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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
HENRITHOMAS
Domnine
Ausortirdesroutesdifficilesetabîméesquimenaientde MorlaixàlaplainedeGuingamp,MaximeDancourtqui conduisaits'arrêtadans uneruevoisinedelacathédrale.Il faisaitchaud,M.Dancourtquiavaitouvertlecoldesachemise avaitlevisagerougi,cequiluidonnaitl'airfâché. Nousallonsboireunverreprèsdecettecathédrale.Vous laconnaissez,Philippe? Jel'aientrevue,elleestécrasante. Elleprotège, etécoutez,ellechante. Unehersedevantleporcheétaitplantéedeciergesdont quelques-unsétaientéteints. Jeveuxenmettreun,ditDomnine. Commeunemendiante,luiditsamère. Domnineétaitpiedsnus,ayantlaissésessandalesdansla voiture. Voulez-vousl'accompagner,Philippe?Lesciergess'achètent dansl'église,et elleestcapabledeseperdredanscemonstre, ditLucileDancourtquis'asseyaitàlaterrassedupetitcafé. L'intérieurbaignaitdanslalueurdesvitrauxélancésentre
LaNouvelleRevueFrançaise
leurscolonnes.DomnineobligeaitPhilippeàmarcherlente-ment,enluitenantlebras;elles'arrêtaprèsd'ungisantcouché dansunenicheobscure,maisdontlevisageétaitvisible,et lesmainsjointessursatunique. Ilfautluidonnerunbaiser,ditDomnine.Tenez,comme cela.Etelleposaunbaisersurlesyeuxdugisant.Faitespareil, jenelediraipasàmonpère. Lapierren'étaitpasfroide,elleavaitseulementungoût terreuxetpoussiéreux. Onnesaitpasquic'est,ditPhilippe. Çanefaitrien,ilssont touspareils. Ellel'entraînaverslecoinsevendaientlescierges. Deux,dit-elle.Pournepasavoirpeurenchemin. Ilsavaienttournédansl'égliseetneretrouvèrentpastout desuiteleporcheparilsétaiententréset lahersedes cierges.Domninetintàfixerelle-mêmesonciergesursapointe, celapritunpeudetemps.MaximeetLucileDancourtne semblaientpass'ennuyeràlaterrassedupetitcafé.Lucile regardaitlarue,lafontainemonumentalesurlaplace,sans paraîtres'attacheràriendeparticulier,maisintéresséeparla lumièrechaudeetvoiléecoupéed'ombresverticales;sonregard errait,àlarecherchepeut-êtredesafille,maisquandellela vit,cefutàPhilippequ'ellefitunsignedelamain.Maxime Dancourtcontinuaitàparler,aveclavéhémencequ'ontparfois leshommesdepetitetaille,surtoutlorsqu'ilsontunpeubu. Ildisait«S'intégreràunetellearchitecture,àcettemasse éternelle,échapperàtoutleprovisoire. Vouspensezautrajetquinousattend,ditLucileen souriant. Pourquoipas,ceshorriblesroutes!Allons!Asseyez-vous prèsdemoi,Philippe,ilmesemblequej'aidesquestions. Neparlezpastropauvoisinquandvousêtesauvolant, rappelez-vous,Maxime. Lelaitierd'Auvers,jemesouvienstrèsbien,Lucile. NousvoulionsvoirAuvers-sur-Oise,dit-ilàPhilippeetil yeutunevoituredelaitier,ouétait-ceunépicier.Bref,nous n'avonspasvulatombeduMaître.Voicilamerpourla
Domnine
dernièrefois,elleestsouventcachéedanslabrume,aujourd'hui c'estvraimentlamerauxénormesyeuxbleus. Vousfaitesdebellescitations,monsieurDancourt,celle-ciestd'unpeintre,jesuppose. NonPhilippe,ellenevientpasd'unpeintre.Quelles étudesfaites-vous,ouavez-vousfaites?Voiciuneguinguette aucarrefour,buvonsunverrepoursaluerlamerquenous quittons». LegolfedeSaint-Brieucscintillaitdevanteux. «J'étudielerusse,aprèsl'anglaisetl'allemand»,expliqua Philippequandilseurentprisplacesouslaguinguette(Lucile etDomnineétaientrestéesdanslavoiture).Jedoisreprendre enrentrantàParisuntravailquej'avaiscommencédansles derniersmoisdel'Occupation.Vousconnaissezsûrementles chantierspourlesintellectuelsenchômage? J'aimêmeétéàl'originedecetteidée,cherami,etc'est unedeschosesqu'onabienvouluprendreenconsidérationà laLibération.J'étaisinspecteurgénéraldel'Enseignement,et àcetitre.Maisreprenonsunpeudecevin,ilestd'une qualitérarepouruneguinguettedegrandchemin.Vouspensiez toutàl'heurequelesénormesyeuxbleusdelamervenaient d'unpeintre.C'estinexact,maisvousm'avezfaitétrangement plaisir,caràtraverstoutechose,c'estlapeinturequim'attire. Vousverrez. PhilippepensaitqueMaximeDancourtneluiauraitpas parléaveccettesoudaineamitiés'iln'avaitbuqu'unverrede vin.N'avait-ilpasunpeuoubliésafemmeetsafille?Du tempsavaitpassé,labrumecommençaitàvoilerlegolfede Saint-Brieucdanslelointain.Philippefutprisd'unelégère angoisse«Laroutevaêtrelongue»,dit-il.MaximeDancourt leregardait,ilvoulaitparlerencore,Philippeluipritlebras etcommençaàletirer,iln'eutpasàinsister.MaximeDancourt selevabrusquementdesonsiègederotin,etcefutluiqui entraînaPhilippeverslavoiture. Maxime,vousêtesivre,ditLucilequandileutprisplace auvolant. Jen'aijamaisétépluslucide,ditMaxime.Ilmitlavoiture
LaNouvelleRevueFrançaise
enroute,stoppauninstantpourinterrogerPhilippe«Votre femmeestcomédienne,sij'aibiencomprisvotreamiBenoît?» et,sansattendrelaréponse,lançalabelleCadillacsurlaroute deLamballe.Ilsroulèrentlongtemps,trèsvite,sansrencontrer beaucoupdevoitures,endoublantplusieurshardiment.Après Rennes,lacirculationaugmenta;MaximeDancourtralentitun peu,maisc'étaitpourtendreunecigaretteàLuciledenouveau assiseàsoncôté,afinqu'ellelaluiallume;etsoudaincomme ilsmontaientrapidementunecôtedontlesommetrapproché nepermettaitpasdevoircequiarrivait,ungroscamion militaire,bâchédevert,stoppabrutalement,freinshurlants,à unmètredelaCadillac,qu'uncoupdefreindeMaxime Dancourtavaitdéportéepresqueentraversdelaroute.Aucun contactnes'étaitproduitentrelesdeuxvéhicules,personnene descenditducamionquireculaitpourreprendresonchemin. DanslaCadillacarrêtée,Dancourtavaitlâchélevolant;ses mainspendaientàsescôtés,ilfermaitlesyeux,lasueurperlait àsonfront.Ilditàvoixbasse,avantderouvrirlesyeux «Lucile,prenezlevolant». Ildescendit devoitureetremontadel'autrecôté,s'appuyant àlacarrosseriepourenfaireletour,pendantqueLucileprenait placeauvolant,elletirad'abordleslunettesdesoleilde laboîteàgants.MaximeDancourtavaitrepriscontenance.«À Laval,dit-il,nousnousarrêteronspourdéjeuner;vousvous souvenez,Lucile,del'excellentrestaurantnonloindelagare, leSaint-Pierre.»MmeDancourtfitunpetitsignedelatête, sansdétournerlesyeuxdelaroute.Philippeétait étrangement heureuxdepuisqu'elleavaitprislevolant.Ilvoyaitsesmains, fines,énergiques,pures,pensait-il,pourquoipures?Ellesne portaientaucunebague.Leseulbijouqu'illuivoyaitétaitune minusculeboucled'oràsonoreille,quesescheveuxsombres cachaientdetempsàautre.Ilavançaunpeulatête MmeDancourtavaitlesjambesnues,etpourconduireelleavait enlevésessandalesdecuirdécoupé.Ilvoyaitsesongles,maquillés derouge,jouersurlefrein,secrisperparinstantsoui, s'amuser.EllerepritsessandalespoursortirdelaCadillacà Laval.
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(?).Prieaussipourlaconversiond'uneveuvedeQuimper, madameAlexandreM.,ébranléeparlamortetlesmalheurs desonépoux,hélas!encorebienmoqueuse.Danslesconver-sions,lapremièrechoseàfaire,c'estd'éliminerlapolitique legrandobstacle«Iln'yaplusdepartis,iln'yaplusde politique,ya-t-ilencoreuneRépublique,ya-t-ilencoreune France?non!noussommestoutnusdevantlesidées!»Cela ébranlefortementl'auditeur. Jet'aimeetjet'embrasse
MAX
Lagrandeaffairen'estpaslavertu,lagrandeaffairec'estla foi.Lavertuaussi.maistoutpéchéestpardonnableàlafoi. Ahoui,Dieuestbon!Quandjepenseaux ignominiesqu'il nouspardonne!
T'ai-jeditquej'aiperdumonbeau-frèreLucienL.mortau campdeCompiègneetlaissantune femmeau désespoiret sansfoi.J'aiaussiperdumasœuraînéemortedechagrinsans maladiemortelle.JesuisalléàQuimpermavillenatale.
vendredi14mai43
TrèsaiméPaul Jetefélicitedetesméditationsc'estexcellentetlogique. Ilparaîtquenousavonstortdefairedesméditationsécrites etqu'ilseraitmieuxdelesfaireintérieurement.Lapageécrite n'estqu'un«pis-aller»,ditM.lecurédeSaint-Benoît. QuedittonR.P.Jésuite?Jet'envied'avoirdetelshommes danstavie.J'auraisbienbesoind'unéducateur,moiquime mêled'éduquerlesautres.Hélas!«çaaussiraté»commedisait VanGoghaprèssonsuicide.Bah!Dieuestbon. Ouijesuisbienportantphysiquement.Lemoral.hum! Onmeveutgaietjenepuisl'êtresansdevenirindifférentaux