmêmespratiquess'obser-vaientauxfêtesdedivinitéstrèsdifférentes;c'est pourcetteraisonquel'onfaisaitdesemblables commémorationsàAthènesdanslafêtediteplante-ria,enl'honneurdeMinerveAgranle,jourquiétait réputésimalheureuxquetouslestemplesétaient fermés.Aux fêtesd'Adonislesdifférentesproduc-tionsdelaterreétaientportéesenprocessionet ensuitejetéesdanslarivièreetdanslamer.Dansces joursfunestesetmalheureuxonétaitcouronnéde myrtheet denarcisses;oncouraitlanuitavecdes torchesàlamain et encriantcommedesforcenés, etl'onerraitdecôtéetd'autrepourreprésenter, disait-on,lescourses deCérèscherchantProserpine enlevéeparPluton;enEgyptec'étaitOsirisqu'on affectaitdechercherdelamêmemanièreenpleurant etvêtude deuilpourimiterlesrecherchesd'Isis;ou peut-êtrecescoursesavaient-ellespourobjetde représenterlavieinquièteetvagabondedespremiers hommesembarrassésdetrouverleursubsistance.Il n'estdoncpointsurprenantsilesBéotiens,comme leditPlutarque,appelaienttouteslesfêtes deCérès odieusesetfunèbres.Cérèselle-mêmeétaitappelée triste,engrecAchnia,parcequ'ellenecessaitd'être représentéecommedésoléedel'enlèvementdesa
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