Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

La Nouvelle Revue Française N° 529

De
128 pages
Claudio Magris, Les lois non écrites des dieux
Gide inédit :
André Gide, Journal d'URSS
Éric Marty, Politiques de l'écrivain
Poésie :
Pascal Commère, Fausse alerte
Eugenio Montale, Douze poèmes nouveaux
Découvertes :
Isabelle Sojfer, La nef des ogres
Dominique Mainard, Le sel et le feu
Chroniques :
Régine Detambel, Comme une mésange chassant le ver (Colette)
Juan Goytisolo, Elle
Monique Lange, Dernières pages
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

SOMMAIRE
3 CLAUDIOMAGRIS LESLOISNONÉCRITES DESDIEUX
Gideinédit 1 1 ANDRÉGIDE JOURNALD'URSS présentéparMartineSagaert ÉRICMARTY POLITIQUESDEL'ÉCRIVAIN
Poésie 59 PASCALCOMMÈRE FAUSSEALERTE EUGENIOMONTALE DOUZEPOÈMESNOUVEAUX
Découvertes 77 ISABELLESOJFER LANEFDESOGRES DOMINIQUEMAINARD LESELETLEFEU
Chroniques 1 03 RÉGINEDETAMBEL COLETTE JUANGOYTISOLO ELLE MONIQUELANGE DERNIÈRESPAGES
CLAUDIOMAGRIS LESLOISNONÉCRITES DESDIEUX
Antigone.Mosaïque,Antioche.Photo©Artephot/Trela.
CLAUDIO
MAGRIS
LESLOIS NONÉCRITES DESDIEUX
Aucoursdesdeuxdernierssiècles,lalittératuremondialea enfantéd'innombrablesAntigone.Chaqueélaborationnou-velle,chaquecommentaireourepriseestuneinterprétationdu nœudcentraldel'immortelletragédiedeSophocle,leconflit entrelaloidel'ÉtatreprésentéeparledécretdeCréon,qui interditd'accorderunesépultureaucadavredePolynice,mort encombattantcontresacitéetsapatrieetles«loisnon écritesdesdieux»,l'impératiféthiqueabsoluquiimposeà Antigoned'ensevelirsonfrèretombédansuneguerrefratri-cide,d'observerlaloidel'amourfraterneletuniversel,lapiété enverslesdéfunts,loiàlaquellenesauraitcontrevenirledroit positif,sansperdreàsontoursalégitimité. Certes,latragédied'Antigonen'estpasseulementcelac'est aussi,commelenoteGeorgeSteinerdansunlivreadmirable, unesommedetouslesrapportsetconflitshumainsessentiels entrevieillesseetjeunesse,sociétéetindividu,mondedes vivantsetmondedesmorts,hommesetdivinité,éthosmas-culinetféminin,sphèredel'intimitéprivéeetprofanationde celle-ciparl'ordrecollectif,martyreducœurexposépubli-quement.C'estlaplusspectaculaireexpressiondesvaleurs féminines,élevéeàundegréd'universalitéquilestranscende etlesrassembletoutes. MaisAntigoneestenpremierlieul'affrontementd'Antigone etCréon,dedeuxloisquis'opposentàtraversleurspersonnes. Créonn'estpasseulementuntyran,cardanscecas,ditHei-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
delaRevueduCinémaetj'allaissouventybavarderau désespoirdemesjeunespatronsaveclasecrétairedelarevue quis'appelaitGermaineSorbets. C'estaucourantdel'année1948quejedécouvrisfascinée unpetithommechauveetlumineuxquis'amusaitàcollerdes timbresauhasardsuruneimmenseenveloppe.C'étaitune façoncommeuneautrededilapiderl'argentdesonéditeur.Je m'asseyaisenfacedeluiébahie(etc'étaitpourlavie).C'était JeanGenet. Mesjeunespatronsmecherchaientpartoutmaiscejour-là, ilsnemetrouvèrentpas.J'étaispartieavecJeanGenetqui m'avaitditquelapolicelerecherchaitetqu'illui fallaitquitter d'urgencel'hôteldeChicagoilvivait.J'avaiscrurencontrer BaudelaireouRimbaudetj'avaisrencontréAlCapone. Jedéménageai,éblouie,laminusculevalisequicontenaitses manuscrits(jamaisjenel'aivuavoirplusd'unepetitevalise commebien) et jeluioffris,sanshésiteruneseconde,la chambredebonnejevivais.Jen'avaisnullepartalleret jecommençaiàcoucheràdroiteetàgauche(plutôtàgauche). Genetétaitconvaincuquejeluiavaisprêtémachambrede bonneetquejevivaisdansungrandappartementavecma famille.Lorsqu'ildécouvritlavérité,ilfutplutôtattendrietje devinspourvingt-cinqannéessonesclaveradieuse. Lorsqu'ilmerenditmachambrepourpartirenGrèce,il m'écrivit«Nepleurezpas.J'aivenduPascaletSartre,jevous enécriraid'autres.» LeslivresdeGenetm'ontbouchél'horizonmaisilsm'évi-tèrentsansdoutedetropmedisperser. Genetvousportaitau-delàdevous-mêmeetc'estcetau-delà quim'émerveille encoreaujourd'hui.Ilm'atoutappris,même lorsqu'ilsetrompait.Ildétruisaittoujoursl'ordreétabli.Ilétait crueletmoqueur.Ilyavaitquelquechosequ'onnevoulaitpas lâcheretc'étaitcontrecequelquechosequ'ils'acharnait.Ily avaitsurtoutenluiundéchirementqueseulelamortpouvait