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1
l'aquarium
Lapremièrefoisquejevousaivuchezmonpère,jeneme souvienspasdevousavoirtrouvéneserait-cequelamoindre allure,vousnem'avezpasplu.Vousnem'avezpasdavantage déplu.Jen'aiéprouvé,àvousvoir,aucune déception,aucune heureusesurprise,maisilestvraiquejen'avaismanifesté aucunecuriositéàvotreégard.Vousavezétésuccessivement danslabouchedemonpèreunprofesseurd'esthétiqueaux États-Unis,puistusais?cejeunespécialisteduQuattrocento dontjet'aiparlé.Ensuite,ilvousanomméet,quelquesjours aprèsvotrearrivéeici,ilnevousdésignaitdéjàplusquepar votreprénom,maisc'étaitsimplementpourmedirequevous étiezpassé,etqueletravailavançait.Ilnem'estjamaisvenu àl'idéedeluiposercettequestionalors?àquoiilressemble? quivientgénéralementàlabouchedesfemmes,depréférence, c'estvrai,àl'endroitd'autresfemmes,etsurtoutquandcelles-cisontprécédées,commevousl'étiezvous-même,d'unerépu-tationd'éruditionetdeforce,deprobitéintellectuelles.Àquoi elleressemble?demandent-ellesalorsavecunaird'aviditéqui
LaNouvelleRevueFrançaise
s'apprête,déjà,àêtreassassine,carilarrivequelaréponse soitenplus,elleauncharmefou, elleaduchienouelle estbelle,trèsjolie,fineouravissante,distinguée,quesais-je? c'est-à-direellea«toutpourelle»etsi,par-dessusle marché,elleestjeune,lesvoilàarméesjusqu'auxdents. Vousauriezpuêtrebeau,jeveuxdired'unebeautéévidente, classique,vousauriezpuêtreun«belAméricain»,ouavoir aumoinsdelaprestance,labelleaffaire.Jel'auraisremarqué, cettepremièrefoisjevousaivu,maisd'unemanière sûrementdétachéejevousaitoutde suiteétésiprofondément reconnaissantedel'atmosphèredegaieté oùvousaviezcejour-plongélebureaudemonpère,delatonalitédeseséclats devoixàlui,desesriresquejemesuisattardéeàécouter derrièrelaporte,quejemeseraiseneffetcontentéed'observer commeonleditdansmonjargonscientifiquecettebeauté, cetteprestance.Ellesmeseraientdetoutefaçonapparues commesecondaires.
Jesuislongtempsrestéeàentendreleséchosdelajoiede monpèreavantd'entrer,àm'enréjouir,àm'enémouvoir,j'en aiéprouvéunimmensesoulagement,etc'estsansdoutecela, cesoulagement,cetélandereconnaissanceimmédiat,cette confiancevousm'avezmisesimplementendéclenchantles riresdemonpère,quim'ontaussiempêchée,quandjeme suisenfindécidéeàentrer,devousdécouvriruncharme,une séductionqu'àluiseul,pourtant,votrevisiblemanqued'allure nepouvaitdissimuler. J'ysuiscette fois-làrestéeinsensible. J'aidoncsimplementobservéquevousétiezfagotécomme l'asdepique,quevotrepull-overportait,auxépaules,des marquesdepincesàlingeetquevousn'aviezpasd'alliance, sibienquelorsqueSylvieH.m'aposél'inévitablequestion alors,àquoiilressemble?j'airéponduàceàquoipeut ressemblerun hommebasduculdansunappartementhaut deplafond,enéprouvantcetteétrangeetrécurrenteangoisse quimesaisitchaquefoisquej'entendsdireexactementceque
Femmeseuleàl'aquarium
jem'attendsàentendredire,commesij'avaisdéjàvécula scène. J'ainotéaussiquetouslesdeux,monpèreetvous,aviez laissémourirlefeudanslacheminée,c'estmalin,ilfaitun froiddecanard,ai-jedit,etmonpèremafille,lamaingauche medésignant,puisilvousaprésenté,lamaindroitevous désignant,elleaussipaumeversleplafond,ilafugitivement évoquéunprédicateur.Vousravidevousrencontrer,votre pèrem'abeaucoupparlédevous,etc.,laformulehabituelle, dontusaientégalement,lapremièrefoisilsmevoyaient, sesétudiants,assistantsoucollègues,maisvousaviezuntrès légeraccentaméricainàquoi,sijen'avaisétéinforméede votreprésence,jevousaurais,detoutefaçon,identifié.J'aiêtreaussiconventionnellemoidemêmeoumonpèrem'a aussibeaucoupparlédevous.Puisj'airanimélefeuenvous disantàtouslesdeuxquevousauriezpufaireattention,que cesgrandespiècessontdifficilesàchauffer,àmonpèrequ'il n'avaitpasbesoin,enplus,d'attraperlacrève,ouquelque chosedecegoût-là,parcequemonpèreaditquejemaugréais toujours,cequiestfaux.
Lajoienes'estpasdéfaite desonvisagejusqu'àvotredépart. Depuisdesmois,depuislamortdemamère,moiquiai pourtant,etsouventcontretouteraison,uninexpugnablegoût devivre,moiquelapétulanceanime,dontjesuisparfoisla premièreétonnée,jen'avaisjamaisréussiàfairevenirauvisage demonpèredavantagequ'unsourirecontritencoreavait-il quelqueténuitéetsegardait-ild'éclairersonregard.Etvoilà pourquoijevousaitoutde suiteétéinfinimentreconnaissante. Pourcettejoiedonnéeàcethommedontvousn'étiezpas sanssavoir(parcequetoutlemondeledisaitdepuislamort mme,ProfesseurK.)q'unecertainemanière, desafeleue,d etjediraisaveclaplusgrandesimplicitédumonde,ilétait entraindemourirdechagrin.
LaNouvelleRevueFrançaise
Lemoisdernier,ledocteurP.m'afaitlaprescriptionla plusétrangedesacarrière,m'a-t-ilavouéilm'aprescritun aquarium.Jel'aiachetécettesemaine,j'aidéjàinstalléles filtres,lapompeàairetlestubesfluorescents«type horticole etlumièredujour»,j'airéglélepotentiomètreetlethermo-plongeur,jel'airemplid'eau,iln'yaencorenilesrochesni lesracines(dontilestécritdansleguidepratiqued'aquario-philiequ'ilfaut,avecelles,«créerunjolipaysage»avecce conseilquimeplongedansdesabîmesdeperplexité«une dispositionendemi-lune,ouverteversl'avant,esttoujours réussie»),iln'yaencorenilesplantes,nilespoissons,mais, detoutefaçon,iln'estpasbienplacédèsquelesoleilbascule dececôté-cidel'appartement,lesmeubless'yreflètent,larue silafenêtreestouverte,moiaussijem'yreflète,puis-jevraiment espérermedétendre,medélasser,fairelevidejenesaisplus exactementquelsontétélestermesemployésparledoc-teurP.puis-jeraisonnablementespérerretrouverunpeude paixenrestantici,assisedansmoncanapé,àcontemplerun reflettroublemaisfidèle(malgrélesbullesquimontent,se répandentensurface,finissentparéclater),doncunreflet identifiabledemonintérieur,demoi-mêmeassisedansmon canapé,seule,et uneimageunpeulointainedelaviequise manifeste,danslecadredelafenêtre,souslesespècesdutrafic devoituresetdequelquespassantsunpeulointaine,une évasiveimagedelavie,carlarelativetransparenceduverre, del'eau,ouleuropacitérelativecen'estpastoutàfaitun miroirendissoutlesparticularités,une imagedelavie«en général»?C'estpeuprobable.
Maislemettre?
Puisjen'aipluspenséàvous. Jesavaisquevousvenieztravailleravecmonpère,presque quotidiennementilnepouvaitplusassurersescours,ilne sedéplaçaitplusquesic'étaitabsolumentnécessaire,pourune
Femmeseuleàl'aquarium
soutenancedethèse,ouunhommagequ'onluirendait,etil lefaisaitalorsavecunegrandelenteur,ils'arrêtaittousles vingtmètrespourreprendresonsouffle,qu'ilneperdaitd'ail-leursqueparcequ'ilavaitpeur,nondemourir,maisdemal mourir.Commevousveniezauxheuresj'étaisàlaconsul-tationdetoxicologie,àl'Institutmédico-légalouautribunal pourlesexpertises,jenevousvoyaispas.Quandjepassais chezmonpère,environunsoirsurdeux,pourtrierlestravaux, donnersescoursàdactylographier,préparerlespublications, rechercherlesécritsanciensdispersésdanstoutl'appartement, delacaveaugrenier,jeconstataisladisparitiondesdossiers surleQuattrocentoquejevousavaispréparés,puisleur réapparitionavec,çàetlà,latracedevotreécriture,maisaucun autresignedevoussaufl'odeur,peut-être,ilm'asemblé,à unmomentdonné,reconnaîtrel'odeurdevotreeaudetoilette. Puis,votreodeur,quejen'auraisconfondueaveccelled'au-cunautrehomme,quiseseraitaspergédelamêmeeaude toilette. Latracedevotreécriture,votreodeur,maisc'esttout. Jeneretrouvais,enparticulier,surlevisagedemonpère, rienduplaisirqu'ilavaitéprouvéenvotrecompagnie. Illui arrivaitseulementdemedireilm'aencorebienfaitrire aujourd'hui,maisiln'évoquaitjamaisautrementqueparcette formulecesmomentsdegaieté,qu'ilgoûtaitpleinementsur l'instant,jen'endoutepas,j'enavaisététémoin,maisqu'il devaitreléguer,aussitôtvotredépart,dansunlointainpassé, inaccessibleausouvenirvivant.Ilmedisaitcelaaveccetair desereinetristessequejeluiconnaissaisdepuissixmois,il m'endemandaitpardon,sanshumilité,avecbeaucoupde dignitéaucontraire,etsurcetond'exquiseetironiquecourtoisie quiavaittoujoursétélesien.Etjeluipardonnais.Ou,plus précisément,non,parcequejen'avaisrienàluipardonner.Je saisquemaressemblanceavecmamère,puisquerienni personnenedevaientlaluirappelervivante,luirendaitma présenceinsupportable.
LaNouvelleRevueFrançaise
JACQUESRÉDA
La
Bienheureuse
D'unblancfroidparendroitscendreuxoublonddanslapénombre, ettouchéderefletsrougesparlapetitelampequisignalelaprésence dusaintsacrement(onlerelèguesouventmaintenantdansnos églisesdésertes,pourlesoustraireàl'impiétéderôdeursàpeine curieux),c'étaitpareilàuntasdelingeposésurlepavementde l'abside,maisçabougeaitunpeuàdroite,unpeuàgauche,ou biensegonflantverslesommetavantdes'affalerdenouveau,comme siunsouffledevieavaitessayédesedébattre,encoreassezmollement, souslepoidsetdanslesreplisd'undrapenvoyéaulavage.C'était aussigênantquedesurprendreunvraifantômesurlepointdese concrétiser,puisqu'iln'yapasdefantômesetque,lorsqu'ilen apparaît,cenepeutêtrequ'encontradictionaveclesloisnonseu-lementnaturelles,maisaveccellesd'unesurnaturequi,sielleexiste, doitêtresoucieusedesadignité.Ainsienprésenced'unspectreou d'undémonquelconque,onressent,j'imagine,plutôtquedel'épou-vanteunmalaiseprévautledégoût.J'éprouvaicelauneminute, letempsdecomprendrequelephénomènerelevaitdeladévotion religieuse,maisd'uncaractèreoserai-jedireprofessionnel,ainsique lesuggérait,autantquel'endroitlui-même,l'amplevêtementmona-calquejefinisparidentifier,aprèsl'avoirprispourunrevenantou unelessive.Donc une personnesetenaitlà-dessous,entraind'exécuter unegymnastiquesansdouterégléed'avance(agenouillements,révé-rences,prosternations),maisseprêtantauxinitiativesd'uneferveur individuelle.L'étrange,toutefois,étaitquecettepersonneopérâten solitaire,sijenecomptepasdeuxoutroisbadaudsdemonespèce etautantd'éplucheusesdegrainsdechapelet,tousintriguéspardes ébatsqui,habituellement,n'ontd'autretémoinquelacommunauté dontdépendentceuxquis'yadonnent.Aussi,d'uneautremanière, était-ceencoreassezgênant.Nonpluscommeunemanifestation paranormale,maisparcequej'avaisl'impressiondeviolermalgré moilesecretd'uneintimitéquipourtants'exhibaitd'elle-même,au bordd'unecertaineimpudeur.Peut-êtres'agissait-ild'unepénitence, etavait-oncontraintcettepersonneorgueilleuse,oufrivole,ou indisciplinéeàs'humilierainsipubliquement,afindevaincrele respecthumainquiestunerébellionpassive.Et,commelepremier venu,jetenaisunrôleinvolontairedanslesuccèsdel'exercice.Si