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BRIGITTEGIRAUD ALIETTEARMEL COLETTEFELLOUS ALAINVIRCONDELET DANIELDOBBELS
MICHÈLEMANCEAUX CÉCILEWAJSBROT NEDIMGÜRSEL
SOMMAIRE
MargueriteDuras
CHRISTIANEBLOT-LABARRÈRE
MARIEANNEGUERIN
Uneétrangère LesLimitesdel'absolu LeHéronblanc Danslesouciextrême deleurré-putation Unesouveraineimprudence NotessurMargueriteDuras Durassisme Quelqu'unquejedevraisrecon-naîtreetquejenereconnais pas Durasautéléphone MargueriteDuras-de-la-Forêt. Cellequimarcheverslefleuve Leçondeténèbres Tuer,dit-elleant. Deslivresillisibles,entierscepen-Écrire,dit-elle laveilledelamortdemon À père ? Écrire,aimer,oulemalheurmer-veilleux. Seulelecinéma
DossierréaliséparAlietteArmel
3 10 21
26 34 41 54
62 67 75 85 90
96 101 107
116G
124 128
PhotoRogerParry@
Gallimard
JULIAKRISTEVA UNEÉTRANGÈRE
Peut-onvraimentaimercequis'appelleaimerDuras?J'en suissaoulée,maiscommejepréfèreladouleurdelaclartéà lamaladiedesalcools,jefréquentesesromansavecledéchi-rementsymbiotiqueetprécautionneuxqu'induisentenmoiles patientslespluscatastrophés.J'enaiconnuplusd'un,plus d'une,quisesontlaisséenvoûterparsonamourdelamort, jusqu'ausuicide.Ellenedétestaitpasquejenommesorcellerie sacomplicitéaveclesravagesdelahainematernelle,avec l'ennuiquitientlieudedésirchezladéprimée,aveccerien « » quimiroiteentredeuxfemmes,quilesombiliquel'uneà l'autreetinondelesous-soldel'homosexualitéféminineendo-gène.AlorsquelesgroupiesdeDurasmereprochaientdene pasreconnaîtresavirtuositéd'artiste(cf«Lamaladiedela douleurDuras»,dansmonSoleilnoir,Dépressionetmélan-colie,1987,Folio/Essai),ellevoyaitdansmondiagnosticplu-tôtunhommage.Biensûr,elles'enfichaitquesonartsoit incapabledecatharsis,puisqu'ellevoulaitjustementcontami-nerlelecteuravecsapassionàmort,sapassionpourlamort. Qu'est-cequeçapouvaitluifaired'êtreprisepourunenihi-liste,unecollabo,unecommuniste,sionselaissaitemporter parleflotdesatristesse,fomentéeaufinfondd'unemythique Indochine,quandcen'étaitpasdanslacampagnefrançaise, auprèsd'unemèrefolle,forcémentinfanticide,forcément sublime?«Collaborateurs,lesFernandez.Etmoi,deuxans aprèslaguerre,membreduPCF.L'équivalenceestabsolue,
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
définitive.C'estlamêmechose,lemêmeappelau secours,la mêmedébilitédejugement,lamêmesuperstitiondisons,qui consisteàcroireàlasolutionpolitiqueduproblèmeperson-nel»(LAmant,1984).L'histoiredenotresiècleétaitpassée parsespages,pournelaisserqu'uneintimitéravagée.Lasouf-franceest-elledesourcefamilialeouhistorique?Aucune importance,mongénéral,lesdeuxsivousvoulez,pourvu qu'onpuissel'écrireetlarendreuniverselle,mieux,conta-gieuse.C'estunefaçondevivre,desurvivre,peut-êtremême delaverlaculpabilitépolitique.Maisest-cedelalittérature? Etqu'est-cequelalittérature?Personneneseledemande plus. Nousn'avionsnilamêmetristesse,nilamêmehistoire,ni lesmêmesamours,aucontraire.Maisnousétionssauvagement complices,parcequebrûléesd'unedouleurquinecadrepas aveclarhétoriquefrançaise.HervéSinteuil,aveclequelMar-gueriteDurasétaitenguerre,etréciproquement,medisaitun joursurlaplagedelaConche-en-Ré«Danstonécriture,il yaquelquechosedeDuras.»Jenesuispassûrequec'était uncompliment.Lamélancolien'estpasfrançaise,jelesavais, maisjel'aiapprisàmesfraisquandj'aiécritLeVieilHomme etlesLoups(Fayard,1991),romandedeuildupèreetde blessuresloufoquesentoutgenre.Durasfutlaseuleàmelire avecl'amitiédistantemaisinévitablequiréunitlestraduc-teursparcequeauseindelamêmelangue,ilsparlentune autrelangue.Transplanterdansunidiomed'accueilletemps sensibled'unpaysétrangerenfance, passion,autrepeuple, autredirerevientàunetranssubstantiationdelasouffrance quiapparentel'exil,latraductionetl'écritureenunmême destin. Sivous enêteslà,laseulechosequivousdonnel'impression d'avoiruneviepsychique,vousmaintientenvieetmérite d'êtrenommée,c'estl'autoperceptiondelapertedesoi.Car telleestlapassionsanssoi,sansautre,sansmonde.Ladou-leurestleseuilultimedecetétatsansobjetjenesuis
JULIA
KRISTEVA
mêmepasunobjetpourmoi-même.Rienqu'unelangue qu'onpeuttraduire-détruireindéfiniment,boireetrecracher danslasincéritédeladépossessiondudéracinement. Freudpensaitqueledeuiletlamélancolieportentl'ombre del'«objetperdu»qu'onperdeunamant,unemploiousa dignité,fondamentalementcetteperteseraitcelledelamère. LeshéroïnestranslucidesdeDurasportentl'ombredelapas-sion.Telleestsadécouverte,sonsupplément,àajouteraux manuelsdesnouvellesmaladiesdel'âme.Lesdurassiennessont desendeuilléesdelapassion.L'«objet»n'yestpasencore constitué,oubienilsedélite,lesdeuxprotagonistess'attirent etserejettentavecuneforcesanspitié,implacableetabsolue commelaplénitudedel'Être.Etsilessagesdel'Antiquitéqui fixaientdeleurœilintérieuruneénigmesansmotsscrutaient précisémentcetteinnommablepassionplutôtqu'onnesait quellesérénitéqui,paisiblement,seretire?Lesrescapésde Nevers,d'Hiroshima,deCalcuttaoud'undancingaubordde lamernetémoignentquedecelabienavantledésiretses accidentssadomasochiques,etautrementquelui,lapassionest unealchimiedeliaisonsetdedéliaisons,quinepréserverien denoshypothétiquesidentités.Lapassionestnotrefolie.Nous nesommespastouspsychotiquesmaisnouspouvonstousêtre fous.Fouslesunsdesautreshommesetfemmes,femmes etfemmes,hommesethommesparcequefousdenosmères folles.Ladouleurpsychiquedesdéprimésseraitl'impossibilité decommuniquercettepassion,cettefolieonnepeutnila direnil'installerdansleslienssociaux.Surnosapparences d'êtresparlantsetprétendumentérotiques,cettepassionse contentedefairerayonnerunsoleilnoirfuyantrefletd'un amoursanspersonne,auborddel'excitabilitébiologique. Vousn'ypouvezrien.Si.aprèstout.éventuellement.au mieux.àvosrisquesetpérilsvouspouvezessayerdel'écrire. Courageautantquevanité,cettetentativeparvientànoyerla dépressionenexaltationautrerefletdelapassion,plusplai-sant,pluscomplaisant.Uncrandeplus,etl'écrituredevient
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
maintenueàdistance,enpied,parlacaméra.Deuxautres hommeslesrejoignentvenusdechaquebordducadre.Tous vêtusdeblanc,chacunindifférentàlaprésencedel'autre,ils avancentversnouspuisbifurquentetsortentducadre.Déjà, alorsquetoutsejoueautourdelafigurationdespersonnages, sophistiquée,problématique,envahissanteunmiroirquifait toutunmurlesmultipliecemouvementd'appareilqui accompagnesanss'arrêtersurelleAnne-MarieStretter,mais qui,aucontraire,enlaguidant,l'induitàsortirduchamp,est significatifdelatentationimminentedeDurasàviderles lieux,àlesdépeupler.C'estlaraisond'êtredecetravelling exemplaire,grandgestedésoléquiannoncecommeundéfila désolationàvenir.
Lamaisonetlemonde.«Jepensequejenetraversejamais cettemaisonsanslaregarder.Etjecroisqueceregard-làest unregardféminin» Àl'imagedesenfantsquijouentdehors,danslespetites cours,surlestrottoirs,indifférentsàl'espacequ'ilscolonisent pourleursjeux,quipassentdesheures(leurvie)horsdechez euxsansjamaisvraimentensortir,Durasfilmeledehorsvu dudedans,parbesoindenerienmanquer,de nejamais affronterlevide,de nepasêtreseuleaumonde. Elleregardaitbeaucouplatélévision,«passeulementpour voirdes films.Avoirlatéléc'est êtrelà,avecvous.Êtreà Beyrouthavecvous»,dit-elledansunentretienauxCahiers ducinémaen1985,«carsij'étaisseuleàvoirlatélévision,je nelaverraispas.C'estl'informationcommunequejeregarde, quejepartage». Encesheures crépusculaireslesmassacresserépètent, nuitaprèsnuit,enAlgérie,anciennecoloniefrançaisemiseà feuetàsangparsonproprepeuple,maladedehonteet d'orgueil,vouslaissentsansvoix,celle,ensorcelante,deMar-gueritememanque.
1.InLesLieuxdeMargueriteDuras,op.cit.