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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
ÉDITHDELAHÉRONNIÈRE
Quête
ÀlamémoiredeChristianBelle dit«Ste-Croix-Loyseau»,poète.
«Sengaï,voustournezledos. Quefaites-vous?» Sengaï,moinezen.
Lepoète,lui,comprenait. Dèsquelespremièrespluiesd'automnesurvenaient,une nuit,puisunjourentieràs'abattresurlesfinsderécolteset lesvignoblesenphasedematurationouàbrumiserendouceur lessous-boisassoiffésetàimprégnerleursfeuillesjusqu'àce qu'ellesploientsousl'eau,délivrantàl'étageendessousune douche,dèslors,ilsavaitquenousallionsnousquitteretque lacauseplusquejuste,imparablenoussépareraitpourde longsjours.C'étaitunsage,ilcomprenait.Pourlui,iln'y avaitpasdeloi,commel'exprimaitàsafaçonunegrande calligraphietrônantau-dessusdesacommode,maisessentiel-lementdespassions.J'aimeraisdevenircommelecamphre,
LaNouvelleRevueFrançaise
disait-il,brûlersanslaisserderésidu,aprèsavoirgoûtéplus quederaisonàlavie. Donc,ilnesemoquaitpas,ninericanait,ninehaussait lesépaules,nineprenaitl'airentendudeceuxquicroient toujoursensavoirplusquelesautressurlaquestion.Il comprenaitsansavoirjamaisexpérimentéladémarchesecrète àlaquellej'allaismelivrer.Unequêteréclamantlaclandes-tinité,lesilenceet,par-dessustout,lerecueillement. Alorsçayest,vous nousquittez? Jepartaiseneffet,pourunedestinationconnuedetous, pourunlieuignorédechacun.
C'étaitundépartdematurité.Avantd'endécider,ilme fallaitpenseràlaluneetàladirectiondesvents,auxodeurs delaterreetauxcouleursdesfeuilles;ilme fallaitaussi éprouvercejenesaisquoid'instinctif,d'animalpeut-être,qui m'avertissaitdumomentjuste.
Lematinparfaitestarrivé.Lejourpointe.Jem'envais commeunecontrebandière.J'emprunteunchemindétourné demanièrequelesrarescurieuxnepuissentpasimaginerla raisondemaprésenceenceslieuxàcetteheure-làetsedire «Tiens,lapetiteuntelvaauxx xx»,pourensuitecourir avertirtoutlepaysdeleurvenue. Unefoissurplace,jeprocèdeàunensemblederitesdits propitiatoires.Jechaussedesbottesafind'isolermespiedsdu solmouillédéjàensoidebonaugure.Jechoisisparmiles branchesmortesunbâtonquimepermettrad'écarterlesfeuilles, detaperlesolpourfairefuirlesserpentsetderepousserun éventuelagresseur,lequelnemanquerapasderôderàcette heure-làdanslesboispourvioler,tueretmangersaproie commeonmel'aditetrépétéafindeme dissuaderdepartir ensolitaire.Maisilestdesrendez-vousauxquelsilfautse rendreseul. Ilssontd'ordrepassionnelleplussouvent. Ledernierrites'accomplitsurunmodeaussinégatifque celuiquiconsisteànepaspassersousuneéchelleouànepas croiserunchatnoirenleregardantdanslesyeux.Celui-là,je
Quête
letairai.Il mepermetdeconjurerlacraintequ'ilsnesoient paslà.
Lesoleilselèveàpeinedansuneauberosée,légèrement fumante.Jememetsenroute,unemaindanslapoche,l'autre tenantlebâton,l'oreilleauvent,écoutantlamusiquedesbois. Cematin-làsedonneenforêtunconcertodepépiements, sifflements,roucoulements,avecparmomentsunsolodecou-cou.
Audépart,pournepasleseffrayer,ilfauttémoignerd'une indifférencesouveraine.Maistrèsvitecettedésinvolturecesse. Jeretiensalorsmonsouffleetm'engagesousleschênesd'habitudeilsviennent.
Cequejechercheestsimpleet,parsonévidence,devraitrésoudre touteimpatience.Cequejechercheannuleralesdoutesetles myopiesinhérentesàmanature.
Maisenfin,commentsefait-il?.medemande-t-on.Carje suismyope,auproprecommeaufiguré.Myopeàprendre,au milieudelaroute,unevachepoursonmaître,àraterles rendez-vousdelaviefauted'enapercevoirlessignes,àconfondre MazametetMiramassurlespanneauxroutiers,àvoirdansle troncd'unpincassélecoud'uneautrucheentraindeme regarderd'unairbizarrecommes'ilpouvaityavoirdes autruchesdanscetteforêt-là! Pourtant,eux,jelesvoisqu'ilssetrouvent.Cettequête me donnelaclairvoyance.Jevoisleurschapeauxbruns,mauves, beiges,noirâtresaumilieudesfeuilles,desbranchages,des écorces,desterreauxlesplusconfus.Jevoislesdécurrents,les convexes,lessinués,lesascendantsetlescampanulés,les déprimés,lesaplatis,etmêmelesinfundibuliformesàl'allure d'entonnoirs.Jelesvoistousuncôned'unquartdecentimètre surunpiedeffilénem'échapperapas.Mêmecachés,même contrefaits,jelesrepère,commesipoureuxseulementlanature m'avaitdotéedelavueperçanted'unmissileair-sol.
LaNouvelleRevueFrançaise
C'estundouxmatind'automne.Leventdusuds'estlevé, apportantseschaudesboufféessurlaterreencoremouilléedes dernièrespluies.Lessous-boisfrémissentetbruissentdevies entraindes'éveilleroudes'assoupirdanslesfougèresaupied deschênesdanscetteforêtdédiéeàlaMadeleine.
Cequejechercheestd'unebeautéinimaginable.Commentdire? Aussibeauqu'unepailletted'oraufonddelarivièreouqu'un doublearc-en-cielaucœurd'unoragesurlesvolcansd'Auvergne. Cequejechercheestunmiracle.
Ceshautesfutaiesdechênesetdehêtresappartinrentjadis auxGallo-Romains,aux moinesdelaMadeleine,auxhugue-nots,etpourfiniràcettecommunesiconflictuelledansses intérêts,sigrandiosedanssarenommée. Levantlesyeux,jevoisuntempledefeuillagesetdeciel danslequeljem'avanceenfaisantcrissersousmespasles carapacesdebestioles,lesbranchesmortesetlesboulesde mousses,parfoisaussil'und'entreeux,delacouleurdeses frères,maisqu'unanneauautour dupiedstigmatised'une sortedemalédictionsignaléedansleslivresparune têtede mortbarréed'unl'interditabsolu.Cettepopulation,elle X aussi,asesbonsetsesméchants.
Engagéedansmaquêtesélective,recueillie,jecherchesur chaqueterraincequ'ilpeutdonnerdemeilleurlesunsd'un belorangéoujaunepâledanslessous-boisauxmousses humides;lesautres,blancsetchevelus,groupéscommedes agneauxautourdeleurmèreenbordureduchemin;d'autres encore,grandschapeauxumbonésdecouleurbeigemouchetée debrun,mefaisantsignedeloin;laplupartsurgissantpar surpriseàl'instantjen'ypensepas. Commechaqueannée,jeretrouvelelongd'unegrosseracine, dansunedéclivitéfamilière,l'emplacementviennentces légionsdecornetsnoirsetridés,presqueinvisibles,maisinnom-brablesàpartirdumomentvousenvoyezunlamulti-plicationdespains,chaquefois.
Quête
Labeautédecequejecherchetientaurapportentrelemilieu d'accueiletl'accueillicettenaissancemiraculeuseaucœurde cetteforêtimmémoriale.Lapreuveentrouverunchezsoi,sur unepoutre,danssonjardin,oudanslaruecommeMarcovaldo, neprésenteaucunintérêt,sinonculinaire.n'estpasl'essentiel, tousleschercheursvouslediront,quandbienmêmeilsseraient prêtsàdonnerleurchemisepoursetenirdevantuneassiettede cesmorceauxdecaoutchoucgrillé,augoûtdecaramelpoivré.
Cettequêteasesélus.Parmomentsm'apparaîtl'aspectonto-logiquementscandaleuxdemadémarche.Carenfinpourquoi et vouloirle«têtedenègrenepasmêmejeteruncoupd'œilà toussesfrèresdesangleréticulé,lesatan,l'élégant,leblafard, legranulé,lejaune,ouceluidit«desbouviers»?
Choisir,exclure.C'estainsi.Impossibledesedisperser.Jem'en tiendraiàl'uniquerecherché.J'apprendrailasagessesacrificielle.
Lamanièred'êtrepassantdénotelevraichercheur.Lesjours delunefaste,d'ailleurs,ilnes'agitplusd'unemarche,mais d'unedansedeSaint-Guy,laquelle,auseinmêmedemon élitismeborné,m'interditdepiétinerlarondedemarasmes desoréades,d'ignorerleslactairesdélicieux,demépriserle piedbleu,deshooterdanslarussule.Pasquestiond'enlaisser unseulenmietteoulaqueueenl'air,sesdessousexposés dansleurnudité.encorelesritess'imposent.Sijerencontre unimposteur,ilresterasurpiedouseraprudemmentreposé àl'endroitilapoussédemanièreànepaslaisserl'indice d'uneéventuelledéflorationduterrainàcetteheurematutinale. Toutpassagedoitdemeurerincognito.Telleestl'unedeslois decettequête.
Jelongeunfosséenbordured'unezoneamicaleetgéné-ralementfécondejem'apprêteàprospecter. Avantmêmedelevoirjesaisqu'ilestlà. Jel'aperçois.Chapeaunoirconvexe,dodu,ciré,d'unecouleur variantentrelemield'acaciaetlemieldesapin,auquels'est
LaNouvelleRevueFrançaise
JEAN-PIERREMARTIN LeBoutdumondeàNeuilly-Plaisance,de Voikovitch. M.
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