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Du même publieur

LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
«
ANDRÉGIDE
Chervieux
»
LettresàMarcelDrouin(1895-1925)
AVANT-PROPOS
Leslettresquejeconfie,aujourd'hui,àLaNouvelleRevue françaisefontpartied'undossierquemonpèreavaitséparéde l'importantecorrespondancequ'ilavaitavecsonbeau-frèreMarcel Drouin(1871-1943).Ceslettresillustrentplusieursfacettesde Gide,desonvoyagedenocesavecMadeleine(1895/1896)au VoyageauCongo,encompagniedeMarcAllégret(1925). CedossierconstituantuntoutconservéparGide,ilm'asemblé qu'ilétaitopportundelepubliertelquel,enattendantl'édition d'ensemblequeprépareMichelDrouin. CeslettresmontrentGidedanssonquotidiensoucisde famille,voyages,lectures,œuvresenchantier,problèmesd'écri-ture,stratégiesàadopteravecsesamisàl'égarddesrevueslitté-raires.L'écrivainmetenpratiquelacélèbrephrasedeNietzsche Ungrandhomme[.]n'apasseulemensonmai «tesprit,.s aussiceluidetoussesamis'.»Dansbiendespages,onsentson
1.«Del'influenceenlittérature»,1900,inEssaiscritiques,éd.dePierreMasson, Bibl.delaPléiade,1999,p.416.
LaNouvelleRevueFrançaise
inlassablecuriosité,savolontédecréer,sajoiedevivre,sonbesoin decommuniquer,unenthousiasmeetunsensdel'observation jamaisendéfaut.Ainsi,le30janvier1898,deRome
Letempsestsurnaturellementbeauilnousgrise.L'exal-tationquecauseRomeestuneexaltationsiparticulièreque j'yétaisrestéréfractairejusqu'àcederniervoyage, ouàpeu près.Maintenantj'yflottej'ynagej'yfaislaplancheet despleineseauxRiendelafébrilitédeNaplesc'estune sérénitétranquilleetpleine.Lajoiemêmeal'airgravela méditationnonsoucieusemaissérieuse.Jenepensaispas quejepourraistantaimerRome,niquej'étaiscapabledece [.] genredepassion.
Ouencore,deCuverville,audébutdel'été1901
Nousapprivoisonsuncoupledepinsons.Uncouple? Quedis-je?Ilssonttrois.Carnousretrouvonsicices mœursstupéfiantesquenousavionsdéjàlongtempsobser-véesàArcosurd'autrespinsons.Ilyadeuxmâlespourune femelle.L'unquisedonnepresquetoutlemal,pourleplus grandprofitdesdeuxautres.J'aimeraissavoirsicelaadéjà étéobservé.J'espèrequelesstupéfiantesscènesdefamille continuerontencoredevantnous.
Certainementcechoixdelettrespeutêtreconsidérécommeun témoignagedelapersonnalitémultipleetoriginaledeGideen mêmetempsqu'uneintroductionàlaCorrespondanceMarcel Drouin-AndréGide.
Cabris,été2001
CATHERINEGIDE
1
1895
[Saint-Moritz,Débutdécembre1893]
ChèreJeanne1, Voilàbientôthuitjoursquecettelettrecommencée traîne.Dois-jetel'envoyerencore?Oui,carjen'aipasle tempsdelarecommencer.Nouspartonsdansquelques heures,letempsdevientaffreuxunventobstiné,etsi peudefroid,qu'aveccecielcouvertnouscraignonsplus lapluiequelaneige.Nousavonsattenduleplusvilain jour,toutecettesemaineencore,ilavaitfaituntemps merveilleux.J'aienvied'écrireaussipourtoilaphrase queMadeleinefourredanstoutesseslettres«L'Engadine nousauralaissédemerveilleuxsouvenirs.» Encoreunlivredefermépourtoujours.Cesvoyages sontdevéritablesintoxications,tantilsvouslaissent l'âmeinquièteetdésireusedeschosesdelaterreonfinit partrouveràtoutunrefletd'adorablesbeautés,ou ona beausedirequec'estunrefletseulement.Ons'en méprendd'unefaçondémesurée.Encoreunedernière coursefutfaitequidevaitprécéderdirectementnotre départ(untravailbrusquementtombésurmesbrasnous aretenusdeuxjoursdeplus).
1.Brouillondelettres'adressantàla(future)belle-sœurdeGide,JeanneRondeaux, quiépouseraMarcelDrouinle14septembre1897.MadeleineetAndréGide,envoyage denoces,séjournentdepuisle1"novembreàSaint-Moritz,enEngadine,qu'ilsquitte-rontle5décembrepourl'Italie.
LaNouvelleRevueFrançaise
Nousavonsreprislessentiersdenotrepremièrecourse demontagne.Lesoleilsecouchaitcommenousarrivions auborddupetitlacsolitaire,gelé,cachédansunreplidu rocetlavégétations'arrête,commencel'étendue pierreuse. Nousavonsvoulumonterunpeuplushaut.Ah JeanneC'étaitsplendide.Laprofondevalléesepréparait às'endormirlecielétaittrèspuretlesquelquesnuages ducouchantextraordinairementcolorés.Ilsemblait qu'unegrandeondulationsonorefaisaitvibrertousles sommets,laneiges'ycoloraittendrementcommeparune émotionintime. Enfacede nousétaitlacimelaplusfière,leJulier. danslavalléelasuitedeslacs,entourésd'ombresreflétait lacouleurorangepâleduciel.Onsavaitqu'àpeineplus l
CherMarcel, Madernièrelettre,ayantperduquatrejoursàchercher enLorrainetonadresse,acroiserlatiennedu8ou 9nov[embre].Contretemps,tunesauraisêtreplus amical
1.Letextes'arrêteici.SurlafeuilleretournéesetrouveundébutdelettredeGide adresséeàMarcel,reproduittelqueldanscequisuit.
BRASSERIEWILD GENÈVE
Cherami
AndréGide
1897
[Genève,17mai18971]
Jem'ensuisallédéjeunertoutseulpourmieux t'écrirejereçoistalettredeVenisejeveuxquerienne medistraiedetoi. Ventaffreux,glacéleJuraestblancdeneigesurle pontdumontBlanc,prèsdel'îleJean-Jacquesleventa culbutéunecharretteleventafaillim'arrachertalettre desmains. TonivresseàVeniseaêtrebienfortesonrefletseul suffitàmegriser.ÀprésentquemesNourrituressont écritesetquetoutcela,servibrûlant,aachevéd'êtrevécu, quelajoienem'estplusimposéecommeunportd'armes jepeuxm'abandonneràlatristessequimonteenmoi depuislongtemps«commeunemer». Cen'estpasimpunémentquel'onappareillesanscapi-taineetqu'onlaissegonflersesvoilespartouslessouffles desdésirs.Parfoisjem'inquièteetjevaispresque jusqu'audouten'yeut-ilpasprésomption?Nemesuis-jepassurfaitmaforce?Vais-jepouvoir?Ouneserai-je pastourmentédansl'étude,toujoursetnesentirai-je
1.LettredatéeparClaudeMartin(LaMaturitéd'AndréGide,vol.I«DePaludesà L'Immoraliste»,1895-1902,Paris,Klincksieck,1977),quiencitequelquespassages (p.196s.).
LaNouvelleRevueFrançaise
passecramponneràmoi (commedanslestableaux,après cetteâmequ'attireunange),unvieuxdémonquej'aurai tropconnu,souvenirquiveutêtredésir,quimeramènera toujoursverslaterrej'essaieraij'essaiedéjàmaispas encore detoutesmesforcesàmoiaussi,pauvrecher vieux,unestricteméthodeestnécessaire.etjenesais encoreselonquelaxel'ordonner.(Tantpispourlesfausses métaphores.)Leventmeglace. Ahquelvoyage,quedecheminsparcourus.ÀGenève maintenantvilleatroce,depropretéparfaiteetdeluxe quin'atteintqu'auconfortemphasestupide.Sais-tu comments'appellelasonnettede l'ascenseur?«Télé-graphepourl'ascenseur.»Untuàplumes«Nécessaire é i pourl'écriture.»Surunseaudepompesd'incendie,ilya écrit«Anti-feu». C'estbouffonetbêterienàvoirau-dehorsrienà fairepasderisquesàcourirVais-jedoncpouvoir méditer? M[adeleine]etJ[eanne]vontétonnammentbien songes-tuquenousavonsenfiléd'unetraitel'énorme trajetentreFlorenceetGenèvede23 het1/2ÀTurin ongrelottait,Jeanneapudormir,malgrélebruitetle grandjour.Madeleinet'écritcematinettediratoutce quejenedispas.Jeneluiaiparlé,àtonsujet,d'aucun espoir,lemeilleurmoyenqu'ilréussisseestde nepas l'exposer auregard.
DepuisledépartdeFlorence,notrepetitevieàtrois, reprisen'acesséd'êtred'uneextraordinairedouceur.Il semblaitquenouseussionscommeunbesoindenous blottir,denousréchauffer,denoussentir.Pasune parolen'aétéditeentrenousquin'aitétédecalmeet d'amitié.HierJeanne(m'aditM.)aenfinpupleurer.
AndréGide
M.s'effrayaitdelavoirsanslarmes,rianteaucontraire, etcontractée,maiselle-mêmepleuraitparcontagion, sympathie,J.enfins'estabandonnéeetlavoilàplustriste àprésent,maisplusreposée,plusdouce,plusprèsdetoi, jepense.
Nousn'avonspasencorepuparlertousdeuxjene soupçonnepascequ'ellepense,etneveuxrien supposer parpeurdeshypothèsesgratuites. Ellelitbeaucoupcausedetoi??)Burckhardt, Shelley,songuidedeFlorence,et,mafoimesNourritures, dontelles'estemparéemalgrémoi,desortequej'aifini parlesluidonner.Mad[eleine]afiniLucien,etseremetau SpinozadeDelbosjemeplongedansGrimmvoici longtempsquejen'avaisaussibienlu. Tonadmirablelettremedonnehontedelamienneje suistropagité. Mais,chervieux,écrisdoncn'importequoisic'est écritcommetespagessurVenise,cesera.maistulesais bien. Jesuisdistraitdetoisanscesseparlesouvenird'une lettredematante.Reçuecematin,sitôtaprèsquej'en avaisfaitpartirunepourellelettrecruelleplaintes plusdouloureusesàlirequedesreprochesilm'enavait tantcoûtédenepouvoirallerlarejoindreEtmaintenant elledoutedemonaffection,toutcelasansphrases,triste-mentrésigné,maissévère.Queluidireàprésentquin'ait l'aird'excusescommentluidirecombien j'étaistenupar voustous N'importeaprès-demainjeparspourMontpellier, laissantMadeleineauxsoins deJeanne,etréciproque-ment. Jecroisquecedontj'auraipuleplussouffrir,c'estde sentirunamidouterdemoipeut-êtrepourrais-jeteren-
LaNouvelleRevueFrançaise
contrersurlarouteduPLM,maisjenecherchepasàte donnerderendez-vous.Lamoindrechosequipourrait fairesupposeràmatantequejenefaispascevoyagestric-tementpourelle,luiseraitodieuse,etjeveuxl'éviter. Toutcelaesttrèsgraveetdouloureuxmaisheureusement lepetitPaul'estencoreunefoissauvé. Toutcelatupenses,etJeanneettoi,etRosenberg2,et moi-même, quicommetul'asbiensenti,«nesuispasle moinsmalade»,etMadeleineenfinsichancelantetout celan'estpasfaitpourmemettred'humeurbienriante, malgrélegroscigareque,parsouvenirdetoi,jem'efforce aisémentdefumer,maistouttombeàpicdansmavieet commepourfavorisermesévolutionsdifficiles.Sidans deuxansjemeréveillejanséniste,ouquelquechose d'approchant,aprèslaterribleetpeut-êtredécisivecrise quejetraverseetdontjesuistoutétourdi,certes, cher amiquimeprotèges,toutcelayauraservi. MercidemedirecequetumedisdesNourritures.Qui, sinontoi,meledirait? Jesuiscondamnépourcelivreàn'entendrequedes louangessansmesureoudesblâmessansexamen.(J'écris bienmal!)Peut-être,situignoraislespagesterribles n'est-cepastoutàfaitl'effetduhasardjenetelesaipas dérobées,maispasmontréesnonplusjecraignaiston blâmeunmotdetoietjen'auraisplusosélesmettre,et jevoulaislesmettrepourtant. Peut-êtrelaphrasequetucitesdemoiquejet'aurais ditecesoirenregagnantParisavectoi,n'est-ellepasparfai-tementsincère?Excuse-moi,peut-êtresuis-jeplusmalade quetunelecrois,maiscomprendsquequelquepudeur malgrétout,malgrémoncynisme,quelquesoindeton
1.PaulGide,lefilsdeCharlesGide,neveud'André(1884-1915). 2.L'orientalisterusseFédorRosenberg(1867-1934),amideGide,étaitalorsamou-reuxdeJeanneRondeaux.
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