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1.
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
WILLIAMFAULKNER
Frankie
etJohnnie
«Onl'appelleraFrank»,ditlepère,unboxeurqui n'avaitjamaisgagnéuncombat,etn'étaitpourtantjamais restéautapis.Ilparlaitd'untonconfiant.«Letapin, c'estfinipourtoi,mavieille.Onsemarie,d'accord?» Etpuisunjour,ilpenchasatêterondeauxcheveux lumineuxau-dessusd'unbébérougeaudquivagissait;il futconsterné.«Maisc'estunefille!»murmura-t-ild'une voixétrangléeparlasurprise.«Unefille,nomd'unepipe, voyez-vousça!»Cependantcommeilétaitbienélevéet quec'étaitunchictype,ildéposaunbaisersurlajoue brûlantedelamère.«T'enfaispas,mavieille,telaisse pasabattre.Ontâcheradefairemieuxlaprochainefois. » Ellesegardabiendedirequ'iln'yauraitpasde prochainefois.Elleétaittoutedécoiffée etsecontentade luiadresserunpâlesourire;durantlecourtlapsdetemps ilconnutl'enfant(ilpéritnoblementàOceanGrove
LaNouvelleRevueFrançaise
Parkenvoulantportersecoursàunegrossedamequise noyait),ils'habituaàl'idéequ'ilavaitunefille.Iln'était plusgênéderépondrequandonluidemandaitsic'était ungarçonouunefille;ildevintmêmeextraordinairement fierdecepetitêtrevifauxcheveuxlumineux.«C'est vrai,c'estmonportraittoutcraché»,disait-ilfièrementà toutlemonde;etsonultimepenséecohérente,alorsqu'il luttaitcontrelecourant,gênéparcettemassequise débattait,futpoursafille. «NomdeDieu,lafichuegarce.»Àboutdesouffle, ilvoyaitlecielbasculerentrelesrouleauxbéants,et maudissaitlegrospaquetdechairmollequiavaitraison desesjeunesmuscles.Maispasquestiondelâcher,ce n'étaitpassongenre.L'imagedeFrankieétaitplusnette quelabrûluredanssagorgeetsespoumons.«Pauvre gosse,lavievapasêtrefacilepourellemaintenant», pensa-t-ilaumilieudesbullesvertes. Frankieétaitdoncunefilleénergique;c'étaitdumoins l'avisdeJohnniesoncopain.C'estcequevousauriez pensé,vousaussi,sivousl'aviezvuepasserdanslarue unsamedisoir;elletenaitlebrasdeJohnnieetmarchait d'unpasconquérantetsensuel,donnantàsesbrasminces d'adolescentelemouvementrythmédesscieursdelong, etlançantenavantsonjeunecorpsaveclabrusquerieet larégularitéd'unmétronome.C'estentoutcasceque pensaientlesacolytesdeJohnnielorsqu'ill'emmenait danseràsonClubSportif,ilslamangeaientdes yeux, s'agglutinaientautourd'elleetl'empêchaientd'évoluer surlapiste.Dèslepremiersoir,ellelesavaitjoliment rembarrés;ilssetenaientaucoindelarue,plaisantant ettaquinantlesfillesquipassaientet,lavoyantapprocher, ilsavaientpoussédessifflementsadmiratifsetmisJohnnie audéfidelalever.Johnnie,àquisoncostumeneuf donnaitducourage,neditpasnon.
FrankieetJohnnie
«Salut,mignonne»,luilança-t-ilensoulevantson chapeaud'ungesteélégant.Illuiemboîtalepas.Frankie leregardad'unœilgrisetfroidet,sanss'arrêter,lui répondit«Tire-toi,p'titgars.» «Disdonc.»continua calmementJohnnie,tandisquederrièreluilescopains s'esclaffaient. «Dégage,pauv'cloche,oucomptetesabattis»,répliqua sèchementFrankie.Ellen'avaitpasbesoind'unflicpour sedéfendre,Frankie. Johnnieconservaadmirablementsonsang-froid.«Vas-y,mignonne,tape,j'aimeça»,dit-ilenlaprenantparle bras.Frankien'essaya pasdesedégagergauchementcomme auraitfaitune demoiselledebonnefamille.Ellepritson élanet,desamaintoutemenue,elleflanquaunegifle magistraleàJohnnie.Lascènesepassaitdevantunbar clandestin,dontlesportesbattanteslaissaientapercevoir unesalleauxlumièresobscurciesparlafuméedutabac. «J'enveuxuneautre»,ditJohnniequisetenaittout raide,toutrouge,etFrankiedenouveaulegifla.Un hommesortitdelataverneentitubant.«Lagar.dit-» de. il.«Casse-luilagueule,espèce»Danscetterue sordide,levisagebrûlantetrougedeJohnnie,levisage blancdeFrankieétaientpareilsàdeuxjeunesplanètes. JohnnieregardantFrankievitsonnezsefroncer.«Elle vapleurer»,pensaJohnnieprisdepanique;danssatête bourdonnante,sonespritavaitfiniparenregistrerles parolesdel'inconnu.Ilfitvolte-face,etluisautapresque auvisage. «Tusaisàquituparles?Jet'apprendrai,moi,àparler commeçadevantunedame.»Lepochardrépliquaavec lecouragequedonnel'alcool«Disdonc.»Johnnielui flanquauncoupdepoing,etl'hommeseretrouvadans lecaniveau,jurantetsacrant. JohnnieseretournamaisFrankies'étaitenfuieenpleu-
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rant.Illarattrapa«Voyonsmonp'tit»,maisFrankie neréagissaitpas.Quellesacréeveine,sedit Johnniequi, transpirantlégèrement,lamenaversl'entréed'uneimpasse obscure.D'ungestegauche,illuipritlataille.«C'est fini,maintenant,nepleureplus.»Frankiesetournabrus-quementversluiets'accrochadésespérémentàsonveston. J'aiunesacréeveine,seditJohnnietoutenluitapotant l'épaulecommeoncaresseunchien.«Allons,pleureplus, frangine.Jevoulaispastefairepeur.Dis-moicequetu veuxquejefasse.»Désemparé,ilregardaautourdelui. Quelpétrin!Silescopainssepointaient,ilauraitbonne mine.Ilsn'auraientpasfinidelecharrier.D'habitude, quandonestendanger,onappelleunflic,maisJohnnie avaitdesolidesraisonsd'éviterlesflics;ilévitaitmême levieuxRyan,etc'étaitpourtantuncopaindesonpère, unamid'enfancemême.Sacrénom,commentfaire? PauvreJohnnie,sidistinguéetsinigaud. Toutàcoupuneidéeluivint.«Allons,calme-toi, mignonne.Tuveuxrentrercheztoi?Dis-moituhabites etjeteramène,d'accord?»Frankielevaversluiunvisage barbouillédelarmes.Commesesyeuxétaientgris,et commesescheveuxbrillaientsoussonpetitchapeaude quat'sous!Johnniesentaitsoncorpsferme,cambré. «Qu'est-cequit'tracasse,mapoupée?Racontetesennuis àJohnnie,ilenfaitsonaffaire.Tusais,j'voulaispaste fairepeur. C'étaitpastoi,c'étaitceplouc.» Rassuré,Johnniecriapresque«T'asvucommejel'ai buté,cecave.Jel'aidescenducommesi.commesi. J'yretourne,situveuxetjeluidémolisleportrait. Non,non,réponditaussitôtFrankie.J'aiétéidiote dechialercommeça.C'estpourtantpasdansmeshabi-tudes.»Ellepoussaunsoupir.«Bon,vautmieuxqueje rentre.
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Danslacheminéedesonpenn-tidepêcheuràSaint-Guénolé JeanBazainebrûlesespremièresaquarellesdel'été. Jenesaispascequelapeintureattenddemoi,s'excuse-t-ilenfrottantunesecondeallumette.
Lamaisonavaitlaformed'unL.Lachambred'amisse trouvaitàl'unedesextrémitésquandmeshôtesdormaient dansl'autre.Peu aprèsmoncoucher,jemesuisrelevéj'en-tendais commedesgémissements,desappelsétouffés.Jesuis sortisurlepalier.Onappelait,effectivement,jecroyaismême distinguermonnomdansunesortederâle.J'airapidement parcourulecouloir.Lachambredemeshôtesétaitgrande ouverteetleslampesallumées.Ilsfaisaientl'amourdansun fauteuiletlafemmeprononçaitmonnomentredeuxplaintes, parfoisdetoutessesforces. J'aireferméàdemileurporte,sansbruit,etj'airegagné lentementmachambre,abasourdimoinsparl'imprévudela situationqueparmonincapacitéàrépondreàcequ'onvoulait m'offrir.
«Irrégulier.Assezbienquelquesfois(premier trimestrede l'annéescolaire1950/1951). «Manqueunpeudetravail.Effortàfaire»(deuxième trimestre). «Intelligent.Tropindiscipliné»(troisièmetrimestre) J'étaisl'élève,MauriceFombeureleprofesseur.
Premierjanvier1979. J'airefaitlamêmepromenadesolitairequ'ilyadeuxans,