La Nouvelle Revue Française N° 437

De
Octavio Paz, Croisements et bifurcations : A.O. Barnabooth, Alvaro de Campos, Alberto Caeiro
Louise Herlin, Durées
Henri Droguet, Biopsies
Hassam Wachill, Le chemin est accessible
Claudine Lecoq, Le Ruisseau
Reconnaissances :
Sophie Basch, Georges Séféris, Dieu et mendiant (Pages de journal, Mercure de France)
Jean-Claude Masson, Jeanne ma sœur (Sor Juana Inès de la Cruz)
L'air du mois :
Jacques Borel, Square Ravachol
Hervé Carn, Wilhelm
Cornélius Heim, Modeste proposition pour les fêtes du Bicentenaire
Chronqiue : la littérature :
Jean Blot, Quoi? L'Éternité de Marguerite Yourcenar (Gallimard)
Claude-Pierre Perez, Le dernier des Égyptiens, de Gérard Macé (Gallimard)
Chronique : le roman :
Max Alhau, Vestiaire de l'enfance de Patrick Modiano (Gallimard)
Claude-Pierre Perez, Le Lys d'or de Philippe Sollers (Gallimard)
Laurand Kovacs, La mansarde de Danilo Kis (Grasset)
Chronique : les essais :
Pierre Pachet, Idée de la prose de Giorgio Agamben (Bourgois)
Liliane Lurcat, Contre l'image de Roger Munier (Gallimard)
Serge Filippini, Giordano Bruno et la tradition hermétique, de Frances Yates (Dervy-livres)
Michel Jarrety, Du visible à l'invisible : pour Max Milner (José Corti)
Chronique : le théâtre :
Anouchka Vasak, La veillée de Lars Noren (Théâtre de la Colline)
Chronique :
Jacques Réda, Carnet [dont 'Çà et là : question de langage']
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072386473
Nombre de pages : 128
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
OCTAVIOPAZ
Croisementsetbifurcations A.O.Barnabooth,AlvarodeCampos, AlbertoCaeiro
Barnabooth
lepremierhétéronyme
«Lepoètejouitdecetincomparableprivilège,qu'ilpeut àsaguiseêtrelui-mêmeetautruiu Baudelaire
Desonvivant,ValeryLarbaudétaittrèsconnuetapprécié enEspagneetenAmériquelatine.Certaines desesfictionset beaucoupdesesessaisontencore deslecteursfervents.Par contre,onneconnaissaitsapoésiequegrâceàdestraductions isolées.Cette lacuneestàprésentcombléeonvientdepublier, enEspagneetauMexique,deux traductionsindépendantesdes ŒuvresdeA.O.Barnabooth.Laversionmexicaine,dueàUla-lumeGonzâlezdeLeôn,quisigneégalementunepréface particulièrementpénétrante,estremarquableentouspoints.Le livredeLarbaudaexercéuneinfluencesecrète,maisdécisive, surlesdébutsdelapoésiemoderne,enFrancecommedans
Lesmotsetcitationssuivisd'unastérisquesontenfrançaisdansletexte.(N.d.T.)
LaNouvelleRevueFrançaise
d'autrespays.Pourtant,l'écrivainEnriqueVila-Matasajuste-mentfaitremarquer,dansunarticlerécent,quedenombreux critiquesontsouventexaltélecontinuateurdelagrandetra-ditiondelaprosefrançaiseaudétrimentdupoèteouvertaux sourcespolyglottesdelamodernité.Unsimplecoupd'œilsur lesoeuvresdeLarbauddansLaPléiadesuffiraitàdonnerraison àl'écrivainespagnol.Danssapréface,en effet,MarcelArland ditdespoèmesdeBarnaboothqu'ils«montrentparfoisune précipitationetunrelâchement»,avantd'affirmerquel'auteur est«essentiellementunprosateur»etqu'ilva«mettretoute sasensibilitépoétiqueauservicedelaprose».Certes,lirela prosedeLarbaud,c'estpénétrerdansunecontréeenchantée. Lesphrasescoulentharmonieusement,nitroprapidesnitrop lentes,commeunfleuvepatientetsinueuxquiesquiveles obstaclesplusqu'ilnelessurmonte.Cesphrasessontlefruit d'uneexquiseréserve,quisedéfiedelagéométrieetaccueille toutnaturellementl'imprécisioncommelasurprise,lafulgu-rationetlesilenceinstantané.Dansunpaysdegrandsprosa-teurs,laprosedeLarbaudestunedespluspuresdecesiècle. Malgrésamodernité,onnepeutcomparersagrâceetsa flexibilitéavecl'oeuvredesescontemporains,maisbien,me semble-t-il,aveccertainesprosesdeNerval,commelesFilles dufeu.Enlangueespagnole,seulAlfonsoReyespeutrivaliser avecl'écrivainfrançais.Toutefois,Larbaudneperpétuepas seulementunetraditionvénérable;ilenamorceuneautre.Les poèmesdeBarnaboothetl'inventiondecepersonnagemarquent ledébutd'unchapitredelalittératureduxxe siècle,enFrance et,surtout,àl'étranger. Lacritiquen'apasremarquédavantagelesnombreuses relationsentreBarnaboothetleshétéronymesdePessoa.Dans lemêmevolumedeLaPléiade,encommentantlafigurede Barnabooth,RobertMalletécrit«Encroyantdécouvrirun personnage,Larbauds'est découvertlui-même.»Dansmon essaisurFernandoPessoa',j'aisuggéréquel'influencede
1.«Uninconnudelui-même:FernandoPessoa(1961),danslaFleursaxifrage, tr.J.-C.Masson,Gallimard,1984.(N.d.T.)
Croisementsetbifurcations
Barnaboothsurleshétéronymesdupoèteportugaisétaitplus queprobable.L'originalitéincomparabledeLarbaudestd'avoir inventélepremierhétéronymedelalittératuremoderne.Mais qu'est-cequ'unhétéronyme?Plutôtqued'ouvrirnosdiction-naires,presquetoujoursvaguesouapproximatifs,écoutonsdonc Pessoa«L'oeuvrepseudonymeestdel'auteurenpersonne, saufqu'ilsigned'unautrenom;l'œuvrehétéronymeestde l'auteurhorsdesapersonne.»LecasdeBarnaboothremplit parfaitementcettecondition.Maisilexisteuneautredifférence l'hétéronymenesedistinguepasseulementdupseudonyme, maisdupersonnageromanesqueouthéâtral;lepersonnageest lacréationd'unauteur,l'hétéronymeestunpersonnage-auteur. Eneffet,ilnesuffitpasquel'auteurnousdisequeBarnabooth, RicardoReisouAlvarodeCampossontdespoètes,dela mêmefaçonqueBalzacnousdéclarequeCanalisestunpoète; ildoitencorenousmontrerleursoeuvres,etilfautqueces œuvresprésententunesingularitéetuncaractèrepropre.Les personnagesdeCamposetdeBarnaboothnous intéressentparce queleursœuvresnousfascinent,etnonl'inverse.Sinouslisons unebiographiedePound,c'estparcequ'ilacomposélesCantos; voilàpourquoinouslisonsaussilabiographiedeBarnabooth oulestimidesnoticesbiographiquesdeshétéronymesdePessoa. DanslafameuselettrePessoaracontel'apparitiondes hétéronymesàCasaisMonteiro,ilditqu'ilavait«pensése payerlatêtedeSâ-Carneiro,eninventantunpoètebucolique. etenleprésentantcommesic'étaitunêtreréel.Unjour c'étaitle8mars1914jemesuisapprochéd'unehaute commodeet,saisissantunepoignéedepapiers,j'aicommencé àécriredebout.Etj'aiécritunetrentainedepoèmessucces-sivement,dansunesorted'extasedontjenesauraisdéfinirla vie. nature.Cefutlejourtriomphaldema»Voilàcomment estlepremierhétéronyme,AlbertoCaeiro.Lespoèmesont précédélabiographie;d'unecertainemanière,cesontles poèmesquiontfaitCaeiro.Mêmesinousnedisposonspas d'untémoignageaussiexplicitedanslecasdeBarnabooth, noussavons,parlacorrespondancedeLarbaud(etc'estdans lalogiquemêmedesacréationlittéraire),quelespoèmesdu
LaNouvelleRevueFrançaise
milliardairesud-américainontété,engrandepartie,antérieurs aupersonnage.Unefoislespoèmesécrits,Larbaudasentique Barnabooth avaitbesoind'uneexistenceautonomeet,nouvelle fiction,ilainventéM.TournierdeZamble,auteurd'une biographiequifiguredansl'éditionde1908.Danslaseconde édition(1913),Larbaudaremplacélabiographieparlejournal intimedeBarnabooth.Personnellement,j'aimebeaucoupla biographiedeZambieelleestécriteavecunhumourfroid, etsagravitécomique,àlaBusterKeaton,estàlafoispéné-trante,impertinenteet divertissante.Dansl'économiegénérale del'oeuvre,labiographieavaitunefonctionquelejournal n'assumaitpasentièrementc'étaituntroisièmepointdevue, différentdeceuxdel'auteuretdesonhétéronyme,unpoint devuequiconféraitàBarnaboothuneautreréalité.Quantau journal,ilestadmirablementécrit;c'estuntextequisesuffit àlui-même,pourrait-ondire,quipeutselireindépendamment despoèmes.Plusqu'unjournal,c'estunromanquiraconte,à lapremièrepersonne,unepérégrinationsensuelle,sentimentale etspirituelle.Ensuite,LarbaudadélaisséBarnaboothpour explorer,avecbonheurmaisavecmoinsd'audaceetdenou-veauté,biend'autresterritoires.Peut-êtrenesavait-ilplusqu'en faireBarnaboothn'étaitplussacréature,ilavaitsapropre vie.Ilétaitdevenuunautre,sonautre.Laprésenced'unintrus aussifamilierétaitdifficileàsupporter;Larbaudadoncchoisi del'enterrer.IlcommettaitainsilemêmepéchéqueReyes fuirsondémon. L'apparitiondunomdeSâ-Carneiroestparticulièrement révélatrice,demêmequelesdatesmentionnéesc'estentre 1912et1914quelesdeuxpoètesontdécouvertpeuàpeu lesnouvellestendancespoétiques.Sâ-Carneirovivaitalorsà Pariset,en1913,lesdeuxamisentretenaientunecorrespon-danceabondanteetfébrileIlestimpossiblequelaparution desŒuvrescomplètesdeA.O.Barnaboothleuraitéchappé.En
1.J'aidonnéunaperçude cettecorrespondancedansundossierconsacréàMario deSâ-Carneiro(Poésie84,4,septembre-octobre1984),ainsiquedansLittérature contemporaineauPortugal,spécialdelaSociétélittérairedesPTT,octobre1988. (N. d.T.)
LaNouvelleRevueFrançaise GABRIEL-PIERREOUELLETTE Thira. LeManuscritforgéettraduità PIERREPACHET L'Hommedegénieet lamélancolie,d'Aristote. Agamben. Idéedelaprose,de G.
OCTAVIOPAZ CroisementsetbifurcationsA.O.Barnabooth,Àlvaro deCampos,AlbertoCaeiro,traduitdel'espagnol parJean-ClaudeMasson
CLAUDE-PIERREPÉREZ Partitionrouge,deF.DelayetJ.Roubaud LeCommercedesmontagnes(HenryRussel) Macé. LeDernierdesÉgyptiens,deG. Sollers. LeLysd'or,dePh.
DIDIERPOBEL Préparatifsdefuite,deL.Gustafsson Autourdesseptcollines,deJ.Gracq Juliet. L'Annéedel'éveil,deCh. FRANCISPONGE Papier. tsdenotes). Vertudemavie(Troisjoursetnui Le Lettres
SHOSHANNARAPPAPORT Coleridge. Carnets,deS.T. ÉlogepouruneMcuisinedeuprovinces,deiG.Gcoffette. HENRIRAYNAL Unitéde Roudaut. UneOmbreautableau,deJ.
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