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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
D.H.LAWRENCE
Manifeste
Unefemmem'adonnéforce etabondance. C'estvrai ToutlebléduCanadaondulant,mûrissantmaintenant, n'apasautantdeforce quele corpsd'unefemme doucementmontéenépi,niautantàdonner, bienqu'ilnourrissedesnations.
Lafaim,c'estlevraiSatan. Lapeurdelafaim,c'estMoloch,Bélial,leDieuhorrible. C'estunechoseeffrayantequ'êtredominéparlapeurdela faim.
Nonpaslepainseulement,nonpasleventre,nilagorge assoiffée. Jen'aijamaisencoreétéfrappéauventreparlemanquede pain, non,nimêmedelaitoudemiel.
Lapeurdenepasavoirceschosessemblem'avoirtoutàfait quitté. Detoutcela,jeremercielesbonnesgénérationsd'hommes.
II
Etlachaleurdouce,constante,agréable ducorpssuaveetsensible;decelanonpluslafaim nem'ajamaissaisi,niterrifié. encore,l'hommeaétébondanscequ'ilnousalégué, danscesdeuxcasprimordiaux.
III
Puislebesoinmuet,douloureux,amer,impuissant, ledésird'êtreinitié, d'avoiraccèsàlaconnaissancequelesgrandsmorts nousontrévélée,deconnaître,d'assouvir lagrandefaimdominantedel'esprit; laplusdoucemoissondel'hommeaucoursdessiècles,livres doux,imprimés,
grainlumineux,étincelant,exquis,issudemainteglèbe rebelledanslesténèbresretournées; Jeremerciel'humanitéd'uncœurpassionné d'avoirpuéchapperàlafaimdeceschoses, delesavoirreçuesendonquandj'avaisbesoind'elles, carjesuislefilsdel'homme. J'aimangé,bu,réchaufféetvêtumoncorps, J'aiapprislalanguedel'intelligence, J'aichoisiparmileslivreslumineuxetmerveilleux, toutcommeunprince,cesréservespourvoyeusesdumonde m'ontétéouvertes,danslasagesseetlabontédel'homme. Jusqu'ici,celaestbien. Réservesageetbellequifaitgonflerlecœurd'amour!
IV
Maisvintalorsuneautrefaim, trèsprofondeetdévorante; le corpsmêmeducorpscriant avecunefaimpluseffrayante,plusprofonde quel'estomac,lagorgeoumêmel'esprit; plusrougequelamort,plusbruyante.
Lafaimdelafemme.Hélas, c'estunMolochsiprofond,impitoyableetfort, tellenomineffableduSeigneurredoutable, indicibleàhautevoix. Pourtantlavoici,lafaimquifond surnous, quenousdevonsapprendreàassouvirdepuretréelassou-vissement souspeinedepérir,sansautrechoix.
J'aicruquec'étaitlafemme,n'importequellefemme, lesimplecomplémentfemelledecequej'étais. Ah,c'étaitdéjàuntourmentassezpénible etunechoseàcraindre, unMolochmenaçant,torturant,phallique.
Unefemmeenfinacombléenmoicettefaim. Cequebeaucoupdefemmesnepeuventdonner,uneseule femmeledonne; ainsil'ai-jesu.
Elles'estdresséedevantmoicommedesrichessesquifurent miennes. Mêmealors,danslanuit,j'étaistorturé,dévoré,lié, accablédehonte,honteuxetvicieux. Unhommeestsiterrifiéparlagrandefaim; etcetteterreurestlaracinedetoutecruauté. Ellem'aaiméets'estdresséedevantmoi,meregardant. Commentpouvais-jeregarder,dansmafolie?J'airegardéde côté,furtivement, foud'undésirvorace.
v
Cecitrouveenfinsonterme. Quandunhommeestriche,ilperdenfinlapeurdelafaim. J'aiperduenfinlaférocitéquicraintdemourirdefaim. J'aipumettreenfinmonvisageentresesseins etsavoirqu'ilsavaientétédonnéspourtoujours, quejamaisjenemourraisdefaim, ninepérirais;
LaNouvelleRevueFrançaise
peuplecroyantquivientycélébrersonDieu,n'estplusque leprétexteàfairedel'art,àfaire«joli».Quereste-t-ildela pauvretéévangélique,présentedansl'artromanetencoredans legothique,danstouscesornements? Aupremierdegré,telleseraitmonopinion.Maisles chosessecompliquent,c'estquandonentredansl'égliseSaint-NicolasdePrague.Ceseraittropsimplederenvoyeràl'histoire del'artcet«édificedejésuites».Ilsuffitderegarderattenti-vementetl'oncomprendquelabeautépuisseensorcelerou dumoinsenvoûter.Plusquelesfresquesdelanefetdudôme, cesontlesbalconsenmarbrebrundesgalerieslatéralesqui, parleurmouvementmême,invitentàlacontemplation.Sous lesgaleries,lepeintrearéussiàprolongercemouvementen «creusant»lesvoûtesdeschapellesavecdescouleursd'une délicatesseextrême.Passonsdevantcettemerveilledegrâceque représentelachairedemarbreauxangelotsdorés,pouratteindre letransepttrônentauxquatrecoins,accrochésauxpiliers, quatrepèresdel'Église,lespèresdel'Âged'or(ilnemanque queGrégoiredeNysse),saintBasile,saintCyrilled'Alexandrie, saintJeanChrysostome,etenfinsaintGrégoiredeNaziance. Cetteprésenceàelleseuledonnesasignificationàl'édificela beautéauservicedelafoi. Lesquatredocteurssontl'élémentcentraletmajeurde l'église.Pasdemaniérismepropreàséduiredepetitsabbésde cour,maisunenracinementdélibérédanslesoriginesduchris-tianisme,lesorigineslesplusvraies.Ainsi,àquisaitregarder, cebaroque,détestableparcertainscôtés,révéleralesdésirsde l'âme. VudanslajournéeuneautremerveilledePrague(icil'on oseplusqualifiercequel'onvoittantonapeurdeparaître excessif),labibliothèquedumonastèredeStrahov.Jecrois bienquetouthommesensibleaccepteraitavecdouceuretmême gratitudelechâtimentd'yêtreenfermépourlerestantdeses jours! EnredescendantdeshauteursdupalaisHradcany,j'aurais voulucéderàlamaniephotographiquequinoushabitetous peuouprou.Maisdansla«NérudovaUlice»,célèbreentre