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LANOUVELLE REVUEFRANÇ'AISE
HENRITHOMAS
Londres,
1955
D'unedesétroitesfaçades,danscetterangéedemaisons anciennesmaisnullementdéchues.Pourquoi,justeaupassage devantcettemaison,cecoupdesentimentsetleprogrèsd'une formule? Ilpense«Nousvivrons.»(Unvisagemaigreetcreusé, fin,avecunlégerticdeslèvres,chevelurequiblanchitaux tempes.)Nousvivrons. « » Ilcomprendtoutàcoupquel'idéed'uneexistenceencore cetteidéequioccupetoutl'avenird'oùelle«asurgi»a cessépourluid'accompagnerl'amour.Etpourtantilaime, d'unepassionnouvelleetpeut-êtreplusprofonde. Sil'espoirdel'existencepossiblel'aquitté,«nousvivrons. » signifieseulement«nousserons»,etqu'est-cequecettevie sansélanverslavie,sinonl'attentedelafin?
Ilya,dansunegrandeville,aumoinsautantdefemmes surmenéesqued'hommes,ayantàgagnerleurviecomme employésoufonctionnairessubalternes.Qu'unepersonnesoit
LaNouvelleRevueFrançaise
menéecinqjourssurseptaumêmeendroitpouryfaireun travailquinel'intéressepas,elleestsurmenéedèsquela comparaisonavecunétatprécédentsupposémoinsaisénejoue plusetquandl'étatprécédentétaitmeilleur,lesurmenage estimmédiat.
Nousconduisonslapetite,danslapoussetterougeetbleue, àtraversleboisdeHamsptead,jusqu'auxpelousesdeKen-wood.Ellearracheprudemmentunbrind'herbe,lepose dans latranchedulivrequej'aitirédemapoche. Ilyacontradictiondanstouteexistence;maisledésordre nelarésoutpasetl'ordre,entoutcas,larespecte. Léautaudestpeut-êtrel'hommequin'apasàdire«si j'avaissu.»,étantpersuadéqu'ilabienchoisi,etn'auraitpas agiautrement«s'ilavaitsu».Etd'ailleurs,àpartlesvrais idiots,toutlemondesait;lesarchivesdelaraison sontouvertes àchacun,danslevisageetdanslesactesdesonprochainplus âgé;maistoutdevientincertain,rapportéànous-mêmes,on recommenceàl'alphabet,onnesaitmêmepasqu'onrecom-mence. Unesagessequiviendraitdel'observationdeserreursdes autresexigeraitunhéroïsmedelaraisonplutôtSpinozaque Léautaud.
Situt'ennuiesdansuntrajet,c'estqu'aucunepenséene t'accompagne.Unpaysagen'entientpaslieu.
Cettechosequejecontinueàécrireàpeuprèschaquejour seradifficileàlire,et ellesecompliquetoujoursdavantage. C'estuneaventurequejetiensàpoursuivrecommejetenais àcellequej'écrivaisavantd'avoirrienpublié;etilestbien
Londres,1955
vraiquej'ensuisaumêmepointdedépart,touteslesamitiés etlesrencontressurvenuesentretempsayantdisparu,notam-mentdepuismondernierlivre.
Pourcepetitenfant,laviead'abordlevisagedesesparents. MaislavieaussiaprispourmoilevisagedeNathalieetde Jacqueline.Voilàcequiestnouveaupourmoi,etpeutme fairepatienterdanslesdéboiresdesLettres. Cequejerencontreleplussouventdanscetteville,c'estpeut-êtrel'amitiépastellementlesentimentlui-même,la«sym-pathie»,maiscequiluipermettraitdes'exprimer,l'élanque sedonneraientmutuellementdesêtresvivementintéressésà leursprogrèspersonnels.Iln'yapasd'amitiédansl'avachisse-mentdel'esprit.L'absenced'amitiélaisselaplacelibrepour desphantasmessentimentauxetplusencoreérotiques.
C'estlebesoind'userdeprocédésd'intimidationquipousse lesécrivainsàlapolitique,quandl'inspirationatteintede syncopesetdereditesfaitapparaîtrelalittératurecommeune carteincertaine.L'élanpolitiquepeutsimulerl'inspiration,et l'auteurs'ytromperlui-même;mais,avecunpeuderecul, l'altérationdansl'oeuvreestnettementvisible. Alorsque«toutcequiesthumain»peutêtrelittérature; ilsveulentnousfairecroirequecelle-cis'arrêteàuncertain point,au-delàduquelilssont,eux,alorsquenousdemeurons dansl'en-deçàlittéraire.Ôsimplesfantochesd'unelittérature dontnoussommestous,tantquelelangageexiste.
Hiersoir,nousnesavionscommentenvelopperetficelerle litdémolideNathalieetsonmatelas.Nousavonsessayé
LaNouvelleRevueFrançaise
diversessolutions,avecunacharnementdésespéré,toutela soirées'estpasséeàcelabeur. Enfintouslesbagagesontquittéaujourd'huil'appartement; bienqu'ilyaitencoredegrossesfatiguesàprévoiravantla GrandeForêt,nousseronsplustranquillescesoir. Quandj'aiquittéLondresdansl'été1952,jemesentais bienplusdélabréphysiquementqu'aujourd'hui.
Ilfautenmêmetempslutteretsefairepardonnerl'airtriste quecelapeutvousdonner;ceuxquivousaimentnesontpas contentsàmoins. Ladécisionfermeetsilencieusesanslaquelleriennepourra êtreachevé,nimêmecommencé. Lecaméléonestl'animalinspiréparexcellence.
Saint-Jean-CheveluenSavoie.Ilyadesserpentspeints montantlelongdesportesdanscetterésidence-masureimmense appeléelechâteaudelaGrandeForêt,vivait avantnous Paul-LouisGuigues. Cebattantdeporteoudevoletmassifcouvertd'unvêtement dedoublure,uncôtérevêtudeplanchesminces assujettiespar ungrandnombredeclousàlargetêteplateetronde.Jeles retireunàunàl'aidedetenailles,afindemeprocurerdu boisdechauffage.Ainsi,jebriseetconsumeuntasdevieilleries accumuléesparM.Guigues,matériauxpoursesétranges ouvrages. Dansl'incertitudedenotreavenirimmédiatetlointain, cependantnon,jenem'éprouvepasmisérablenicraintif.
DanslapiècesetientlefermierPierre,toutestnoirou brun,mêmelalumière,haloroussâtresurPierrequilitle
LaNouvelleRevueFrançaise
Oui!Legibiermijoténeleurposeaucunproblème.Jelaisseraide côtéleurreproductionsexuelle.Elleestpotentiellementénorme. Mamanafaituncivet.Ellenem'apasditquec'étaitpourle pont.Jesaisquecelui-ciestgourmand.Jemedemandesilaviande cuite,aprèsavoirsubilecontactdemesdoigts,s'enflammeraitau franchissementdupont. J'aidoncattendulanuit.Jesuispartiverslepont.Dansla marmite,lasauceclapotait.Lelapinétaitcomplet,peluremiseà part.J'avaisréussiàconvaincrequel'onservîtdesœufsaurepasdu soir,etquel'ongardâtlecivetpourlelendemain. Jelançailamarmiteenroulade.J'avaisdécoupélespoignées auchalumeauetlimélesbavures.J'avaisdesurcroîtpourvula cocotted'unsystèmedesanglesquipermettraituneapproximative roulade. Elles'immobilisaauxtroisquartsdelalargeurdupont,dans lapartieriveraineducausse.Ellesestabilisa.Sonventrerougit, puisblanchitsousuneclartéinterne.Elleentraitenfusion.J'eus peurqu'elleexplosât.Samasseétincelanteirradiait.Ellefondait. Elles'enfonçadanslavoûtedupont.Celui-cidevenaitphospho-rescent,translucide.Leseauxdelamoitiédelarivièreopposée s'élevèrentenunevaguefulguranteverdâtre.Aucœurdupont diaphane,lamarmiteétincelait.Enelle lelapintournaitcomme unetoupie. Laprochainefoisjetraiteraiduprocessusdigestifdespasserelles.
PIERREALIX
Il estàcraindrequemêmebeaucoupdesgensdethéâtreaientunpeu oubliéJacquesAudiberti.Danslesannéesquarante,cinquante,certainesde cespiècesontpourtantconnuunsuccèsretentissant.Maisonporteaujourd'hui plusvolontierssurlesplanchesleDiscoursdelaméthodequeleMalcourt oul'EffetGlapion.Lelyrismesonorequis'ydéploie,onleretrouvedansses poèmes etsesromans.Ouplutôtfaut-ildirequeromansetpoèmes,chez Audiberti,participentencoreoudéjàduthéâtre.Sonlangageesttoujours plusoumoinsenreprésentation.Nondanslesensd'apprêtquelaformule exprimed'habitude,maisonnepeutplusnaturellement,parl'effetd'un