La Nouvelle Revue Française N° 421

De
Roger Grenier, Normandie
William Humphrey, Une neige toute fraîche
Jean-Noël Chrisment, Extrémités
Patrick Chamoiseau, Les derniers jours d'une mulâtresse
Henri Droguet, Cul-de-sac
Pierre Gascar, Les Herbiers
Georges Hyvernat, Défaite
Reconnaissances :
Claude-Pierre Perez, Quatre notes sur Blaise Cendrars
Claude Leroy, Orion manchot
Alain Clerval, Arthur de Gobineau, le dernier romantique
Sophie Basch, Passage de Loti
Michel Butor, In memoriam (André Masson – Jean Hélion)
L'air du mois :
Henri Thomas, Dextre Senestre
Chronique : la poésie :
Jean-Marie Le Sidaner, Motifs de Guillevic (Gallimard) - Creusement de Guillevic (Gallimard)
François-René Daillie, Les sandales de paille, de Pierre-Albert Jourdan (Mercure de France)
Guy Goffette, Le Nom perdu, de Lionel Ray (Gallimard)
Chronique : le roman :
François Trémolières, Autobiographie de mon père, de Pierre Pachet (Belin)
Philippe Nathaniel, Donnafugata, de Jean-Marie Laclavetine (Gallimard)
Chronique : les essais :
Jean Roudaut, La Pensée indéterminée, de Georges Poulet (P.U.F.)
Michel Jarrety, Proust. Philosophie du roman, de Vincent Descombes (Minuit)
Jean Philippe Guinle, Des principes et des causes de la Révolution, de Gabriel Sénac de Meilhan (Desjonquères)
Chronique : lettres étrangères :
François Mary, Croix et délice de Sandro Penna (Éditions Phalène)
Jean Blot, Triste polar de Victor Astafiev (Albin Michel)
Laurand Kovacs, Les contes populaires serbes, de Vuk Stefanovic Karadzic (L'Âge d'Homme)
Chronique : document :
Guy Goffette, Big Bill Blues de William Lee Conley Broonzy et Yannick Bruynoghe (Ludd)
Chronique : les arts :
Alain Suied, Cent vues célèbres d'Edo de Hiroshige (Hazan)
Florence de Meredieu, L'Album Verve (Flammarion)
Chronique :
Jacques Réda, Carnet [dont 'Mémento']
Ouvertures :
Pierre Présumey, La Grande Aiguille
Textes :
Emily Dickinson, Dix poèmes
Daniel Baruch, Dictionnaire d'un XVIII<sup>e</sup> siècle
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 2
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072384851
Nombre de pages : 128
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LANOUVELLE REVUEFRAN~'AISE
ROGERGRENIER Normandie
DanslesscénariosdeMadameBovary.Nem'arrêtezpas déjà,lemotscénarioestdeFlaubert.Ilnefautpascroirequ'il datedel'inventionducinéma,ilestattestédès1764.Dans lesscénariosdeMadameBovary,donc,quisontrépertoriésà laBibliothèquemunicipaledeRouensouslacoteg g 9,et quen'importequipeutlire,grâceàl'éditiondeJeanPommier etGabrielleLeleu,chezJoséCorti,etàcelleduClubde l'HonnêteHomme,l'abbéquivientcherchersonparapluieà l'aubergeduLiond'Ors'appelleGrenier.Dansleroman,il deviendraBournisien.LesGrenierdelalittératureauraientpu tomberplusmalFlaubert,Faulkner.(Jeneparlepasd'un tristesirequifaitdelafigurationdansundesplusmauvais romansdeBalzac,CharlesGrenier,ditFleur-de-Genêt,déser-teurdelasoixante-neuvièmedemi-brigade,membredela bandequiattaquelecourrierdel'Ouest,exécutéen1809.) «Touslespersonnagesdecelivresontcomplètementima-ginés,etYonville-l'Abbayelui-mêmeestunpaysquin'existe pas,ainsiquelaRieulle,etc.»,répondFlaubertàunlecteur quisemêledecequineleregardepas.Maisnousconnaissons
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lesprotagonistesdufaitdiversquiluiaservidepointde départ,DelphineDelamareetsonmariEugène,officierde santé,quiontfiniprématurémentleurpauvrevieàRy,un villagedeSeine-Maritime. JesuispasséàRy,auhasardd'unepromenadeenNor-mandie.Enparcourantcetterue,dontlesmaisonsn'ontpas changé,etavantmêmed'entrerdanslevillage,j'étaisému. Cen'étaitpaspourm'étonneret,enmêmetemps,jemedisais qu'ilyavaitdequoi.J'avaisvurécemmentBethléemetle Saint-Sépulcrequim'avaientlaisséparfaitementindifférent.Ces lieuxdelanaissanceetdelamortdupersonnagechoisicomme dieuparnotrecivilisationm'importaientmoinsqueledécor monvieuxFlaubertavaitsituésonroman.Etpourtant, DelphineDelamare,néeCouturier,n'estmêmepasEmma Bovary.Flaubert devaitsavoirpeudechosed'elle,lepeude chosequelesjournauxetlesgensdeRouenontpudireau momentdesonsuicide,àsupposerqu'ilyaiteusuicide,ce qu'aucuneannonceofficielleoupreuvematériellenevient étayer.Pourcomposersonhéroïne,ils'estservidebiend'autres modèles,àcommencerparcequ'ilaputrouverenlui-même. Maiscelanefaisaitrien.Ilsuffisaitqu'àRyflottâtleplusléger fantômedecellequiavaitétéunpeuEmma.Telleestparfois laforced'unlivre.EmmaBovaryelle-mêmeneseraitpasla femmequel'onconnaîtsiellen'avaitpastellementlu.Dans lesscénarios,puisquej'aicommencéàlesciter,elledemande qu'onl'ensevelissedansduvelours,lescheveuxépanchéssur lesépaulespar-dessussonlinceul.Elleavaitluceladansun livre. Peut-êtren'est-ilpasfacile,encoreaujourd'hui,d'êtreune jeunefemme,àRy.
ThérèseHugonétaitnéeetavaitpassésajeunesseàIssy-les-Moulineaux,nonloindel'asiledevieillardsquel'onappe-laitautrefoislesPetitsMénages.Elleavaitperdusamèrequand elleavaitdouzeans.Sonpère,quitravaillaitdansuneagence immobilière,s'étaitbientôtremarié.L'adolescentes'étaitsentie seule,avecpourseul recourslerêve.Elleauraitvouluêtre
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musicienne,maisc'étaitunefantaisie.Onneluiavaitpas apprislesolfège,et ellen'avaitjamaisapprochéuninstrument. ÀIssy,placeCorentin-Celton,elleregardaitlarueauboutde laquellesetrouvaitleparcdesExpositions,puisParis.Toujours toutdroit,c'étaitlaportedeVersaillescommençaitla longueruedeVaugirardquimenaitjusqu'auQuartierLatin, lemondedesétudiants,desartistes.Ellelisaitbeaucoup, n'importequoiclassiques,auteursquiapparaissaientàApos-trophes,etaussiBarbaraCartlandetsesdisciples.Sonpèrene roulaitpassurl'oretavaitbesoind'argentpoursonnouveau foyer.Ilneluiavaitpaslaissécontinuerbienloinsesétudes. Aprèsavoirréussiunconcours,elleétaitentréeauCrédit Agricole. Àl'occasiond'unpontdeNoël,lecomitéd'entreprisede labanqueorganisaunbrefséjourauxsportsd'hiver,dansune petitestationdeSavoie,àunprixdéfianttouteconcurrence. Pousséeparsescollègues,Thérèseselaissatenter.Pourla premièrefois,ellevitlesAlpes.Pourlapremièrefois,elle chaussadesskis.Maisellen'étaitguèresportive,semontra maladroite,tombaenavantetsedéboîtal'épaulegauche.Cela n'avaitriendegrave.Lemédecinquiremitl'articulationen placeluiprescrivitunesériedeséancesderééducation. C'estainsiqu'elleconnutRenéBailleul.C'étaitungrand garçondoux,parlantpeu.Ilavaitunetrentained'annéeset travaillaitdansuncabinetdekinésithérapieprochedelaporte deVanves.Sesphalangesépaissesmassaientdélicatementl'épaule meurtrie.Puis,toujoursaussidélicatement,seplaçantderrière lablessée,ilprenaitlebraset,letenantbienenmain,lefaisait tournerlentement,pourrendresamobilitéàl'articulation. Thérèsepoussaitparfoisunpetitcridedouleur.RenéBailleul s'excusait Pardon,jesuisallétroploin. Ilarrivait quedeslarmesprovoquéesparladouleurjaillissent malgréelledesesyeux.Elleselereprochaitensedisantque décidément,elleétaittroptristedenature,toujoursprêteà pleurnicher.Etdesesavoirainsiportéeàlatristesseavait poureffetdel'accroître.Ellesesentaittoutprèsdepleurer
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pourde bon.Et celaaumomentsamornevieprenaitun tourplusagréable.Carilluisemblaitquelesgestesthérapeu-tiquesdukinésiétaientunlangage,quelesdoigts,lesmains remplaçaientlesmots.Chezcegrandcostaud,ilssavaient, mieuxquelesparoles,direl'admiration,latendresse,l'amour peut-être,ledésirsûrement. Quandilvenaitlachercher,danslasalled'attente,elle n'arrivaitpasàfixersonespritsurlesjournauxdemode,ilne desserraitmêmepasleslèvrespourluidirebonjourmaisfaisait untimidesignedetête.Elleselevaitd'unbond,commesi lasurpriselafaisaitsursauter.Puisellelesuivaitdocilement. Pendantque,dansuncoinducabinet,elleenlevaitsavesteet sonchemisier,nonsanscontorsionsàcausedesablessure,il nelaregardaitpas,classaitdespapiers,notaitquelquechose sursonagenda.Ensuite,alorsqu'elles'étaitapprochéeetse tenaitdevantlui,ensoutien-gorge,illevaitenfinlesyeuxen disanttoujours Voyonscetteépaule. Maiscen'étaitquelorsquelamainrobusteseposaitsur elle,etcommençaitàtravaillersesmuscles,sestendons,qu'elle leretrouvaitenfin. À lafind'unedecesséancesderééducation,quiavaitété assezpénible,commeellesefrottaitdelamaindroitel'épaule endolorie,ilrecouvritcettemaindelasienne,etsemità caresserdoucementl'épaule,lanaissanceducou,duboutdes doigts.Ildescenditlelongdelabretelledusoutien-gorgeet pritlesein.Elleselaissaallercontrelui,mais,confus,il bredouillaqu'ilnefallaitpasqu'ellecroieque,d'habitude,il agissaitainsiavecsesclientes.Sesclientes,ilnelesregardait mêmepas.Ellesétaientcommedesmachinesqu'ilavaitpour métierderéparer.Maiselle,cen'étaitpaspareil,ill'aimait. Lesdeuxjeunesgensdécidèrentdesemarier,d'autantplus queRenéconsidéraitqueletempsétaitvenupourluide s'établiràsoncompte.Ilétaitdifficilededémêlerenluil'amour etlesprojetsd'ordreplusgénéral.Depuisunmomentdéjà,il serenseignait,ilcherchaitilpourraitouvriruncabinet,sans affronterunetropgrandeconcurrence.Ilfinitparchoisirun
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POISSONSROUGES.PourMmedePompadouravaientété apportéslespremierspoissonsrougesqu'onaitvusenFrance(a). Bouretpoursuitdesesassiduitésunetrèscharmantefemme. Ellemetunprixàsesfaveurs.Ilfaudraquesongalantadorateur luiprocuredespoissonsdelaChine,lorsqueMmedePompa-dourestseuleàenposséderdecetteespèce.Nepouvantles distraire,Bouretencommandeàunjoaillier,sixenorémaillé etconstruitsmécaniquementqui,placésdansunpetitbassin, imitentàs'yméprendrelesvéritables(b). PUDEUR.(En1721)laduchessedeSullyacinquante-six ans.Samortnedémentitpointsonnom;illuivintunabcès enunlieuquelamodestieneluipermitpasdemontreràun chirurgien.Unefemmedechambrelapansaquelquetemps encachette,puisexpliqualemalauxchirurgiens.Cen'était riens'ilseussentpulatraitercommeuneautre,maisjamais personneneputgagnercelasurelle.Lafemmedechambre disaitl'étatdumalàtraverslaporteauxchirurgiensetfaisait cequ'ilsprescrivaient;maiscettemanièredetraiterparpro-cureurlaconduisitbientôtautombeau(a). MmedePrievoulaitabsolumentmerecevoirsanstémoin. Pourmoi, j'évitaiscesoccasionscommeunautreJosephavec laPutiphar.Jamaislaportenem'étaitrefusée,etunjourque j'entraischezelle elleme reçutàsatoilette.Elleétaitassise sursonbidetjevoulusmeretirer;ellemefitrester.«Per-mettez,Madame,luidis-je,quej'aieaumoinsl'étrennede cettepropreté.»Effectivement,jeluiembrassai.debienbon cœur.J'enrestaipourtantparhasard.Ilsurvintunevisite(b). RÈGLES.BonaparteexposeraunjouràAntomarchi,unpeu interloqué«J'aiquelquechosedemieuxquevotrepharmacie, lemomentapproche,jesensquelanaturevientàmonsecours». Enmêmetemps,ilselaissacroulersurunsiège,saisitsacuisse gaucheetladéchiraavecuneespècedevolupté.Lescicatrices s'ouvrent,lesangjaillit.«Jesuissoulagé,jevousl'avaisdit j'aimescrises,mesépoques.Dèsqu'ellesarrivent,jesuis sauvé. » SEXE.Morrisestreçudanslameilleuresociétéviennoise, etselietoutparticulièrementavecMmeAudenardeetl'abbé
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