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aux
crocodiles
AvecExhortationauxcrocodilesdontnouspublionsiciles deuxpremierschapitres,LoboAntunesachèvesacroisadecontreles sévicesd'unpouvoirtotalitairequifondaitsapuissancesurla crainteetlamisèredeshommes.Maiscettefois,les«crocodiles» nesontpluslesexécuteursdeSalazarcommedansleManueldes InquisiteursnilescolonsesclavagistesdeLaSplendeurduPor-tugal.Ils'agitdugroupedeterroristes,pourlaplupartex-bar-bouzesdurégimesalazariste,dontlesattentatsàlabombeontservi, aprèslarévolutionde1974,lacausedugénéralSpinola.Aufil dessouvenirsdequatrefemmesquifurentmaîtresse,épouseouparente des chefsdecegroupe,ondécouvrecommentceshommesvoulurent rétablirunedictature dansunesociéténouvelleetencorechancelante, àl'imaged'uneconsciencequiàl'aubes'éveilled'uneffroyablecau-chemar.
1.AparaîtreauxéditionsBourgois.
CARLOSBATISTA
LaNouvelleRevueFrançaise
1 MIMI
J'avaisrêvédemagrand-mèreetquandjesuisarrivée àlafenêtreavantleleverdujour,entraversantles meublessanstoucherleplanchercommesij'avaisconti-nuéàdormir (moncorpsétaitl'ombred'uncorpssemouvantsans poidsdansmeschaussonsparcequemonvraicorpsétait restédanslelit,danscelitoudansl'autreàCoimbra voilàbiendesannées,prèsdesgrandssaules,monmoi d'adulteobservaitmonmoid'enfantoumonmoi d'enfantobservaitmonmoid'adulte,jenesais) quandjesuisarrivéeàlafenêtredonnantsurlaplace, j'aivul'enseignelumineusedelapâtisseriemanquait unelettre,àdemiimmergéedansmonsommeiletàdemi endehors,pâlesurlefondpâleducieletdesbranches desarbres,quifaisaitclignotersurlabanneleslettres Artilleriescanons,puis l'enseignem'aremarquée,s'est aperçuequ'elles'étaittrompée,arougidehonte,a changétrèsvitepourPâtisseriesmaison,etlà-dessusj'ai sentil'odeurd'eau-de-viequi appartenaitàmonrêve pasvraimentunrêveplutôtleschosescommeelles étaientàCoimbra,lerestaurantdemafamilleaurez-de-chaussée,leschambresàl'étage,magrand-mère MéméAlicia quineparlaitpasportugais,elleparlaitgalicienet aprèslamortdemongrand-père,elleadirigélesaffaires etlamaisoncommeelleétaitincapabledebougerà causedesonrhumatisme,deuxemployéeslalavaient,
AntonioLoboAntunes
l'habillaient,trempaientsescheveuxdansunecuvette d'eau-de-viepourluifairesanatte,l'installaientsurune chaiseenhautdel'escalierd'oùelledécidaitdesmenus, réglaitlesdifférends,sefâchaitcontresesenfants,véri-fiaitlescompteslesoirsurunpetitcahierd'école,ma grand-mère,autoritaireetimpotente,m'appelantd'un doigtmenaçant Mimi enéloignantleschatsetsesautrespetitsenfants,je mesouviensducaquètementdespoulesdupotagermêlé aucaquètementdessaules,despoulesetdessaulespico-rantdesgravatsengestesénervés,dem'êtreapprochée ensouhaitantdansmacraintequelesmarchesnese terminentjamais,pensant Ellevamefrapper l'enseignesoudains'estéteinte,ilfaisaitjour,d'ici peuonallaitdécrocherlesvoletsdesboutiquesd'or-fèvres,d'icipeumonmariallaitseréveiller Qu'est-cequetufabriquesvienslesmouvementsd'unebêteobscurequis'agitesous lescouvertures,seréveille,setransformelentementen jambesetbras,enfragmentsquis'unissentjusqu'à composerun homme (quandleTages'apaiselalunerassemblesurl'eaules morceauxdispersés) magrand-mère,aulieudemebattre,aordonnéaux employésdefermerlaporte,m'aenveloppéedansson odeurd'eau-de-vie,atendusonoreilleàdroiteetà gauche,lespoulesetlessaulessesonttus,respectueux, demêmequelemondesetaisaitaumoindredeses ordres,puisellem'achuchoté Neraconteàpersonnejevaisteconfierunsecret ellesavaittout,lisaitdesrevuesenespagnol,connais-saitlesétoiles
LaNouvelleRevueFrançaise Aldébaran dispensaitdesconseilspourlestestamentsetlesaccou-chements, congédiaitdescuisinières,devinaitleséclairs, juraitqu'enGaliceilpleutàlongueurdetempsetque desrosesnaissentdelamer,toujoursvêtuedeblanc commeunejeunemariéede jadisdepuisquemongrand-pèreétaitmort,elleexigeaitqu'onluiapportelesfleurs d'orangerdesonmariagesousuneclochedeverredépoli, elledéposaitlaclochesursesgenouxetpersonnen'osait riendire,lesplatsglissaientsansbruit,mononclemalade despoumonséteignaitlaTSF,monpèrejuchédevantla caisseenregistreuserectifiaitaussitôtsacravate Aldébaran unsecretdecellequiconnaissaitlesétoilesetgou-vernaitlemonde,j'aitraversédenouveaulesmeubles sanstoucherlesoletmesuiscouchéedanslelit,labête obscureareniflédansletraversin,Artilleriescanons, l'avionduministre,lavoituresurl'accotementdela route,l'associédemonmari,unemoitiédetêteen moins,glissantparterre,desgensquientraient,sor-taient,s'attardaientdanslegarage,deslambeauxde phrasesflottantauhasard,unmentonpointédansma directiontandisquejem'approchaisaulongducouloir avecmonpanieràtricot,lamanchedemonmarichas-santsescraintestelunoiseauquis'ébroue Parlezàvotreaisemonsieurl'évêqueelleestsourde ellen'entendpas Aldébaran,laGaliceilpleutàlongueurdetemps, desrosesquinaissentdelamer,jeluiaiachetéun téléphonespécialavecunepetitelumièrequis'allume, sivous,monsieurl'évêque,vouspreniezl'écouteur,vous necomprendriezrien,desglapissementsetencoredes glapissements,toutçadéformé,tordupardeshurle-ments,racontez-moiencorecelleducurécommuniste,
AntonioLoboAntunes
etmoidevanteuxsanschangerd'expressiongardant monsouriredesourde,magrand-mèrejuchéesurson trônemélangeaitdelalimonade,ducaféetdusucre avecl'airdeselivreràdemystérieusesmanigances,elle s'estarrêtéeuninstantsoupçonnantunparentintéressé, uneemployéequesesenfantsauraientsubornéedans l'office,jen'aipasoubliél'odeurd'eau-de-viedesanatte MéméAlicia jemeréveilleavecelledansmesrêves,jelaretrouve surl'oreiller,surlesdraps,danslesarbresdelaplace je lejure Neraconteàpersonnequejet'airévélélaformule ducoca-cola l'atoutdesAméricains,cequileurfaisaitgagnerles guerresetlesrendaitriches,magrand-mèremevoyant déjàrichissime TuvasdevenirrichissimeMimituvastemarier avecuncomte propriétairedeNewYork,detouslescinémasde GaliceetduPortugal,devingtimmeublesàCoimbra, deFord,magrand-mèreetmoiavecdesminesde conspiratrices,solennelles,lesstoresbaissés,goûtantune petitegorgée,toutaffoléesàl'idéedel'argentàvenir, despaniersdelingessalesdébordantdebillets,des tiroirsbourrésde pièces,unjardinier,unmajordome, quandplusieursmoisaprèsonl'aemmenée,toute décharnée,nerespirantplusqueparunpetitcoindesa poitrine,pourqu'ellemeureàl'hôpital lavoituresurl'accotementetl'associédemonmari,une moitiédetêteenmoins,glissantparterre elleaordonnéauxpompiersd'arrêterlebrancardafin dememettreengarde,inquièteàl'idéequelafamille oulesAméricainssoupçonnentquelquechoseetqueles hommesarmésdemitraillettesmetombentdessusau
LaNouvelleRevueFrançaise
retourdel'école,magrand-mère,commesichaquemot avaitétéunseaudepierresquesalangueauraithissé jusqu'àsabouche Neledisàpersonne jenel'aiditàpersonnegrand-mère,jen'aipasde cinéma,jenesuispasriche,jenemesuispasmariée avecuncomte Jeluiaiachetéuntéléphonespécialavecunepetite lumièrequis'allumeparlezàvotreaisemonsieur l'évêqueelleestsourdeellen'entendpas jemesouviensdesanattequipendaitdubrancard enoscillantdansl'escalier,del'odeurd'eau-de-viequi embaumaitlamaison, del'ambulancecahotantdansla ruelle,d'unetraînéedelisblancs,j'aieupeurqueles infirmièresoulesmédecinsneprennentunepairede ciseauxetluicoupentsanatte,laGaliceexisterait-elle encore,avecsapluieàlongueurdetemps,saneigesur lesvagues,sespigeonsaffamés,sesrosesquinaissentde lamer,monmari Quandnousflirtionsensembleelleavoulumefairecroire qu'elledeviendraitmillionnaireparcequ'elleconnaissaitla formuleducoca-colalessourdssontbizarresdifférentsdenous ilshabitentuneautreplanète Aldébaran faitescommemoineluiprêtezpasattentionnevoussouciez pasd'ellenoustrouveronsunesolutionauproblèmeducuré donnez-moiquelquesjourslaissez-moiendiscuteraveclesgars monmarin'étaitpascomte,jenemesuispasmariée avecuncomte,ilm'attendaitàlasortiedel'institut, desvêtementschers,lapetitemédailledesonsignepen-dueaucou,unbriquetdansunétuiensatin,desres-taurantslespouletsetlessaulesn'entraientpasdans lasallecommeàCoimbra,mêlésàlapoussièredesgéra-niumsetaurutdespaons,desnappesnonrapiécées,
AntonioLoboAntunes
desfourchettesauxdentsdroites,descouvertspropres, aucunfaniondeclub,aucuncalendrier,mamèreabsente delacuisine,quandjemepenchaispourépierjenela voyaispasplantéeaumilieudesfourneauxentrainde frotterdesglaçonssursonfront VotrecœurnetientpaslecoupdonaRosario m'avertissant Jenesaispasmoicequ'ilveutouplutôtjelesais ilsveulenttouslamêmechosecommentcrois-tuqueje suistombéeenceinte detoimoiquinesuispassourde etlesentendsvenirdeloin Mère Nousl'avonsemmenéechezledocteuretledocteur vouscomprenezmonsieurluiaglissédepetitsenton-noirsdanslesoreillesetaregardédedansavecunelampe Enfaitellen'estpasfolleelleestmalade moipleinedehonte Neditespasçamère Elleenadebonnesvousavezentenduçatais-toi Mimituvoisbienquejesuisentraindedéciderde tonavenirsimonsieurinsistepourt'épouserçale regardejel'auraiprévenu doncj'avaisrêvédemagrand-mèreetquandjesuis arrivéeàlafenêtreavantleleverdujour,entraversant lesmeublessanstoucherterrecommesij'avaiscontinué àdormir,dansuncorpsquiétaitl'ombred'uncorpsse mouvantsanspoidsdansmeschaussons,parcequemon vraicorpsétaitrestédanslelitàmeregarder,mon moi d'adulteregardantmonmoid'enfantoumonmoi d'enfantregardantmonmoid'adulte,oumonmoi d'enfantetmonmoid'adultedanslebureaudemon marilejourdel'avionduministre,lesdeuxhommes quejeneconnaissaispasentraind'hésiter,monmari sanssetracasserpourmoi
LaNouvelleRevueFrançaise Alors? motpourmot Alors? monmariquejecomprenaisnonparlesondesa voix,maisparlesmouvementsdesessourcilsetdeses lèvresreflétéssurlavitre,grossisàcaused'undéfaut dansleverrequiamplifiaitlesmots Alors? lesdeuxhommesaffublésenemployésd'aéroport,aux combinaisonstropgrandespourêtrelesleurs,mefixant, lefixant,mefixantdenouveau,sanscomprendreque mafemmevitdansuneclochedesilence,qu'ellefait semblantdehocherlatête,semblantdesourire,sem-blantd'êtred'accord Biensûr cesdeuxcrétinsseconduisantcommesij'avaiseu toutletempsdumondepoursavoirausujetdela bombe,commes'iln'étaitpasurgentqu'ilsfilentjus-qu'àlafrontièreetfassentlemortenEspagne lesrosesnaissentdelamerracontaitmagrand-mère soit,jenevaispasdiscuterdeça,lesrosesnaissent delameretlesvieillesquiportentdesnattes fabriquentducoca-colaavecdelalimonade,dusucreet ducafé,mafemmetournéenonpasversmoi,maisvers lafenêtredonnantsurlaplacecommeencesmatinsheu-reux heureux,voyez-vousça ellerêvaitdeCoimbraetd'unegargotemisérable pourplâtriers,avecplusdepoulesquedeclients,duriz aupoisson,desescalopesdeporc,despanades,sonparadis àelle,unparadisdepauvres,ilsuffisaitdevoirles chambresau-dessusdurestaurantilsdormaientàcinq ouàsix,lesédredonsrâpés,lesarmoiressansporte,le salonauxchaisesbranlantessurlesquellesjen'auraispas