La Nouvelle Revue Française N° 520

De
Spécial cinéma :
André Malraux, Esquisse d'une psychologie du cinéma
Entretiens :
Bernado Bertolucci - Anne Wiazemsky, Conversation
Andre Techine - Madeleine Kammoun-Carlet, Le dépaysement humain
Jacques Rivette - Aliette Armel, Autour du cinéma
Regards du jeune cinéma :
Pascale Ferran - Madeleine Kammoun-Carlet, Le double et le multiple
Xavier Beauvois - Aliette Armel, Changer le monde
Cannes 1996 :
Gilles Jacob - Danièle Heymann, Un bilan
Textes :
Patrick Drevet, Une caméra sur des semelles de crêpe
Thierry Saunier, Bergman le solitaire
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072378355
Nombre de pages : 144
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SPÉCIAL
CINÉMA
4 ANDRÉMALRAUX ESQUISSED'UNEPSYCHOLOGIEDUCINÉMA
Entretiens 20 BERNARDOBERTOLUCCI CONVERSATIONAVECANNEWIAZEMSKY ANDRÉTÉCHINÉ LEDÉPAYSEMENTHUMAIN JACQUESRIVETTE AUTOURDUCINÉMA
Regardsdujeunecinéma 71 PASCALEFERRAN LEDOUBLEETLEMULTIPLE XAVIERBEAUVOIS CHANGERLEMONDE
Cannes1996 99 GILLESJACOB UNBILAN
Textes 1155 PATRICKDREVET UNECAMÉRASURDESSEMELLESDECRÊPE THIERRYSAUNIER BERGMANLESOLITAIRE
SPÉCIAL
CINÉMA
ANDRÉMALRAUX ESQUISSED'UNEPSYCHOLOGIE DUCINÉMA
Fréquemmentcitéets'achevantsurunephrasecélèbre,cetexte parailleursméconnudanssatotalitéquenousdevonsàl'obli-geancedeFlorenceMalrauxfutpubliéen1946àtiragelimité.
LamêmeannéenaissaitleFestivaldeCannes.
Trenteansplus
tard,lesorganisateursduFestivalprirentl'initiativedeleréim-
primer,etAndréMalrauxyajoutalesmotssuivants
«Mêmeletitre"Esquisse
estbienambitieuxpourdesnotes.
Depuis,nombred'étudesontétéconsacréesaucinéma.Mais,ces
réflexionsnéesdel'expériencequej'avaisacquiseentournantles morceauxdel'Espoirdontnousavonstentédefaireunfilm,ne
serontsansdoutepasréuniesàd'autresessais.Desbibliophilesont désirélesposséder.C'estàleurintentionqu'aétéétabliecette éditionhorscommerceàl'occasiondutrentièmeanniversairedu FestivalinternationalduFilmdeCannes.»
Espoir,d'AndréMalraux.CollectionCahiersduCinéma.
ANDRÉMALRAUX ESQUISSED'UNE PSYCHOLOGIE DUCINÉMA
i
SiGiotto,etmêmeClouetavaientvoyagéenAsie, lapeintureleuryeûtsembléquasifamilière.Un dialoguesefûtétablisanspeineentreeuxetles peintrespersansouchinoispourreprésenterles choses,ilsseposaientlesmêmesproblèmes. QueRubensouDelacroixeussentfaitlemême voyage,lapeinturerencontréeleureûtsemblé archaïque;etlaleureûtétéentièrementétrangère auxpeintresd'Asieleurssystèmesdereprésentation n'étaientpluslesmêmes.ChinoisetPersansigno-raientetdédaignaientprofondeur,perspective,éclai-rage,expression.L'Europeetl'Asieavaientcesséde concevoirdelamêmefaçonlafonctiondela peinture.DèslaRenaissance,ilyeutentrel'artde l'Occidentettouslesautres,passésetcontemporains, unedifférencefondamentalelesrecherchesdela peintureoccidentaletendaientàcréerunmondeà troisdimensions. Danslemondepictural,quin'avaitguèreconnu quedesreprésentationsplusoumoinssubtilement symboliques,lechristianismeavaitintroduitla
ESQUISSE D'UNEPSYCHOLOGIEDUCINÉMA
représentationdramatique,inconnueavantlui.Le bouddhismeadesscènes,maispasdedrame l'Amériqueprécolombienneadesfiguresdramatiques, maispeudescènes.L'affaiblissementmêmedela chrétienté,loind'affaiblirlesensoccidentaldu drame,lerenforçait;renforçaitenmêmetempsun sensplusprofond,dontcelui-cin'estqu'unedes apparencescetteconsciencedel'Autre,cebesoinde relief,devolume,cebesoinfanatiquedel'Objet, essentielàl'Occidentetliéàsaconquêtepolitique dumonde.L'Europesubstituelereliefàl'unitédu ton,l'histoireauxannales,ledrameàlatragédie, leromanaurécit,lapsychologieàlasagesse,l'acte àlacontemplationl'hommeauxdieux. 'idéequenous nousfaisonsnous-mêmesdela Lx qualitérisquedenouségarernotreplusgrande peinture,elleaussi,estsouventàdeuxdimensions. Maisleproblèmetientàlacivilisationmême,aux relationsdel'homme etdumonde.Àl'undespôles deléxpressionhumainesontlemime,ledanseur chinoisoujavanais,l'acteurgrecetlerécitantde nosquipsalmodientsousleurmasqueàl'autre, uneparoleapparemmentsténographiéeettousles bruissementsdelanuit,unvisagedontlafugitive expressionemplitunécrandecinqmètreslefilm. Unhommeinsensibleàlapeintureentant qu'art,s'ilvisiteaujourd'huiunmusée,sesenten faced'unesuited'efforts,assezsemblablesàceuxdes sciences,pourreprésenterleschoses.UnRubensest pourluiplus«ressemblant»,plusconvaincantqu'un
1.Écriten1939.
LANOUVELLEREVUE
FRANÇAISE
cafés,etverslescathédrales.Leminimalismeasesemblèmes cequel'onaappelélenéo-réalismeitalien.Legigantismea sesblasons,Eisenstein,Welles,ledernierVisconti,Kurosawa, etdernièrementApocalypseNow.Ilestassezcommundefaire letrajetdanscesens-làBergmansembleleseulàavoirrem-placélavisionpanoramiqueparuncertainvérismeet, puisqueaussibienilestcertainquelestechniquesmodèlent l'idéologie,lecinémascopeparlatélévision.L'obsessionhis-toriquealaisséplaceàl'évocationintimiste.Silesentiment dutragique,etlestyle«silestyle,c'estcequiunifieetqui transfigure»(Malraux)donnentàcechangementd'échelle uneindiscutablecohérence,cen'estpasparcequeBergman seraitunhommeplussombrequelamoyennec'estparce qu'ilestseul,dansBrocéliandedésertée.Savulnérabilitéque contresignesonrenoncementfinallerendinfine,et,sil'on osedire,inarticulomortis,bienplusattachantquen'importe lequeldesessemblables.Ilauraétéàlafois,etsansdéfaillance, l'emblèmeindividualiséducinémad'unenation,etunhomme seul,fragile,auquellesilenceauraétéTentationdesaint Antoine. «J'aitoujourseul'impressiondevivreenhautemer, menacé,aucœurd'unbonheurroyal»(AlbertCamus).
ThierrySaunier Mai1993
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