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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LesTours
deTrébizonde
ÀMarie-Laure
Decetaquariumjuchéaucinquièmeétagedel'im-meubleévoluemalenteurpensiveetdouloureuse depoissonprisàlanasse,del'uniquevitragequime sépareduboulevard,au-dessusduroulementcontinu desvoitures,decetteparoideverrequimiroitecomme lasurfacegeléed'unlacdemontagne,jevoisauloin, verslesuddeParis,s'allumerlesoir,s'éteindrepeuà peulanuit,puissedéployeretprendreracinedans l'auroreleshautestoursdu«QuartierItalie». Cesformesredoutablesdenotredestinsontautant depontonsconstruitstoutexprèspour dévorerdes milliersetdesmilliersdecaptifsinnocents,maiselles ressemblentaussiàdesbanquisessecrètementtravail-léesparlessoubresautsimperceptiblesd'undéparttou-joursdifféré. Voyez!Avecl'agitationetlesbruitsquiaugmentent, s'approcheunefindejournée.Souventsurlefondd'un cielvertsombre,dececielcourroucéoubienveillant, balafrédepâlesplagesdenuées,lestourslesplusélevées (aunombredequatre),commencentàjouerlesphares portuairesdansl'immobiletempêteurbaine. Bienqu'ellessoientpresqueimaginairesàforced'être
LaNouvelleRevueFrançaise
anonymesetqu'ellessemblent,parl'effetd'uninquié-tantparadoxeàladistance,totalementinhabitées, ellesnecessentd'imposerleurprésence,plusobsédante, plusmenaçante quelespasd'ungéantvoraceetmuet. Touràtour(c'estvraimentlemot!),danslamarée montantedel'obscurité,lesminusculesetinnombrables lanternesdesfenêtress'ouvrent,seferment,s'ouvrent, seferment,selonlesmouvementsinégauxd'unesigna-lisationincompréhensible,dequelqueénigmatique «alphabetMorse»,puis,aprèsavoirainsiclignoté,elles s'illuminenttoutesensemble,commesilaraisondecet embrasementfinaln'étaitpaslacommunionobligatoire desreclusinvisiblesautourdurepasdusoir(serviàla mêmeheuredanslacuisinedesvraispauvresetdans lasalleàmangerdesfauxriches),maiscommesices nefscolossales,prenantconscienced'elles-mêmes,ne cherchaientqu'àéclairerlespassesdangereusesdeleur immobilenavigation. Pendantdesannéesetdesannées,sesontnourries decespectacle,quimefaitpeuretenmêmetemps m'intriguecommeunproblèmeinsoluble,mesnuitsde mauvaissommeil,maisaussi,biensouvent,mesveilles fascinéesetravies,car(enétésurtout),cesédificesver-tigineuxquisemblentconsumerlavieaulieudela protéger,sechangentengirandolesdefête,enchâteaux dudélire,sansautreréalitéapparentequelespoints d'orquilesarrachentàlanuit.Ondiraitqueleur pavoisementdésordonnéefface,ourendsoudainlesup-portmonumentaldeleurstructure,plusmince,plus fragileetplusflottantqu'unenappesecouée. Demain,selonlacoutumedélicateducielparisien,je verrailesteintessuccessivesdumatinsefondrel'une dansl'autre,passer durosetendreaugrisbleuté,riva-lisant,surlesbordsdecettepériphériesansespoir,avec lerêvecolorédespeintreslesplusgourmandsdesaveurs etdenuancesdèsl'aube,cesvaisseaux,prisdansles vaguesmortesdumacadam,s'efforcerontd'oublierleur
LesToursdeTrébizonde
sortetdesourire,lorsqueleurfaceencoreplongéedans l'ombrecoupera,lelongd'unearêteverticalepareille àunefalaise,lafaceofferteàladouceurdulevant.Plus tard,s'étantfondues,vaporisées dansl'irradiationdela clartésolaire,puis,quelquesheuresaprès,s'étant, commej'aidit,effacéesdansleurpropreillumination électrique,lestoursdisparaissentenfin,absorbéespar lesilencedel'éloignement.Seule,alors,enpleinenuit, unevigie,pasplusgrossequ'untimbrecolléenhaut d'uneenveloppe,quelquepartsurl'abrupteparoi,révèle encoreleurpesantemasseendormie. Aucoursdemesdixoudouzeannéesdeveille,jeme refuseàévaluerlenombreaccrudesmortsquisesont succédé,danscetensembleimplacableduhautenbas dechaqueimmensecolumbariumdisparitionsdis-crètes,manifestéesseulementparlafermetureprovi-soiredel'uneoul'autredesfenêtres,petitshublotsde l'asphyxiecollective,étincellesfurtives aussitôtsuivies deleurcendreetj'aienfincomprisquelliensecret, dansledemi-sommeildemacontemplation,cepaysage (occidentaletterrestreparsapermanenceaveugle, orientaletmaritimeparsafantasmagorienocturne) entretenait,au-delàdescontinentsetdessiècles,avec l'imagerieensorcelée,évoquantlalégendedesaint GeorgesetdelaprincessedeTrébizonde,tellequel'a conçuePisanello,àVérone,pourl'égliseSant'Anasta-sia. Cettefresque,enpartieabîmée,quel'ona,parpré-caution,détachéeduhautmurprimitifettransportée dansunechapellevoisine,maisquiaconservé l'essentiel desonpouvoird'incantation,cechef-d'œuvrenaïfet savant,inspiréettranquille,estdenatureàprovoquer, chezlespectateurémerveilléquejesuis,une rêverie multipleetsansfin. Jeremarqued'abordqueletableaului-mêmetient dansunesurfacemesurable,demoyennegrandeur,alors que,parlaplénitudeetlarichessedessuggestionsqu'il
LaNouvelleRevueFrançaise
éveille,l'événementreprésentésembles'étendreaux confinsdumonde. Maiscecontrasteentrel'espacematérieletl'espace mentalnes'arrêtepaslà.Dominéesparunensemble detoursfabuleuses,ellesaussiétrangementdésertes, touteslesfigurespeintesplongentdansunélémenthors dutemps,dansunbaindestupeurcomparableàcette impressiond'attenteangoisséequenouséprouvonsà l'approched'unorage. C'estsansdoutelavolonté,conscienteetsingulière-mentsubtile,deprovoquerennousuntelsentiment (onleretrouvedansd'autresœuvresdumêmeartiste) quiaconduitPisanelloàmaintenirsescouleursdans unesortedesourdinesomptueuse,dansunegammede modulationsvoilées,entrel'argentternietleschamar-ruresnoiret or,affleurentçàetlesrondeurs luisantesdel'ivoire.(Si,commeilestvraisemblable, cetteatténuationestdueenpartieauxintempérieset auxmoisissures,onpeutaussisupposerquel'harmonie généraledelafresque,tellequ'elleétaitperçueàl'ori-gine,étaitanalogueàcelled'aujourd'hui,maisdansune tonalitéplussonore,avecdesdétailsauxcouleursplus vivesetplusaiguës.) Quantauxattitudesdespersonnagesdudrame(décor etanimauxcompris),cenesontpartoutquedéparts retardés,gestesenarrêt,mouvementsamorcésettout àcoupbloqués,suspendusentrelamenaced'uncata-clysmeimminentetlamémoired'untempsmythique. Onpourraitsupposerquelepeintre,enéquilibreentre sesdeuxsollicitationsmajeures,entrelaprécisiondela vériténaturalistequiouvrelaRenaissanceetlanostal-gie,déjàsurannée,delaFablemédiévale,avoulunous glisserdanslamainlacléperduedessymboles,dontle secretestpeut-êtredenousfairerevivre«àlademande» lesphasestoujourslesmêmesetcependanttoujours rajeuniesd'unrituelàlafoismagiqueetsacré.
LesToursdeTrébizonde
Là,debout,faceànous,ilvientd'arriver,cejeune hommesongeurquiestunSaint,maisaussiunguerrier. Safortejambedroite,gaînéed'unecottedemailles, fait unpasdécidéverssoncoursieretdéjàsonbras gaucheposelasellesurledosduchevalblanc,dont nousnevoyonsquelacroupeénorme,sangléedansun harnachementdecuirdoré. Ilestaccouru,lefrontceintd'unecouronnedeboucles blondes,sesgrandsyeuxdefemmetournésducôtédu Dragon(maissansleregarderencore,depeurd'être affaibliparl'horreur).Safacecamuseetréfléchie exprimeladétermination,lafatalitéacceptée,lacerti-tudeinvincible,maiselleestaussilevisagemêmedela tristesse,carilesttristedetuer,mêmeunmonstre, mêmeundragondesangetdefeuetderépondreau défi despuissancesmaléfiquespourconfirmer,selonles mystèresd'unecontradictionsansremède,lasupré-matiedelaFoi. Bienqu'ilsesoitmisenroutepourcettepérilleuse etlonguerandonnéejusqu'auxrivesdelamerNoire (au-delàdel'eauglauqueetducielbleupâle,ilsemble quel'onaperçoiveunesombrecolline)etbienqu'il connaisseleschargesdesamissionsurhumaineladéli-vranced'unejeuneprincesseofferteensacrificeàla mortlaplusaffreuse,ilnedaignemêmepastourner lesyeuxverslatendrevictimepromise.C'estcommesi ledrameneconcernaitquenousseuls,nousquisommes perdusdanslefutur,spectateursfrissonnantsras-semblésdevantlascènedecemonde. LaPrincesse,desoncôté,parl'éléganceinsouciante desonmaintien,paraîtabsentedelatragédiequila menacedirectement.Lavenuedesondéfenseura-t-elle,enuninstant,effacétoutecraintesursonvisage lisseetenfantin?Oubien,nonprévenuedecequi
LaNouvelleRevueFrançaise l'attend,s'est-ellecrueinvitée,cejour-làcommeun autre,augrandtumulteféodaldesmatinsdechasse? Oubienencoreest-elledéjàmorteet,aussitôtressus-citée,a-t-elleprispourtoujourslemasquelégerde l'innocenceetdel'oubli? Onlavoitdeprofil,ellen'estséparéedeLuiquepar lalargeurd'uncheval.Sonfront,somméd'unemasse de cheveuxrejetésenarrière,serrésdanslesentrelacs d'épaissescordelettesbrunes,estéclairéparleglobede l'oeilunminceéclatdeporcelaineblanchequiattire notreregardsurlesienetlesiensursaintGeorges. Sonmanteausombre,rehausséd'hermine,étendsurle solsatraîneauxnombreuxreplis,toutprèsd'uncava-liercasquéauvisageenfouidansl'ombreduheaume, uneénormelanceàsonpoingildirigeversnousla tête,finecommeunviolon,desonchevalmauveetgris dontleprofondregard,noirdetoutelanoirceurdu pressentiment,estanalogueparl'intensitédesadouleuret desamélancolie,auxgrandsyeuxtristesduHéros. Elleestdescendue,lajeunefille,duhautdelacité fantastique(pourtantdéserteàcetteheurefatale)dont onnevoit,ausommetd'unehauteurabrupte,derrière unreplideterrain,quelestoursàl'architecturecompli-quée,cestoursfameuses,échappéesd'unMoyenAge irréel,cestoursdévoratriceset muettes,parentesde cellesqu'aujourd'huijescruteavecangoisseàlapéri-phéried'unecapitalemoderne. Letemps,subitement,secontracte,lesimagesse superposent.Seigneurialesoupopulaires,religieusesou profanes,destylegothiqueoud'inspirationcubiste,ces insolenteslevéesdepierreoudeciment,qu'ellessoient surchargéesd'ornementssculptésouajouréesdefenêtres toutesidentiques,n'ayant,lesunsetlesautres,quela couleur duventquitourneautourd'elles,delalumière quilesanimeetdugrandfleuvetemporelquilesemporte onnesaitoù,ellesfigurent,pourmonespriteffrayé, lamêmetentation,transmisedesiècleensiècle,de
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FRANÇOISTRÉMOLIÈRES Nancy. L'7w/)fra<e<!<<~on~M<deJ.-L. LeDroitetlesdroitsdel'homme,deM.Villey
JOHNUPDIKE Ilcourt,ilcourt(traduitdel'américainparMau-Rambaud). rice BERTRANDVISAGE Touslessoleils(fin)
67 85 43
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