La Nouvelle Revue Française N° 575

De
Pierre Encrevé - Michel Braudeau, Conversations sur la langue française
Fernando Arrabal - Benoît Mandelbrot, Intelligence, génie et humour du mathématicien Mandelbrot (entretien)
Jacques Réda, Deux variations
Alain Duault, Où quelque chose a frémi
Stéphane Audeguy, In memoriam
Louis Chevaillier, Ecuador
Doris Jakubec, Un inédit de Ramuz
Charles-Ferdinand Ramuz, Recherche de la vérité
Renouveau des lettres mexicaines :
Christopher Domínguez Michael, La mort de la littérature mexicaine
Jorge Volpi, Ars poetica
Ignacio Padilla, Les antipodes et le siècle
Cristina Rivera Garza, Le jour de la mort de Juan Rulfo
Pablo Soler Frost, Le docteur Greene en plein siège de Bagdad
Eduardo Antonio Parra, La Vitrine aux rêves
José Manuel Prieto, Le Bègue et la Russe
Mario Bellatin, Chiens héros
Ana García Berga, Mrs. Rodgers
Hommage à Augusto Monterroso (1921-2003) :
Augusto Monterroso, Le Mot magique
Adolfo Castañón, Augusto Monterroso : souvenirs, sentences, notes et traits d'esprit d'un maître nullement apocryphe
Chroniques : le cinéma :
Serge Chauvin, Le corps nation (La Pègre de Im Kwon-taek)
Chroniques : les arts :
Pierre Descargues, 'Sutor, ne supra crepidam' (Gina Pane ; Anne Maden)
Chroniques : le théâtre :
Hédi Kaddour, Oncle Vania de Tchekhov
L'air du temps :
Maja Brick, Vers la langue secrète de la maison perdue
Carlos Herrera, Histoire de Manuel de Masias, l'homme qui créa le rocoto farci et cuisina pour le diable
Notes : la poésie :
Gérard Bocholier, Petit inventaire de poésie
Notes : la littérature :
Shoshana Rappaport-Jaccottet, Journal 1919-1924 : 'Aller droit à l'enfer...' de Mireille Havet (Claire Paulhan)
Anthony Dufraisse, Hollywood. La Mecque du cinéma de Blaise Cendrars (Grasset)
Yves Leclair, Le su et l'insu de Roger Munier (Gallimard) - Adam de Roger Munier (Arfuyen)
Notes : les essais :
Alain Clerval, Dominique de Roux : le provocateur de Jean-Luc Barré (Fayard)
Shoshana Rappaport-Jaccottet, L'amour dans le temps de Pierre Pachet (Calmann-Lévy)
Alain Feutry, Le complexe de Caliban de Linda Lê (Christian Bourgois)
Stéphane Zékian, L'Invention de Balzac. Lectures européennes (Presses universitaires de Vincennes) - Cyrano de Bergerac dans tous ses états (Anacharsis)
Notes : lettres étrangères :
Christian Garcin, Beaux seins, belles fesses de Mo Yan (Le Seuil)
Thomas Regnier, Le Diable et Daniel Silverman de Théodore Roszak (Le Cherche Midi)
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072388910
Nombre de pages : 352
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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
PIERREENCREVÉETMICHELBRAUDEAU
Conversationssurlalanguefrançaise
I
MICHELBRAUDEAUSupposeuninstant,cherPierre,quenous soyonsparunebellejournéedecielbleuentraindeconversersurles heursetmalheursdelalanguefrançaise.Apeuprèscommelorsque nousfîmesconnaissancesurlesbancsdel'universitédeVincennes en 1968,toilemaître,moil'élève. NCREVÉLamaîtrise,unmotabhorréàl'époque. PIERREE M.B.Maisuneépoquequiexpliquenotretutoiement.Lalin-guistiquefaisaitalorsuneentréeenthousiasmanteparmiles sciences humaines,avecSaussure,Jakobson,Chomsky,grâceàdeschercheurs commeNicolasRuwetettoi. P.E.Beaucoupd'autres.TutraduisaisStructuressyn-taxiquesdeChomsky.C'étaientdesannéesdegrandenthou-siasmepourlalinguistique,généraled'abordpuisgénérative. M.B.Lafièvreestretombée,maispourautantjenepensepasque nousayonseutortd'ycroire. P.E.Moinonplus.Lechapitren'estpasclos.Ilfaudrait unjourracontercommedesromansl'aventuredecertaines disciplines.Nousconversonsausoleil.sommes-nous? M.B.AuPalais-Royal,aujourd'hui.Ailleurslaprochainefois. P.E.Etquelleestlaquestion?
LaNouvelleRevueFrançaise M.B.Lefrançaisestunelangueàlafoistrèsancienneettrès vivantedontlerangn'estpasnégligeabledanslemonde.Elleabeau-coupdelocuteurs,commeondit,depersonnesquilaparlentcouram-mentcommeleurlanguematernelleouleurlangued'adoptionon verralesdifférentsusagesenmêmetemps,onditsouventquec'estune languemenacéedemortparlatoute-puissancedel'anglais,enatten-dantl'arrivéeduchinoisoudel'indienoudubengalioudutamoulou dejenesaisquoi.Quelleestdonclasituationdufrançais?Faut-il s'enplaindre?Faut-ilserassurer?Est-cedangereux?Commenten est-onarrivé? P.E.Ilestimportantquelestermessoientprécisés.Par exemple,lefrançaisn'estpasunelanguetrèsancienne,puis-qu'ellen'apparaîtqu'àlafindupremiermillénairedenotreère, alorsque,pours'entenirauxlanguesparléesmaternellement surleterritoiredelaRépublique,lebasque,lebretonmaissur-toutleslanguesamérindiennesdeGuyaneouleslanguesméla-nésiennesetpolynésiennessont incomparablement plus anciennes.Sionenvisagedoncl'ensembledeslanguesmater-nellesrépertoriéescommelanguesdeFrance,entenantcompte decellesdesdépartementsetterritoiresd'Outre-Mer,lefrançais estprobablement,aveclesautreslanguesromanesencoretrans-misesmaternellement,c'est-à-direlecorseetlecatalan,la languelaplusrécentedetoutesaprèslescréoles. M.B.Lescréoles,tuveuxdire. P.E.L'ensembledescréoles,caribéens,guyanaisetréu-nionnais,quisontàbase lexicalefrançaise.Ceux-làsont plus récentseneffetpuisqu'ilsdatent. -de M.B.laRévolutionfrançaise? P.E.-Non,delatraiteetdel'esclavagesurlesplantations. M.B.Delatraite,oui. P.E.Maisavantlacréationdescréoles,nésducontactiné-galitairec'estlemoinsqu'onpuissedireentreesclavesafri-cainsetcolonsfrançais,lefrançaisétait,aveclesautreslangues romanesdeFrance,lalanguelaplusrécenteduterritoire, contrairementàcequ'imaginentspontanémentlesFrançais pourquilalanguenationaleestdetouteéternité,commela FranceselonleGénéral.
PierreEncrevéetMichelBraudeau
M.B.Dequelsiècledaterait-elle? P.E.LestémoignagesécritscommencentauIXesiècleseu-lement,lesfameuxSermentsdeStrasbourgquiauraientétépro-noncésen842.Maislemanuscritsur lequelnousleslisonsdate desenvironsdel'anmiletnulnesaitquelrapportexactcetexte entretientavecleséchangescensésavoireulieule14février 842surlesrivesduRhinentredeuxpetits-filsdeCharle-magne.Enfait,lakoiné(c'est-à-direlaformecommune) écritenecommenceàs'élaborervraimentenFrance(duNord) qu'auxXIeetxifsiècles. Mêmeenprenantencomptelesparlersayantprécédéen «Francia»lesformesécrites,c'estrécentsi,pours'entenirau territoiremétropolitain,oncomparenonseulementavecle breton,quiestundescendant(indirect)duceltede«nos ancêtreslesGaulois»,oulebasque,quisemblebienremonter directementauxlanguesdespopulationsinstalléesausudde laFranceantérieurementàl'arrivéedesIndo-Européens,mais encoreavecleberbèrequ'aujourd'huionesttenudeconsi-dérercommeunelanguedeFrance,parcequec'estunelangue parléedansd'anciensdépartementsfrançais,ceuxdel'Algérie, etdansnotreancienprotectoratmarocain,d'oùestvenuetoute unepopulationberbérophonesurleterritoire métropolitain, etparcequec'estlalanguematernelled'enfantsquinaissentet viventfrançaisenFrancequiestunelangueattestéedepuis quatremillénaires.Quantauxlanguesamérindiennesdu départementfrançaisdelaGuyane,commel'arawak,le kali'na,lepalikur,l'émerillon,lewayanaoulewayampi,elles ontpeut-êtreplusdedixmilleans.SedéplaçantenAmazonie, ellesnesontpasarrivéesdepuissilongtempsenGuyanemais ellessontaujourd'hui,et depuisdessiècles,parléessurleter-ritoireconstitutionnellementindivisibledelaRépubliqueet leurslocuteursnaissentetviventcitoyensfrançais.Cesontdes languesquisesontdoncmaintenuesdanslalonguedurée, notammentparcequeleursrareslocuteurs vivaientenpetits groupesayantpeudecontactsextérieurs,biensûr,etquise maintiennentencoreaujourd'huiprobablementassezinchan-géesbienqu'ellesnesoientpasécrites.Quandonsongeàla
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résistancedecesdiverseslangues,dansdessituationstrès dif-férentes,basque,berbère,arawak,onnepeutquesourire devantceuxquiclamentquelefrançaisestendangerdemort. Lefrançaisestunelanguearméepourvivrebienpluslongtemps encorequeceslanguessansdéfensequiontsibiensurvécuilne pèseaucunemenacedemortsurelle,quifaitaujourd'huipartie delapoignéedesmieuxpourvuespourtraverserletemps.Reste que,pourcequiestdesaplacedanslemondeaujourd'huirela-tivementaupassérécent,onpeutendiscuter. M.B.Mêmedecepointdevue,etcontrairementauxlamenta-tionsderigueur,iln'estpassûrquelepessimismesoitjustifié. P.E.Oui.Lefrançaisestunelanguerelativementrécente, devenuecelledelaplusgrandepuissancedel'Europeauxvifet auXVIIIesiècle.Et,ausièclesuivant,celled'unegrandepuis-sancecoloniale.C'estunelanguequiaétémunietrèstôt,dèsle XIIesiècle,delittératureécrite,et,trèstôtaussi,dèsleXVIede grosbataillonsdegrammairiensetdelexicologuesacharnésà multipliergrammaires,dictionnaires etàmenerunensemble completderecherchessurlalanguequin'ontpascesséetneces-serontpas,sibienquelefrançaisfaitpartiedeslanguesles mieuxdéfenduesparletravailsavant,lesmieuximplantéespar lapuissancepolitiqueetmilitaire.Enoutreelleestportéepar unedesplusricheslittératuresdel'èrechrétienne. M.B.Àquelleépoqueteréfères-tu? P.E.Àtoutelalittératureenfrançais,depuisChrétiende Troyes,maisplusspécialementlalittératureenlanguefrançaise vivante,c'est-à-direcellequicommencedansladeuxième moitiéduXVIesiècleetqu'onpeutencoreenseignerdansletexte originalonpeutencorefairelire,maisenorthographemoder-nisée,auxenfantsdenosécolesen Franceetàl'étrangeruncer-tainnombredetextesdelaPléiadeparexemple. M.B.LesamisdeRonsard,paslacollectiondelarueSébastien-Bottin. P.E.Ronsard,DuBellaypeuventencoreêtrelusetcom-pris,dumoinsdansdestexteschoisis,pardesadolescentsqui s'envoientenpermanencedesSMS.Cequiestexceptionnel parmileslanguesparléesdeparlemonde.Nousavonsdepuis
PierreEncrevéetMichelBraudeau
lexviesiècleunpatrimoinelittéraired'unegrandelisibilité, maisilfauts'entendreseulementcertainstextesdecette époquepeuventêtrelussansinitiationparticulière,avec quelquesannotationsmaiscen'estpaslecasdeRabelaispar exemple,dontonapubliéàjustetitreuneéditionbilingue avecunetraductionenfrançaismoderneenregarddel'ori-ginal.Celadit,lecorpusdetexteslisiblespartouslesadoles-centsdanslecadrescolaires'élargitbeaucoupdèslesièclesui-vant.PascalouLaFontaineécriventunfrançaisquasi transparentpournosélèvespourpeuqu'ilsdésirentles entendre.Sinouscroisionsl'unoul'autreencejardinqu'ils n'ontpasconnu,nousnenouscomprendrionscertainement pasfacilement,pourdesraisonsd'évolutiondelaprononcia-tionPascal,quidisaitàjustetitre«Montagne»pourdésigner l'auteurdesEssais,etappelait«Champagne»sonamipeintre Philippe,nelesretrouveraitpasfacilementdansnos«Mon-taigne»et«Champaigne»,puisquenousavonsoubliéquelei devantgnn'étaitauxvfqu'unedesgraphiespossiblesdecegn,et nullementàlireenèavecleaprécédentcommenousfaisons.Et s'ilnousdemandaitlenomdu«rouè»régnantaujourd'huisur laFrance,nousaurionsdumalàluiexpliquerqu'iln'yaplusde «roua».Mais,etc'estdécisif,nouspourrionscommuniquerpar billetsécritsoupare-mail.L'accessibilité,lalisibilitédestextes classiquesfaitassurémentpartieducapitalspécifiquedenotre languepourtraverserlessiècles.Capitallittérairequireste d'autantplusvivant,j'y insiste,quenoslycéensquiyaccèdent, fût-ceenextraits,sontsimultanémentvirtuosesdansl'artdu textosurportableetduchat(prononcez«tchatt»)surl'Internet. M.B.Pourcombiendetemps? P.E.Difficileàdire,maispourl'heurejepenseque,sans enprendretoujoursconscience,lesjeunesFrançais,quisuivent tousdesétudessecondaires,éprouventleurlanguecommepor-teusedecetteprofondeurhistoriquevivedanscettelangue qu'ilsmanipulentludiquement,ilspeuvententendreaussidans lestextesscolaireslavoixdesauteursclassiques.Leurrapportà lalangueenest,àleurinsu, transformé.Ilsn'aurontjamaisce rapportavec«l'anglaisdecommunicationinternationale»,
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mêmes'ilssontamenésunjouràl'utiliserdemanièreexclusive dansleurtravail. M.B.Tuasd'autresexemples? P.E.Là-dessus,onpeutcomparerlefrançaisaugrecouà l'hébreuquisontdeslanguesécritesdepuispresquetroismille ansetquisontencoreparléesetécrites.Legrecabeaucoup évoluémaissansruptureetsoncapitalclassiqueesttoujours symboliquementtrèsprésentetcontribueàlégitimerl'usage dugrecmoderneenGrèce.L'hébreumodernedel'État d'Israël,c'estdel'hébreureconstituéetconsidérablement enrichil'écartestd'uneautrenaturepuisquelalangue moderneaétéréinventée,ressuscitéeàpartirdestextes anciens,aulieud'uneévolutionnaturelleàtraverslessiècles. Voicideuxlanguesquiontététrèslongtempsprivéesdepou-voirpolitique,quiavaientdeuxlittératures,beaucoupmoins nombreusesquelanôtremais,commelanôtre,majeures.Pour legrec,cequienestencorelargementtransmisaujourd'hui,le plussouvententraductions,c'estHomère,lesTragiquesetles philosophes. M.B.Cequin'apasdisparudansl'incendied'Alexandrie. P.E.Cecorpusrestreint,datantdumilieudupremier millénaireavantnotreèreestuniversellementconnuetsuffità fairequ'encoremaintenant,partoutdanslemonde,des enfants,commelepetitgarçonquej'étais,ontenvie d'apprendrelegrecclassique,pourtantréputédifficiledansla courducollège,avecsonalphabetdifférentdunôtre.Ilest seulementdommagequ'endernièreannéedelycéelesélèves degrecclassiquenesevoientpasinitiésaugrecmoderne. L'hébreuclassiqueluiseborneàcequeleschrétiensnomment l'AncienTestamentaujourd'huiluentraductionsdansle mondeentier.Àpartirdecetensembled'écritssacrés(etaussi del'hébreumichniqueetmêmedel'hébreumédiéval),Ben Yehudaapuressusciteràlafinduxixesiècleunelanguequi n'étaitplusparléeordinairementdepuislemesiècle,puisla faireapprendre,parleretécrireàtoutunpeuplequil'atrans-misecommelanguematernelleàlagénérationsuivante. Aujourd'huicommeilyavingt-cinqsièclesonparlehébreu
PierreEncrevéetMichelBraudeau
mêmes'estformécelivre.Leslanguesontlapeaudure,et ellessaventressusciter.Nesontvraimentmenacéesdemort queleslanguesparléespardetrèspetitsgroupesdelocuteurs, moinsd'unecentainedepersonnes,dontla«civilisation» actuelledétruitlegenredevietraditionnel. M.B.Vises-tud'abordlalangueparléeouécrite? P.E.Derrièrel'expression«lefrançais»,ilyauneréalité extrêmementcomplexe,multipleetilfautpeut-êtredéplier l'ensembleavantd'allerplusloin.Ilyabeaucoupdevariétésde français,etd'abordparcequ'ilyapluralitégéographiqueles francophonesmaternelsusentdesformesfrançaisesstandardde France,deSuisse,deBelgiqueetduQuébec,quiontchacune desparticularitéspropres.Parailleurs,danschacundecespays serencontreunegrandevariationsocialeparmileslocuteurs, quiseretrouveenpartiedansleursusagesdelalangue,qu'ils soientorauxouécrits.Notammentpourlesadolescents,pro-ducteurstrèsactifsetd'unevarianteinattenduedefrançaisécrit dansleschatsdesicônes(smiles)interviennentparmilesmots, etd'uneformephonétiséetrèsnouvelledanslesSMS.Ilvadesoi, parailleurs,quelefrançaisdel'ENAn'estpasexactementcelui descités,demêmequelefrançaisécritdeJacquesDerridan'est pasnonplusceluideMichelBraudeau.Lavariation,quel'on prennel'oraloul'écrit,estinfinie,maisonpeutlacatégoriser. M.B.Etd'uneprovinceàl'autre? P.E.Encedébutduxxfsiècle,laréponseseraitplutôtnon, surtoutpourl'écritlapressel'atteste,maislestextosaussisont lesmêmesà MarseilleetàLille,etdemêmelalanguedeschats, tandisqu'ilsrestentincompréhensiblesaussibienàunbanquier du7earrondissementdeParisqu'àuneconciergedu20e,pour peuqu'ilssoientl'unetl'autresexagénaires. L'enseignementgénéralisédufrançaisdepuisbientôtun siècleetdemi,àquois'ajoutedepuistrenteanslapratiquede l'écoutequotidiennedelatélévision,deuxoutroisheures durant,parunegrandemajoritédelapopulationdetousles âgesetdetouteslesconditionssociales,faitque, surleterri-toiremétropolitain,lefrançaisquotidienestrelativement unifié àl'oral(misàpartles«accents»régionaux)commeà
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l'écritsaufdanslesusagestechniquesbiensûr,qu'ils'agisse dephilosophie,d'informatique,demédecine,dejustice,etc. Maispourcequiestdelalanguefrançaiseelle-même,elle n'estpasunifiée,jelerépètenotre Empereurcorsen'ayantpu s'emparerdurablementdelaBelgiqueetdelaSuisse,nous n'avonspasalignésurlenôtrelefrançaisdeBelgiquenicelui deSuisseromande,quiprésententencore,parbonheur,des traitspropres.Maisdansl'Hexagonemême,l'unificationdela languenationaleestpratiquementachevée,commel'ont démontréen2003lesrésultatsdel'enquête«familles» menéeauprèsdetroiscentquatre-vingtmillefoyerspar l'INSEEetl'InstitutNationald'ÉtudesDémographiqueslors dudernierrecensementenFrancemétropolitaine.Aumoment delaRévolutionfrançaise,en1794,l'abbéGrégoire,premier àmeneruneenquêtenationalesurlalangue,estimaitqu'ily avaitseulementuntiersdesFrançaisquiparlaientlefrançais eten1863,VictorDuruy trouvaitqu'iln'yavaitencoreque troisquartsdelapopulationàparlerfrançais,sansquecesoit d'ailleurstoujoursleurlanguematernelle,loindelà.Mais aujourd'huienFrancelatotalitédesFrançaisparlentfrançais (etbeaucoupmieuxquelespaysansdelafinduxixe),cequiest unesituationquines'estjamaisproduiteavantledernier quartduxxesiècle. .Etpourtdegémirsurladégradationde M.B.ant,onnecesse lalangue. P.E.Quandondéplorel'étatprésentdufrançais,onnéglige cefaitétabliqu'onn'ajamaisautant,niaussibienparléetécrit lefrançaisenFrance.Aujourd'hui,laquasi-totalitédesenfants nésenFrancemétropolitaineparlentfrançaisenpremière langue.Uneunificationlinguistiqueréelles'estfaitepar l'écoleetparlesmédiasaudiovisuels,quiabalayélesrestes vivantsdesdialectesetpatois.Çan'empêcherapaslesesprits chagrinsdeprétendrequelalangueestendanger,qu'elleest généraliséemaisméconnaissable.Onconnaîtlachanson Ceux-làrêventd'unfrançaisquiseraitrestél'apanaged'une classesocialelimitée,seréservantl'enseignementsecondaire etsupérieurcommeautempsdesmachinesàvapeur,dela
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