La Nouvelle Revue Française N° 559

De
Philip Roth, Primo Levi et Philip Roth parlent boutique
Jean Clair, Balthus dans l'amitié des poètes
Philippe Petit, Petit précis du vol à la tire (traduit de l'anglais par l'auteur)
Louis-René Des Forêts - Alain Veinstein, Entretien avec Alain Veinstein
Hommage à Louis-René des Forêts :
Jean Grosjean, Dans un miroir
Shoshana Rappaport-Jaccottet, Un présent d'écrivain
J.-B. Pontalis, L'Intraitable
Richard Millet, Une amitié syntaxique
Gilles Quinsat, La Comédie des limbes
Yves Leclair, Le Tour du chant
Bernard Lambert, Louis-René des Forêts ou Les tourments du littérateur
Radovan Ivsic, Comme on fait son rêve, on fait sa vie
Annie Le Brun, Toyen ou L'insurrection lyrique
Alain Jouffroy, La situation est plus grave qu'on le croit
Thierry Laget, Un nocturne de l'Arioste
Gilbert Lascault, Gérard Titus-Carmel et les intermittences de l'Être
Écritures chinoises :
Annie Curien - Jin Siyan, Chemins sinueux, voix profondes
Bei Dao, L'Hier et l'aujourd'hui d'Aujourd'hui
Han Shaogong, La Renaissance contemporaine de la tradition littéraire
Gao Xingjian, Les Difficultés du théâtre chinois contemporain
Rui Li, Pouvoir et hiérarchie littéraires
Zhang Wei, Liberté : droit de choisir et élégance
Su Tong, L'Ultime Pouvoir des écrivains
Gao Xingjian, La Voix de l'écrivain
Leung Ping-kwan, Poésie du dinosaure
Yang Lian, La Tour du compositeur
An yi Wang, La Petite Chose
Bei Dao, Poèmes
Yang Lian, Corrosion des jours
Annie Curien, Le Dictionnaire de Maqiao ou Le roman-langue
Han Shaogong, Sucré (Extrait du roman Le Dictionnaire de Maqiao)
Chroniques :
Basilio Baltasar, La Conjuration accidentelle
Frédéric Martel, Nan Goldin ou La politique de l'intimité
Chroniques : le cinéma :
Serge Chauvin, Le Visible et l'opaque (Jean-Luc Godard ; Nanni Moretti ; Marc Recha ; Cédric Kahn)
Chroniques : les arts :
Pierre Descargues, Les modernités ont besoin de longue durée (Arp chez Miró ; Arnold Böclin ; Daniel Spoerri chez Jean Tinguely ; Jean-Paul Philippe ; les Vikings reviennent)
Chroniques : le théâtre :
Hédi Kaddour, Chantal et le 54x13 (de Jacques Bonnafé)
L'air du temps :
Albert Bensoussan, Le Planteur et le supplanteur. Considération sur l'inhumaine actualité
Louis Chevaillier, Poèmes
Corinne Desarzens, De l'herbe, encore
Olivier Silloray, F...
Ivan Herisson, Poèmes
Notes : la littérature :
Gérard Bocholier, Notes du ravin de Philippe Jaccottet (Fata Morgana) - Carnets 1995-1998 de Philippe Jaccottet (Gallimard)
Richard Blin, Accidents de la circulation de Jacques Réda (Gallimard)
Notes : le roman :
Paul Gellings, La Petite Bijou de Patrick Modiano (Gallimard)
Pierre Perrin, Le Premier Mot de Pierre Bergounioux (Gallimard)
Nicolas Carpentiers, Le Château d'eau de Malika Wagner (Actes Sud)
Notes : les essais :
Yves Leclair, Utopie et désenchantement de Claudio Magris (Gallimard)
Notes : lettres étrangères :
Max Alhau, Le Vol de l'oie sauvage de Horia Badescu (Gallimard)
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 6
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072388613
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
PHILIPROTH
PrimoLevietPhilipRoth parlentboutique
Levendredideseptembre1986jesuisarrivéà Turinpourreprendreuneconversationengagéeavec PrimoLeviunaprès-midiàLondres,auprintempsprécé-dent,jeluiaidemandédemefairevisiterl'usinedepein-turequil'avaitd'abordemployécommechercheur,puis commedirecteur,jusqu'àsaretraite.Lasociétécompte cinquanteemployésentout,essentiellementdeschi-mistesquitravaillentdansleslaboratoiresetdesouvriers qualifiés,dansl'atelierproprementdit.Lesmachinesde production,larangéedecuvesdestockage,leslaboseux-mêmes,leproduitfinidanssesconteneursaussigrands qu'unhomme,prêtsàêtreexpédiés,l'appareilderecy-clagequipurifielesdéchets,toutcelatientsurdeuxhec-tares,deuxhectaresetdemi,àunedizainedekilomètres deTurin.Lebruitdesmachinesquisèchentlarésine,qui mélangentlesvernis,etquipompentlespolluants n'atteintjamaisunniveaudedécibelsalarmant,et l'odeurâcrequirègnedanslacourLevim'aditqu'elle avaitcolléàsesvêtementsdeuxansaprèssaretraite n'estnullementrépugnanteladéchargedetrentemètres
LaNouvelleRevueFrançaise
delong,pleineàrasbordd'unebouenoireprovenantdes résidusdeladépollution,n'offrepasunspectacleinsuppor-table.Autantdirequ'iln'yapasl'environnementindus-trielleplusaffreuxdumonde,maisonesttoutdemême loindecesphrasessaturéesd'intelligencequisontla marquedefabriquedesrécitsautobiographiquesdeLevi. Pouréloignéequ'ellesoitdel'espritdesaprose,ilest clairquel'usinedemeureunlieucheràsoncœurtouten absorbantcequejepouvaisabsorberdubruit,delapuan-teur,delamosaïquedetuyauxetdecuves,deréservoirset decadrans,jemerappelaiFausonne,leconstructeurde charpentesmétalliquesdansLaCléàmolettequiconfieà Levilequell'appellemon«alterego»«Ilfautqueje vousdisequemetrouverdansunatelierd'usine,çame plaît,àmoi.» Commenoustraversionslacourextérieurepourgagner lelaboratoire,petitbâtimentàétageauxlignessimples construitdutempsqu'ilétaitdirecteur,ilmedit«Ça faitdouzeansquej'aiperdutoutcontactavecl'usine, c'estpourmoiqueçavaêtreuneaventure.»Presquetous lesgensaveclesquelsilavaittravailléétaientàprésent mortsouretraités,croyait-il,etlesrarestêtesconnues qu'ilcroisaitluisemblaientdesspectres.«Encoreun fantôme»,medit-iltoutbasaprèsqu'unhommefut sortidubureaucentralquiavaitjadisétélesien,pourlui souhaiterlabienvenue.Commenousnousacheminions verslapartiedulaboratoirel'onexaminelesmatériaux brutsavantdelesenvoyersurleschaînesdeproduction, jeluidemandais'ilreconnaissaitlelégereffluvechimique quirégnaitdanslecouloironauraitdituneodeur d'hôpital.L'espaced'uninstant,illevalatête,exposant sesnarinesàl'air.Puis,avecunsourire,ilmeditqu'ille reconnaissait,etqu'ilauraitpul'analysercommeun chien.
PhilipRoth
Il mesemblaitrayonnerd'uneénergieintérieure,du vif-argent,tel undecespetitsgéniessylvestresqu'anime l'intelligencelaplusfinedelaforêt.Leviestpetitet menu,quoiquepasaussi frêlequesonattitudemodeste nelefaitparaîtreaupremierabord.Ildonnel'impression d'avoirgardél'agilitédesesdixans.Danssoncorps,son visage,onvoit,choserarechezunhomme,ceuxdu gamin qu'ilaété.Savivacitéestpresquetangible,sasensibilité palpitante,telleunelampepilote. Lesécrivains,c'estmoinsétonnantqu'iln'yparaît,se divisentcommelerestedel'humanitéentreceuxqui écoutentetceuxqui n'écoutentpas.Levi,lui,écoute,et detoutsonvisage,unvisageaumodeléprécis,qui,avec sonpetitboucblanc,gardeàsoixante-septanstoutesa juvénilitédefaunesansreniersonsérieuxd'universitaire unvisageselitunecuriositéirrépressible,maisun visaged'éminentdottore.JeveuxbiencroireFaussone quandilditàPrimoLevi,audébutdeLaCléàmolette «Vousêtesunsacrébonhommedemefaireraconterdes histoiresquejen'aijamaisracontéesàpersonne»Il n'estpasétonnantquelesgensluiracontenttoujoursdes tasdechosesetquetoutsoitenregistréfidèlementdanssa mémoireavantmêmed'êtreconsignéquandilécoute,il estaussiconcentré,aussiimmobilequ'unécureuilobser-vantunobjetinconnudepuissonmuretdepierre. IlhabiteavecsafemmeLucialegrandimmeublecossu construitquelquesannéesavantsanaissancec'est d'ailleurssamaisonnatalepuisqu'ilyoccupel'apparte-mentdesesparentssonannéed'Auschwitzmiseàpart, ainsiquelesmoisaventureuxquiontsuivisalibération, savies'estpasséedanscetappartement.Lebâtiment, dontlasoliditébourgeoisecommenceàcéderaux attaquesdutemps,estsituésurunlargeboulevard d'immeublessemblables,quim'afaitl'effetd'unéquiva-
LaNouvelleRevueFrançaise lentdeWestEndAvenue,àManhattan,maisenItaliedu Nord.Ilestenvahiparunflotcontinudevoitureset d'autobus,ainsiquedetramwaysfilantsurleursrails maisunerangéedegrosmarronniersn'enjalonnepas moinslescontre-alléesétroites,departetd'autredela chaussée,etaucarrefour,onaperçoitlesvertescollines quibordentlaville.Lescélèbresarcadesducœurcommer-çantnesontqu'àunquartd'heureàpiedenlignedroite, danscequePrimoLevialui-mêmenommé«lagéomé-trieobsessionnelledeTurin». LegrandappartementdesLeviabriteaussi,comme depuisquelecouples'estrencontréetmarié,lamèrede Primo,quiaquatre-vingt-onzeanssabelle-mère,quien aquatre-vingt-quinze,n'habitepasbienloinenface,sur lepalier,vitsonfilsdevingt-huitans,quiestphysicien, etàquelquesruesdelà,safilledetrente-huitans,quiest botaniste.Pourmapart,jeneconnaispasd'autreécrivain contemporainquisoitvolontairementdemeuré,depuis toutescesdécennies,aussiintimementlié,etencontact aussiimmédiat,aussiininterrompuavecsafamilleproche, samaisonnatale,sarégion,lemondedesesancêtres,et surtout,lemondedutravailtelqu'onlevoitàTurin, capitaledeFiat,unmondeessentiellementindustriel.De touslesartistesintellectuellementdouésdecesiècle,et Leviestuniqueenceciqu'ilestdavantageunartistedela chimiequ'unécrivain-chimiste,ilpourraitbienêtrele mieuxadaptéàlaviedesonmilieudanssatotalité.Peut-êtrequ'avecsonchef-d'œuvresurAuschwitz,cetteviede lienscommunautairesconstituelaréponseprofondément civiliséeetvitalequ'ilopposeàceuxquisesontacharnés àtranchersesattachesàlongterme, etàl'expulser,comme sespareils,del'histoire. AudébutduSystèmepériodique,dansunparagraphequi décritundesprocessuslesplussatisfaisantsdelachimie,
PhilipRoth
ontrouvecettephrasesimplissime«Ladistillation, c'estbeau.»Lesproposquivontsuivrenesontpasautre chosequ'unedistillation,c'est-à-direuneréductionà l'essentieldecetteconversationaniméeetcouvrantde vastesdomainesquenousavonseueenanglais,aucours d'unlongweek-endpassépourl'essentielderrièrelaporte desonbureautranquille,quidonnesurl'entréedeson appartement.Cettepièceest vaste,meubléeavecsimpli-cité.Ilyaunvieuxcanapéàfleurs,etunechaiselongue confortablesurlebureau,untraitementdetextesrecou-vertd'unehousseparfaitementrangésderrièrele bureau,suruneétagère,lescahiers deLevi,auxcouleurs variéessurlesbibliothèquesqui tapissentlapièce,des livresenitalien,enallemandetenanglais.L'objetleplus évocateurestaussil'undespluspetitsils'agitd'un dessindiscrètementaccrochéaumur,etreprésentantun fildeferbarbeléplusoumoinsenlambeauxàAuschwitz. Plusenévidencesetrouventdesréalisationsludiques, faitesdefilélectriquehabilementtortilléparPrimoLevi lui-mêmeils'agitdefilgainéd'unvernisfabriquéàce seulusagedanssonproprelaboratoire.Ilyaungrand papillonenfil,unhibou,unminusculescarabée,et,haut surlemur,derrièrelebureau,deuxdesplusgrandes réalisationsl'uned'ellesreprésentantunguerrier-oiseau arméd'uneaiguilleàtricoter,etl'autre,commeLevime l'aexpliquédevantmaperplexité,«unhommejouant desonnez»UnJuif?ai-jesuggéréOuioui,a-t-il réponduenriant,unJuif,biensûr.
PHILIPROTHDansLeSystèmepériodique,quevousavez écritsur«legoûtpuissantetamer»devotreexpérience dechimiste,vousparlezdeGiulia,votrejeuneetchar-mantecollèguedel'usinechimique,àMilan,en1942. Giuliaexpliquevotre«maniedutravail»parlefaitqu'à
LaNouvelleRevueFrançaise unevingtained'années,vousêtesencoretimideavecles femmes,etn'avezpasdepetiteamie.Maiselleatort,je crois.Votremaniedutravailrelèvedequelquechosede plusprofond.Onalesentimentqueletravailestvotre thèmeprincipaletpasseulementdans LaCléàmolette, maismêmedansvotrepremierlivresurvotreincarcéra-tionàAuschwitz. ArbeitMachtFreiLetravaillibèresontlesmotsins-critsparlesNazissurleportaild'Auschwitz,saufqu'à Auschwitz,letravailestuneeffroyableparodie,inutileet absurdec'estunlabeur-châtimentquinepeutmener qu'àunemortatroce.Onpourraitvoirtoutevotreœuvre littérairecommes'employantàrendreautravailsasigni-ficationhumaine,pourreprendrelemotArbeitconfisqué parlecynismedérisoiredevosemployeursd'Auschwitz, quil'ontdéfiguré.Faussonevousdit«Chaquefoisque j'entreprendsunnouveautravail,c'estcommeunpremier amour.»Etilaimeparlerdecequ'ilfaitpresqueautant qu'ilaimelefaire.Faussone,c'estl'HomoFaber,rendu véritablementlibreparsesœuvres.
PRIMOLEVIJenecroispasqueGiuliaaiteutort d'attribuermafrénésiedetravailàmatimiditéd'alors auprèsdesfemmes.Cettetimidité,oucetteinhibition, étaitauthentique,pénible,lourdeàporterils'agissait d'unfacteurbienplusdéterminantpourmoiquema conscienceprofessionnelle.Letravailàl'usinedeMilan, telquejel'aidécritdansLeSystèmepériodique,étaitunfaux travail, auqueljenecroyaispas.Lacatastrophedel'armis-ticedu8septembre1943étaitdansl'air,enItalie,etil auraitfalluêtrefoupourl'ignorerens'enterrantdansune activitéscientifiquedénuéedesens. Jen'aijamaistentésérieusementd'analyserlatimidité quifutlamienne,maisilestclairquelesloisracistesde
PhilipRoth
Mussoliniyonteuleurpart.D'autresamisjuifsenont souffertdescamaradesdeclasse«aryens»nousacca-blaientdesarcasmes,endisantquelacirconcisionn'était niplusnimoinsqu'unecastrationet,inconsciemment dumoins,nousavionstendanceàlecroire,aidésencela parnosfamillespuritaines.J'inclineàpenserqu'àcette époqueletravailétaitpourmoidavantageunecompensa-tionsexuellequ'unevraiepassion. Pourautant,j'aiconsciencequedepuislecamp,mon métier,ouplutôtmesdeuxmétiers,lachimieetl'écri-ture,ontjouéetjouentencoreunrôleessentieldansma vie.Jesuispersuadéquel'êtrehumainnormalestbiolo-giquementconçupours'adonneràuneactivitétendant versunbut,etquel'oisiveté,ouletravailabsurde (commel'Arbeitd'Auschwitz)sontsourcedesouffranceet d'atrophie.Dansmoncascommedansceluidemonalter ego,Faussonne,travaillerrevientàrésoudresespro-blèmes. ÀAuschwitz,j'aisouventobservéuncurieuxphéno-mènelebesoindulavorobenfatto,dutravailbienfait,est sifortqu'ilpousselesgensàs'acquitter«commeilfaut» destâcheslesplusserviles.Lemaçonitalienquim'asauvé lavieenm'apportantàmangerendoucependantsixmois détestaitlesAllemands,leurnourriture,leurlangue,leur guerrepourtantquandilsl'ontoccupéàmonterdes murs,illesamontésdroitsetsolides,pasparobéissance, maispardignitéprofessionnelle.
PHILIPROTHSic'estunhommesetermineparuncha-pitreintitulé«L'histoirededixjours»,vousdécrivez, sousformedejournal,commentvousaveztenudu18au 27janvier1945àl'infirmeriedefortuneducamp,parmi lederniercarrédemaladesetdemourants,aprèsqueles Nazisavaientfuiversl'ouestavecquelquevingtmille
LaNouvelleRevueFrançaise
prisonniers«enbonnesanté».Àvouslire,j'ail'impres-siondelirel'histoiredeRobinsonCrusoéenenfer,avec vousPrimoLevidanslerôledeRobinson,arrachantles denréesvitalesauxépaveschaotiquesd'unîlotlemal règneenmaître.Cequim'afrappédanscechapitre, commedanstoutlelivre,c'estàquelpointpensera contribuéàvotresurvie,penserenespritscientifiquedoté desenspratiqueetd'humanité.Votresurvie,vous neme semblezpasladevoiràuneforcebiologique brute,nià unechanceinvraisemblable.Jelavoisplutôttenirau métierquivouscaractérise,vousl'hommedeprécision, quicontrôlelesexpériences,quichercheleprincipe d'ordreetsetrouve confrontéàl'inversiondetoutesses valeurs.Certes,vousfaitespartiedesrouagesd'une machineinfernale,maisdumoinsêtes-vousunrouage dotéd'espritdesystème,pourquicomprendreestimpé-ratif.ÀAuschwitz,vousvousdites«Jepensetrop» pourrésister,«Jesuistropcivilisé».Maisàmesyeux, l'hommeciviliséquipensetropestindissociabledusur-vivant.Chezvousl'hommedescienceetlesurvivantne fontqu'un.
PRIMOLEVIToutàfait,vousavezmisdanslemille.Au coursdecesdixjoursmémorables,jemesuisbeletbien faitl'effetd'êtreunRobinson,àceciprèstoutdemême queluis'emploieàsaseulesurviealorsquenous,mesdeux camaradesfrançaisetmoi,nous oeuvrionsconsciemment etavecbonheurenfin versunbutjusteethumain, celuidesauverlaviedenoscompagnonsmalades. Quantàsavoircequifaitqu'onsurvit,c'estuneques-tionquejemesuismaintesfoisposée,etqu'onm'a maintesfoisposéeaussi.Jesoutiensqu'iln'yavaitpasde règlegénérale,sinonqu'ilfallaitêtrearrivéaucampen bonnesanté,etsavoirl'allemand.Àpartça,c'étaitune
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

La Nouvelle Revue Française N° 539

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 537

de editions-gallimard-revues-nrf

suivant