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La Nouvelle Revue Française N° 488

De
128 pages
Henri Thomas, Londres, 1955
Benoît Conort, Le Secret
Pascal Commère, Lieuse
Étienne Faure, Puis les trains partent
Jean-Yves Masson, Un retour
Søren Ulrik Thomsen, Poèmes
Alexandre Pouchkine, Épigrammes
Reconnaissances :
Christophe Carraud, La musique et le désœuvrement
Dominique Pagnier, Retour du satyre
Jean Roudaut, L'atelier de Gregory Masurovsky
Georges Arès, Les Flaubert's Brothers (Réflexions sur Bouvard et Pécuchet)
Olivier Houbert, Munier le visiteur
Jacques Réda, André Frénaud (1907-1993)
Le fond de l'air :
Vianney Freschard, Marie H.
Marcel Migozzi, Rivière, enfance
Robert André, Le Saint-Esprit
Marc-Gabriel Malfant, Des extrémités charnues de mes doigts
Pierre Alix, L'autopsie du pont
Jacques Réda, Carnet [dont 'Jacques Audiberti' – 'Le Petit Robert']
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LANOUVELLE REVUEFRANÇ'AISE
HENRITHOMAS
Londres,
1955
D'unedesétroitesfaçades,danscetterangéedemaisons anciennesmaisnullementdéchues.Pourquoi,justeaupassage devantcettemaison,cecoupdesentimentsetleprogrèsd'une formule? Ilpense«Nousvivrons.»(Unvisagemaigreetcreusé, fin,avecunlégerticdeslèvres,chevelurequiblanchitaux tempes.)Nousvivrons. « » Ilcomprendtoutàcoupquel'idéed'uneexistenceencore cetteidéequioccupetoutl'avenird'oùelle«asurgi»a cessépourluid'accompagnerl'amour.Etpourtantilaime, d'unepassionnouvelleetpeut-êtreplusprofonde. Sil'espoirdel'existencepossiblel'aquitté,«nousvivrons. » signifieseulement«nousserons»,etqu'est-cequecettevie sansélanverslavie,sinonl'attentedelafin?
Ilya,dansunegrandeville,aumoinsautantdefemmes surmenéesqued'hommes,ayantàgagnerleurviecomme employésoufonctionnairessubalternes.Qu'unepersonnesoit
LaNouvelleRevueFrançaise
menéecinqjourssurseptaumêmeendroitpouryfaireun travailquinel'intéressepas,elleestsurmenéedèsquela comparaisonavecunétatprécédentsupposémoinsaisénejoue plusetquandl'étatprécédentétaitmeilleur,lesurmenage estimmédiat.
Nousconduisonslapetite,danslapoussetterougeetbleue, àtraversleboisdeHamsptead,jusqu'auxpelousesdeKen-wood.Ellearracheprudemmentunbrind'herbe,lepose dans latranchedulivrequej'aitirédemapoche. Ilyacontradictiondanstouteexistence;maisledésordre nelarésoutpasetl'ordre,entoutcas,larespecte. Léautaudestpeut-êtrel'hommequin'apasàdire«si j'avaissu.»,étantpersuadéqu'ilabienchoisi,etn'auraitpas agiautrement«s'ilavaitsu».Etd'ailleurs,àpartlesvrais idiots,toutlemondesait;lesarchivesdelaraison sontouvertes àchacun,danslevisageetdanslesactesdesonprochainplus âgé;maistoutdevientincertain,rapportéànous-mêmes,on recommenceàl'alphabet,onnesaitmêmepasqu'onrecom-mence. Unesagessequiviendraitdel'observationdeserreursdes autresexigeraitunhéroïsmedelaraisonplutôtSpinozaque Léautaud.
Situt'ennuiesdansuntrajet,c'estqu'aucunepenséene t'accompagne.Unpaysagen'entientpaslieu.
Cettechosequejecontinueàécrireàpeuprèschaquejour seradifficileàlire,et ellesecompliquetoujoursdavantage. C'estuneaventurequejetiensàpoursuivrecommejetenais àcellequej'écrivaisavantd'avoirrienpublié;etilestbien
Londres,1955
vraiquej'ensuisaumêmepointdedépart,touteslesamitiés etlesrencontressurvenuesentretempsayantdisparu,notam-mentdepuismondernierlivre.
Pourcepetitenfant,laviead'abordlevisagedesesparents. MaislavieaussiaprispourmoilevisagedeNathalieetde Jacqueline.Voilàcequiestnouveaupourmoi,etpeutme fairepatienterdanslesdéboiresdesLettres. Cequejerencontreleplussouventdanscetteville,c'estpeut-êtrel'amitiépastellementlesentimentlui-même,la«sym-pathie»,maiscequiluipermettraitdes'exprimer,l'élanque sedonneraientmutuellementdesêtresvivementintéressésà leursprogrèspersonnels.Iln'yapasd'amitiédansl'avachisse-mentdel'esprit.L'absenced'amitiélaisselaplacelibrepour desphantasmessentimentauxetplusencoreérotiques.
C'estlebesoind'userdeprocédésd'intimidationquipousse lesécrivainsàlapolitique,quandl'inspirationatteintede syncopesetdereditesfaitapparaîtrelalittératurecommeune carteincertaine.L'élanpolitiquepeutsimulerl'inspiration,et l'auteurs'ytromperlui-même;mais,avecunpeuderecul, l'altérationdansl'oeuvreestnettementvisible. Alorsque«toutcequiesthumain»peutêtrelittérature; ilsveulentnousfairecroirequecelle-cis'arrêteàuncertain point,au-delàduquelilssont,eux,alorsquenousdemeurons dansl'en-deçàlittéraire.Ôsimplesfantochesd'unelittérature dontnoussommestous,tantquelelangageexiste.
Hiersoir,nousnesavionscommentenvelopperetficelerle litdémolideNathalieetsonmatelas.Nousavonsessayé
LaNouvelleRevueFrançaise
diversessolutions,avecunacharnementdésespéré,toutela soirées'estpasséeàcelabeur. Enfintouslesbagagesontquittéaujourd'huil'appartement; bienqu'ilyaitencoredegrossesfatiguesàprévoiravantla GrandeForêt,nousseronsplustranquillescesoir. Quandj'aiquittéLondresdansl'été1952,jemesentais bienplusdélabréphysiquementqu'aujourd'hui.
Ilfautenmêmetempslutteretsefairepardonnerl'airtriste quecelapeutvousdonner;ceuxquivousaimentnesontpas contentsàmoins. Ladécisionfermeetsilencieusesanslaquelleriennepourra êtreachevé,nimêmecommencé. Lecaméléonestl'animalinspiréparexcellence.
Saint-Jean-CheveluenSavoie.Ilyadesserpentspeints montantlelongdesportesdanscetterésidence-masureimmense appeléelechâteaudelaGrandeForêt,vivait avantnous Paul-LouisGuigues. Cebattantdeporteoudevoletmassifcouvertd'unvêtement dedoublure,uncôtérevêtudeplanchesminces assujettiespar ungrandnombredeclousàlargetêteplateetronde.Jeles retireunàunàl'aidedetenailles,afindemeprocurerdu boisdechauffage.Ainsi,jebriseetconsumeuntasdevieilleries accumuléesparM.Guigues,matériauxpoursesétranges ouvrages. Dansl'incertitudedenotreavenirimmédiatetlointain, cependantnon,jenem'éprouvepasmisérablenicraintif.
DanslapiècesetientlefermierPierre,toutestnoirou brun,mêmelalumière,haloroussâtresurPierrequilitle
LaNouvelleRevueFrançaise
Oui!Legibiermijoténeleurposeaucunproblème.Jelaisseraide côtéleurreproductionsexuelle.Elleestpotentiellementénorme. Mamanafaituncivet.Ellenem'apasditquec'étaitpourle pont.Jesaisquecelui-ciestgourmand.Jemedemandesilaviande cuite,aprèsavoirsubilecontactdemesdoigts,s'enflammeraitau franchissementdupont. J'aidoncattendulanuit.Jesuispartiverslepont.Dansla marmite,lasauceclapotait.Lelapinétaitcomplet,peluremiseà part.J'avaisréussiàconvaincrequel'onservîtdesœufsaurepasdu soir,etquel'ongardâtlecivetpourlelendemain. Jelançailamarmiteenroulade.J'avaisdécoupélespoignées auchalumeauetlimélesbavures.J'avaisdesurcroîtpourvula cocotted'unsystèmedesanglesquipermettraituneapproximative roulade. Elles'immobilisaauxtroisquartsdelalargeurdupont,dans lapartieriveraineducausse.Ellesestabilisa.Sonventrerougit, puisblanchitsousuneclartéinterne.Elleentraitenfusion.J'eus peurqu'elleexplosât.Samasseétincelanteirradiait.Ellefondait. Elles'enfonçadanslavoûtedupont.Celui-cidevenaitphospho-rescent,translucide.Leseauxdelamoitiédelarivièreopposée s'élevèrentenunevaguefulguranteverdâtre.Aucœurdupont diaphane,lamarmiteétincelait.Enelle lelapintournaitcomme unetoupie. Laprochainefoisjetraiteraiduprocessusdigestifdespasserelles.
PIERREALIX
Il estàcraindrequemêmebeaucoupdesgensdethéâtreaientunpeu oubliéJacquesAudiberti.Danslesannéesquarante,cinquante,certainesde cespiècesontpourtantconnuunsuccèsretentissant.Maisonporteaujourd'hui plusvolontierssurlesplanchesleDiscoursdelaméthodequeleMalcourt oul'EffetGlapion.Lelyrismesonorequis'ydéploie,onleretrouvedansses poèmes etsesromans.Ouplutôtfaut-ildirequeromansetpoèmes,chez Audiberti,participentencoreoudéjàduthéâtre.Sonlangageesttoujours plusoumoinsenreprésentation.Nondanslesensd'apprêtquelaformule exprimed'habitude,maisonnepeutplusnaturellement,parl'effetd'un
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