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SOMMAIRE
3 YACHARKEMAL LALÉGENDEDUMONTARARAT AGOTAKRISTOF JOHNETJOE BORISPAHOR LEBERCEAUDUMONDE ALAINBORER JEIL VINCENZOCONSOLO L'HOMMEAUMANTEAUNOIR
Chroniques 82 PIERREASSOULINE ROUGEESPAGNOL(JORGESEMPRUN) MARIE-VICTOIRENANTET PAULCLAUDEL OLIVIERBESSARD-BANQUY JEAN-PHILIPPETOUSSAINT
MARIEANNEGUERIN SEULLECINÉMA
3 YACHARKEMAL LALÉGENDE DUMONTARARAT
14 AGOTAKRISTOF JOHNETJOE 42 BORISPAHOR LEBERCEAU DUMONDE 60 ALAINBORER JEIL 65 VINCENZOCONSOLO L'HOMME AUMANTEAUNOIR
YACHAR
KEMAL
LALÉGENDE DUMONTARARAT
IlestunlacsurleflancdumontArarat,àquatremilledeux centsmètresd'altitude.Onl'appellelelacdeKup,lelacde laJarre,carilestextrêmementprofond,mais pasplusgrand qu'uneairedebattage.Àvraidire,c'estplusunpuitsqu'un lac.Ilestentourédetoutespartspardesrochersrouges,étin-celants,acéréscommelalameducouteau.Leseulchemin menantaulacestunsentier,creuséparlespasdanslaterre battue,moelleuse,etquidescend,deplusenplusétroit,des rochersjusqu'àlarive.Desplaquesdegazonverts'étalentçà etsurlaterrecouleurdecuivre.Puiscommencelebleudu lac.Unbleudifférentdetouslesautresbleusiln'enestpas desemblableaumonde,onneleretrouvedansaucuneeau, dansaucunautrebleu.Unbleumarinemoelleux,doux commelevelours.
Àlafontedesneiges,chaqueannée,quandleprintemps ouvrelesyeux,quanduneimmensefraîcheurexplosesur l'Ararat,lesrivesdulacetleurmincecouchedeneigese couvrentdepetitesfleursauparfumpénétrant.Leurscouleurs sontéclatantes.Mêmelapluspetiteflamboie,bleue,rouge, jaune,violettesonéclatsevoitdetrèsloin.Leseauxbleues dulac,laterrecouleurdecuivrerépandentdesparfumsd'une violenceenivrante.Dessenteursquel'onperçoitdetrèsloin. Etchaqueannée,quandleprintempss'éveillesurl'Ararat, desbergersgrandsetrobustes,auxbeauxyeuxnoirsmélan-
LANOUVELLEREVUE
FRANÇAISE
coliquesetauxlongsdoigtsfins,s'enviennentavecleursflûtes aulacdeKup.Ilsétalentleurshouppelandesaupieddes rochersrouges,surlaterrecouleurdecuivre,surleprintemps millénaire,ilss'installentenformantuncerclesurlesrivesdu lac.Unpeu avantl'aube,souslesmassesd'étoilesquipalpitent au-dessusdelamontagne,ilssaisissentleursflûtesetcélèbrent parleurjeulagrandecolèredel'Ararat.Celaduredupoint dujouraucoucherdusoleil.Etalors,àl'instantmêmele soleildisparaîtàl'horizon,unoiseauminuscule,blanccomme neige,surgitau-dessusdulac.Unoiseaulongetpointuqui ressembleàl'hirondelle.Ilvoleentournanttrèsviteau-dessus del'eau,iltracesanscessedevastescerclesblancs,dont l'ombreretombesurlebleuintensedulac.Lesjoueursde flûtecessentdejoueràl'instantdisparaîtlesoleil.Ils remettentleursflûtesdansleursceinturesetseredressent. L'oiseaublanc,quivoleàtoutevitesseau-dessusdulac, s'élance,rapidecommel'éclair,ilplongeuneailedansl'eau, s'élèveànouveau.Partroisfois,ilsejetteainsiversl'eau, puis s'envoleàtire-d'aileetdisparaîtdansleciel.L'oiseaublanc unefoisdisparu,lesbergerss'éloignentl'unaprèsl'autre,etse perdentsilencieusementdansl'obscurité.
Depuislematin,unchevalblancsetenaitdevantlaporte d'Ahmet.Lecoutendu,ilsemblaitreniflerdeseslarges naseauxleboiscrevassédelaporte.LevieuxSofiàlalongue barbeblanchefutlepremieràl'apercevoir.Laselleducheval étaitunebelleselletcherkessenielléed'argent.Leséperons étaientd'argentouvré.LepèreSofiserapprocha,ils'arrêta toutprèsducheval.Lesrênes,ornéesdefilsd'or,étaientpas-séessouslepommeaurehaussédenacredelaselle.Unecou-verturedeselle,faited'unfeutrequel'ondevinait,mêmede loin,fouléavecunsoinexrême,s'allongeaitjusqu'àlacroupe ducheval.Surlacouverture,onavaitbrodél'antiqueemblème dudisquesolaire.D'unorangetrèsvif.Et,derrièrelesoleil, s'élevaitunimmensearbredevie.Surleflancgaucheduche-
LANOUVELLEREVUE
FRANÇAISE
obligésdeparler,fabriquedespersonnages.Cameronrivalise aveclesautresformesdereprésentationdecefameuxnaufrage. Delasimplereconstitutionsavantesurunécranvidéoquinous expliquecommentlenavires'estcoupéendeux,s'estredressé perpendiculaireàl'horizon,puisa,entrèspeudetemps,piqué dunezetcoulé,àcelleplusambitieuse,etqu'ilaccomplit,c'est saforceindéniable,den'exclurepersonne,derassemblertoutle monde(pasdesgens,pasunéchantillonnage,maistous),surle pontdubateau,sachantquetous,vousavezentêtedesimages, leportdeLiverpool,l'Amériqueauboutdelatraversée,l'ice-berg,ledangermortelreprésentéparceblocdeglacedonton nesaurajamaisjustementniilcommence,niils'arrête (cen'estpasunehistoiremais c'estcequiintéresseCameron, cequicrèvel'écran,lasurfacehorizontaledelamer,laverticale duplongeon,del'enfoncementquipeuttousnousengloutir), niàquellevitesseilsedéplace,commentilprenddelaconsis-tance,ensegreffantaupassage,dansl'eauglacée,d'autresmor-ceauxdelabanquise.L'icebergfatalresteunmystère.Leshéros deTitanic,letriocomposéparlajeunefemme,sonfiancéet sonamant,sontdesfiguresducinémamuetquireprésentent chacuneunevisiondumonde,dontellessontleporte-parole. IlsappartiennentaufeuilletonromanesqueduXIXesiècle,sont plusanciensquelecinémaparlant. «toussegroupaient mer contrela COM/Tf~<T l'imageparlait sansparenthèses»
Unescènemontreunpetitgarçonenlongmanteaubrun, quipleuredeboutcontrelacloisond'uncouloirenregardant monterleniveaudel'eauàsespieds.RoseetJackl'appellent pour l'emmenersurlepont,sousleciel,àl'airlibre.Alors,
InLeRenversementetLesNaturesindivisiblesdeClaudeRoyet-Journoud,ÉditionsGal-limard.