La Nouvelle Revue Française N° 422

De
Ludovic Janvier, Toise
Jude Stéfan, Hommages
Georges Piroué, Un Américain tout ouïe
Rutger Kopland, Poèmes
Reconnaissances :
Claude Roëls, Oui à Goethe
Anouchka Vasak, Le rêve d'Eckermann
Florence de Meredieu, Vagabondages au sein du Traité des couleurs
Johann Wolfgang von Goethe, Règles pour les acteurs
L'air du mois :
Henri Thomas, Dextre Senestre
Paul de Roux, L'écrivain du bord
Sophie Basch, Voisinage
Chronique :
Jean Luc Gautier, Les Entretiens de Confucius (Gallimard)
Chronique : la poésie :
Guy Goffette, Jour après jour, de Hassam Wachill (Gallimard)
Chronique : la littérature :
François Mary, Accords de Charles Juliet (L'Échoppe)
Chronique : le roman :
Jacques Réda, Monstre, va, de Ludovic Janvier (Gallimard)
Jean Blot, La belle saison, de Robert André (Messidor)
Chronique : les essais :
Michel Jarrety, Essais d'ego-histoire (Gallimard)
Jacques Réda, Bretagne mégalithique, de Gwenc'hlan Le Scouëzec et Jean-Robert Masson (Le Seuil)
Florence de Meredieu, Peindre dans la lumière de la Méditerranée (Musée Cantini, Marseille) - Histoire des couleurs de Manlio Brusatin (Flammarion)
Chronique : lettres étrangères :
Jude Stéfan, Carnets du reclus, de Nathaniel Hawthorne (Fata Morgana)
Max Alhau, La vie brève, de Juan Carlos Onetti (Gallimard)
Laurand Kovacs, La fontaine d'Heghnar, de Mkrtitch Armen (Actes Sud)
Alain Suied, Laterna Magica d'Ingmar Bergman (Gallimard)
Chronique :
Jacques Réda, Carnet [dont 'Mémento']
Textes :
Nino Frank, Eugenio Montale, une correspondance
Eugenio Montale, Lettres à Nino Frank
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072384271
Nombre de pages : 128
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LUDOVICJANVIER Toise
Jenesuispasgrand.J'auraispul'être.Enfaisantattention. Enypensantbeaucoup.Enm'obstinant.Parexempleennageant davantage.Petit,ondisaitdemoiOh!qu'ilestgrand!Ilsera grand,lui!Mesparentsmelepromettaient.L'ennui,c'estqu'ils étaientpetits.Plustard,onmelepromitdéjàmoins.Unpeu plustard,etmoi unpeuplusgrand,motus.Çaseralafaute àmalenteur,jemedisais.Autourdemoi,jedemandais N'est-cepasquejesuisgrand?Pasderéponse.Ouquedes réponsesmolles,desOuid'hypocrites.Etmaintenant,beaucoup plustard,ondiraitquejerapetisse. Jecroyaisquemonfilsavaitlargementfinidegrandir.Haut commeilétait.Aussihautquemoi.Pasplus.Ilaétémalade, trèsmalade,ils'estcouchédeuxmois,jel'aiénormément soigné,iln'aquemoi.Depuisquesamèrenousaquittés,il n'arrivepasàpartir,etjen'aipaslecœuràlechasser.Ila vingt-huitansdeprésence.Onnesaitplusquiretientl'autre. Ehbien,quandils'estrelevé,monfils,j'aibienvuqu'ilavait grandi. Il me dépassait,ilme dépassaitdebeaucoup.Ilarougi quandils'estrenducompte.Iladucœur.Maispapa,disait-
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ildepuissonhaut,qu'est-cequetuchantes?Jechantequeje luirendaisfacilement septouhuitcentimètres,voilàcequeje chante.Jemesuisplaintàlafaculté.Ilsnem'ontpasvraiment compris.UnjouronmerépondaitC'est uncasexceptionnel. UnautrejourC'estunfantasme,peut-êtremêmeunphan-tasme.Uneoudeuxsommités,apparemmentpsychiatriques, m'ontfixéd'undrôled'air,sansriendire.Etpuisnousavons eul'idéedelemesurer,cefils,unsoircommelesautressoirs, appuyécontrelechambranleselisaienttouslesdegrésde sonélévationdepuistoutpetit.Etlà,quellesurprise!Ilne dépassaitpas.Pardon?Ilnedépassaitpasladernièremarque. Iln'avaitpasbougé.Maisalors,s'iln'avaitpasbougé. Jemesuischausséautrement.Est-cequeçasuffiraità compenser?D'aborddestalonsavantageux.Puisdessouliers faitssurlabête.Jevenaisd'êtrenommérédacteurenchef adjoint,jepouvaismelepermettre.Danslejournaldemon quartier.Unorganeremarquable.Ainsiredressé,j'arrivais presqueàsahauteur,àmonfils.Quandmême,onsouriaitun peuautourdemoi.Mafierté,detoutemanière,afaitlong feu.Jesuisunspécialistedulongfeu.D'abordj'avaisl'im-pressiondemetenirausommetd'uneprothèse.Ensuitej'ai lespiedsterriblementplats.Macolonneatoujourstravaillé d'aprèseux.Surmeschaussuresambitieusesjepenchaistrop versl'avant,ilmefallaitrattraperlapente,l'effortdesreins mecoûtaplusieurslumbagos,moimarcheurentêtéjenepou-vaisplusmarcherlongtempssansfatigue,unefatigueexcessive, aprèsquoijedevaism'allonger,j'entendsencoremessoupirs. Lesprévenancesdemonfilsalorsm'exaspéraient,aupointque jemeretournaiscontrelemur,àboudertranquille.J'eusune idée.Cellederestercouché,pourvoir.Voirsijegrandirais moiaussi,neserait-cequ'unpeu.Fatigueetpeineperdues. Enmerelevantdecetteexpérience,jerenonçaidoncàmes cothurnes.Renduàmataille,c'étaitcommesijeretrouvaisle solaprèsunlongpéripleàcheval.Jecomprislacondescendance, autrefois,descavalierspourlesfantassins.Seulement,ilme semblaquemonfils,entre-temps,avaitgrandiencoreunpeu plus.Aussitôtnouslemesurâmes.Iln'avaitpasbougé.C'était
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doncmoi,moi,queleséjouraulitnonseulementn'avaitpas allongémaisavaitraccourci. Saufquejenevoulaispas,moi,êtremesuré.Enfin,papa, commeçatusauras,et,sachant,turemédieras!Maisj'ai toujourspréférénepassavoir,surtoutquandjesuissûr.Je refusaidonc.Unpeusèchement,j'imagine.Ilétaitgentil,mon enfant.Trop,même. Il mefixaitavecdesregardsilentrait, j'espèreàsoninsu,pasmaldepitié.Jel'attaquailà-dessus.Il s'endéfendit.Maisavecunsurcroîtd'égardsquim'accablait. Jesuisdélicat.Fragile,même.Unrêveuràprendreavec précaution.Ilmefaudraitunsemblable,commefils.Non, c'estabsurde.Bref,pourme vengerjeleremesuraisplusieurs foisparsemaine,monfils,toujoursàl'improviste.Ilseprêtait volontiersàmanouvellemanie.Rien,toujourspasbougé.Je répète,ouplutôtc'estunevoixhorsdemoiquirépèteS'il negranditpas,aucundoute,c'esttoiquitetasses.Mais comment?Dansunlapsaussicourt?Unmoment,j'envinsà mepersuaderquejerapetissaisenprésencedemonfils,etcela mentalement.Car danslarue,aumarché,aujournal,chezles autreshabituésdemasilhouette,jeneconstataisaucunemodi-ficationàmondétriment,paslapluslégèredisparité.Ils n'avaientdoncpasgrandi,eux,ouplutôt,moipasrapetissé. Alors? D'angoisse,pourmettretoutesleschancesdemoncôté, j'arrêtaidefumer.Danslemêmemouvement,jecessaideme branler,disonslemot.Deuxhabitudesquim'accompagnaient depuislongtemps,salesourdine,etquejecroyaisindéracinables, hop,disparuesd'uncoupdegomme.Jedevinsirascible,c'est classique.Mangeantunpeuplus,afindecompenser,jegrossis d'autant.J'enflai,soyonshonnête.Monfilsmelefitremarquer. Jeluirépliquaique,vraiment,iln'avaitpasdeleçonàme donner,n'est-cepas!Ileutlebongoûtdenepasrelever.Était-ceque,faceàlui,enpèreinquietdesavirilité,jemediminuais, jemerepliais,jedevenaismoralementflaccide,ensomme,et derapetissais?Théorieélaboréeàpartirdenombreuxséjours danslesbibliothèques,etquimerassurapouruntemps.Me
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colmata,même.Elleavaitlacalmanteépaisseurd'unebouillie, cetteexplication. Àcetteépoque,ilmesemblad'ailleursqueladifférencede tailleentrenouscessaitdecroître.Allons,est-cequ'ellen'avait pastendanceàdiminuer?Jemesouviensqu'undimanche, dansl'aircrudujardinpublic,brusquementprisd'espoirà causedusoleil,jedemandaiàmonfilsdevouloirbiense laissermesurer,là,auborddupetitlacnageaientdes canards.DeBarbarie,lescanards,etsilencieux,commeenchantés parladouceurdumoment.Donc,deselaissermesurer,pour êtresûr,encoreunefois.Maispapa,devanttoutlemonde! Maparole,ilétaitprêtàpleurer,decontrariété.Jenesaispas quellefigurejepouvaisbienfaire,faceàlui,carjelevispasser brutalementdel'impatienceàlatendresselaplusappuyée, caricaturale,etilselaissamesurerparmoi,mètre rubanàla main(ilnemequittaitplus).Depuisl'occiputjusqu'auxtalons, biendroit,surfondd'herbeetd'eau,parmilesenfantsetleurs mères,plusquelquesvieillardsviteindifférents,unefoispassée lapremièrealerte.Lesolétaitparfaitementplan,monfils parfaitementraide,orjetrouvaiunboncentimètredemoins qued'habitude,àmonavantage,treizemillimètrespourêtre exact.Etprèsdemonfils,enmarchantpourdissiperlanuée d'enfantsquiavaientfiniparnousentourer(carj'avaisrecom-mencél'opérationplusieursfois,prisd'enthousiasme,avecà chaquefoislemêmerésultat),jemefisl'effetd'avoirlégère-ment,ohtrèslégèrement,grandi,regrandi.Était-ceàcausedu printemps?C'estpourtantunesaisonquim'atoujoursfait peur.Enfin,ilyavaitcerépit,avecsesharmoniquesd'euphorie inexplicable.Était-ceuneinversiondelatendance?Monfils venaitd'échoueràunexamentrès difficile.L'effortet l'effroi l'avaientsansdouteunpeutassé.Jeluiconseillaidesurtout continuerdanssesétudes,etdenepaslacraindre,ladifficulté. Vois-tu,onn'estjamaisassezarmédanslavie.Regarde,moi, parexemple. Jen'aipaspuyréfléchirlongtemps,àl'inversiondela tendance.Carnousétionsàlaveilledelacatastrophe.Ici,je doisparlerdeJulius.Unvieilenfantdansmongenre,toujours
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Florence31-1-29 Trèscher, Endépitdetaprovidentielleautorisationàsigner,pendant plusd'unmoisj'aicontinuéàfaireceluiquinecomprend pas;maisilyaquelquesjours,alorsquej'étaisàRome,j'ai reçuunfrancoukase,etjen'aiguèreeu.àchoisir(tulesais) J'aivaguementsouscritàlaprotestation,affirmantnepaste connaîtreetn'entreteniraucunerelationavectoi.Écris-moiici, àFlorence,chezMarangoni,ViaBenedettoVarchi6,pourme direquetumecomprendsetquetuesmonamiplusqu'au-paravant.Et,durantuncertaintemps,nemecitedansaucun detesarticlessignés.Réponds-moiVITE. As-tul'impressionquel'onpuisset'écriredirectementsans êtreluparlacensure? Prendsnotedemonadresse,maisdétruiscettelettre,et surtoutn'enparleàpersonneceseraits'exposeràdegraves ennuis. Affectueusement,jet'embrasse. TonArsenio.
P.S.6adhésionsontdéjàétépubliées;les12autres,y comprislamienne,leseront dansleprochainnuméro.
Cartepostale[cachetdelaposte
17-111-1929]
CherNino, Ars.meditt'avoirexpédiédeuxRassegnailyaunmois. Lesas-tureçues?Lederniernumérometuntermeàlapolé-
1.Jluiavaisconseilléd'adhérerluiaussiàlacampagneorchestréecontremoi e parlaRassegnaItalianaetdeme«renier»sanssefairedescrupules.Danslacarte postalesuivante,ilsoulignelefaitqueseulsBontempellietBarillirefusèrentdeme «renier».
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