La Nouvelle Revue Française N° 503

De
Édith de La Héronnière, Quête
Maurice Fickelson, Soirs
Gérard Larnac, Le Quatrième Continent
Pascal Commère, Tapisserie pour aller à la rencontre d'André Frénaud par les villages
William Humphrey, Portrait de l'auteur en vieil homme
Hédi Kaddour, Poèmes
Bernard Simeone, Ceccardo Roccatagliata Ceccardi
Ceccardo Roccatagliata Ceccardi, Choix de poèmes
Chronique : Vingt-cinq ouvrages lus par... :
Hervé Cronel, Nigel Barley
Jean Blot, L'image interdite d'Alain Besançon (Fayard)
Claude Adelen, Poésies d'André Chénier (Gallimard)
Yves Leclair, La terre ronde de François de Cornière (Atelier du Gué)
Guy Goffette, Le passé décomposé d'Henri Droguet (Gallimard)
Yves Leclair, Essai sur la journée réussie de Peter Handke (Gallimard)
Olivier Houbert, Accueils (Journal, IV) de Charles Juliet (POL)
Richard Blin, Le secret pouvoir du sens de Pierre Klossowski et Alain Jouffroy (Écriture) - Morbidezza de Philippe de La Genardière (Actes Sud)
Lionel Ray, L'hélice d'écrire de Pierre Lartigue (Les Belles Lettres)
Max Alhau, Le Livre des sept portes d'Yves Namur (Lettres Vives)
Yves Roulliere, Les vies simultanées de Dominique Pagnier (Gallimard)
Francois Lurcat, La Flamme double d'Octavio Paz (Gallimard)
Gérard Farasse, Monsieur Mouton d'André Pieyre de Mandiargues (Fata Morgana)
Gilles Quinsat, Sull'orlo del visibile parlare de Giovanni Pozzi (Adelphi)
Claude-Pierre Perez, Le sexe et l'effroi de Pascal Quignard (Gallimard)
Gérard Bocholier, Correspondance 1939-1976 de Gustave Roud et Maurice Chappaz (Éditions Zoé)
Didier Pobel, L'ami qui venait de l'an mil de Claude Roy (Gallimard)
Jean Roudaut, L'instauration du tableau de Victor I. Stoichita (Méridiens-Klincksieck)
Hervé Cronel, 1914-1918. C'était la guerre des tranchées de Tardi (Casterman)
Édith de La Héronnière, Journal 1970-1986 d'Andrei Tarkovski (Cahiers du cinéma)
Pierre Pachet, Une tragédie française de Tzvetan Todorov (Le Seuil)
Yves Leclair, Le traquet motteux ou L'agronome sifflotant de Jean-Loup Trassard (Le temps qu'il fait)
Jean-Pierre Martin, Le bout du monde à Neuilly-Plaisance de Michel Volkovitch (Éditions Maurice Nadeau)
Hédi Kaddour, Comme des baies de genévrier de Walt Whitman (Mercure de France)
Le fond de l'air :
Catherine Axelrad, Le sens de l'humour
Paul Fournel, Ma Normandie
Georges Arès, Les nouveaux bruits
Publié le : lundi 13 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072378539
Nombre de pages : 144
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
ÉDITHDELAHÉRONNIÈRE
Quête
ÀlamémoiredeChristianBelle dit«Ste-Croix-Loyseau»,poète.
«Sengaï,voustournezledos. Quefaites-vous?» Sengaï,moinezen.
Lepoète,lui,comprenait. Dèsquelespremièrespluiesd'automnesurvenaient,une nuit,puisunjourentieràs'abattresurlesfinsderécolteset lesvignoblesenphasedematurationouàbrumiserendouceur lessous-boisassoiffésetàimprégnerleursfeuillesjusqu'àce qu'ellesploientsousl'eau,délivrantàl'étageendessousune douche,dèslors,ilsavaitquenousallionsnousquitteretque lacauseplusquejuste,imparablenoussépareraitpourde longsjours.C'étaitunsage,ilcomprenait.Pourlui,iln'y avaitpasdeloi,commel'exprimaitàsafaçonunegrande calligraphietrônantau-dessusdesacommode,maisessentiel-lementdespassions.J'aimeraisdevenircommelecamphre,
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disait-il,brûlersanslaisserderésidu,aprèsavoirgoûtéplus quederaisonàlavie. Donc,ilnesemoquaitpas,ninericanait,ninehaussait lesépaules,nineprenaitl'airentendudeceuxquicroient toujoursensavoirplusquelesautressurlaquestion.Il comprenaitsansavoirjamaisexpérimentéladémarchesecrète àlaquellej'allaismelivrer.Unequêteréclamantlaclandes-tinité,lesilenceet,par-dessustout,lerecueillement. Alorsçayest,vous nousquittez? Jepartaiseneffet,pourunedestinationconnuedetous, pourunlieuignorédechacun.
C'étaitundépartdematurité.Avantd'endécider,ilme fallaitpenseràlaluneetàladirectiondesvents,auxodeurs delaterreetauxcouleursdesfeuilles;ilme fallaitaussi éprouvercejenesaisquoid'instinctif,d'animalpeut-être,qui m'avertissaitdumomentjuste.
Lematinparfaitestarrivé.Lejourpointe.Jem'envais commeunecontrebandière.J'emprunteunchemindétourné demanièrequelesrarescurieuxnepuissentpasimaginerla raisondemaprésenceenceslieuxàcetteheure-làetsedire «Tiens,lapetiteuntelvaauxx xx»,pourensuitecourir avertirtoutlepaysdeleurvenue. Unefoissurplace,jeprocèdeàunensemblederitesdits propitiatoires.Jechaussedesbottesafind'isolermespiedsdu solmouillédéjàensoidebonaugure.Jechoisisparmiles branchesmortesunbâtonquimepermettrad'écarterlesfeuilles, detaperlesolpourfairefuirlesserpentsetderepousserun éventuelagresseur,lequelnemanquerapasderôderàcette heure-làdanslesboispourvioler,tueretmangersaproie commeonmel'aditetrépétéafindeme dissuaderdepartir ensolitaire.Maisilestdesrendez-vousauxquelsilfautse rendreseul. Ilssontd'ordrepassionnelleplussouvent. Ledernierrites'accomplitsurunmodeaussinégatifque celuiquiconsisteànepaspassersousuneéchelleouànepas croiserunchatnoirenleregardantdanslesyeux.Celui-là,je
Quête
letairai.Il mepermetdeconjurerlacraintequ'ilsnesoient paslà.
Lesoleilselèveàpeinedansuneauberosée,légèrement fumante.Jememetsenroute,unemaindanslapoche,l'autre tenantlebâton,l'oreilleauvent,écoutantlamusiquedesbois. Cematin-làsedonneenforêtunconcertodepépiements, sifflements,roucoulements,avecparmomentsunsolodecou-cou.
Audépart,pournepasleseffrayer,ilfauttémoignerd'une indifférencesouveraine.Maistrèsvitecettedésinvolturecesse. Jeretiensalorsmonsouffleetm'engagesousleschênesd'habitudeilsviennent.
Cequejechercheestsimpleet,parsonévidence,devraitrésoudre touteimpatience.Cequejechercheannuleralesdoutesetles myopiesinhérentesàmanature.
Maisenfin,commentsefait-il?.medemande-t-on.Carje suismyope,auproprecommeaufiguré.Myopeàprendre,au milieudelaroute,unevachepoursonmaître,àraterles rendez-vousdelaviefauted'enapercevoirlessignes,àconfondre MazametetMiramassurlespanneauxroutiers,àvoirdansle troncd'unpincassélecoud'uneautrucheentraindeme regarderd'unairbizarrecommes'ilpouvaityavoirdes autruchesdanscetteforêt-là! Pourtant,eux,jelesvoisqu'ilssetrouvent.Cettequête me donnelaclairvoyance.Jevoisleurschapeauxbruns,mauves, beiges,noirâtresaumilieudesfeuilles,desbranchages,des écorces,desterreauxlesplusconfus.Jevoislesdécurrents,les convexes,lessinués,lesascendantsetlescampanulés,les déprimés,lesaplatis,etmêmelesinfundibuliformesàl'allure d'entonnoirs.Jelesvoistousuncôned'unquartdecentimètre surunpiedeffilénem'échapperapas.Mêmecachés,même contrefaits,jelesrepère,commesipoureuxseulementlanature m'avaitdotéedelavueperçanted'unmissileair-sol.
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C'estundouxmatind'automne.Leventdusuds'estlevé, apportantseschaudesboufféessurlaterreencoremouilléedes dernièrespluies.Lessous-boisfrémissentetbruissentdevies entraindes'éveilleroudes'assoupirdanslesfougèresaupied deschênesdanscetteforêtdédiéeàlaMadeleine.
Cequejechercheestd'unebeautéinimaginable.Commentdire? Aussibeauqu'unepailletted'oraufonddelarivièreouqu'un doublearc-en-cielaucœurd'unoragesurlesvolcansd'Auvergne. Cequejechercheestunmiracle.
Ceshautesfutaiesdechênesetdehêtresappartinrentjadis auxGallo-Romains,aux moinesdelaMadeleine,auxhugue-nots,etpourfiniràcettecommunesiconflictuelledansses intérêts,sigrandiosedanssarenommée. Levantlesyeux,jevoisuntempledefeuillagesetdeciel danslequeljem'avanceenfaisantcrissersousmespasles carapacesdebestioles,lesbranchesmortesetlesboulesde mousses,parfoisaussil'und'entreeux,delacouleurdeses frères,maisqu'unanneauautour dupiedstigmatised'une sortedemalédictionsignaléedansleslivresparune têtede mortbarréed'unl'interditabsolu.Cettepopulation,elle X aussi,asesbonsetsesméchants.
Engagéedansmaquêtesélective,recueillie,jecherchesur chaqueterraincequ'ilpeutdonnerdemeilleurlesunsd'un belorangéoujaunepâledanslessous-boisauxmousses humides;lesautres,blancsetchevelus,groupéscommedes agneauxautourdeleurmèreenbordureduchemin;d'autres encore,grandschapeauxumbonésdecouleurbeigemouchetée debrun,mefaisantsignedeloin;laplupartsurgissantpar surpriseàl'instantjen'ypensepas. Commechaqueannée,jeretrouvelelongd'unegrosseracine, dansunedéclivitéfamilière,l'emplacementviennentces légionsdecornetsnoirsetridés,presqueinvisibles,maisinnom-brablesàpartirdumomentvousenvoyezunlamulti-plicationdespains,chaquefois.
Quête
Labeautédecequejecherchetientaurapportentrelemilieu d'accueiletl'accueillicettenaissancemiraculeuseaucœurde cetteforêtimmémoriale.Lapreuveentrouverunchezsoi,sur unepoutre,danssonjardin,oudanslaruecommeMarcovaldo, neprésenteaucunintérêt,sinonculinaire.n'estpasl'essentiel, tousleschercheursvouslediront,quandbienmêmeilsseraient prêtsàdonnerleurchemisepoursetenirdevantuneassiettede cesmorceauxdecaoutchoucgrillé,augoûtdecaramelpoivré.
Cettequêteasesélus.Parmomentsm'apparaîtl'aspectonto-logiquementscandaleuxdemadémarche.Carenfinpourquoi et vouloirle«têtedenègrenepasmêmejeteruncoupd'œilà toussesfrèresdesangleréticulé,lesatan,l'élégant,leblafard, legranulé,lejaune,ouceluidit«desbouviers»?
Choisir,exclure.C'estainsi.Impossibledesedisperser.Jem'en tiendraiàl'uniquerecherché.J'apprendrailasagessesacrificielle.
Lamanièred'êtrepassantdénotelevraichercheur.Lesjours delunefaste,d'ailleurs,ilnes'agitplusd'unemarche,mais d'unedansedeSaint-Guy,laquelle,auseinmêmedemon élitismeborné,m'interditdepiétinerlarondedemarasmes desoréades,d'ignorerleslactairesdélicieux,demépriserle piedbleu,deshooterdanslarussule.Pasquestiond'enlaisser unseulenmietteoulaqueueenl'air,sesdessousexposés dansleurnudité.encorelesritess'imposent.Sijerencontre unimposteur,ilresterasurpiedouseraprudemmentreposé àl'endroitilapoussédemanièreànepaslaisserl'indice d'uneéventuelledéflorationduterrainàcetteheurematutinale. Toutpassagedoitdemeurerincognito.Telleestl'unedeslois decettequête.
Jelongeunfosséenbordured'unezoneamicaleetgéné-ralementfécondejem'apprêteàprospecter. Avantmêmedelevoirjesaisqu'ilestlà. Jel'aperçois.Chapeaunoirconvexe,dodu,ciré,d'unecouleur variantentrelemield'acaciaetlemieldesapin,auquels'est
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JEAN-PIERREMARTIN LeBoutdumondeàNeuilly-Plaisance,de Voikovitch. M.
BRANKOMILJKOVIC Poèmes,présentéparLaurandKovacsettraduitdu serbe parZoricaTerzié ROGERMUNIER incertum. Opus NGUYÊNHUYTHIÊP Lefèvre. Nostalgiedelacampagne,traduitduvietnamienpar Kim PIERREPACHET Unetragédiefrançaise,deT.Todo rov DOMINIQUEPAGNIER invisibles. Desmonuments GOFFREDOPARISE Turolla. Brumesetmousses,traduitdel'italienparAlixTar-dieu CLAUDE-PIERREPÉREZ po JudeStéfan,lacaresseetle Quignard. LeSexeetl'effroi,deP.
DIDIERPOBEL Poèmesavecdesoiseaux,desânesetquelques anges Àundestinatairedel'autrecôtédelatempête(n°spécial HenriThomas) Roy. L'amiquivenaitdel'anmil,deCl.
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