La Nouvelle Revue Française N° 560

De
Catherine Gide, Avant-propos
André Gide, 'Cher vieux'. Lettres à Marcel Drouin (1895-1925)
Jean Grosjean, Nocturnes
Muriel Spark, Complices et comparses
Hédi Kaddour, Waltenberg
Philippe Di Meo - Nathalie Bauer - Bernard Comment, La littérature italienne à l'honneur
La littérature italienne à l'honneur :
Primo Levi, Buffet
Giacomo Leopardi, Zibaldone di pensieri
Philippe Di Meo, Palazzeschi poète
Aldo Palazzeschi, Poèmes
Philippe Di Meo, Pasolini lecteur de Zanzotto
Pier Paolo Pasolini, La Beauté, d'Andrea Zanzotto
Andrea Zanzotto, À Pier Paolo Pasolini
Fabio Gambaro, Littérature italienne d'aujourd'hui
Antonio Tabucchi, 'Futur antérieur' : une lettre manquante
Antonio Tabucchi - Bernard Comment, Entretien avec Bernard Comment
Andrea Zanzotto, Météo
Roberto Calasso, L'École païenne
Giovanni Raboni, Poèmes
Giorgio Manganelli, Une plaie sur le visage de l'histoire
Mario Andrea Rigoni, Un miroir dans lequel s'attarder. Notes sur l'Amérique
Giorgio Caproni, Poèmes
Alberto Episcopi, Le Miel des continents. Roman d'une minute
Bartolo Cattafi, Poèmes
Emilio Cecchi, Il y a un siècle en Argentine
Erri De Luca, Poèmes
Andrea Camilleri, La Révolte des ronds-de-cuir
Giuseppe Pontiggia, Lecteur dans une maison d'édition
Nathalie Bauer, Note sur la traduction
Marcello Fois, Voilà qu'il revient
Melania Mazzucco, Hôtel Bellevue
Luigi Guarnieri, L'Étrangleur de Bottanuco
Carmine Abate, Brûlures
Niccolò Ammaniti, Je n'ai pas peur
Chroniques :
Gérard Bocholier, Jean Follain. La digestion du temps
Andrei Vieru, John Cage et le problème du hasard. Hommage à Ambrose Bierce
Chroniques : le cinéma :
Serge Chauvin, La Nuit même le jour (Claire Denis ; Abel Ferrara)
Chroniques : les arts :
Pierre Descargues, L'actualité et ses retards (Souages ; Spencer ; Raphaël ; Pagava ; Arman ; Marie Morel ; Marcheschi)
L'air du temps :
Greil Marcus, À propos du 11 septembre 2001
Sylvain Bouyer, Papon, la mauvaise conscience
Gilles Leroy, À propos de L'Amant russe
Alain Anziani, Pline l'inconnu
Texte :
Jorge Luis Borges, La Métaphore
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 3
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072388637
Nombre de pages : 368
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
«
ANDRÉGIDE
Chervieux
»
LettresàMarcelDrouin(1895-1925)
AVANT-PROPOS
Leslettresquejeconfie,aujourd'hui,àLaNouvelleRevue françaisefontpartied'undossierquemonpèreavaitséparéde l'importantecorrespondancequ'ilavaitavecsonbeau-frèreMarcel Drouin(1871-1943).Ceslettresillustrentplusieursfacettesde Gide,desonvoyagedenocesavecMadeleine(1895/1896)au VoyageauCongo,encompagniedeMarcAllégret(1925). CedossierconstituantuntoutconservéparGide,ilm'asemblé qu'ilétaitopportundelepubliertelquel,enattendantl'édition d'ensemblequeprépareMichelDrouin. CeslettresmontrentGidedanssonquotidiensoucisde famille,voyages,lectures,œuvresenchantier,problèmesd'écri-ture,stratégiesàadopteravecsesamisàl'égarddesrevueslitté-raires.L'écrivainmetenpratiquelacélèbrephrasedeNietzsche Ungrandhomme[.]n'apasseulemensonmai «tesprit,.s aussiceluidetoussesamis'.»Dansbiendespages,onsentson
1.«Del'influenceenlittérature»,1900,inEssaiscritiques,éd.dePierreMasson, Bibl.delaPléiade,1999,p.416.
LaNouvelleRevueFrançaise
inlassablecuriosité,savolontédecréer,sajoiedevivre,sonbesoin decommuniquer,unenthousiasmeetunsensdel'observation jamaisendéfaut.Ainsi,le30janvier1898,deRome
Letempsestsurnaturellementbeauilnousgrise.L'exal-tationquecauseRomeestuneexaltationsiparticulièreque j'yétaisrestéréfractairejusqu'àcederniervoyage, ouàpeu près.Maintenantj'yflottej'ynagej'yfaislaplancheet despleineseauxRiendelafébrilitédeNaplesc'estune sérénitétranquilleetpleine.Lajoiemêmeal'airgravela méditationnonsoucieusemaissérieuse.Jenepensaispas quejepourraistantaimerRome,niquej'étaiscapabledece [.] genredepassion.
Ouencore,deCuverville,audébutdel'été1901
Nousapprivoisonsuncoupledepinsons.Uncouple? Quedis-je?Ilssonttrois.Carnousretrouvonsicices mœursstupéfiantesquenousavionsdéjàlongtempsobser-véesàArcosurd'autrespinsons.Ilyadeuxmâlespourune femelle.L'unquisedonnepresquetoutlemal,pourleplus grandprofitdesdeuxautres.J'aimeraissavoirsicelaadéjà étéobservé.J'espèrequelesstupéfiantesscènesdefamille continuerontencoredevantnous.
Certainementcechoixdelettrespeutêtreconsidérécommeun témoignagedelapersonnalitémultipleetoriginaledeGideen mêmetempsqu'uneintroductionàlaCorrespondanceMarcel Drouin-AndréGide.
Cabris,été2001
CATHERINEGIDE
1
1895
[Saint-Moritz,Débutdécembre1893]
ChèreJeanne1, Voilàbientôthuitjoursquecettelettrecommencée traîne.Dois-jetel'envoyerencore?Oui,carjen'aipasle tempsdelarecommencer.Nouspartonsdansquelques heures,letempsdevientaffreuxunventobstiné,etsi peudefroid,qu'aveccecielcouvertnouscraignonsplus lapluiequelaneige.Nousavonsattenduleplusvilain jour,toutecettesemaineencore,ilavaitfaituntemps merveilleux.J'aienvied'écrireaussipourtoilaphrase queMadeleinefourredanstoutesseslettres«L'Engadine nousauralaissédemerveilleuxsouvenirs.» Encoreunlivredefermépourtoujours.Cesvoyages sontdevéritablesintoxications,tantilsvouslaissent l'âmeinquièteetdésireusedeschosesdelaterreonfinit partrouveràtoutunrefletd'adorablesbeautés,ou ona beausedirequec'estunrefletseulement.Ons'en méprendd'unefaçondémesurée.Encoreunedernière coursefutfaitequidevaitprécéderdirectementnotre départ(untravailbrusquementtombésurmesbrasnous aretenusdeuxjoursdeplus).
1.Brouillondelettres'adressantàla(future)belle-sœurdeGide,JeanneRondeaux, quiépouseraMarcelDrouinle14septembre1897.MadeleineetAndréGide,envoyage denoces,séjournentdepuisle1"novembreàSaint-Moritz,enEngadine,qu'ilsquitte-rontle5décembrepourl'Italie.
LaNouvelleRevueFrançaise
Nousavonsreprislessentiersdenotrepremièrecourse demontagne.Lesoleilsecouchaitcommenousarrivions auborddupetitlacsolitaire,gelé,cachédansunreplidu rocetlavégétations'arrête,commencel'étendue pierreuse. Nousavonsvoulumonterunpeuplushaut.Ah JeanneC'étaitsplendide.Laprofondevalléesepréparait às'endormirlecielétaittrèspuretlesquelquesnuages ducouchantextraordinairementcolorés.Ilsemblait qu'unegrandeondulationsonorefaisaitvibrertousles sommets,laneiges'ycoloraittendrementcommeparune émotionintime. Enfacede nousétaitlacimelaplusfière,leJulier. danslavalléelasuitedeslacs,entourésd'ombresreflétait lacouleurorangepâleduciel.Onsavaitqu'àpeineplus l
CherMarcel, Madernièrelettre,ayantperduquatrejoursàchercher enLorrainetonadresse,acroiserlatiennedu8ou 9nov[embre].Contretemps,tunesauraisêtreplus amical
1.Letextes'arrêteici.SurlafeuilleretournéesetrouveundébutdelettredeGide adresséeàMarcel,reproduittelqueldanscequisuit.
BRASSERIEWILD GENÈVE
Cherami
AndréGide
1897
[Genève,17mai18971]
Jem'ensuisallédéjeunertoutseulpourmieux t'écrirejereçoistalettredeVenisejeveuxquerienne medistraiedetoi. Ventaffreux,glacéleJuraestblancdeneigesurle pontdumontBlanc,prèsdel'îleJean-Jacquesleventa culbutéunecharretteleventafaillim'arrachertalettre desmains. TonivresseàVeniseaêtrebienfortesonrefletseul suffitàmegriser.ÀprésentquemesNourrituressont écritesetquetoutcela,servibrûlant,aachevéd'êtrevécu, quelajoienem'estplusimposéecommeunportd'armes jepeuxm'abandonneràlatristessequimonteenmoi depuislongtemps«commeunemer». Cen'estpasimpunémentquel'onappareillesanscapi-taineetqu'onlaissegonflersesvoilespartouslessouffles desdésirs.Parfoisjem'inquièteetjevaispresque jusqu'audouten'yeut-ilpasprésomption?Nemesuis-jepassurfaitmaforce?Vais-jepouvoir?Ouneserai-je pastourmentédansl'étude,toujoursetnesentirai-je
1.LettredatéeparClaudeMartin(LaMaturitéd'AndréGide,vol.I«DePaludesà L'Immoraliste»,1895-1902,Paris,Klincksieck,1977),quiencitequelquespassages (p.196s.).
LaNouvelleRevueFrançaise
passecramponneràmoi (commedanslestableaux,après cetteâmequ'attireunange),unvieuxdémonquej'aurai tropconnu,souvenirquiveutêtredésir,quimeramènera toujoursverslaterrej'essaieraij'essaiedéjàmaispas encore detoutesmesforcesàmoiaussi,pauvrecher vieux,unestricteméthodeestnécessaire.etjenesais encoreselonquelaxel'ordonner.(Tantpispourlesfausses métaphores.)Leventmeglace. Ahquelvoyage,quedecheminsparcourus.ÀGenève maintenantvilleatroce,depropretéparfaiteetdeluxe quin'atteintqu'auconfortemphasestupide.Sais-tu comments'appellelasonnettede l'ascenseur?«Télé-graphepourl'ascenseur.»Untuàplumes«Nécessaire é i pourl'écriture.»Surunseaudepompesd'incendie,ilya écrit«Anti-feu». C'estbouffonetbêterienàvoirau-dehorsrienà fairepasderisquesàcourirVais-jedoncpouvoir méditer? M[adeleine]etJ[eanne]vontétonnammentbien songes-tuquenousavonsenfiléd'unetraitel'énorme trajetentreFlorenceetGenèvede23 het1/2ÀTurin ongrelottait,Jeanneapudormir,malgrélebruitetle grandjour.Madeleinet'écritcematinettediratoutce quejenedispas.Jeneluiaiparlé,àtonsujet,d'aucun espoir,lemeilleurmoyenqu'ilréussisseestde nepas l'exposer auregard.
DepuisledépartdeFlorence,notrepetitevieàtrois, reprisen'acesséd'êtred'uneextraordinairedouceur.Il semblaitquenouseussionscommeunbesoindenous blottir,denousréchauffer,denoussentir.Pasune parolen'aétéditeentrenousquin'aitétédecalmeet d'amitié.HierJeanne(m'aditM.)aenfinpupleurer.
AndréGide
M.s'effrayaitdelavoirsanslarmes,rianteaucontraire, etcontractée,maiselle-mêmepleuraitparcontagion, sympathie,J.enfins'estabandonnéeetlavoilàplustriste àprésent,maisplusreposée,plusdouce,plusprèsdetoi, jepense.
Nousn'avonspasencorepuparlertousdeuxjene soupçonnepascequ'ellepense,etneveuxrien supposer parpeurdeshypothèsesgratuites. Ellelitbeaucoupcausedetoi??)Burckhardt, Shelley,songuidedeFlorence,et,mafoimesNourritures, dontelles'estemparéemalgrémoi,desortequej'aifini parlesluidonner.Mad[eleine]afiniLucien,etseremetau SpinozadeDelbosjemeplongedansGrimmvoici longtempsquejen'avaisaussibienlu. Tonadmirablelettremedonnehontedelamienneje suistropagité. Mais,chervieux,écrisdoncn'importequoisic'est écritcommetespagessurVenise,cesera.maistulesais bien. Jesuisdistraitdetoisanscesseparlesouvenird'une lettredematante.Reçuecematin,sitôtaprèsquej'en avaisfaitpartirunepourellelettrecruelleplaintes plusdouloureusesàlirequedesreprochesilm'enavait tantcoûtédenepouvoirallerlarejoindreEtmaintenant elledoutedemonaffection,toutcelasansphrases,triste-mentrésigné,maissévère.Queluidireàprésentquin'ait l'aird'excusescommentluidirecombien j'étaistenupar voustous N'importeaprès-demainjeparspourMontpellier, laissantMadeleineauxsoins deJeanne,etréciproque-ment. Jecroisquecedontj'auraipuleplussouffrir,c'estde sentirunamidouterdemoipeut-êtrepourrais-jeteren-
LaNouvelleRevueFrançaise
contrersurlarouteduPLM,maisjenecherchepasàte donnerderendez-vous.Lamoindrechosequipourrait fairesupposeràmatantequejenefaispascevoyagestric-tementpourelle,luiseraitodieuse,etjeveuxl'éviter. Toutcelaesttrèsgraveetdouloureuxmaisheureusement lepetitPaul'estencoreunefoissauvé. Toutcelatupenses,etJeanneettoi,etRosenberg2,et moi-même, quicommetul'asbiensenti,«nesuispasle moinsmalade»,etMadeleineenfinsichancelantetout celan'estpasfaitpourmemettred'humeurbienriante, malgrélegroscigareque,parsouvenirdetoi,jem'efforce aisémentdefumer,maistouttombeàpicdansmavieet commepourfavorisermesévolutionsdifficiles.Sidans deuxansjemeréveillejanséniste,ouquelquechose d'approchant,aprèslaterribleetpeut-êtredécisivecrise quejetraverseetdontjesuistoutétourdi,certes, cher amiquimeprotèges,toutcelayauraservi. MercidemedirecequetumedisdesNourritures.Qui, sinontoi,meledirait? Jesuiscondamnépourcelivreàn'entendrequedes louangessansmesureoudesblâmessansexamen.(J'écris bienmal!)Peut-être,situignoraislespagesterribles n'est-cepastoutàfaitl'effetduhasardjenetelesaipas dérobées,maispasmontréesnonplusjecraignaiston blâmeunmotdetoietjen'auraisplusosélesmettre,et jevoulaislesmettrepourtant. Peut-êtrelaphrasequetucitesdemoiquejet'aurais ditecesoirenregagnantParisavectoi,n'est-ellepasparfai-tementsincère?Excuse-moi,peut-êtresuis-jeplusmalade quetunelecrois,maiscomprendsquequelquepudeur malgrétout,malgrémoncynisme,quelquesoindeton
1.PaulGide,lefilsdeCharlesGide,neveud'André(1884-1915). 2.L'orientalisterusseFédorRosenberg(1867-1934),amideGide,étaitalorsamou-reuxdeJeanneRondeaux.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

La Nouvelle Revue Française N° 452

de editions-gallimard-revues-nrf

La Nouvelle Revue Française N° 468

de editions-gallimard-revues-nrf

Corps sauvage

de editions-david

suivant