La Nouvelle Revue Française N° 426

De
Thomas Bernhard, Comme dit Reger
Pierre-Albert Jourdan, Le Bonjour et l'Adieu
Xavier Bordes, Élégie de Sannois
Marc Le Bot, Chimère
Stephen Romer, Brasserie Lipp
Henri Raynal, Le Clot des Cavales
Yves Bichet, Le trottoir
Florence de Meredieu, Cadrages
Pierre Michon, L'Origine du monde (III)
Jean-Pierre H. Tétart, C'est une joie, c'est un deuil...
Yolaine Simha, Dialogues de chaises
Jean Grosjean, Deux conversations (avec Dominique Bourg, Olivier Mongin et Roland Bouhéret)
Reconnaissances :
Roger Munier, Un dieu d'herbe (Sagesse et passion de Pierre-Albert Jourdan)
Salah Stétié, Un certain Plume contre M. Teste
A. Kibédi Varga, Les lieux du discours poétique
Jean-Claude Masson, Une chronique romantique : Eliza Draper et Laurence Sterne
Jean Bastaire, Pour saluer Zévaco
Jacques Delaruelle, Emmanuel Berl
Sophie Basch, Le mythe de Venise
L'air du mois :
Jacques Réda, L'Homme de Sempé
François de Cornière, Boulevard de l'Océan
Pierre Berthon, Le ciel sur la tête
Ludovic Janvier, Fausse note
Jean Clair, Non paginé
Chronique : la poésie :
René Jacquelin, Le Stupéfait, de Norge (Gallimard)
Chronique : le roman :
Jean Roudaut, Un détour par la vie, d'Henri Thomas (Gallimard)
René Jacquelin, La mare d'Auteuil de Roger Grenier (Gallimard)
Max Alhau, Le saut de l'ange, de Jean-Louis Maunoury (Gallimard)
Chronique : la littérature :
Michel Jarrety, Carnets de travail de Gustave Flaubert (Balland)
Gérard Macé, Vie de Joseph Roulin, de Pierre Michon (Verdier)
Chronique : les essais :
Hervé Cronel, L'empire de l'éphémère de Gilles Lipovetsky (Gallimard)
Chronique : lettres étrangères :
Jean Blot, Poésies de Fiodor Tioutchev (L'Âge d'Homme) - Poèmes 1961-1987 de Joseph Brodsky
Sophie Basch, La petite monnaie de Costas Taktsis (Gallimard)
Laurand Kovacs, Le dictionnaire Khazar de Milorad Pavic (Belfond)
Chronique : le théâtre :
Anouchka Vasak, George Dandin de Molière (Théâtre Mogador)
Chronique : le cinéma :
Jacques Laurans, Bird now de Marc Huraux
Chronique :
Jacques Réda, Carnet
Cornélius Heim, Petit flaubertinage pour temps d'élections
Ouvertures :
Alain Andreucci, Poème de l'air et de la faim
Jean-Pierre Chevais, Le Livre des figures
Textes :
Jean Roudaut, 'L'affreux pou'
Claude François-Xavier Mercier, Histoire naturelle du pou
Daniel Heinsius, Éloge du pou
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072382697
Nombre de pages : 256
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
THOMASBERNHARD CommeditReger
Regerneparlequedel'artd'Étatquandilparledel'art etquandilparledessoi-disantmaîtresanciens,ilneparlejamais quedesmaîtresanciensd'État.Carcetartaccrochéàcesmurs n'esttoutdemêmeriend'autrequ'unartd'État,dumoins celuiquiestaccrochéici,danslagaleriedepeintureduMusée d'artancien.Touscestableauxaccrochésiciauxmursnesont toutdemêmeriend'autrequedestableauxd'artistesd'État. Quiconviennentàunartcatholiqued'État,complaisant,rien d'autre.Toujoursànouveaurienqu'uneface,commeditReger, pasunvisage.Toujoursànouveauunchef,pasunetête.Dans l'ensemble,toujoursseulementl'averssanslerevers,toujours ànouveauseulementlemensongeetl'hypocrisiesanslaréalité etlavérité.Toutdemême,touscespeintresn'étaientrienque desartistesd'Étatcomplètementhypocrites,qui ontrépondu audésirdeplairedeleursclients,Rembrandtlui-mêmene constituepasuneexception,ditReger.VoyezVélasquez, rienquedel'artd'État,etLotto,etGiotto,uniquementde l'artd'État,toujours,commeceterribleDürer,précurseuret prédécesseurdunazisme,quiamislanaturesurlatoileetl'a
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tuée,ceteffroyableDurer,commedittrèssouventReger,parce qu'envéritéildétesteprofondémentDürer,cetartistenurem-bergeoisdelaciselure.Regerqualified'artdecommanded'État lestableauxaccrochésiciauxmurs,mêmeL'Hommeàlabarbe blancheenfaitpartie.Lessoi-disantmaîtresanciensn'ontjamais faitqueservirl'Étatouservirl'Église,cequirevientaumême, necessededireReger,unempereurouunpape,unducou unarchevêque.Toutcommelesoi-disanthommelibreestune utopie,lesoi-disantartistelibreatoujoursétéuneutopie,une folie,c'estcequeditsouventReger.Lesartistes,lessoi-disant grandsartistes,voilàcequeditReger,medis-je,sontenoutre lesgenslesplusdénuésdescrupules,ilssontencorebeaucoup plusdénuésdescrupulesquelespoliticiens.Lesartistessont lesplushypocrites,beaucoupplushypocritesencorequeles politiciens,donclesartistesd'artsontencorebeaucoupplus hypocritesquelesartistesd'État,encemomentj'entendsde nouveauRegerledire.Toutdemême,cetartsetournetoujours versleTout-Puissantetverslespuissantsetsedétournedu monde,voilàcequeditsouventReger,c'estsabassesse. Cetartestpitoyable,riend'autre,j'entendsencemoment Regerledirehier,toutenl'observantaujourd'huidepuisla salleSebastiano.Aufond,pourquoilespeintres peignent-ils, alorsqu'ilyatoutdemêmelanature?sedemandaitunefois deplusReger, hier.Mêmel'œuvred'artlaplusextraordinaire n'esttoutdemêmequ'unpitoyableeffort,parfaitementabsurde etvain,pourimiterlanature,oui,lasinger,a-t-ildit.Qu'est-cequelafigure,peinteparRembrandt,desamère,auprèsde lafigureréelledelamienne?a-t-ilencoredemandé.Quesont lesprairiesduDanube,àtraverslesquellesjepeuxmarcher,en mêmetempsquejepeuxlesvoir,auprèsdesprairiespeintes? a-t-ildit.Iln'yariendeplusrépugnantpourmoi,a-t-ildit hier, quelahautesociétépeinte.Peinturedehautesociété, riend'autre,a-t-ildit.Fixer,disentlesgens,documenter,mais toutdemême,nouslesavonsbien,rienquedumensongeet dufaux,onnefixeetnedocumentequelafaussetéetle mensonge,lapostéritén'aquefaussetéetmensongeaccrochés auxmurs,iln'yaquefaussetéetmensongedansleslivres
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quenousontléguéslessoi-disantgrandsécrivains,rienque faussetéetmensongedanslestableauxaccrochésàcesmurs. Celuiquiestaccrochélà,aumur,n'esttoutdemêmejamais celuiquelepeintreapeint,aditReger,hier.Celuiquiest accrochéaumurn'estpasceluiquiavécu,a-t-ildit.Natu-rellement,a-t-ildit,vousdirezquec'estlavisiondel'artiste quiapeintletableau,c'estjuste,mêmesic'estunevision mensongère,dumoinspourcequiestdestableauxdansce musée,cen'estjamaisquelavisioncatholiqueofficielledechaque artiste,cartoutcequiestaccrochéicin'esttoutdemêmerien d'autrequedel'artcatholiqued'Étatetencela,jedoisledire, unartvulgaire,ilpeutêtreaussigrandiosequ'ilveut,cen'est qu'unvulgaireartcatholiqued'État.Lessoi-disantgrands maîtres,surtoutlorsqu'onencontempleplusieurscôteàcôte, c'est-à-direqu'oncontempleleursœuvresd'artcôteàcôte, sontdesenthousiastesdel'hypocrisie,quiontfaitdescourbettes etsesontvendusàl'Étatcatholique,autrementditaugoût del'Étatcatholique,voilàcequeditReger.Danscettemesure, nousn'avonsaffairequ'àunehistoirecatholiquedel'art,de boutenboutdéprimante,àunehistoirecatholiquedela peinture,deboutenboutdéprimante,quiatoujourstrouvé etmaintenusessujetsaucielouenenfer,maisjamaissur terre,a-t-ildit.Lespeintresn'ontpaspeintcequ'ilsauraient peindre,maisuniquementcequ'onleuracommandé,ou biencequileurprocuraitouleurrapportait l'argentoula gloire,a-t-ildit.Lespeintres,touscesmaîtresanciensqui,la plupartdutemps,medégoûtentplusquetoutetquim'ont depuistoujoursdonnélefrisson,a-t-ildit,n'ontjamaisservi qu'unmaître,jamaiseux-mêmesetainsil'humanitéelle-même. Ilsonttoutdemêmetoujourspeintunmondefacticequ'ils tiraientd'eux-mêmes,dontilsespéraientobtenirl'argentetla gloire;tousilsn'ontpeintquedanscetteoptique,parenvie d'argentetparenviedegloire,pasparcequ'ilsavaientvoulu êtrepeintresmaisuniquementparcequ'ilsvoulaientavoirla gloireoul'argentoulagloireenmêmetempsquel'argent. EnEurope,ilsonttoujourssoumisetdestinéleurpeintureà undieucatholique,a-t-ildit,àundieucatholiqueetàtous
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sessaints,a-t-ildit.Chaquetraitdepinceau,sigénialsoit-il, decessoi-disantmaîtresanciensestunmensonge,a-t-ildit. Peintres enjoliveursdumonde,c'estainsiqu'ilaqualifiéhier ceuxqu'aufondildétestepositivement,qui,enmêmetemps, l'onttoujoursfasciné,etcelatoutaulongdesamisérablevie. Desapprentisdécorateurstartufesdelahautesociétécatholique européenne,cesmaîtresanciensnesontpasautrechose,vous levoyezàchaquetouchequecesartistesontappliquéesans gênesurleurstoiles,moncherAtzbacher,a-t-ildit.Naturel-lementilfautdirequec'estl'artpicturalleplusgrand,a-t-il dithier,maisn'oubliezpas,enmêmetemps,dementionner aussi,ouaumoinsdepenser,aumoinsdepenseràpartvous quec'estaussil'artpicturalinfâme,l'infamiedecetartesten mêmetempslareligiosité,voilàcequecelaaderepoussant. Si,commemoiavant-hier,vousrestezpendantuneheure devantleMantegna,l'envievousprendsoudaind'arracherdu murceMantegna,parcequetoutàcoupilvousdonnele sentimentd'unetoutegrandevileniepeinte.Ousivousêtes restéuncertaintempsplantédevantleBilivertioudevantle Campagnola.Cesgensnepeignaienttoutdemême quepour leursubsistanceetpouravoirdel'argentetpourallerauciel etnondansl'enferqu'ilsontredoutéplusquetoutpendant touteleurvie,bienqu'ilsaientétéfortintelligents,maisavec uncaractèrebienfaible.Toustantqu'ilssont,lespeintresn'ont paseuboncaractère,ilsl'ontmêmetoujourseutrèsmauvais et,parconséquent,ilsonttoujourseuaussitrèsmauvaisgoût, aditReger,hier,vousnetrouverezpasunseulsoi-disant grandartistepeintreou,disons,unsoi-disantmaîtreancien quiaiteuboncaractèreetbongoûtet,parboncaractère, j'entendstoutsimplementuncaractèreincorruptible.Tousces artistes,cesmaîtresanciens,étaientcorruptiblesetc'estpour celaque leurartmerebuteàcepoint,voilàcequ'aditReger. Jelescomprendstousetilsmerebutentprofondément.Jesuis écœurépartoutcequ'ilsontpeintetquiestaccrochéici,je meledissouvent,a-t-ildithier,etpourtant,depuisdes décennies,jenepeuxpasm'empêcherdel'étudier.C'estcela quiestépouvantable,a-t-ildithier,quecesmaîtresanciens
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meparaissentprofondémentrebutantsetquetoutdemêmeje lesétudiesanscesse.Maisilssontrépugnants,celac'estpar-faitementclair,a-t-ildithier.Lesmaîtresanciens,commeon lesappelledéjàdepuisdessiècles,netiennentquedevantun regardsuperficiel,sinouslesregardonsattentivementilsperdent petitàpetitetfinalement,lorsquenouslesavonsvraimentet véritablementétudiés,àsavoirpendanttrèslongtempsleplus minutieusementpossible,ilssedéfont,s'effritentsousnosyeux etnenouslaissententêtequ'ungoûtfade,oui,leplussouvent toutàfaitécœurant.L'œuvred'artlaplusgrandeetlaplus remarquablefinittoutdemême parnouspeserdanslatête commeunmorceauénormedemensongeetdevulgarité, commeunmorceaubeaucouptropgrosdeviandedansl'es-tomac.Noussommesfascinésparuneœuvred'artetpourfinir elleesttoutdemêmeridicule.Sivousprenezletempsdelire une bonnefoisGoetheavecplusd'attentionquenormalement etavecuneintensitébeaucoupplusgrandequenormalement etavecuneimpertinencebeaucoupplusgrandequenormale-ment,cequevousavezluvousparaîtfinalement ridicule,peu importecequec'est,ilvoussuffitdelelireplussouventque normalement,celadevientinévitablementridiculeetmêmece qu'ilyadeplusintelligentestenfindecompteunebêtise. Hélas,vouslisez avecplusd'attention,vous vousdétruisez toutcequevouslisez.Peuimportecequevouslisez,cela devientauboutducompteridiculeetauboutducomptecela nevautrien.Gardez-vousdepénétrerlesœuvresd'art,a-t-il dit,vousvousgâteztoutetn'importequoi,mêmecequevous aimezleplus.Neregardezpaslongtempsuntableau,nelisez pasunlivreavectropd'attention,n'écoutezpasunmorceau demusiqueaveclaplusgrandeintensité,vous vousabîmerez toutet,dèslors,cequ'ilyadeplusbeauetdeplusutileau monde.Lisezcequevousaimez,maisnelepénétrezpas totalement,écoutezcequevousaimez,maisnel'écoutezpas totalement,regardezcequevousaimez,maisneleregardez pastotalement.Parcequej'aitoujourstoutregardétotalement, toujourstoutécoutétotalement,toujourstoutlutotalement ou,dumoins,toujoursessayéd'écouteretdelireetderegarder
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totalement,jemesuisfinalementetdéfinitivementtoutgâché, parjemesuisgâchétouslesartsplastiquesettoutela musiqueettoutelalittérature,a-t-ildithier.Toutcomme, aveccetteméthode,jemesuisfinalementgâchélemonde entier,absolumenttout.Pendantdesannées,jemesuisabso-lumenttoutgâchéet,cequejeregrettetrèsprofondément,je l'aiaussigâchéàmafemme.Pendantdesannées,a-t-ildit,je n'aipuexisterquedansetparcetteméthodedegâchage.Mais àprésentjesaisquejenedoispas liretotalementetqueje nedoispasécoutertotalementetpasregarderetcontempler totalement,sijeveuxcontinueràvivre.C'estunartquede nepasliretotalementetdenepasécoutertotalementetde nepasregarderetcontemplertotalement,a-t-ildit.Jene possèdepasencoreentièrementcetart,a-t-ildit,carmon tempéramentmeporteàentreprendretoutechosetotalement etàlapoursuivretoutaussitotalementetàlamenertotalement àbout,c'estlà,vousdevezlesavoir,monvéritablemalheur, a-t-ildit.Pendantdesdizainesd'années,j'aivoulutoutfaire totalement,cefutmonmalheur,a-t-ildit.Cemécanisme proprementpersonneldedésintégration,toujoursaxésurla totalité,a-t-ildit.Cen'estd'ailleurspaspourdesgenscomme moiquecesmaîtresanciensontpeint,etquelesgrands compositeursanciensontcomposéetquelesgrandsécrivains anciensontécrit,naturellementpaspourdesgenscomme moi, jamaisl'und'euxn'auraitpeintouécritoucomposépour quelqu'uncommemoi,a-t-ildit.L'artn'estpas faitpourla contemplationtotaleetpourl'écoutetotaleetpourlalecture totale,a-t-ildit.Cetartestfaitpourlapartmisérablede l'humanité,lapartquelconque, normale,oui,jedoisledire, pourl'hommedebonnefoi,exclusivement.Ungrandédifice, a-t-ildit,commeilrapetissevitesousleregardd'unœil commelemien,sicélèbresoit-il,etc'estalors,justementet précisément,quetôtoutardilseréduitàunearchitecture ridicule.J'aifaitdesvoyages,a-t-ildit,pourvoirlagrande architecture,naturellementd'abordenItalieetenGrèceeten Espagne,maislescathédralessesontbientôtréduites,sousmes yeux,àriendemoinsquedestentativesimpuissantes,oui,
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ridicules,pouropposeraucielquelquechosecommeunsecond ciel,d'unecathédraleàl'autretoujoursunsecondcielencore plusgrandiose,d'untempleàl'autretoujoursquelquechose d'encoreplusgrandiose,a-t-ildit,etiln'enesttoutdemême toujourssortiquequelquechosedemalfichu.Naturellement, j'aivisitélesplusgrandsmuséesetpasseulementenEurope, etj'aiétudiéleurcontenu,étudiéaveclaplusgrandeintensité, croyez-moi,etbientôtj'aieul'impressionquetouscesmusées necontenaientriend'autrequel'impuissancepeinte,l'incapacité peinte,leratagepeint,lapartiemalfichuedumonde,toutde même,toutcequ'ilyadanscesmuséesestratéetmalfichu, a-t-ildithier,peuimportedansquelmuséevousentrezet commencezàregarderetàétudier,vousn'étudiezqueduraté etdumalfichu.MonDieu,lePrado,a-t-ildit,assurémentle muséeleplusimportantdumondepourcequiestdesmaîtres anciens,maischaquefoisquejesuisassisenface,auRitz,et quejeboismonthé,jepensetoutdemêmequelePrado,lui aussi,necontient quedel'imparfait,duraté,enfindecompte queduridiculeetdudilettante.Nombred'artistes,a-t-ildit, àcertainesépoques,quandc'estlamode,sonttoutbonnement gonflésjusqu'àunemonstruositésidérante,alors,soudain,quel-qu'und'incorruptiblepiquedanscettemonstruositésidérante etcettemonstruositésidéranteéclateetn'estplusrien,tout aussisoudainement,a-t-ildit.Vélasquez,Rembrandt,Gior-gione,Bach,Haendel,Mozart,Goethe,a-t-ildit,toutcomme Pascal,Voltaire,rienquecegenredemonstruositésgonflées. CeStifter,a-t-ildithier,quemoi-mêmej'aitoujoursmons-trueusementrévéré,aupointquec'étaitencoreplusqu'un asservissementàl'art,esttoutdemême,lorsqu'ons'yintéresse deprès,unmauvaisécrivain,toutcommeBruckner,lorsqu'on l'écoutedeprès,estunmauvais,pournepasdireunlamentable compositeur.Stifterécritdansunstyleépouvantablequi,de plus,estgrammaticalementau-dessousdetoutecritique,Bruck-neraétéacceptéexactementdemême,avecson ivressesonore sauvageetchaotique,etencoreàunâgeavancé,d'unereligiosité pubertaire.J'airévéréStifterpendantdesdécenniessansvrai-mentm'intéresseràluidefaçonpréciseetapprofondie.Ilya
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unan,lorsquejemesuisintéresséàStifterdefaçonpréciseet approfondie,jen'enaipascrumesyeuxetmesoreilles.Jamais, aucoursdetoutemavieintellectuelle,jen'ailu unallemand, ouunautrichien,commevousvoulez,aussiincorrectetmal fichud'untelauteur,oui,effectivementcélèbreaujourd'hui justementpoursaproseclaireetbienfrappée.Laprosede Stiftern'estrienmoinsquebienfrappéeetelleestlaplus fumeusequejeconnaisse,elleestbourréed'imagescontournées etdepenséesfaussesetintempestivesetjemedemandevrai-mentpourquoicedilettantedeprovince,quiétaitd'ailleurs inspecteurd'écolesenHaute-Autriche,estaujourd'huisihau-tementrévéréjustementparlesécrivainsetsurtoutparles jeunesécrivainsetpasdesplusinconnusnidesplusinsigni-fiants.Jecroisquetouscesgensn'ontjamaisvraimentlu Stifter,ilssesontcontentésdelerévéreraveuglément,sesont contentésd'entendreparlerdeStifter,maisnel'ontjamais vraimentlucommemoi.Lorsquej'aivraimentluStifter,ily aunan,cegrandmaîtredelaprose,commeonlequalifie d'ailleurs,j'aiétédégoûtédemoi-même,dufaitquej'avais unjourrévéré,oui,aiméceplumitifminable.J'ailuStifter dansmajeunesseetj'avaisdeluiunsouvenirfondésurces impressionsdelecture.J'avaisluStifteràdouzeetàseizeans, àunâgejen'avaisaucunespritcritique.Mais,parlasuite, jen'avaisjamaisreluStifter.Danslespluslongspassagesde saprose,Stifterestunbavardinsupportable,ilaunstylemal fichuet,cequiestlepluscondamnable,unstylenégligé,et ilest,par-dessuslemarché,l'auteurenvéritéleplusennuyeux etleplushypocritequ'ilyaitdanslalittératureallemande. LaprosedeStifter,quiestréputéeconciseetpréciseetclaire, estenréalitévague,impuissanteetirresponsable,etd'une sentimentalitépetite-bourgeoiseetd'unelourdeurpetite-bour-geoisetellesqu'enlisantparexempleWitikooulePortefeuille demonarrière-grand-père,onenal'estomacretourné.Juste-ment,dèslespremièreslignes,cePortefeuilledemonarrière-grand-pèreestune tentativeminabledefairepasseruneprose inconsidérémenttiréeenlongueur,sentimentale,fade,pleine dedéfautsinternesetexternes,pouruneoeuvred'art,quin'est
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