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La Nouvelle Revue Française N° 417

De
128 pages
Juan Carlos Onetti, Matias le télégraphiste
Gil Jouanard, Lisières, marches et confins
Jean-Pierre H. Tétart, Louise
Hédi Kaddour, Poèmes
Pierre Jean Jouve - Jean Starobinski, La douce visiteuse. Pages retrouvées et textes inédits de Pierre Jean Jouve
Chroniques :
Henri Thomas, Dextre Senestre
Notes : la littérature :
René Jacquelin, Ville lumière d'Eugène Dabit (Le Dilettante) - Itinéraires autour de Locarno d'Alexandre Cingria (L'Âge d'Homme/Poche) - Un privé à Tanger d'Emmanuel Hocquard (P.O.L.)
Notes : le roman :
Max Alhau, L'ordre du jour de Jean-Luc Outers (Gallimard)
Notes : les essais :
Michel Jarrety, Baudelaire de Claude Pichois et Jean Ziegler (Julliard)
Jacques Réda, Mélancolie de Roger Munier (Le Nyctalope)
Notes : lettres étrangères :
Jude Stéfan, Seins de Ramón Gómez de La Serna (Ryôan-ji)
Hervé Cronel, Palomar d'Italo Calvino (Le Seuil)
Jude Stéfan, Images du recommencement de Peter Handke (Bourgois)
René Jacquelin, Ne me parle pas de la guerre, de Jürgen Becker (Actes Sud)
Jean Luc Gautier, Le Faussaire de Yasushi Inoué (Stock)
Laurand Kovacs, L'élève Tjaz de Florian Lipus (Gallimard)
Chroniques :
Jacques Réda, Carnet
L'air du mois :
Claude Roy, Abrégeons, dit la flèche
Lorand Gaspar, Journal de Patmos
Didier Philippot, Regards suspendus
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LANOUVELLE REVUEFrançaise
JUANCARLOSONETTI Matiasletélégraphiste
QuandchezMariaRosa,JorgeMichelracontaunefois deplus,devantplusieurstémoins,l'histoireadvenueà AtilioMatiasetMariaPupo,jedevinaiquelenarrateur étaitarrivéàunpointdeperfectionadmirable,menacé sansdouteparlachuteetlaputréfactionendeprévisibles, futuresrépétitions. Aussi,sansdesseinsupérieur,jetâchedetranscrire maintenantmêmelaversionrapportéepourlapréserver dutemps;defuturesconversations detable. L'événement,quin'estpasunrécitninetouchela littérature,est,plusoumoins,celui-ci Pourmoi,vouslesavezbien,lesfaitsnusnesignifient rien.Cequiimportec'estcequ'ilscontiennentouce qu'ilssupportent;etensuitevérifiercequ'ilyaderrière celaetderrièreencorejusqu'aufonddéfinitifquenousne toucheronsjamais.Siquelquehistoriensuivaitl'itinéraire dutélégraphisteilsesatisferaitsûrementenconsignant quedurantlegouvernementd'IriarteBorda,lepaquebot
LaNouvelleRevueFrançaise
AnchorenapartitduportdeSantaMariaavecunchar-gementdebléetdelainedestinéauxpaysdel'estde l'Europe. Ilnementiraitpas;maislameilleurevéritésetrouve danscequejeracontequoique,tantdefois,monrécit aitétédédaignéàcausedeprétendusanachronismes. Levoyageavaitduréquelquequatre-vingt-dixjourset peut-êtrepourrais-je,nonsanspeine,réciterlerôled'équi-pagesonnomàlui,letélégraphiste,m'estpassédela têteaudébut,emportéparunehainesuperstitieuse.Je lebaptiseAguileradanscettepagepourracontercommo-dément.Sonnomàelle,quoiquejenesoispasparvenu àlavoir,jenel'oublieraijamaisMariaPupo,dePujato, départementdeSalsto. Queveux-tu,elles'appelleseulementMariaPupo, commedisaitletélégraphiste,Aguilera. «À laclartédesétoilesilfautbiennaviguer»,semit àchanterquelqu'ununmatin,tandisqu'ilchaulaitune porteetaussitôtl'épidémiesepropagea,toutlemonde chantonnaitlamêmechose,utilisantlaphraseenguise debonjour,deréponse,deplaisanterieetdeconsolation. À laclartédesétoilesilfautbiennaviguer.Mystérieu-sement,lamélodieréussissaitàêtreplusbêtequeles paroles. Vous,n'importequi,lorsquearrivel'heureilfaut toujoursselever,vousgrimpezsurl'appontementavec unsacmarinobligatoirementbleuquivouscogneinso-lemmentdanslesreins,endormi,affamémaisnauséeux, encoreunpeusaouletsurveillantlesmouvementsdela bièretièdedansvotreestomac,attentifaussiaulong évanouissementdusouvenir,visage,cheveux,jambes,main contractéeetmaternelledelaputainquivouséchutsous untoitentôleondulée.Cesontlesrites,unprivilège timide,exagéré,unetraditiondelamarine.
Matiasletélégraphiste
Etvous,n'importequi,déjàpeurassurésurlesortdu cargoetl'aventurehumide,vousmontrezvospapiersen saluanthumblement.tandisquevousexaminez,sans presquebougerlesyeux,lesvisagesnouveaux,supputant cequ'ilspeuventvousoffrircommeappui,gêneou déboires. Rassemblés,hypocritesetarmésdepatience,nousécou-tâmeslecapitainequiparladepatrie,sacrificesetconfiance. Hommediscretettaciturneillevaunbras,noussouhaita unbonvoyageetnousdemanda,ensouriant,defaireen sortequ'ilfîtluiaussiunbonvoyage. Nousétionssireconnaissantsqu'iln'eûtpasdivagué plusdetroisminutes,quenousfîmes,augarde-à-vous, lesalutmilitairesurunnaviremarchandetpoussâmes unhourra! Jecouruspourm'assurerdublondVastcommecompa-gnondecabine.Maisc'étaittroptard,leslieuxavaient étédistribuésunjouravantetàlaportedemonvomitoire jetrouvaiuncartonavecdeuxnomsJorgeMichel AtilioMatias. Douchésetfrais,nous noustrouvionsinévitablement àseptheurestrentefaceàface,chacunassissursacou-chette,chacunaveclapesanteinutilitédesmainspaisibles d'hommeentrelesgenoux.DesortequeMatias,letélé-graphiste«jedoisrejoindreaussitôtmonposte» toussasansnécessitéetdit (Ilétait,etàjamais,dedixansplusvieuxquemoi; ilavaitlenezlong,lesyeuxsansrepos,unebouchefine ettorduedevoleur,defilou,d'amateurdemensonges, unepeauprotégéedusoleildepuislapuberté,uneblan-cheurconservéeàl'ombreduchapeaumou.Maispar-dessustoutcela,commeunmanteaupermanent,ilfaisait flotterlatristesse,lemalheur,lamalchanceacharnée.Il
LuNouvelleRevueFrançaise
étaitpetit,fragile,avecdesmoustachesdoucesettom-bantes.) Jedoisprendrelequart,répéta-t-il. Maisilmanquaitunedemi-heurepourl'idiotetâche derecevoirdestélégrammesdénuésdesensetnousavions entrel'unetl'autreunebouteillederhumportoricain. Monpremierembarquementn'avaiteud'autreorigine quelebesoindebouger.Cetroisièmeembarquementétait différent;c'étaitlafuitepourtroismoisdeLaBanda,la tutelleinvraisemblabledelaMultinationale,desgénu-flexionsexactesdegensquej'avaisrespectés,et,dans certainscas,aimés. Souslafaibleclarténousavionslerhum,lesverres, lescigarettes,monancrebleuetatouéesurl'avant-bras. Dansunedemi-heure.Desortequ'Aguilera,Matiasle télégraphiste,ditledébutdelavéritéqu'ilcroyaitindu-bitable,sansavoirétél'objetdepressions.Prudemment protégéparunefantastiquemalchanceappliquéeàsa ruine,ilparlaunpeu,ilseconfessa. Ilmanquaitvingtminutespourentreprendresontour degardequandilbalbutial'odeurdurhumtandisqu'il parlait.Cen'étaitpas,illesutlui-même,quelquechose quipouvaitêtrecataloguécommemaniedepersécution, qu'onmetdecôtépourpasseràautrechose.Parceque, écoutezbien,Matiasditapproximativement,etjele regardaisavecsonvisagetristeavecsamoueénergique d'indignationenfantinelesmotsquis'étranglaientdans sagorgeavantd'êtreprononcés.Parexemple VousconnaissezPujatomi-assurémi-interrogatif. VousquiconnaissezPujato,vousdevezvousrendrecompte deladifférenceetl'escroquerie, entrelegrisetlevert, aumoins.CefutlaDirectiondesTélécommunications, jepeuxvousmontrerlesdocuments,unparun,dans l'ordredesdates,qu'àtoutesfinsutilesj'eusl'idéede
Elledécouvre,tremblante,laformedisparue,muette et nuedanslalumière,commeunegerbeflasqueetsouple, qu'onpiétinedemotsaveugles,lachevelurecoupée,sur unnéantderefletsblancset noirs,frileuse,seule,quele cielregardeparlafenêtreblanche,n'estplusqu'unéclat deviolence,muetteetnuedanslalumière,noyéedans lemiroiraufrottementdeslames,tremblantd'enmesurer l'absence,l'absencecoupante,tellementnue,elledécouvre laformedisparue,desamain,quiregrette,etquitremble.
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