La Nouvelle Revue Française N° 516

De
Bertrand Visage, Pour continuer
Camus inédit :
Albert Camus, La crise de l'homme
Combats :
Yachar Kemal, Le loup à sonnailles
Patrick Chamoiseau, Écrire en pays dominé
Assia Djebar, L'enterrement de Kateb Yacine
J. M. Coetzee, Le tyran et le poète
Jorge Amado, Un paria à Lisbonne
Fantaisie italienne :
Stefano Benni, Papa passe à la télé – Le guichet fraternel
Les livres du mois :
Rene Zahnd, La Quarantaine de J.M.G. Le Clézio (Gallimard)
Françoise Bettenfeld, Merle d'Anne-Marie Garat (Le Seuil)
Laurand Kovacs, Rouge décanté de Jeroen Brouwers (Gallimard)
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072385858
Nombre de pages : 128
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SOMMAIRE
3 BERTRANDVISAGE POURCONTINUER
Camusinédit
7 ALBERTCAMUS LACRISEDEL'HOMME
Combats. 3 1 YACHARKEMAL LELOUPASONNAILLES PATRICKCHAMOISEAU ÉCRIREENPAYSDOMINÉ
ASSIADJEBAR L'ENTERREMENTDEKATEBYACINE J.M.COETZEE LETYRANETLEPOÈTE
JORGEAMADO UNPARIAALISBONNE
Fantaisieitalienne 9 8 STEFANOBENNI PAPAPASSEALATÉLÉVISION SUIVIDE LEGUICHETFRATERNEL
Leslivresdumois
1 17 RENÉZAHNDJ.M.G.LECLÉZIOLAQUARANTAINE FRANÇOISEBETTENFELDANNE-MARIEGARATMERLE LAURANDKOVACSJEROENBROUWERSROUGEDÉ'CANTÉ'
POURCONTINUER par BertrandVisage
En1919,JacquesRivièreécritsonpremieréditorialpour cetterevue,dontladirectionvientdeluiêtreconfiée.Il estjeune,passionné,rigoureux.L'ombrepesantedes«pères fondateurs»,deGideetdesesamis,nel'intimidequmoitié.Ilsaitdéjàqu'ilvadéplaire,etilyparvientau-delàdesesespérancesl'incompréhensionestimmédiate, brutale,aupointqueRivièreenvisagededémissionner. Quepromettaitdoncdesiscandaleuxcetarticle?Un changementdecap,unerévolution?Précisémentnon. DanslapluspurefidélitéàcequefutlaN.R.F.dès l'origine,ils'agissaitdedépasserl'étatdeguerre,l'unifor-mitéquecelle-cisuppose,latyranniequ'elleexercesurles consciences,enrestituanttoutsonespaceàlacréationmul-tipleetaudacieuse,àtravers«unerevuedésintéressée». Car,précise-t-il,«laguerreapuchangerbiendeschoses, maispascelle-ci,quelalittératureestlalittérature,que l'artestl'art».
Parolestropnettesettrophautainespournepasengen-drerdemalentendu.Ellesfurentinterprétéescommeun appelaudésengagement,aurepliconfortable,audilettan-tisme.C'étaitbienmalconnaîtreleurauteur,etc'était surtoutnepasavoirlujusqu'auboutcespagesmémorables. Certes,larevuedontilesquisselescontoursplacerales écrivainsenpremièrelignerienquedesécrivains,mais s'exprimantsurtouslessujetsquilesoccupent,etportant surlemonde«unregardparfaitementdépouillé». Dépouillementneveutpasdiredétachement,neveut pasdireindifférence.«L'effortpournepasselaissergou-vernerpardescirconstancesextérieuresn'estpaslerenon-cementàtoutetendance.Aucontraire,dirais-jemême.Si nousvoulonsnousarracheràlésclavageintellectuelles événementstendraientànousréduire,c'estessentiellement pourpouvoirmanifesterdesconvictions,desaspirations précises.»Parmitouslesméfaitsimmensesd'uneguerre (ajoutonspourêtrecompletcelledesimages,virtuelleset cathodiques),undesplusgravesn'est-ilpasjustementde saturerleregard,d'empêcherlesyeuxdevoir,lapeaude frémir,1espritdes'indigner?«Elles'estmiseàleurdicter toutesleurspenséesilsn'ontplusrientrouvétoutseuls ilsontcessédepouvoirmêmeregarderunobjetdevant euxnonpascequ'ilétait,maiscequ'ildevaitêtrevoilà seulementcequ'ilsontvu.» Rienquedesécrivains,donc,c'étaitleprogramme.Son actualitéresteentière.Ecrivainsdetouteslangues,detous pays.Maisunevitrine,sibelleetsicosmopolitesoit-elle, nesuffitpas.Uncreusetplutôt,actifetjoyeux.Unepas-
LaNouvelleRevueFrançaise
laviemaispourarrêtersavie,l'éteindredansunéland'amour intense,sortederefusdusacrilègecomparableaucrisansvoix poussédanslesdésertsdel'horreurquandlacatastrophelente etlongueestarrivée,iln'avaitpasdemanteau,niausenspropre, niausensfiguréilétaittropjeune,tropinnocentpourenvisager unautrerôlequeceluideCham,tropcomplètementdésarmé pourpouvoirluttercontrel'ignominie,latortureducampqui humiliaitsamèredanssanudité,latuméfiaitetl'ensanglantait justementsatête«énormecommeunpavé»l'avait ensanglantéeet tuméfiéelorsdesanaissance.Cemotifrécurrent vasanscessedéchirersapenséeetaccompagnersavied'unécho grandissantjusqu'àl'assourdiretluirévélerenfinladouleur.À l'instardelaMèredePitié,maiscommeàl'envers,lamèrede Brouwersvadevenirpourluil'imagedesfemmes,delafemme. Uneimagepéjorative,exécrable,quasiinfernalequ'illuifautfuir pourprotégersontrésordevenuainsistérile,figédansletemps l'amourqu'ilportaitàcettefemmesublime,belleetcourageuse. Cetteimaged'humanitésouilléevalehanter,remplirsavieet sonêtreaupointquetoutessesrencontres,sesactesfutursseront entachésetfalsifiésparlareprésentationproliférantedumalheur. Entrelesdeuxmanifestationsdelamêmefemme,ilachoisila triomphanteetrécusél'humiliée,cequi,danssonprocèsintime, celuid'oùjaillitl'êtreproclamé,revient,parunretournement horrible,àenfouirlebonheurqu'ilspartageaientetàprojeteren avantladouleur,àinscrirepartoutladéchéancedesamère,àla condamnereffectivementpourcela.Cettevisionnégativedu martyreconsacreletriomphedel'ignominieetdubourreau. Entreleprésentetlepasséquisetransformentetsefalsifient l'unl'autre,JeroenBrouwerss'abîmedansunperpétuelressactout,hormissonamourfixédanslatragédieducamp,n'estque dérision.
LaurandKovacs
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