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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
ROGERGRENIER Àlagarde
Leschroniqueursjudiciairesaccréditésdisposaientd'unpetit bureau,donnantsurunecourduPalais,pasloindelabuvette. Ilyavaitpeut-êtreuneintentionmalignedanscerapproche-mentgéographique.L'obscurfonctionnairequiattribuaitles locauxauraitsoulignéainsil'intempérancebienconnuedes journalistes.Lapremièrefoisquejepénétraidanscettepièce, bassedeplafondetenfumée,j'étaismaladedetimidité,d'au-tantplusqu'unprocèsimportant,celuid'unparricide,avait attirél'équipeaucomplet.J'avaisunchatdanslagorgequand jemeprésentai.Monnometceluidemonjournalnemodi-fièrentenrienl'airdeméfiancequemonentréeavaitposésur lestraits dechacun.J'allaitendrelamainàmesconfrèreset consoeurs.Jeneprétendspasque,danscespremièresbrèves minutesquenousavonspasséesensemblelemomentde gagnerlasalledesAssisesétaitimminentj'aieuletemps detouslesidentifieretderetenirleursnoms.Dureste,jen'y arrivejamaissansmal.Jenesuisguèrephysionomiste,etje mefaisdesennemisennereconnaissantpasceuxquiestiment queleurstraitsdevraientêtregravésdansmamémoire. Ilyavaitsansdoute,cejour-là,FernandeBloch,grande
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femmeimpétueuseetautoritaire,célèbrepourlasévéritéde sescomptesrendusd'audience.Elleréclamaitla têtedesaccusés. Etpourtant,j'aifiniparconstaterqu'elleavaitboncœur. ClotildeLandryétaitsoninséparablecollègue.Maîtresseoffi-cielle-dudirecteurdesonjournal,ellesesentaitpleined'im-portance.Unchauffeurl'attendaitpourlarameneraprèsles audiences.ElleétaitaussiférocequeFernande,maisplus vulgaire.Pourleuraigreur,onlessurnommait«Pancréaset Médisance».Ellesavaientpourtantprissousleurprotectionla plusjeunedeschroniqueusesjudiciaires,GilberteMarchal,une fillequimesemblaitaussitimidequemoi. Blanche Beauvaiscomplétaitlapartiefémininedenotre corporationetenétaitladoyenne.Unepetitedamequiavait êtremignonneetquicontinuaitàsecoifferàlagarçonne, commeellel'avaitfaiten1925.Ellevivaitavecunautre chroniqueur,JustinGuy,hommestrictquiconsidéraitlesfautes d'orthographeetdesyntaxecommedescrimesaussigraves queceuxquivalaientlacomparutiondevantlesAssisesdenos «clients». Unautreaccrédité,PierreKevin,avaitlaparticularitéde prendreintégralementensténotoutcequisedisaitinterro-gatoire,témoignages,réquisitoire,plaidoiries,desorteque,pour rédigersoncompterendu,c'étaitcommes'ilavaitsubideux foisl'audience.Parfoismême,àlafind'unprocès,ilnous relisaittoutessesnotes,malgrénosprotestations,desorteque celafaisaittroisfois.Ilétaitlefilsd'unauteurderomans populairesetunrestedecettenotoriétéd'antans'étaitdéposé surlui.Enfin,leplusvieuxdenoustous,célèbreparcequ'il sévissaitdéjàdutempsdeLandru,étaitIgorWashington. Singulierpersonnagequi,jadis,avaitréussiàêtreenmême tempssyndicdelapressereligieuseetsecrétairegénéraldes Folies-Bergère!Maintenantilétaittoutcourbé,presqueplié endeux,etildisparaissaitderrièrelabalustradeduboxdela presse.Quandilvoulaitvoirquelquechose,ilredressaitla têteet latournaitdanstouslessens,àlamanièred'unetortue. Ilestarrivéquepourcertainsprocèsimportants,commela salleétaitbondée,lePrésidentluifitlafaveurdel'installer
Alagarde!
surunechaise,aupiedmêmedutribunal.Ceuxquinele connaissaientpassedemandaientalorsquiétaitcepersonnage, quel étaitsonrôledanslacomédiejudiciairequiallaitsejouer. Selonlesprocès,d'autresjournalistes,envoyésspéciauxde quotidiensoud'hebdomadaires,venaientsejoindreànous.Mais jeneparlequedenousautres,lespermanents.Jenediraipas àquelsjournauxouagencesdepressenousappartenions.Comme nous-mêmes,beaucoupdecesorganesdulendemaindelaguerre ontdisparu.Rappelerleurstitresestd'unfaibleintérêt.Etpuis, ilfautbienquejebrouilleunpeulespistes. Peuàpeu,jemesuisintégréàl'équipe.J'aiprismaplace, presquetoujourslamême,surlesbancsdelapresse,entre PierreKevinetBlancheBeauvais.J'écoutaisPierreKevinme racontercomment,ledimanche,ilemmenaitsesenfantsplace del'Europeouruedel'Aqueduc,parceque,delachaussée, ondominelesvoiesdechemindefer,etilsrestaientlà, longtemps,àcommenterlepassagedestrains.J'auraispréféré m'asseoirprèsdeGilberteMarchal,maisFernandeBlochlui réservaitd'autoritéuneplaceàcôtéd'elle.Toutlemonde essayaitd'éviterlaproximitéd'IgorWashington.D'abordparce quelevieilhommeétaitretombédanslesfarcesdecollégien. Aucoursd'uneaudience,illuiarrivaitdepousseruncri.Le Présidentnousjetaitunregardcourroucé.EtIgorWashington regardaitautourdelui,seretournait,l'airindigné,commes'il sedemandaitluiaussiquiétaitlefautif.Maislepire,c'était qu'ilétaitincontinent.J'aivuunefoisunruisseaupartirde saplaceetcoulerlentementverslemilieudelasalle,en directiondelabarredestémoins. Enfinarrivalejourquej'attendais.Jeneseraisplusdésormais laplusrécenterecruedelapressejudiciaire.Maiscen'estpas unjeunotquipoussalaportedenotrepetitbureau.Lecheveu rare,lesdentsjaunes,levisagecreusé,lespaupièresourléesde rougeetlarmoyantes,lasilhouettevoûtée,l'arrivantapparaissait commeunspécimend'humanitéaudernierdegrédel'usure. Ilseprésenta Lourmel. Unpseudonymedetouteévidence.Maisunpseudonyme
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vieilli,qui,avecsafinaleen«el»,faisaitpenserauxcomiques troupiersdudébutdusiècle. L'accueilfutfroid.Moiseul,mesouvenantencoredel'épreuve qu'avaitétémonarrivéedanslapressejudiciaire,fisuneffort pourmettreàl'aiselenouveauvenu.Ilfallutd'ailleursgagner bientôtlasalled'audience.Cejour-là,onjugeaitunefemme quiavaittuésongigolo,parcequ'illuiavaitvoléseslouis d'or.Ilyavaitfortàparierquelesjurésseraientindulgents. Ilsarriventàcomprendrelapassion,maisqu'ontoucheàl'or, jamais. Nousn'aurionspasétéjournalistessinousn'avionspasété capablesderassemblerrapidementdesrenseignementssurLour-mel.IlsfurenttelsqueJustinGuynousconvoqua,enune sorted'assembléegénéraleextraordinaire. Lourmeldevaitsonposteàsonfrère,undesprincipaux éditorialistesdelapressefrançaise. CeluiquiestmariéàuneanciennevedetteduCasinode Paris,précisaIgorWashingtondontlepasséfaisaituneautorité enmatièredemusic-hall.Sivousl'aviezvuedansTape-moi dansl'œillEtilsemitàchantonner,d'uneaffreusevoixde crécelle
Tape-moidansl'œil,dansl'œil,dansl'œil Tuverrassij'suisd'Pontoise, Tuverrassij'suisd'Pontoise, Tape-moidansl'œil,dansl'œil,dansl'œil, Tuverrassij'suisd'Pontoiseousij'suisd'Argenteuil.
J'aicruunesecondeque,malgrélesans,ilallaitsemettre àleverlajambeenmesure. Legrandéditorialisteavaitusédesoninfluencepourfaire embaucherlepersonnagedanssonjournal.Sansdouteparce qu'ilétaitsanstravail,àboutderessources. Jeveuxbien,déclaraJustinGuy.S'ilavaitbesoinde manger,onauraitpul'affecterauxinformationsgénérales,à lapolitiqueétrangère,àlarubriquehippique,àlamode,je nesais.Maisàlachroniquejudiciaire!Parceque,Lourmel,
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l'aléa,leflou.NouveauMoyenÂgeledéveloppementde«•zonesgrisesquisemul-tiplienthorsdetouteautorité,dudésordrerusseaugrignotagedessociétésrichespar lesmafiasetlacorruption.NouveauMoyenAgel'affaissementdelaraison, commeprincipefondateur,auprofitd'idéologiesprimairesetdesuperstitionssi longtempsdisparues.NouveauMoyenAgeleretourdescrises,dessecoussesetdes spasmes,commedécordenotrequotidien.NouveauMoyenAgelaplacedeplusen plusréduitedel'universordonné»faceàdesespacesetdessociétés,eux,deplus enplusimperméablesànosinstrumentsd'action,voireànoscapacitésd'analyse.
N'insistonspassurcettevisionmoyenâgeuse»,pourrait-ondire)du MoyenÂge(dontA.Mincévoquebizarrement,page205,le«videidéolo-gique»).LisonsplutôtmaintenantcequeRobertArtigianiécritàlafinde sonétudeparuedanslen"163deDiogène Notresièclededégénérescenceestaussiunsiècledecréativitésanségale unmélangedontleshistoriensadmettentdenosjoursqu'ilestégalement caractéristiquedelaRenaissanceduxv'siècle. Laleçonmajeuredelascienceest,peut-être,quetousleseffortspourpréserver desstructuresexistantesoudicterl'avenirsontvouésàl'échec.Lathéoriedu chaosnousditquel'avenirdessystèmessociauxestaussiimprévisiblequeleurs passéssontincertains.Connaîtrel'avenird'unsystèmedynamiquecomplexerequiert uneconnaissanceparfaitedesesconditionsprésentes.Or,noustenonsdelathéorie quantiquequ'ilestunebarrièred'informationquinousinterditl'acquisitiond'une connaissanceparfaite.Sinousnesavonspasexactementlapositionetlavitesse dechaquemembred'unsystèmedynamique,lesrelationsnonlinéairesquile définissentrendrontleurscomportementsfutursglobalementincertains.Ainsi,les systèmesrégisparunerègleonteux-mêmesunavenirinconnuetleseffortspour lesenfermerdansdesvisionsutopiquessontvouésàl'échec. Danslemêmetemps,lathéoriedesstructuresdissipativesattiretoutparti-culièrementl'attentionsurlerôledesindividuscréatifs,surlesfluctuationsinternes quialtèrentlesrelationsdéfinissantlesystèmeetquisontspécialementimprévisibles. Cesontleséquivalentshumainsdesmouvementsaléatoires,quiauxpointsde bifurcationpeuvententièrementrestructurerunsystème.Maisleslimitesdela prévisibilitédontprennentactelathéorieduchaosetlathéoriedesstructures dissipativessontenfaitdeprécieuxatoutsdansuneperspectivehumaine.Elles libèrentl'esprithumaindelaservitudepsychologiqueetphilosophiquequiapoussé desgenscommelesMaritainauborddusuicide.Lascienceduxx'siècleacréé «unmondeilfaitbonvivre»,commeditJamesJeans,enreconnaissanttout simplementquelaspontanéité,lacréativitéetl'esthétiquequidéfinissentles valeurshumainessontdespartiesintégrantesdesprocessusnaturels. Biensûr,riennenousobligeàintériorisercesvaleursetàlesadapter.Nouspou-vonstoujourscontinueràsoupireraprèslesabsolustypiquesdessystèmessociauxpré-cédents.Maisdanscecarprécis,unetransformationdesvaleursaussiradicaleque celleduxv'siècleetdesa«redécouvertedumondeetdel'homme»estpossible,car enmodélisantscientifiquementnossociétés,c'estlaréalitéquenousmodélisons,du moinstellequenousl'expérimentons.Ceconstatlaisseentrevoirlapromessedu xx'siècle,àsavoirquel'ontrouveraenfinlemoyend'enfiniravecl'aliénationque nousimposelacartecognitivemoderne.Aumilieudesbainsdesangetdesruines,des
1.«UneRenaissanceauXXesiècle?Prixetpromessed'unchangementculturel.»