La Nouvelle Revue Française N° 558

De
Valérie Mréjen, L'Agrume
François Vergne, Tout en bas ici-bas
Jean-Paul Michel, La Résurrection des morts
Thomas A. Ravier, La Terre promise
Benoît Duteurtre, Présentation de David au Flore
Fernando Pessoa, Pour un Cancioneiro
Constance Delaunay, Une journée de soleil
Yves Mabin Chennevière, Poèmes
Adolfo Castañón, Souvenirs de Coyoacán
Mathieu Bénézet, La vie continue ou Comment les continents dérivent
Jim Harrison, Autrefois
Bernard Comment, Maître-saucier
Nick Tosches, Une cigarette avec Dieu
Jean Clair, L'Enterrement de Balthus
Paul Rebeyrolle, Entretien avec Hugo Lacroix
Écrivains du Maroc :
Jean-Paul Michel, Un salut de reconnaissance et d'amitié
Mohammed Khaïr-Eddine, Dernier journal (1995)
Abdelkébir Khatibi, Écoutez...
Abdelmajid Benjelloun, 'Je suis poète'
Mohamed Choukri, Zoco Chico
Ahmed Bouanani, Les Persiennes
Mostafa Nissabouri, Shahrazade la langue
Mohammed Bennis, Poèmes
Mehdi Akhrif, Tombeau d'Hélène
Hassan Berkia, Douniya haniya
Chroniques :
Greil Marcus, Culture Pop, Pop Art, Pop Music
Jeannine Hayat, Maria Van Rysselberghe la diariste et Dorothy Bussy l'épistolière, deux intimes de Gide
Chroniques le cinéma :
Serge Chauvin, Obsidionales
Chroniques : les arts :
Pierre Descargues, Se promener dans les siècles comme dans le présent
Chroniques : le théâtre :
Hédi Kaddour, Le travail de Christian Schiaretti (Les Visionnaires de Desmarets de Saint-Sorlin)
L'air du temps :
Jean-Marie Besset, L'École de New York
Mirko Lauer, Fragments d'un retour à Prague
Jean-Michel Couvreur, Poèmes
Maurice Fickelson, La Route des Indes
Sylvain Bouyer, Victoire de la parodie (II)
Notes : la poésie :
Gérard Bocholier, Patmos et autres poèmes de Lorand Gaspar (Gallimard)
Philippe Di Meo, Génitifs de Jude Stéfan (Gallimard)
Richard Blin, L'Arbre-Seul d'André Velter (Gallimard)
Notes : la littérature :
Richard Blin, Une autre altitude d'André Velter (Gallimard)
Frédéric Martel, Souvenirs et voyages d'André Gide (Gallimard)
Laurand Kovacs, Journal inutile de Paul Morand (Gallimard)
Richard Blin, Colportage III de Gérard Macé (Gallimard)
Notes : le roman :
Nicolas Carpentiers, Les Fruits du hasard de P. Mauriès (Gallimard)
Pierre Perrin, Place du bonheur d'H. Marsan (Mercure de France)
Christine Andreucci, Le Rebord du monde de N. Laporte (Gallimard)
Nicolas Carpentiers, Requiem pour un ange tombé du nid de J. Cl. Bologne (Fayard)
Notes : les essais :
Shoshana Rappaport-Jaccottet, Poésie contre poésie, Celan et la littérature de J. Bollack (PUF)
Notes : lettres étrangères :
Shoshana Rappaport-Jaccottet, Le Lièvre de M. Vischer (La fosse aux ours)
Arnaud Cathrine, Journal d'un écrivain de V. Woolf (10/18)
Pierre Perrin, Anthologie personnelle de C. K. Williams (Actes Sud)
Claude Coustou, Mort d'une prima donna slovène de B. Svit (Gallimard)
Paul Gellings, Le Voyage des bouteilles vides de K. Abdolah (Gallimard)
P. Dulac, Sviatoslav Richter
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 0
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072388576
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
VALÉRIEMRÉJEN
L'Agrume
NousétionsassissurunbancprèsdesHalles,sousune espècedepergolaenbois.Ilfaisaitbon.Ilm'aditjenet'aime pas. Laveille,ilétaitarrivéuneheureenretardaurendez-vous. J'étaisdevantlastationd'essencedelaported'Orléansà guetterles4Lenespérantqu'ilvienne.Ilafiniparapparaître. J'avaisenviedefairelatêtemaislagaietédelevoirannulait tout.Cen'étaitpaslemomentdefaireuneremarquedéjà qu'ilnem'aimaitpasbeaucoup.J'aijusterelevésonmanque deponctualitésurletondelaplaisanterie. Uneautrefois,j'airencontréuntypeaucoursd'unfestival dedocumentairesardéchois.Ilétaitavecsonamie. Ilétaitvenus'asseoirprèsdemoilederniersoir,dansla salle3.Ilyavaitlenomd'undemescousinsdanslescrédits techniques(J.-J.Mréjen).Jeluiavaismontréleprogramme fièrement. Unefoisrentréedevacances,j'eusunappeld'uneautre ValérieMréjenquihabitaitdansle12eellevenaitderecevoir uncourrierdelui.Ilavaitcherchémonadressedansl'annuaire maisj'habitaisdanslesHauts-de-Seine.LaValérieMréjenqui avaitreçulalettremedemandasijeconnaissaisceB.R.,car
LaNouvelleRevueFrançaise elleavaitunamidumêmenom.Jedisqueoui.Ellem'expédia letoutdansuneplusgrandeenveloppe. C'étaitunefeuilledepapiercalque,avecunmorceaudefilm agraféd'uncôtéetduscotch. J'airéponduetmarquémonadresseenrajoutantdeuxcroix. Unecroixsignifiaitunbaiser.Commeilnecomprenaitrien,il lesaobservéesàlaloupe.Ils'appelaitBruno. Ilétaitpetit,brun,lesyeuxbleustrèsmyopes.Ilportaitdes lunettes.Sonpremierréflexedumatinétaitdeleschercher pourlespassserauPaiccitron.Ilattrapaitdélicatementles branchesetlesposaitsursesoreilles. Lapremièrefoisqu'ilestvenuchezmoi,c'étaitenrevenant deTours.Ilm'avaitprisuneboîtedemacaronschezun pâtissiertourangeau.Noussommesrestésdeboutànous embrasseraumilieudustudio.Ilétaitarrivéchezmoi,avait réussiàtrouvermarueetapportécesdélicieuxgâteaux. Bientôt,ilm'aditqu'ildevaitremettreundocumentàson frèreauxenvironsdeJouy-en-Josas.Ilestpartienpromettant derevenir.Pendantcetemps,j'aitournoyéenrondetadmiré lesmacarons.Auboutd'unmoment,jemesuismiseàla fenêtrepourguettersavoiture. Ilestrevenuauboutd'uneheure.J'aipenséouf. Uneautrefois,jel'airevudansuncafédeMontmartre.Il portaitunechemisegrissombreàminusculestachesblanches pareillesàdesfloconsdeneigecathodique. Laveilled'unjourpassé,ilm'avaitditqu'ilm'appellerait. J'aiattendu.Jen'osaispassortir.J'avaispeurqu'ilraccrocheen trouvantlerépondeur.Jesuisrestéechezmoi,j'aipatienténon loindutéléphoneenpleurantd'impatience.Ils'estmisàfaire nuit.Jen'avaisfaitqu'attendreetespérertoutelajournée. Peut-êtreétait-ilarrivéquelquechose?(Jemedisaiscelapour nepasl'accuser.)Jel'aiappeléversneufheuresdix.Puisvers neufheuresetquart.Toutàcoup,ilvenaitderentrer.Ilm'a ditonestallésvoiruneexpositionauJeudePaume.Ilparlait gentimentmaisavecunevoixferme.Ilm'apromisderappeler plustard.
ValérieMréjen
Avantça,j'étaistombéesurelleautéléphone.Jeneme posaispastropdequestions.J'avaissurtoutdemandéàparler àBruno. Unsoir,sonrépondeurétaitcasséildiffusaitenboucle une mélodied'attenteetl'onn'entendaitpluslebipsonore.(Ily avaitdesproblèmessansarrêtavecsamessageriedeputadi merda.)J'aiessayédereconnaîtrel'airetsuisalléem'acheter undisqueencherchantlapochettequisemblaitcorrespondre. (Malheureusement,cen'étaitpasçadutout.) Unmercredimatin,nousnoussommeslevéstard.J'aurais bienvoulupasserlajournéeavecluimaisilavaitundéjeuner d'anciensélèves.Jenepouvaisjamaissavoiràl'avance. Ilaimaitlelaitfraisenbouteille.Lelaitlongueconserva-tionétaitinfectàsesyeux. Jenesaispluscequ'ilmangeaitlematin.Dupaindemie avecdelaconfiture etdubeurre.IlprenaitdubeurrePrésident enbarquettesdeplastique.Ilbuvaitduthé.Lorsquej'habitais aupremier,j'allaisacheterdescroissants. Ilfaisaituncérémonialdetout.Ouvrirlesacenpapierdes croissants,nettoyersesverrescorrecteurs,verserduthé.Il aimaitsurtoutdéfairelesemballagesavecmilleprécautions.Il attrapaitlepapierdesoieduboutdesdoigtseteffectuaitun mouvementdumilieuverslesbords.Ilauraitpumanipuler dugroscartoncommesic'étaituncoquelicotpourlabeauté dugeste. D'ailleurs,lapremièrefoisquejel'airevu,ilm'avaitparlé d'unevidéodanslaquellePaul-ArmandGettetripotaitun nénupharenplastique.Ilm'avaitmimélemouvementrépé-titifdesdoigtsdanslesalondethédelarueRacine.Nous dégustionsdustrudel.Sonhistoirem'avaitfaitrougir.Ça m'avaitcomplètementséduite. Ilm'avaitracontéavecfascinationlarencontreentreun garçonet unefilledesonancienlycée.C'étaientdesgensassez morbides.Lafillefaisaitdelapeintureausangdebœuf récupéréparseauxentiersetdessinaitaveclesmains,vite vite avantqueçacoagule.Legarçonréalisaitdesfilmsilétran-glaitdeschatsensuper-huit.Brunomedisaitqu'ilss'étaient
LaNouvelleRevueFrançaise
trouvésensedonnantdespetitscoupsdecutterauxavant-bras,assissurunbancdela cour. Ilm'avaitexpliquéquececoupleavaitinventéunsystème originalpourdévelopperlesfilmssuper-huitdansuntuyau d'arrosage. Ilaccompagnaitsesdescriptionsdemouvementsdesmains pourfigurerl'effilementdutuyaud'arrosage,l'ouvertured'un couvercleoud'unebarquettedeBigMac.Pourlessensations gustatives,ilplissaitlégèrementlesyeuxetfrottaitdouce-mentleboutdesesdoigtscommes'il venaitdemangerun feuilletéetvoulaitsedébarrasserdesmiettes.Unjour,ilavait euunerévélationenbuvantdujusdetruffe.Ilmeparlaitdes gâteauxdesagrand-mère,des cookiesachetésauxHalleset desbiscuitsdelamèrePoulard. Unefois,j'airêvéquenousprenionsuntrainencompagnie desonamie.Elleluimontraitdesvariétésdegâteauxpour attirersonattention.Brunomarchait,complètementébahi parcestrouvailles.Ilpoussaitdespetitscris«oooh,ooh»en hochantlatête. Ils'achetaitdestranchesdefoie.Unefoisrentréchezlui,il sortaitlepaquetdusac,écartaitl'emballageetobservaitle beigeluisant. Unjour,ilsétaienttousallés,Brunoetsesamis,déguster desbrownieschezunglacieraméricain.L'unedesfilles découvrituncheveudanssapart.Brunoluiconseilladetout mangerautourafinde nelaisserquelemorceauaveclepoil çapermettraitd'enavoirungratis.Elleentamalesbordsen évitantlazonecritique,sculptaleblocàlacuillère etseplai-gnitseulementàladernièrebouchée.Onleuroffritun deuxièmeboutetdesexcuses. Ilsesurnommaitl'Agrumeetdessinaitsoneffigie sous formed'uncitron.Ilavaitcréél'icônedanssonordinateur. Undimanche,j'entreprisdefabriquerlevolumed'une machineàsousencartonpourlaluienvoyer.Jevoulaislui signifierquej'avaisgagnélegroslotenfaisantsarencontre. J'aiassemblélesbordsetledosavecduscotch,coloriél'objet
ValérieMréjen
aufeutreetplacédespiècesenchocolatdansletiroiràglis-sière.J'avaisfigurétroisorangesautirage. J'aiexpédiéletoutdansuncolispostalavecdurembour-rageenmousse.Uneautrefois,jeluiaiadresséuncamembert «Vallée»(pourValérie)achetéchezunexcellentfromager.Il m'arapportéquelefromagesentaittrèsfortenarrivant,alors quejel'avaischoisiàpeinefait.Maisilparaîtqu'ilétaitexcel-lent.J'adoraisluiacheterdesbonsproduits.Jeprenaisdulait fraisdemi-écréméquitournaittoujoursavantquejel'aievu. IlpossédaitunLeica.Aucoursd'unrendez-vous,ilprit quelquesphotos,dontcellededeuxsacsenplastiquelégère-menttransparents.Ils'émouvaitdelabeautédeschosesavec unréelenthousiasme.Delacrèmedelaitàlasurfaced'une tasse,d'unbouchondelavabodurcietcraquelé,d'unetachede moisisurunfruit,ildisaitc'estbeauenlespointantdudoigt. Unjourquenousétionschezlasœurd'unami,ilaperçutune soupapedecocotteprèsdesplaquesdecuisson.Illapritentre lepouceetl'indexetlouasesqualitésplastiques,sansmesurer lasurprisedenotrehôte.Ilfitencoreuneoudeuxremarques, étonnédenepasrencontrercheznousplusd'écho. Ilm'avaitdonnérendez-vousàtreizeheuresdansunrestau-rantjaponais.J'avaispasséune robe achetéelasemaineavant, unerobedecréateurconnu.Lespassantsmeremarquaient.Je l'attendisprèsd'uneheure,essayantdetoutesmesforcesde prendreunairdistrait.Jem'obligeaisàrêvasserpouravoirl'air surpriselorsqueje leverraisvenir.Ilavaiteuunproblèmede métro.Danslerestaurant,iladmiralespetitestassesstriéesde bleuqu'onnousavaitserviespourboirelethé.Illespritdans sesmainsavecbeaucoupderespect,etmeconfiaqueleurseule vuedevraitsuffirepourêtreheureux.Qu'ilétaitimpensablede nepasatteindrelebonheuraucontactdecesbols. Ilapprenaitlejaponaisàl'école.Ilme faisaitdespetitsdes-sinsdecaractèresl'hommedanslamaison,lafemmeavec l'enfant,letemple,etc. IlpossédaitunlivredephotosdeSophieRiestelhuberdes vuesd'avion,dechampsdebatailleetdesempreintesdetanks aumilieududésert.Ilrépétaitc'estbeauendétaillantles
LaNouvelleRevueFrançaise
pages.Demêmequ'iltrouvaitbelleslesgrandesimagesde Serranoprisesàlamorgue,lespeauxbrûlées,lesplaies ouvertes,leschairsdecire,lespiedsd'unnourrissonenru-bannés,uneétiquetteaccrochéeàl'orteil.Cequiluiplaisait, c'étaitlamatière. Jenepouvaispasvoircesimages.ÀRome,ellesétaientpré-sentéesdansunegalerie.J'essayaisdeformulermondégoût maisilétaitsisûrdeluiqu'onnepouvaitpasparlerdutout. Sesargumentsétaientdemarbre.Ilcitaittoujoursunexemple ouunephrasepourmedésarçonneretmeremettreàmaplace. Unjour,j'aiéclatéenpleurstellementilm'étaitdifficile d'exprimerquoiquecesoit.Ilm'aprisedanssesbrasd'unair dedirepauvrefille.J'étaistoutdemêmecontentequ'ilme prêtesonépaulec'étaittoujoursçadepris.Brunomeserrait danslarueUninconnuquelconqueauraitpuvoircegeste. N'importequiÇasignifiaitqu'ilacceptaitdemontrerau mondecommenousétionsintimes. C'étaitenallantdînerchezdesgensdontj'aioubliélenom. J'avaiseuleurnumérodetéléphoneparFrançoise,l'ancienne amied'unami.Nousavionsbuuncafétouteslesdeuxenter-rasse,elleconnaissaitdesgenslà-bas.ÀRome,jem'étaiscrue obligéedelesappeler.Ilsnousavaientconviésentantqu'amis deleuramie.Brunoétaitseulàparleraveceuxcarilavait apprisl'italienaulycée.J'essayaisdesuivreenécoutant.La jeunefemmeavaitpréparédesentréesàbasede veauetde jamboncru.J'étaisgênéed'êtrevenuelà,ilsavaientpréparéun excellentdîner.Nousn'avionsriendespécialàdireàpart parlerdeRome. IlavaitlouéunevillaviaBalilla,danslequartierdestra-vestis.Desperruquesflottaientauxséchoirs.Onvoyaitaussi desbustiers.C'étaitunproblèmepourladoucheparcequeles réservoirsétaientalimentésàl'eaudepluie.Unfiletd'eausor-taitdelapomme,ilfallaitsedébrouilleravec.Unmatin,il m'arejointetard,jeluiaidemandé«çava?».Ilm'arépondu «non,çane vapas».C'étaitàcausedel'eauiln'yavaitplus unegoutte.
ValérieMréjen
Lesoirdemonarrivée,nousétionssortismangerdehors.Le serveuravaitglissétouthautuncomplimentsurmoi.Jeme disaiscommeildoitêtrefierd'êtreavecunefillequeles autrestrouventbien. Quelquefois,nousallionsacheterdesglaces.L'idéevenait deluiparcequejen'osaispas,maisquandilproposait,çame paraissaittoujoursêtrelemoment.Nousprenionsuneoudeux boulesdansungobelet. Unefois,j'avaisdemandépraliné.Iltrouvaitceparfum dégoûtant.Jeregrettaismonchoix.J'auraisvouluqu'il apprécie,qu'ilpiochededansavecsacuillèreplate,qu'ilfinisse toutenmecongratulanttellementiladorait. Unsoir,nousdevionsemprunterletramwaypourrejoindre lamaison.Ilétaittard.Lechauffeurdutramwayacontinué sansnousvoiretBrunos'estmisàtrottinerderrièredans l'espoirvaindel'attraper.J'essayaisdelesuivreàboutde souffle,déroutéeparlesétincellesetlecrépitementdescâbles. Çaneservaitàrien.Letrainétaitloin,maisBrunovoulait vaincre.Ilsuivaitletramjecouraisaprèslui. Àl'X,ilshabitaientàdeux.C'étaitunpetitstudiodansun immeubleenbriqueavecunebaievitréesurunbalcon.Ily avaitdeslivres,desagrumes,despeignoirsenéponge,despla-quettesdepilules,descartonsd'emballageetdesgalettes«La Bienfaisante». J'aifiniparluidemandersisacopineallaittoujoursrester, etilaréponduquejustement,illuicherchaitunechambreà louerdansParis.Ilm'ademandésijeneconnaissaispas quelqu'unquiauraitça.J'aiposélaquestionàmatante.Elle avaitunevoisinedontlachambreétaitlibre.Brunoaécrità cettedamepourdemanderàvoir.Çaluiaplu. C'étaitauseptièmeétage.Ilapoussélaharpieàyemmé-nager.C'étaitrueGay-Lussac,enfaced'uncouventdesœurs. Duquatrième,dechezmatante,onlesvoyaitcultiverleur jardin. Brunogardaitdesorangesetdescitronsqu'ilmettaità moisir.Ils'étonnaitaprèsd'êtreenvahiparlesmouches.Au téléphone,ils'écriaittoutletempsAhenvoilàunejene
LaNouvelleRevueFrançaise
saispasd'oùellessortentEllessontendormiesIlessayaitde lesattrapermaisellesétaienttropmolles.Çalerendaithysté-rique.Jusqu'aujourilcompritqu'ellesvenaientpourles fruitsc'étaientdesdrosophiles. Unefois,ilavaitoubliéunrestedecouscousdansune cocotte-minuteavantdes'enallertroisjours.C'étaitmoisià sonretour.Jemedisaiscommeilestattendrissant.Ilalatête ailleurs.Jetrouvaislesdrosophilesattendrissantes. Ilavaitbeaucoupd'affectionpoursagrand-mère.Ellevivait dansuneHLMetconfectionnaitdesgâteauxtunisiens.Elle l'avaitpratiquementélevé. Brunoavaitunetantepharmaciennequitravaillaitruedes Archives.Nousl'avionsrencontréeunsoiraucoursd'unepro-jection,etchacuneavaitditsonprénom.Ellem'avaitmême serrélamain.Chaquematinpouralleraumétro,jepassais devantlapharmacieenprenantcequejepensaisêtreun mélanged'airmalin,aimable,rêveuretnaturel.J'espérais chaquefoisqu'ellemeverraitdederrièrelavitrineetquecette habitudemeferaitpeuàpeuexisterdanssaviequotidienne.À forcedemevoir,ellefiniraitparfaireuneréflexionenfamille surlacopinedesonneveu.L'idéed'êtreévoquéedansundîner entrelesonclesettantesmegrisaittotalement.J'auraisacquis uneplacedechoix.Unefois,jesuisentréelecœurbattant pouracheterdu shampoing. Sagrand-mèreluiavaitdonnéunerecettepourlessoirsilneresteplusquedesconservesetdequoifaireunesauce salade.Unpotdeconcentrédetomateetuneboîtedemiettes dethonliésensembleavecdel'huile.Ilm'enavaitpréparé dansunpetitbol.C'étaitrouge,épais,sucréetécœurant. Ilportaitdessortesdesabotsàlacets,desfoisnoirs,desfois bruns,toujoursbienglacésaucirage.C'était extrêmement rarequ'ilaitdelaterreautour. Unsoir,ilestrentrédeToursetilm'arapportédesgâteaux desagrand-mèredansuneboîtedesablés.Ilappelaitça «Montecaos».Ildisaitqu'elleluiavaitapprisàlesfaireet qu'elleluiavaitaussidonnélarecettedepleind'autres. Jeluiavaisproposédem'accompagneràunefête.C'étaitla
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

La Nouvelle Revue Française N° 419

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 557

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 291

de editions-gallimard-revues-nrf

suivant