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La Nouvelle Revue Française N° 495

De
128 pages
Nuno Júdice, Poèmes
Hervé Micolet, Ciel bas
Philippe Denis, Chemin battu – Traversée
Dominique Pagnier, La tristesse de Xerxès
Rutger Kopland, Poèmes
Marc de Launay, Cinq lettres de Rilke, Lettres à Yvonne von Wattenwyl
Reconnaissances :
Jérôme Thélot, La prière selon Vigny
Bee Formentelli, La Robe rouge. Essai sur La Ballade du café triste (de Carson Mc Cullers)
Roger Parisot, Dostoïevski et le mystère du mal (II)
Le fond de l'air :
Raymond Prunier, Le chant d'intimité
Robert André, La carabine Flobert
Gérard Farasse, L'équilibre des souffles
Jacques Réda, Au 28
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
NUNOjûdice Poèmes
voyage
EnquittantLisbonne,souslapluie,enhiver, lecœursetransformeennuage,priant leventdenepassouffler,lesommetdescollines denepasagiterlesaiguillesdespins,le chasseurdenepasviserl'oiseauenquêted'un havredebrume.Lesfleuves,cependant, s'écoulentavecforce.Lourdsdeglaise, ilsdévorentleursberges.Quelqu'unhésite àlestraverser;unautrese limiteàobserverlecourant.Leuresprit suit,déjà,ladirectionducouchant.Plushaut, néanmoins,lescieuxd'unenaturedégagée dupoidsdel'eaupermettentàl'âmedereprendre
L'astérisquedésignelespoèmesextraitsdurecueilUmcantonaespessuradotempo, Quetzaleditores,1993.Lesautrespoèmessontinédits.
desforces.Ellenesertàrien,lalecturedes philosophessilecheminnenousapasconduits, auparavant,àun paysdécouvertetsansphrases. L'imaginationaétébrûléecommel'essence dansleréservoir.Leslèvresse figentdansl'abstractiondesformules, ignorantlesmotsdesdialogues habituels.«D'oùvenez-vous?»,ou«Pourquoiavez-vous tanttardéàvenir»Cequejeveuxsavoir,c'est pourquoicesfenêtresontbattu; d'oùsontvenues lespierresquinous empêchentd'entrer;laquelledesdernières geléesabrûlélesarbustes dujardin?réponsesmoins qu'évidentes.Letempsnouscachetout; etlanuitrecouvriratoutechosedeson apparenteharmonie.
CAMONIENNE
Quies-tu,Barbara,quidemeures dansunpoèmequel'on étudieetrécite danslesécoles, toiquit'eslimitéeàêtreaimée d'unpoètequi,peut-être,net'a riendonnéd'autreenéchangedecetamour qu'unpoèmequetoi,peut-être, tun'asjamaisentendu?Quies-tu, ôfemmeplusréellequece poètequit'achantée,etdontnulne saitriensicen'est
qu'ilt'aaimée,etmisedans cepoèmetuvisencore,etrespires, commeaujourill'aécrit, serappelanttoncorps,ettes lèvres,etlesjours,oulesnuits, qu'ilpassaprèsdetoi?Quies-tu, femmeréelleetrêvéequihabites touslespoèmesquecepoème ainspirés,ettouslesrêvesqui onttrouvéencetteBarbarauneimage préciseetdéfinitive?Retourne-toi danscesvers,pourquenousvoyions tonvisage,etdis-noustonnomtonnom authentique,etnonpasceluiquelepoète ainventépourt'appelerdansunpoème quinegardelesecretquede toiseule; dors,ensuite,oubliant cequ'onaditdetoi,etlescommentaires donttuasétéleprétexte,etlesimages chaquefoisdavantage,tuasperdu cetteimageunique,latienne.
IMAGE
L'hommequiparlaittoutseuldanslagarecentralede Munich quellelangueparlait-il?Quellelangueparlent-ils,ceuxqui seperdentainsi,dans lescouloirsdesgaresferroviaires,lanuit,quandplusaucun kiosquenevendnijournauxnicafés?L'hommede Munichnem'ariendemandé,iln'avaitmêmepasl'airde
quelqu'unquiavaitbesoindequelquechose,c'est-à-direqu'il avaitl'air d'unhommeparvenuàcetétatultime quiestceluideceuxquin'ontmêmepasbesoind'eux-mêmes. Cependant, ilm'aparlédansunelanguesanscorrespondanceavec quelque langageparmiceuxquipeuventexprimeruneémotion ouunsentiment,selimitantàunesuitedesonsdontla logique necontrariaitpaslanuit.Medemandait-ilsiàtouthasard jecomprenais salangue?Ouvoulait-ilmediresonnom,d'oùilvenait àcetteheureplusaucuntrain n'arrivaitninepartait?S'ilm'avaitditcela, jeluiauraisréponduquemoinonplusjen'attendaispersonne, neprenaiscongédepersonne,danscecoind'unegare allemande;maisj'auraispuluirappelerqu'ilyades rencontresquinedépendent queduhasard,etquin'ontbesoind'aucunarrangement prévu pourseréaliser.C'estalorsqueleshoroscopesprennentdu sens; etlavieelle-même,au-delàd'eux,accordeunedestinéeà lasolitudequipousse quelqu'unversunegaredéserte,àl'heurel'onn'achète plus dejournaux,l'onneboitplusdecafés,restituantainsi unreliquatd'âmeaucorps absentcequ'ilfautpourétablirundialogue,bienque tousdeuxnoussoyonsl'ombredel'autre.C'estqu'àcertaines heuresdelanuit, personnenepeutgarantirsapropreréalité,nimêmequand l'autre,
LaNouvelleRevueFrançaise
pointedespieds.Unriensuffiraitpourdissipercettefragilefantas-magorie. Iléquilibrelessouffles,luiaussi.
JACQUES
RÉDA
GÉRARDFARASSE
Au
28
Toutd'uncouptouslescarreauxvibrentdansleurencadrement debois.C'estlemêmefrissonquipasseàladescente,àlamontée, aumomentilfautmodifierl'intensitédecourant.D'unquartde touràdroiteouàgauche,lebrasdugrosvieuxmécanismerepart commeceluid'unmoulinàcafébloqué.Puis,sansdouteparcequ'on aperçoitenmêmetempsuntriangleétincelantdelamerdePaille, onpenseàquelquefrusteetsolideappareildenavigation.Mais l'appelaufluxd'énergie,oulemêmegesteinversantlacoursedu braspourlerefouler(encorequesapoignéeenboulesupposel'exercice d'unevraiepoigne),unenfants'entirerait,etriennel'inquiéterait danslesoupirquilesaccompagneensourdine.Dieusaitpourtant cequesaconcentrationdansunregistreaigu,maîtrisé,réduità ce qu'onprendraitpourunbrefbourdonnementd'oreille,exprimeen faitdepuissancephénoménalecaptéeàmêmelessourcesdel'univers, etcommeàseulefindegouvernerlesévolutionsdecetteboîte.C'est lechantultrasoniquedelaFéeÉlectricité,cellequ'avénéréeet célébréelexix*siècle,etquiagardépournouslestraitsdesjeunes reinesdecetemps,inaugurantencrinolinedesexpositionsd'éclairs etd'étincelles.Certesl'électriciténevieillitpas(dumoinsjele suppose),maissesmodesdeproductionetd'emploiontchangéau pointdebannirtoutereprésentationallégorique.Sibienquela survivanced'unmatérieldatantdedamesvoiléesdetulle,cuirassées decorsets,laisseendépitdetoutl'illusionqueleboîtiers'alimente àunréservoirinépuisabledewattsmillésimés.Etlepasséseréactualise dansleslonguesavenuesplates,perpendiculairesoù,biendense,bien carréeaurasdusolentresapercheondulanteetlesrailscreux,la massedechaquepetittramcirculeaveclalégèretéd'unsouffle,
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