La Nouvelle Revue Française N° 434

De
Henri Thomas, Domnine
Angel Crespo, Théophanies
Barbara Cassin, Yamac
Erwin Chargaff, Le Feu d'Héraclite (Fin)
Guy Goffette, Un peu d'or dans la boue
Jean-Pierre H. Tétart, Le retour
Reconnaissances :
Christian Bobin, C'est une voix dans le noir... (Thomas Bernhard)
Richard Blin, Redécouvrir Maurice Blanchard
Jean Blot, Borges entre le labyrinthe et le couteau
Jean Louis Jacob, Le testament de l'oncle Albert (Albert Roussel) (Fin)
L'air du mois :
Mario Andrea Rigoni, Éloge de la cigarette
Yves Leclair, Ondes courtes
Chronique : la poésie :
Claude-Pierre Perez, Partition rouge, de Florence Delay et Jacques Roubaud (Le Seuil)
Chronique : la littérature :
Didier Pobel, Autour des sept collines, de Julien Gracq (José Corti)
Jean-Pierre H. Tétart, Autour des sept collines, de Julien Gracq
Chronique : les essais :
Hervé Cronel, La destruction des Juifs d'Europe, de Raul Hilberg (Fayard) - Europe, Europe! de Hans Magnus Enzensberger (Gallimard)
Chronique : lettres étrangères :
Jean Blot, Les enfants de l'Arbat d'Anatoly Rybakov (Albin Michel)
François Mary, Un peu de fièvre de Sandro Penna (Éditions Michel de Maule)
Max Alhau, Des crimes insignifiants d'Alvaro Pombo (Gallimard)
Chronique : le cinéma :
Jean Roudaut, Drowning by Numbers, de Peter Greenaway - Fear of Drowning by Numbers (Éditions Dis voir)
Chronique : la musique :
Jacques Laurans, Thelonious Monk d'Yves Buin (P.O.L.)
Chronique : les arts :
Gerard Barriere, Vieira da Silva et Zao Wou-Ki
Chronique :
Jacques Réda, Carnet [dont 'La question poétique']
Ouvertures :
Veronique Ingold, L'Irrémédiable
Philippe Spieser, Le passage
Textes :
Max Jacob, Lettres à un ami
Publié le : lundi 13 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072388217
Nombre de pages : 128
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
HENRITHOMAS
Domnine
Ausortirdesroutesdifficilesetabîméesquimenaientde MorlaixàlaplainedeGuingamp,MaximeDancourtqui conduisaits'arrêtadans uneruevoisinedelacathédrale.Il faisaitchaud,M.Dancourtquiavaitouvertlecoldesachemise avaitlevisagerougi,cequiluidonnaitl'airfâché. Nousallonsboireunverreprèsdecettecathédrale.Vous laconnaissez,Philippe? Jel'aientrevue,elleestécrasante. Elleprotège, etécoutez,ellechante. Unehersedevantleporcheétaitplantéedeciergesdont quelques-unsétaientéteints. Jeveuxenmettreun,ditDomnine. Commeunemendiante,luiditsamère. Domnineétaitpiedsnus,ayantlaissésessandalesdansla voiture. Voulez-vousl'accompagner,Philippe?Lesciergess'achètent dansl'église,et elleestcapabledeseperdredanscemonstre, ditLucileDancourtquis'asseyaitàlaterrassedupetitcafé. L'intérieurbaignaitdanslalueurdesvitrauxélancésentre
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leurscolonnes.DomnineobligeaitPhilippeàmarcherlente-ment,enluitenantlebras;elles'arrêtaprèsd'ungisantcouché dansunenicheobscure,maisdontlevisageétaitvisible,et lesmainsjointessursatunique. Ilfautluidonnerunbaiser,ditDomnine.Tenez,comme cela.Etelleposaunbaisersurlesyeuxdugisant.Faitespareil, jenelediraipasàmonpère. Lapierren'étaitpasfroide,elleavaitseulementungoût terreuxetpoussiéreux. Onnesaitpasquic'est,ditPhilippe. Çanefaitrien,ilssont touspareils. Ellel'entraînaverslecoinsevendaientlescierges. Deux,dit-elle.Pournepasavoirpeurenchemin. Ilsavaienttournédansl'égliseetneretrouvèrentpastout desuiteleporcheparilsétaiententréset lahersedes cierges.Domninetintàfixerelle-mêmesonciergesursapointe, celapritunpeudetemps.MaximeetLucileDancourtne semblaientpass'ennuyeràlaterrassedupetitcafé.Lucile regardaitlarue,lafontainemonumentalesurlaplace,sans paraîtres'attacheràriendeparticulier,maisintéresséeparla lumièrechaudeetvoiléecoupéed'ombresverticales;sonregard errait,àlarecherchepeut-êtredesafille,maisquandellela vit,cefutàPhilippequ'ellefitunsignedelamain.Maxime Dancourtcontinuaitàparler,aveclavéhémencequ'ontparfois leshommesdepetitetaille,surtoutlorsqu'ilsontunpeubu. Ildisait«S'intégreràunetellearchitecture,àcettemasse éternelle,échapperàtoutleprovisoire. Vouspensezautrajetquinousattend,ditLucileen souriant. Pourquoipas,ceshorriblesroutes!Allons!Asseyez-vous prèsdemoi,Philippe,ilmesemblequej'aidesquestions. Neparlezpastropauvoisinquandvousêtesauvolant, rappelez-vous,Maxime. Lelaitierd'Auvers,jemesouvienstrèsbien,Lucile. NousvoulionsvoirAuvers-sur-Oise,dit-ilàPhilippeetil yeutunevoituredelaitier,ouétait-ceunépicier.Bref,nous n'avonspasvulatombeduMaître.Voicilamerpourla
Domnine
dernièrefois,elleestsouventcachéedanslabrume,aujourd'hui c'estvraimentlamerauxénormesyeuxbleus. Vousfaitesdebellescitations,monsieurDancourt,celle-ciestd'unpeintre,jesuppose. NonPhilippe,ellenevientpasd'unpeintre.Quelles étudesfaites-vous,ouavez-vousfaites?Voiciuneguinguette aucarrefour,buvonsunverrepoursaluerlamerquenous quittons». LegolfedeSaint-Brieucscintillaitdevanteux. «J'étudielerusse,aprèsl'anglaisetl'allemand»,expliqua Philippequandilseurentprisplacesouslaguinguette(Lucile etDomnineétaientrestéesdanslavoiture).Jedoisreprendre enrentrantàParisuntravailquej'avaiscommencédansles derniersmoisdel'Occupation.Vousconnaissezsûrementles chantierspourlesintellectuelsenchômage? J'aimêmeétéàl'originedecetteidée,cherami,etc'est unedeschosesqu'onabienvouluprendreenconsidérationà laLibération.J'étaisinspecteurgénéraldel'Enseignement,et àcetitre.Maisreprenonsunpeudecevin,ilestd'une qualitérarepouruneguinguettedegrandchemin.Vouspensiez toutàl'heurequelesénormesyeuxbleusdelamervenaient d'unpeintre.C'estinexact,maisvousm'avezfaitétrangement plaisir,caràtraverstoutechose,c'estlapeinturequim'attire. Vousverrez. PhilippepensaitqueMaximeDancourtneluiauraitpas parléaveccettesoudaineamitiés'iln'avaitbuqu'unverrede vin.N'avait-ilpasunpeuoubliésafemmeetsafille?Du tempsavaitpassé,labrumecommençaitàvoilerlegolfede Saint-Brieucdanslelointain.Philippefutprisd'unelégère angoisse«Laroutevaêtrelongue»,dit-il.MaximeDancourt leregardait,ilvoulaitparlerencore,Philippeluipritlebras etcommençaàletirer,iln'eutpasàinsister.MaximeDancourt selevabrusquementdesonsiègederotin,etcefutluiqui entraînaPhilippeverslavoiture. Maxime,vousêtesivre,ditLucilequandileutprisplace auvolant. Jen'aijamaisétépluslucide,ditMaxime.Ilmitlavoiture
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enroute,stoppauninstantpourinterrogerPhilippe«Votre femmeestcomédienne,sij'aibiencomprisvotreamiBenoît?» et,sansattendrelaréponse,lançalabelleCadillacsurlaroute deLamballe.Ilsroulèrentlongtemps,trèsvite,sansrencontrer beaucoupdevoitures,endoublantplusieurshardiment.Après Rennes,lacirculationaugmenta;MaximeDancourtralentitun peu,maisc'étaitpourtendreunecigaretteàLuciledenouveau assiseàsoncôté,afinqu'ellelaluiallume;etsoudaincomme ilsmontaientrapidementunecôtedontlesommetrapproché nepermettaitpasdevoircequiarrivait,ungroscamion militaire,bâchédevert,stoppabrutalement,freinshurlants,à unmètredelaCadillac,qu'uncoupdefreindeMaxime Dancourtavaitdéportéepresqueentraversdelaroute.Aucun contactnes'étaitproduitentrelesdeuxvéhicules,personnene descenditducamionquireculaitpourreprendresonchemin. DanslaCadillacarrêtée,Dancourtavaitlâchélevolant;ses mainspendaientàsescôtés,ilfermaitlesyeux,lasueurperlait àsonfront.Ilditàvoixbasse,avantderouvrirlesyeux «Lucile,prenezlevolant». Ildescendit devoitureetremontadel'autrecôté,s'appuyant àlacarrosseriepourenfaireletour,pendantqueLucileprenait placeauvolant,elletirad'abordleslunettesdesoleilde laboîteàgants.MaximeDancourtavaitrepriscontenance.«À Laval,dit-il,nousnousarrêteronspourdéjeuner;vousvous souvenez,Lucile,del'excellentrestaurantnonloindelagare, leSaint-Pierre.»MmeDancourtfitunpetitsignedelatête, sansdétournerlesyeuxdelaroute.Philippeétait étrangement heureuxdepuisqu'elleavaitprislevolant.Ilvoyaitsesmains, fines,énergiques,pures,pensait-il,pourquoipures?Ellesne portaientaucunebague.Leseulbijouqu'illuivoyaitétaitune minusculeboucled'oràsonoreille,quesescheveuxsombres cachaientdetempsàautre.Ilavançaunpeulatête MmeDancourtavaitlesjambesnues,etpourconduireelleavait enlevésessandalesdecuirdécoupé.Ilvoyaitsesongles,maquillés derouge,jouersurlefrein,secrisperparinstantsoui, s'amuser.EllerepritsessandalespoursortirdelaCadillacà Laval.
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(?).Prieaussipourlaconversiond'uneveuvedeQuimper, madameAlexandreM.,ébranléeparlamortetlesmalheurs desonépoux,hélas!encorebienmoqueuse.Danslesconver-sions,lapremièrechoseàfaire,c'estd'éliminerlapolitique legrandobstacle«Iln'yaplusdepartis,iln'yaplusde politique,ya-t-ilencoreuneRépublique,ya-t-ilencoreune France?non!noussommestoutnusdevantlesidées!»Cela ébranlefortementl'auditeur. Jet'aimeetjet'embrasse
MAX
Lagrandeaffairen'estpaslavertu,lagrandeaffairec'estla foi.Lavertuaussi.maistoutpéchéestpardonnableàlafoi. Ahoui,Dieuestbon!Quandjepenseaux ignominiesqu'il nouspardonne!
T'ai-jeditquej'aiperdumonbeau-frèreLucienL.mortau campdeCompiègneetlaissantune femmeau désespoiret sansfoi.J'aiaussiperdumasœuraînéemortedechagrinsans maladiemortelle.JesuisalléàQuimpermavillenatale.
vendredi14mai43
TrèsaiméPaul Jetefélicitedetesméditationsc'estexcellentetlogique. Ilparaîtquenousavonstortdefairedesméditationsécrites etqu'ilseraitmieuxdelesfaireintérieurement.Lapageécrite n'estqu'un«pis-aller»,ditM.lecurédeSaint-Benoît. QuedittonR.P.Jésuite?Jet'envied'avoirdetelshommes danstavie.J'auraisbienbesoind'unéducateur,moiquime mêled'éduquerlesautres.Hélas!«çaaussiraté»commedisait VanGoghaprèssonsuicide.Bah!Dieuestbon. Ouijesuisbienportantphysiquement.Lemoral.hum! Onmeveutgaietjenepuisl'êtresansdevenirindifférentaux
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