La Nouvelle Revue Française N° 481

De
Geneviève Bergé, Secrets de familles
Christian Bobin, L'éloignement du monde
Jean-Louis Chrétien, Poèmes
Pierre Le Coz, Chambre haute
Jean-Yves Masson, Un égarement (Fin)
Rutger Kopland, Faire un poème
Pierre Leyris, Yeats et le Nô
William Butler Yeats, Ce que rêvent les os
Reconnaissances :
Jean Biermez, Baudelaire et les sentiments contrariés
Philippe Jousset, Très honoré... Éléments d'une théorie de la reconnaissance (Fin)
L'air du mois :
Alain Herve, L'abécédaire de l'ange
Jean Roudaut, Une coquille
Thierry Laget, Berger d'Arcadie
Constance Delaunay, J'aime l'Italie
Le fond de l'air :
Yves Charnet, Paris, rapidement
Armen Tarpinian, Animaux majeurs
Robert Sabatier, Le nouveau Lazare
Georges Arès, Courrier
Jacques Réda, 'Je suis tout à fait de cet avis...' – Tourniquet – La question des extra-terrestres – [La langue change]
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072380518
Nombre de pages : 128
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
GENEVIÈVEBERGÉ
Secrets
defamilles
Ilyadanslesfamillesdessecrets. Desenfantscachésdansdescoffres.Desenfantsmortset desenfantsquirêvent.Desfiancéesqu'onoublie.Unjour, ellesseperdentdanslespeupliers,etonnelesrevoitplus.On rangeau-dessusdesdrapsleurschapeaux,leursgants,quelques lettres,onparled'ellesparfois,quandlesoirdéroulesurles jardinssesbuissonsdethévert.
Lesonclessontdeshommesjoyeuxquisebourrentlespoches detabac,ilsportentdesvalisesdecuiret,aupieddel'avion, ilsembrassentlesjeunesfillesetsoulèventlespetits.AuCanada, écrivent-ils,ilsviventparmilesmouettesetlesécureuils; l'hiver,ilscollectionnentdesobjetsbizarresqu'ilsachètentsur lesquais.Ilsnousenvoientdeschocolatsetdesfeuillesd'érable quifontd'abordletourdesocéans,puisarriventàlamaison.
Ilyadessecretsbiengardésqu'onsechuchotedemèreen filleetdefilleenfemme,dessecretsquifrôlentlesmursde porteenporte,lavoisine,lalaitière,encontournantlesmaris. Ilssontsigentils.
LaNouvelleRevueFrançaise
Lessecretslèventdanslesang,ilsbattentlecœur,puis battentlestempes.Notrefamille, notrefamille. « »
Lessecretsdéposentdel'ombredanslavoix.Maislesmères laventleciel,ellesjettentdegrandeseauxsurlenoir,puis quittenttrèsviteleurrobededeuil.
Voicinossecrets,disent-elles,voicinospetitesclés.Lesmères vivententablier.Commeça,quandtoutvoustomberadessus, carlavien'estpastendre,voussavez,vousvousfaufilerez entrelesgouttes.Entablierbleuetbottesvertes,nosmères. Nevousmouillezpas,attention,maisattention.Etellesima-ginentunefête.
Unmariageouunemaison,n'importequoi,ledonsenourrit depeu.Ellesenfilentdeschaussures,ellesemportentunpanier, puisellespartent,quelafêtecommence!ons'embrasse.Les baisers,lesmorts,lesbébés,compliments.cesontlespremières mesures,ilfautcompter.Après,lesaccordssontenplace.Reste àbattreletemps.
Bientôt,lesverrestrébuchent,lesrefrainssebousculent,et retombentunàunsurlesnappes.Unmurmuremonte. Cesontlessecrets. Demainenmain,commedesanneaux.
Alorslesmégotss'entassentdanslescendriers,petitscanons aprèslabataille.Ilyadestachesrougespartout.Dusel répandu,descouteaux,desserviettesfroissées,unerumeur s'élèvedestables.Lesoircouvrelesfenêtresd'ombresetde bruine.Onvasequitter,donnezlesclés,vite!qu'onouvrela pharmaciedesmamans.
Secretsdesmèresunnoyaudanslesfruits;etleshommes, onlestientparleventre.Petitssecrets.N'écoutezpaslesvoisins; d'ailleurs.etroulentsouslesdoigts.Camomille.Oudubleuet. Lesangesgardiensbutinentpriez-les,ilsapaisentl'angoisse. Lessecretscommedespétales.Unpeu,pasdutout.
Secretsdefamilles
Lesvoixsefontbassessousleslampes.C'estl'heuredes confidences,peut-êtreunepromessed'amitié.Quesavent-elles del'amitié,lesmères?Ellesdisentgarde-toiunpeudetemps, pascommemoi,j'aitoujoursattendu,ettuvois.Delapoudre demaïsàlaplacedelafarine,çaallège,jet'assure.
Pilulesnoires,pourlesoir Pilulesbleues,pourlesyeux Pilulesbrunes,pourlalune Etpilulesroses.
Lanuitdéposedesgradinsentreleschaises.Onselève avec précaution.Maintenantquetouteslescartessontabattues,on sesépare,lesfillesetleursmères,onreprendsonpaniereton s'enva,têtehautedanslenoir.Çaira,çairamieux,allez,hue!
Pauvresdenous.Pauvresmères.Etpauvressecrets. Lavidepharmaciedesmamans. Etmoi,quiattendsencore.Pauvre,pauvreaussi?
Longtempsjen'airiensudeslivres,j'ignoraislapatience deshommesetleurschants,etj'ignoraislepoidsdusommeil, jepleuraisenfumantdescigarettes,jenesavaispaspourquoi.
Desfemmeshautesetbellespartaientdansdespaysatroces. Ilyavaitautourdesvillesdesmugissementsrauquesetincon-nus,desfamillesentièresrampaientdanslanuitetdévastaient lespoulaillers.Chaquematin,lespierrotsenhabitdepolice fouillaientla neige etemportaientdescadavresauxyeuxremplis delune;ilsemmenaientencorelespoulesetlesmainsbrisées, restéesçàetdanslefroid.Ilsramassaientlesenfants etles chiensdansdescagesbourréesde paille.
Jenesavaisriendel'amour,descorpstransis,jenesavais paslesprièresqu'ongrattecommeunetachesurlestapis,rien desbaisers,del'ennui.Lesratsmangeaientleslivresd'amour etlespoèmesenvers,parfoisunecartepostalearrivaitdes
LaNouvelleRevueFrançaise
Indeslesamisvoyagent«aimeetfaisceque «Drôledelégendepourunecarte»,disait-on.
veux».
J'habitaisunpalais,unevastedemeureauborddel'eau,je dormaisendessousdelatable,danslacuisine,j'écoutaisdes histoiresetdesmotsenlanguesquim'étaientinconnues.Le soir,jecherchaisdesportes,desescaliers,jetraversaisdelongues sallesdanslenoirensuivantlecontourdesmursavecles mains,jemarchaistoutelanuit,jesuivaisdescorridors,je sentaissousmesdoigtsdumarbre,desbriques,delasoie quelquefois,jecherchaislegrenier.
J'habitaislesforêts,lesdéserts,j'habitaislestours,lesclo-chers,lesmerstoutentières,j'attendaisencore.
Ilfaisaitsombre.Lesfemmeshabillaientlesenfants.J'ha-bitaisunepromesse.
Juiveoufilledenotaires.Mesancêtresmatelots,oucor-donniersdanslesruesdeGênes.Leurnomcirculeraitencore dansdesvilleslointaines,onlesreconnaîtraitàpeine,àcause dusoleiletdelafaim.Mamères'assoiraitdelonguesjournées, surletapis,auprèsdesicônes,elleparlerait magnifiquement desonpays,etdesexilsdanslaneige.Ellesesouviendrait, «jeportaistroismanteaux,mapetitesœurs'accrochaitàmon bras,etleslanièresdusacavaientcédérapidement.Àtout moment,onsejetaitaufossé,puisilfallaitremonteren s'accrochantauxherbeset auxpierres.J'avaispeur,lesac m'irritaitlescuisses».Elles'adresseraitàmoienposantsur monfrontsonregarddemerbleue,presquetransparente.Elle auraitludesromansd'aventuresetd'amour.
Ilfallaittoujoursunenuit.Demain,onmedirait.
J'attendais.
LaNouvelleRevueFrançaise
desans etdesansquenousnousdéfions surtouslespontsvéreuxjetésdusoiràl'aube elleasourid'unsourireétranger rêveuretfauxcommemonproprerêve lorsquel'insomniebatsescartesàjoueravant demepriverdel'atoutdusommeil elleasouri,jel'aicroisée,peut-être est-ceellemaintenantquifrappe àlacloisondelachambrevoisineetseplaint, quidirasicetteplaintelongueetrauque etsipareilleàla nôtren'estpas enfinlaplaintedemoncœurarticulée jusqu'àl'abolitiondubibelotDésir dansl'inanitésonoreduvieuxDestin.
L'Infini,40,publieunentretiendeGabiGleishmannavecBernard-Henri Lévy(*Pourquoilethéâtre?») QuestionDonc,lethéâtre. Bernard-HenriLévyOui,lethéâtre,etc.
Désormaisprésentécommeun«mini-périodiqueàparutionintermittenteconsacré àlaseulegloirede C.A.Cingria»,PetitesFeuilles,sousladirectiondej.L.Kuffer etP.O.Walzer,apubliéd'embléeenoctobre92sonn'6(tenantcompteeneffet descinqlivraisonsassuréesen1941-1942parl'équipeCingria-GéaAugsbourg). Onylitnotammentletexte(inédit)d'unedédicacefaiteàGérardBuchetpar CingriasurunexemplairedeStalactites C'estunlivrequ'ilfautouvriretfermer.Fermersurtout,pourlaisseraux imagesletempsd'agirdansleurdomaine.Cefutune idéemerveilleusedes éditeursdes'êtreadressésàl'undesplushautstalentsdel'époqueau plushaut,disonsfranchementpuisquec'estvraipouravoir,enmême tempsquemontexteetpeut-êtrepourlefairepasser,cesimagesd'une invinciblemaîtrise. Celuiquidansletextejugerabondes'aventurer,feramieuxdecommencer parlafin.C'estqu'ilauradeséchantillonsdemonactuellefaçond'écrire. Carilyaunmélangeindescriptibledanscevolumedel'inédit,des réimpressionsdechosesfortanciennesjenemereconnaisplusouneme reconnaisquedifficilement.Letitrepourtantestassezjustifié;Stalactitesc'est del'eauquifaitdelapierre;etcetravailestinvisibleetassezlong.Mais commentdire.ilnem'appartientpasd'observercelamoi-même. Ceàquoijetiensleplusc'estRecensement.J'avaisquelquechoseà direetmesuishâtédepeurden'enplusavoirjamaisl'occasion.Quecelui quicherchel'essentieldemapenséedansl'essentield'uneformenecherche pasailleurs.C'est,commentdirais-je,untrèslongtélégrammedechairvive. Enfin,ilyaleSordel(p.121-152).Jedoisdirequej'ytiensénormément. Leséditeursfontdesbâillementsdelévriersdèsquejememetsàdiscourir surceton-là,surl'histoire.Celaseretourneracontreeux.Jeveuxsimplement direquesijememetsàraconter decettefaçon-làl'histoirejem'enrichirai capitaliseraidetellesortequ'ilsn'aurontplusqu'às'affalerdevantlenéant. Jen'airienàajouter.
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