La Nouvelle Revue Française N° 566

De
Mario Vargas Llosa, Les Secrets d'un roman
Thomas A. Ravier, Paradis artificiels de Marcel Proust
Alain Sevestre, Pan
Jim Fergus, Le Fils de mon père
Lydie Lachenal, La mort de Max
Écrivains d'Australie (I) :
Jean-Paul Delamotte, Écrivains d'Australie
Marcus Clarke, L'Apprentissage de 'La Vie du Colon'
Henry Lawson, Une Histoire d'Amour sans Suite
Katharine Susannah Prichard, Les Grenouilles de Quirra-Quirra
Brian James, La Carrière de Spencer Button
Eleanor Dark, D'une Rive à l'Autre
Dymphna Cusack, Dire non à la Mort
David Malouf, Le Soleil en Hiver
Frank Moorhouse, La séance continue
Helen Garner, La Vie d'Artiste
Maurilia Meehan, Adam et Ève
Eva Sallis, L'Envol
Paul Wenz, La Hutte des Becs-Cuillers
Chroniques :
Stéphane Michaud, L'Odyssée de Gauguin et de Flora Tristan (Le Paradis - un peu plus loin de Mario Varga Llosa)
Fernando Carvallo, Flora Tristan, la miraculée de la rue du Bac
Chroniques : le cinéma :
Serge Chauvin, Un temps pour les larmes (T. Haynes ; H. Nakata ; M. Scorsese ; J. Eustache ; M. Pialat)
Chroniques : les arts :
Pierre Descargues, Le Design remplace-t-il l'art? (Christine Jean ; Carolus-Duran ; La Nouvelle Objectivité ; Nicolas de Staël ; Jake et Dinos Chapman)
L'air du temps :
Antonin Potoski, 'Envoyez la bombe...'
Jacques Laurans, L'avant-dernier jour
Yves Leclair, Haut pays bas
Notes : la poésie :
Gérard Bocholier, Poésie de Belgique et de Suisse
Notes : récits :
Richard Blin, Les Caryatides et l'Albinos de Michel Fardoulis-Lagrange (José Corti) - Les Hauts Faits de Michel Fardoulis-Lagrange (Gallimard)
Notes : les essais :
Shoshana Rappaport-Jaccottet, Un désirable désir : psychanalyse et postmodernité d'Olivier Flournoy (Presses universitaires de France)
Notes : lettres étrangères :
Yves Leclair, Cent un quatrains de libre-pensée d'Omar Khayyâm (Gallimard)
Stephane Zekian, Austerlitz de W. G. Sebald (Actes Sud)
Max Alhau, Cicatrices de Juan José Saer (Le Seuil)
Catherine Tresson, Orchis Militaris d'Ivo Michiels (Comp'Act) - Une odeur de plumes brûlées de Gerrit Kouwenaar (Comp'Act)
Notes : la musique :
Marc Blanchet, La Musique (H. Dufourt ; É. Canat de Chizy ; P. Dusapin ; T. Pécou ; Ch. Koechlin ; J.-G. Ropartz)
Texte :
Denis Hollier, La Boîte à mariages
Michel Leiris, Le Fichier de La Règle du jeu
L'air du temps :
Anne Talvaz, Poèmes
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072388736
Nombre de pages : 368
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
MARIOVARGASLLOSA LesSecretsd'unroman
ÀCarlosFuentes
Écrireunromanc'estcommesedéshabiller.Faireunstrip-teaselajeunefemme,sousd'impudiquesprojecteurs,se libèredesesvêtements,révélantunàunsescharmessecrets. Demêmel'écrivaindénudepubliquementsonintimitéàtra-verssesromans.Avec,certes,quelquesdifférences.Carcene sontpassescharmessecretsqueleromancierexposeàlavue, commelafilledélurée,maislesdémonsquiletourmententet l'obsèdent,etdefait,lapartlapluslaidedeluisesnostalgies, sesfautes,sesrancœurs.Etpuisdansunstrip-teaselafilleest d'abordhabilléepoursedénuderàlafin,alorsqu'àl'inverse chezleromancier,nuaudépart,ilserhabilleàl'arrivée.Les expériencespersonnelles,vécues,rêvées,perçuesoulues,qui l'ontpousséinitialementàécrirecettehistoire,voilàqu'elles sedéguisentmalicieusementaucoursdelacréation,aupoint que,leromanachevé,personne,pasmêmeparfoisleroman-cier,neparvientàentendrececœur autobiographiquequi fatalementbatdanstoutefiction.Écrireunromanest, enfait, unstrip-teaseàl'enversettouslesromancierssont,allégori-quement,parfoisexplicitement,desexhibitionnistes.
LaNouvelleRevueFrançaise
J'aipenséqu'ilpouvaitêtreintéressantpourvous,lecteurs, d'assisteràcestrip-teasequ'estfinalementtoutefiction.Je voudraistâcherdereconstruire,cettenuitdurant,enune synthèsechâtiée,ladémarchequiaaboutiàceromanécrit entre1962et1965LaMaisonverte'.Jen'entendspasvous rapporterlesproblèmestechniquesdesonécriture,maisles faitsquienconstituentlesracines,ainsiquel'étrangeconver-gencedecesexpériencesintervenuesàdifférentsmomentset endiversescirconstancesqui,parunecurieusefusion,en s'émancipantdemoi,aboutissentàuneaffaire demots. LeromanenquestionsesitueauPérouendeuxlieuxbien distincts.Piura,d'unepart,àl'extrêmenorddelacôte,une villeassiégéepardegrandesdunes.D'autrepart,fortloinde Piura,au-delàdesAndes,unminusculecomptoircommercial d'Amazonie,SantaMariadeNieva.Cesontdeuxmondes his-toriques,sociauxetgéographiquesdiamétralementopposés, isolésl'undel'autrepard'interminables etdifficilesliaisons. Piurac'estledésert,lacouleurjaune,lecoton,lePérouespa-gnol,la«civilisation».SantaMariadeNievac'estlaforêt vierge,l'exubérancevégétale,lacouleur verte,destribusqui nesontpasencoreentréesdansl'histoire,desusetcoutumes quisont commedessurvivancesmédiévales.LaMaisonvertese passesurcesdeuxscènesfixes,principalement,etsurune autre,mobile,lefleuveMaranôntraverséparunebranchede l'histoire. Ceromanprendsasource,etàmoninsu,en1946,à l'arrivéedemafamilleàPiurapourlapremièrefois.Nous n'avonsvécuqu'unan,puismamèreetmoisommespartis pourLima.CetteannéepasséeàPiura,alorsquej'étaisun morveuxdedixans,futpourmoidécisive.Cequej'yaifait,les gensquej'aiconnuslà-bas,lesrues,places,églises,fleuveet dunesjejouaisavecmescompagnonsducollègesalésien, touts'estgravéenlettresdefeudansmamémoire.Jepeux direqu'aucuneautrepériodedemavie,avantouaprès,nem'a
1.LaMaisonverte,traductionBernardLesfargues,Gallimard,1969,reprisdansla collection«L'imaginaire»,1981.(Touteslesnotessontdutraducteur.)
MarioVargasLlosa
marquéaussifortementquecesdouzemoispassésàPiura. Pourquelleraison?Pourquoimerappelercetteannéeaussi nettement,avecpareillerichessededétails?Celam'intrigue etj'aisouventtentédel'expliquer.D'aprèsmamère,c'estpro-bablementquej'aivupourlapremièrefoisl'océan.Nous vivionsjusqu'alorsenBolivie,payssansfaçademaritime,et, semble-t-il,ladécouverteduPacifiquem'aéblouiplusque NûnezdeBalboaleconquistador,aupointquej'airêvé,long-temps,dedevenirmarin.Oupeut-êtreétait-celadécouverte demonpays,car1946futlapremièreannéequejepassaiau Pérou(mafamillem'avaitemmenéàCochabambaquelques moisaprèsmanaissance).J'étaisalors,àdixans,unnationa-listefervent,quicroyaitqu'ilvalaitmieuxêtrepéruvienque, disons,équatorienouchilien,sanssavoirencorequelapatrie n'estdanslaviequ'unaccidentinsignifiant.Maissiceséjour piuranm'affectasiprofondément,c'estpeut-êtrequ'unaprès-midinoustentionsdenousbaignerdansleseauxmori-bondesduPiura,mescharitablescopainsm'apprirentune nouvellequimefitl'effetd'unséismeémotionnellesbébés nevenaientpasdeParis,etlesblanchescigognesquiles apportaientd'exotiquescontréesn'étaientquefariboles.Je croyaisencore,je lesuppose,êtrevenuaumondesurlesdouces etchaudesplumesdecebel oiseau(quejen'avaisjamaisvu), quim'avaitdéposédanslesbrasdemamère.Ladécouverte d'uneoriginesiterrestrem'offensafort,j'ensuissûr,etjemis assezlongtempsàmerésigneràlasourcevéritabledesbébés. Voilàbienlaraisonprimordialecommej'avaisfaitcerude apprentissageàPiura,dèslors,toutcequiserattachaitdans l'espaceetletempsàcetévénementcapitals'incrustapar contagiondansmamémoire. Quoiqu'ilensoit,enquittantPiurapourLimal'été1946, j'avaisl'espritpeupléd'images.Certaineseffacéesavecle temps,d'autressurvivant,faiblesetestompées,maisdeux d'entreellesontacquisdeplusenplusdeconsistanceetdevie, aupointdedevenirdeuxinséparablescompagnes,deux mythessecrets.Lapremière,unemaisonseprofilantauxenvi-ronsdePiura,surl'autrerivedufleuve,enpleindésert,àpeine
LaNouvelleRevueFrançaise visibleduVieuxPont,solitaireentrelesdunes.Cettemaison exerçaituneattractionfascinantesurmescompagnonsetmoi. C'étaituneconstructionrustique,cabaneplusquemaison,et elleétaitentièrementpeinteenvert.Toutétaitétrangeen ellesamiseàl'écartdelaville,sacouleurinsolite.Lavégé-tationétaitraredanslePiurad'alors,lesmaisonsétaient dépourvuesdejardins,ilyavaitpeud'arbresdanslesrues(les cotonniersétaientloindelaville,seulsdescaroubiersrabou-griségayaienticietlessablières),etlesmurs,porteset fenêtresétaientd'ordinaireblancs,jaunes,ocre,presque jamais verts.C'estpeut-êtresonisolementetsapeauhumide quiontexciténotrecuriosité,mesamisetmoi.Curiosité bientôtavivéepardes chosesplusinquiétantes.Quelquechose demalinetd'énigmatique,unrelentdiaboliqueémanaientde cellequenousavionsbaptisée«lamaisonverte».Lesgrandes personnesnousavaientinterditdenousapprocherdecelieude touslesdangers,detouslespéchés,etsongeràyentreraurait étécommedemouriroudedescendreenenfer.Ellessetrou-blaientquandnouslesinterrogionssur«lamaisonverte». Quesepassait-ilàl'intérieur?Rien,devilaineschoses,des saletés,pasdequestionsidiotes,taisez-vous,allezjouerau foot.Cesmisesengardenousdéconcertaient,mesamisetmoi, nousenparlionstoutletempsetnotreimaginations'évertuait àdevinercequecachaittantdemystère.Jemedoutaisqu'ily avaitunlienentre«lamaisonverte»etlaliquidationdu mythedeParisetdesblanchescigognes,maissansréussirà savoirlequel,nicomment,nipourquoi.Nousn'osionspas trop,mesamisetmoi,nousapprocherde«lamaisonverte», toutàlafoisattiréseteffrayés.Maisnousétionssanscesseà l'épier.Depuisleformidableposted'observationduVieux Pont.C'étaitvraimentamusantd'observercette«maison verte»qui,lejour,étaitunepetitebaraquepaisibleetinoffen-sive,lézarddormantsurlesableouarbregrillantausoleil,et qui,àlanuittombante,devenaitunêtrevivant,explosantde joieetdetapage.Nouspouvionsvoirleslumières,entendrela musiquecarlanuitonchantaitetdansaità«lamaison verte».MaisduVieuxPontmescopainsetmoipouvions
MarioVargasLlosa reconnaîtreaussi,cequiétaitencoreplusexcitant,seshôtes. LesombresavaientàpeineenvahiPiuraque«lamaison verte»recevaitdenombreuxvisiteurs,et,choseétrange,seu-lementdeshommes.Nouslesguettions,faisions desgorges chaudesenreconnaissantnotrefrère,notreoncle,notre proprepèrefranchissantengrandsecretleVieuxPont.Les voilàconfus,interloquésdenousvoirsurgirdevanteux,fous defureurennousentendantcrierleurnom.Ilsnetenaientpas àcequ'onsachequ'ilsfréquentaient«lamaisonverte»,aussi pournousfairetairenoussubornaient-ilsounouspunis-saient-ils.Unautresportpratiquéparmescopainsetmoi consistaitàreconnaîtreunedesdamesde«lamaisonverte» quandellevenaitenvillepoursescourses,serendreàl'église oufaireuntourdecinéma.Cardanscetteétrangebaraque autremystèrenevivaientquedesfemmes.Jenesaispas lequeld'entrenous,peut-êtremoi,eutl'idéedenommer habitantescesdamespomponnéesde«lamaisonverte»,le faitestquenouslesappelionstoujoursainsi.Enreconnaissant l'unedecesélégantesquisepavanaitdanslarue,nouscou-rionsderrièreelle,l'entourionsetluicriionshabitante,tuesde lamaisonverte,etalorsladamenesecontrôlaitplus,rougis-sait,venaitversnous,ramassaitdescailloux,nousmettaiten fuiteavecforcegrosmotsleshabitantesnevoulaientpasnon plusqueçasesachequ'ellesvivaientà«lamaisonverte». Nousavionsaucollègeunprofesseurdecatéchisme,lepère Garcia,unpetitcurétoutvieuxetdemauvaispoilquisemet-taithorsdeluienapprenantquenouspassionsnotretempsà épier«lamaisonverte»ouàcourirderrièrequelquehabi-tante.Ilnousfaisaitla leçonetnouspunissait,etcommeilraf-folaitdephilatélie,celaconsistaittoujoursànousenvoyer dénicherquelquetimbrerarepoursacollection.Ehbien,c'est unedesimagesquej'aiemportéesàLimaetquiaperduré avecéclatdansmamémoire. L'autreimagequi,comme«lamaisonverte»,vécutet granditavecmoiestcelled'untrèscurieuxquartierdePiura. Desgenstrèspauvresvivaientlà,pourlaplupartdansdefra-gilescahutesdeterreetderoseaux,bâtiessurlesable,carla
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Mangacherfa11setrouvaitaussienpleindésert,exactementà l'opposéde«lamaisonverte».Cequartiermisérableétaitle plusjoyeuxetleplusoriginaldelaville.Avecsurlechaume demaintesbaraquesunebadinedepetitsdrapeauxrouges etblancsbattaientauventc'étaientdesdébitsdeboisson,des troquetsl'onpouvaitboiretouteslesvariétésdechicha2, depuislaclairettejusqu'àlaplusépaisse,ensavourantles délicesdelacuisinelocale.Touslesgroupesmusicauxet orchestrespiuransétaientissusdelaMangacherfa.Lesmeil-leursguitaristes,lesmeilleursharpistes,lesmeilleurscompo-siteursdevalsesoudetonderosainsiquelesmeilleurschan-teursdelavilleétaientmangaches.Lequartieravaituneper-sonnalitépuissanteetdifférente,touslesMangachesétaient fiersd'êtrenésetdevivredanscequartier,etl'ondisaitd'eux qu'ilsétaientd'abordmangaches,puispiuransetenfin péruviens.LarivalitédelaMangachenaavecunautrequartier dePiura,laGallinacera,étaitlégendaireetavaitprovoqué biendesbagarresàcoupsdepoingetdecouteau,biendesdéfis individuelsetdesguerresdebandes,maisàcetteépoquela Gallinaceras'étaitdéjà fonduedanscequenouspourrions appeler,avecunbrind'ironie,lacivilisationc'étaitunquar-tieranodind'employés,decommerçantsetd'artisansetseule laMangachenareprésentaitencorel'ancienneetbruyantevie, aussibarbarequecolorée,delaville.Unelégendecirculaità PiuraautourdelaMangacherfa,selonlaquellelesMangaches n'avaientjamaispermisàunepatrouilledelagardecivilede pénétrerdenuitdanscequartier.LesMangachesdétestaient lespoliciers,etl'hommeenuniformequis'aventuraitdansces ruesétaitinsulté,harcelédequolibetsetdepierresparles gosses,etsouventagressé.LesMangachesavaientlahainede
1.LenomdecequartieraunorddePiuraproviendraitdupeuplementnoir,cesNoirs venustravaillerdanslespeausseriesdelaville,quiauraientétéoriginairessoitdela régionManchayduBrésil,soitdeMadagascar,etlesMalgachesseraientdevenusdes Mangaches.QuantauquartiersuddePiura,laGallinacera,sonnomviendraitdesgalli-nazos,autrementditdesoiseauxcharognardsquivolaientau-dessusdesabattoirssitués àcetendroit. 2.Bièredemaïs. 3.Dansepopulairedelarégioncôtière.
MarioVargasLlosa
lapolice,entreautresraisonsparcequelaMangachenaétait aussilevivierdesvoleurslesplusaudacieux,desdélinquants lesplusastucieuxetlesplusefficacesdePiura.J'ailu,cette année-là,plusieursromansd'AlexandreDumas,quim'en-chantaient,quim'enchantentencore,etjelesdévoraisavec l'incomparablepassiondeceluiquilitàdixans.Jemerappelle trèsbienqu'endécouvrantchezDumaslaCourdesMiracles, cequartierhallucinantduvieuxParis,selonlavisionquenous enontlaisséelesromantiques,refuged'aventuriersetde criminels,jepensaisaussitôtàlaMangacheriaetlavoyais sur-le-champ.Cetteidentification aperdurédansmonesprit. OnnepeutmentionnerdevantmoilaCourdesMiraclessans quejerevoieaussitôtlescahutes,lestroquets,leschiens errants,lesbourricots(appeléscheznouspiajenos,quelque chosecomme«lesautresguibolles»)etlesMangaches bruyantsetbagarreurs. LesMangachesétaient,desurcroît,«urristes»,autrement ditmembresousympathisantsdupartidel'UnionRévolu-tionnaire,fondéparlegénéralSànchezCerroetLuisA.Flores, l'undesrarespartisansdufascismeauPérou.LesMangaches n'étaientpas«urristes»parconvictionilsignoraienttout dufascismemaisparadmirationpourlegénéralSanchez Cerroqui,selonunmytheaussitenacequefallacieux,était dansunebaraquedelaMangacheria.Ondisaitquedans lesannéestrenteFloresavaitorganisédesmanifestations «urristes»lesMangachesavaientdéfilédanslesruesde Piuraenchemisenoireetlebraslevéensalutimpérial.Mais en1945l'UnionRévolutionnaireavaitdissimuler,toute affairecessante,sesantécédentstotalitairesetseprésenter commeunpartidémocratique.L'«urrisme»étaitalors devenuauPérouunecuriositéarchéologiquePiuraseule gardait uncertainattachementpopulaire,parloyautépitto-resqueetirrationnelle,àlafiguredeSanchezCerro,disparu depuisdéjàtantd'années.Piurareprésentaitaussiauplan politiqueuncasàpartdanslepaysc'étaitleseulendroitl'onpouvaitparlerd'uncertainéquilibredespartis.Alorsque dansleresteduPéroutoutlepeupleorganisé,oupresque,
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étaitapriste1,etquelesautrespartisn'intéressaientquedes groupesréduits,àPiural'urrisme,l'aprismeetlepartisocia-listeétaientdespartisdemasse,lessocialistesaussiparloyauté personnelledebonnombredepaysansetd'ouvriersenvers l'admirablefiguredeHildebrandoCastroPozo,grandtribun socialoriginairedePiura.Certainsquartiersétaientapristes, d'autressocialistes,etlaMangacheriaurriste.Danstoutesles baraquesmangachestrônaientdesphotosdécoupéesdansdes journauxetdesrevues,jauniesdéjà,dugénéralSanchezCerro, etunautreorgueilduquartierétaitden'avoirjamaisautorisé danssonseinunefamilleapriste.LesMangaches,quandilsse soûlaient,s'ilsnechantaientpasdesvalsesoudestonderos, criaientViveSanchezCerroÀmortl'Apraetlecoupde poingpolitiqueétaitaussi,en1945-1946(unedesannéesles plusdémocratiquesetlibresdetoutel'histoireduPérou)un spectaclequotidiendanslaville.C'estl'autregrandsouvenir quej'aiemportédePiuralaMangachena. ÀLima,jesuisentréaucollègeLaSalle,j'aigrandietdans lesannéesqui ontsuivi,commevouspouvezfacilementl'ima-giner,ilm'estarrivébiendeschosesquejevouspasse.Mais septansplustardjesuisrevenuàPiura.C'étaiten1952,et cettefoisaussi,commelapremière,j'ysuisrestéunan.C'est quej'aiachevémascolaritésecondairej'avaisalorsseize ans.«Lamaisonverte»étaittoujoursaumêmeendroit.Tout commelaMangacheria.Lacollectiondetimbresdupère Garcias'étaitaccrue,ainsiquesamauvaisehumeurc'étaitun petitvieuxronchonqui,horsd'haleineetlepoingtendu, poursuivaitlesgossesquijouaientenfaisanttropdechahut surlaPlazuelaMerino.J'avaisalorsfiniparadmettrequela véritableoriginedesbébésn'étaitpassiterriblequeçaet mêmequelachosenemanquaitpasdecharme.Mescamarades declasse(aulieuducollègesalésien,onavaitvouluàtoutprix memettreauCollègeNationalSanMiguel,cequine m'empêchapasd'yretrouverplusieurscondisciplesdel'année
1.L'Apra(AlliancePopulaireRévolutionnaireAméricaine)futcrééeen1924par HayadelaTorre.
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