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MICHELBRAUDEAUDessinéparLeNôtre,maisencore plein,siontendl'oreilleàl'Histoire,desbruitsetfureursdela RévolutionetdelaCommune,lejardindesTuileriesnous déambulonsaujourd'huiestleseulvasteespacepublicdeParis quisoitencorepropriétédel'État.Ils'imposaitdoncpouraborder avectoilalanguedel'État.Lefrançaisestlalangueofficiellede laFrance.Depuisquand? PIERREENCREVÉConstitutionnellementparlant,depuis trèspeudetempsl'introductiondel'alinéaidoinedans laConstitution,«LalanguedelaRépubliqueestle français»,nedatequedejuin1992.Lesdéputésavaient crupouvoirprétendre,sanségardauxautrespaysfranco-phones,que«LefrançaisestlalanguedelaRépu-blique»,maisleSénat,assaillideprotestations,arectifié, etleCongrèsasuivi.LetraitédeMaastrichtadoncfourni l'occasion,deuxsièclesaprèslaIreRépublique,deconfor-mersolennellementsurlaquestionlinguistiquela ConstitutionfrançaiseàcelledelaPrincipautéde Monaco.L'Allemagne,elle,résisteencoreàl'exempledu Lichtenstein.
LaNouvelleRevueFrançaise
M.B.Cesontdeslions.Et,d'aprèsSchopenhauer,nousne sommesquelessingesdel'Europe.Peut-onparlerpourla Franced'une«langued'ÉtatH? P.E.Oui,etbienavantlaRépublique.Oninvoque classiquement«1539»,datesymbolique.Ilyavaitdéjà eudesordonnancesallantdanslemêmesens,particu-lièrementcelle deLouisXIIen1510,maisonapris l'habitudederetenirlafameuse«OrdonnanceduRoisur lefaitdejustice»signéeparFrançoisIerle10août1539 auchâteaudeVillers-Cotterêts.Cequiestd'abordencause danslesdeuxarticlesconcernantlalangue,surlescent quatre-vingt-douzedecetteordonnance,rédigéeparle chancelierPoyet,c'estl'abandondelalanguelatineparle pouvoirtemporel,quivapromouvoirsalangue,distincte decelledupouvoirspirituel.Àcetteépoque,lelatinest lapluspuissantelanguedeculturedumonde,cellede l'Égliseetdoncdel'Université.Désormais,c'estlalangue royale,quin'avaitcessédesecodifierdanslessiècles précédents,quidevraêtreemployéedanstouslesactes juridiques. M.B.Ainsi,Villers-Cotterêtsimposelalangueduroisur toutleterritoire. P.E.C'estcequ'onal'habitudededire.Maisquand onlitde prèscetteordonnancequivise,commeleroi l'écritenpréambule,à«aucunementpourvoiraubiendenostre justice,abbreviationdesprocesetsoulaigementdenozsubiectz» elles'avèresouteniràpeuprèslecontraire.Cebeautexte, quej'aimeraisquenousreproduisionsdanssonécriture originale,neserait-cequepourfaireprendreconscience desfluctuationsdelagraphiedufrançais,allèguequele roichoisitlalanguedesessujets«Etaffinquilnyayt causededoutbtersurlintelligencedesd.arrestznousvoulonset ordonnonsquilzsoientfaictzetescriptzsiclairementquilnyayt
PierreEncrevéetMichelBraudeau
nepuisseavoiraucuneambiguiteouincertitudenelieuaen demanderinterpretacion. Etpourcequetelleschosessontsouventesfoisadvenuessurlin-telligencedesmotslatinscontenuzesd.arrestznous voulonsque (. doresnavanttousarrestzensembletoutesautresprocedures) soientprononcezenregistrezetdelivrezauxpartiesenlangaige maternelfrancoysetnonautrement.»Leproblèmeestdonc présentéensensinverselelatinétantunelangueétran-gèrepourlesFrançais,pour«pourvoirà[leur]soulage-ment»ilfautquelesactespublicssoient rédigésdansla languematernellefrançaisedesortequelestextesn'aient plusbesoind'interprétationetquedisparaissentincerti-tudesetambiguïtés. M.B.Parceque,dutempsdeFrançoisIerilfallaitun , clerc,quelqu'und'instruit,pourexpliquerletexteauvulgum pecus,qu'onl'appelle«lepeuple»,les«vraiesgens» oules ». «coucheslaborieuses P.E.Aussilongtempsquec'étaitenlatin,l'immense majoritédesgensn'ycomprenaientgoutte.Cetteidée vientdel'entourage«éclairé»deFrançoisIer. M.B.«Réformé»,tuveuxdire? P.E.Ausensstrict,nonmaisproche,commel'était MargueritedeNavarre,soeurduroi,peut-être.Huma-nisteentoutcasdesgensquisontconscientsdela modernitéapportéeparlaRéforme, avertisquelalangue allemandeestentraindeseconstituerautourdelatra-ductiondelaBibledueàLuther.Etqu'enFranceaussi, grâceàlatraductiondeLefèvred'Étaplesetcelle,parueà Neuchâtelen1535,dePierreRobertditOlivétan,quia apprisl'hébreuauprès deVatableauCollègedeslecteurs royauxcrééprécisémentparFrançoisIeren1 530,onlitla Bibleenfrançais,endépitdesrécentséditsprisparceroi très-catholiqueàlasuitedel'affairedesPlacards.Calvin, quivientdepubliersonInstitutioreligionischristianae,la
LaNouvelleRevueFrançaise feraparaîtreenfrançaisàStrasbourgdès1541.Toutcela faitpartied'unelutteglobalecontrelelatinpourfaire uneplaceaufrançaisparmileslanguesdecultures.Tous lesespritsmodernesvontchoisirlefrançais. En1549,ce seraLaDeffenceetIllustrationdelalanguefrancoyse,qui, quoiquepartiellementempruntéeàSperoneSperoni,est lepremiergrandmanifestelittérairefrançaiscontrela dominationdulatin,maisaussidutoscan,dansl'écrit tantilestvraiqu'enFrancelalittératureetlepouvoir n'ontcessédesedonnerlinguistiquementlamain l'exceptionMistralestsistupéfiantequ'elleabénéficié d'unprixNobel.En1539,lepouvoirroyaldécide d'imposer,danslesactespublicsetsurtoutleterritoire qu'ilcontrôle,lalanguequ'ilpratique.Mais,aulieude chercheràsoumettre,ilénonce«Jevaisparler,moi l'État,lalanguedemessujets.» M.B.Cequiparaîtunestratégieintelligente,entoutcas, pourunroilesemblantdémocratique. P.E.Évidemment,lavéritésociologiqueetpoli-tiqueesttoutautre.Laqualificationde«maternel francoys»,pourlelangageenquestion,estunesorte d'oxymoronàcettedate.Ilnedevait mêmepasyavoir,à l'époque,vingtpourcentdessujetsduroiparlantfran-çais,etpasnécessairementpartransmissionmaternelle. Trèspeudefrancophonesàlacampagnemaisdansles villeslefrançaisnecessaitdegagnerduterrain,même ailleursqu'enpaysd'oïl,quoiquepluslentement.De sortequ'outrelelatin,Villers-Cotterêts,enfait,disputeà lalangued'ocledomainedel'écrittoutcomme l'alinéa1"del'article2denotreConstitutionetlaloi Toubonde1994,souscouvertdenous«protéger»de l'anglais,n'ontd'efficacitéréellequedejustifierl'inter-dictiondelaratificationdelaCharteeuropéennedes languesrégionalesouminoritaires.
PierreEncrevéetMichelBraudeau
M.B.AuXVIe,lespaysans,c'est-à-direl'immensemajorité delapopulation,queparlaient-ils? P.E.Toutesleslanguesrégionales,soit,dansla Francede1539,àpeuprèstoutesleslanguesd'oïl,mais aussilebreton,lefranco-provençalenSavoieetenIsère, etlesdiversesvariétésdelalangued'ocdansleSud,plus lebasque.L'AbbéGrégoireen1793,deuxsièclesetdemi plustard,aprèsunepetiteenquêteparécritauprèsdes lettrésdeprovince(lapremièreenquêtelinguistiquede notrehistoire),conclutqu'iln'yapasplusd'untiersdes Françaisquiparlentlefrançais.En1539,ildevaityen avoirmoitiémoins,concentrésdanslesvilles.Maiscequi estintéressant,c'estl'argumentairede Villers-Cotterêts «l'Étatdécidedeparlerlalanguedesessujets».Etnon pas«lessujetsdoiventseplieràlalanguedupouvoir», commelesoutiendronten1794lesterroristesBarrèreet Grégoire,alorsque,jusqu'àeux,laRévolutionavaitpri-vilégiéladiversitélinguistiquede1790à1793,toutes leslanguesdeFranceétaientlanguesdelaRépublique. C'estl'attituderoyalede1539querejointaujourd'huila réflexionsurlalanguedel'Étatl'Étatdémocratiqueest-ilfondéàparlerunelanguehermétique,unfrançais certes,maisaccessibleauxseulsspécialistes,commeilfait sisouventdanslestextesadministratifs,lestextesjuri-diques,lestextesdelois,sansoublierlestraités constitutionnels? M.B.Etlalanguemilitaire,autempsduserviceobliga-j' toire.Quandétaisjeune,j'avaistrouvéchezdesamisàlacam-pagneunvieuxmanueld'instructionmilitaireetnousenappre-nionsparcœurlesquestionsabsurdes,enparticuliercelle-ci «Laquiestlareinedequoi?»,dontlaréponseespéréedu soldatétait«L'infanterieestlareinedesbatailles.»Nous avonstousétéréformés.Àtaliste,tupeuxrajouterlalangue
LaNouvelleRevueFrançaise
desgensderobe,lejargondestribunaux,les«Attenduque», «Vuque»,«Considérantque». P.E.Lelangagejudiciaire,biensûr.Unebonne partiedesexpressionsqu'onemploiecourammentdans lestribunauxdontlesformuleslatines«Leprocèsest ajournésinedie»ettantd'autresviolentsansvergogne l'ordonnancedeVillers-Cotterêts,quiapourtanttou-joursforcedeloienFrance.Latinmisàpart,seposela questiontoutàfaitgénéraledelalanguedel'État aujourd'hui.Parcequelefrançaisjuridico-administratif etplusencorelefrançaisjudiciairesontdevenus,pourles francophonesquin'ensontpasspécialistes,unnouveau latin,depuisdéjàbienlongtemps.L'Étatentend-ildenos joursutiliserlalanguedel'ensembledesFrançais,quine sont plusdessubiectsassujettismais,enprincipe,des sujetsactifsdeleurproprehistoirepolitique,oubienpré-fère-t-ilcontinueràutilisersaproprevariétédelalangue française,aurisquedesincertitude,ambiguite,etbesoins d'interpretacion,proscrits,endroit,depuis1539?Jerêve parfoisd'uneactionenjusticedemillionsdecitoyens visantl'applicationeffective,surcepoint,del'ordon-nancedeFrançoisIer.Questionsérieusepourunedémo-cratieetquiseposedanstouslespaysayantunelongue traditiond'écriture.Dansl'ensembledel'Europeetaux États-Unis,depuismaintenantunevingtained'années,la nécessitéderapprocherlalangueadministrativede celle descitoyensestdevenuecruciale,etlaFranceelle-même s'yestattaquée.EnGrande-Bretagne,depuis1999,les formules latines,archaïquesoudésuètes,ontétépros-critesmêmedescoursdejustice.
M.B.Sijenem'abuse,tuasfaitpartied'uneCommis-sionchargéed'examinerlesproblèmesliésàlalangue administrative?
PierreEncrevéetMichelBraudeau
P.E.De2001à2004,j'aianiméleComitéd'orien-tationpourlasimplificationdulangageadministratif (COSLA),quicomptaitnombredepraticiensdelalangue autourdeLaureAdler,BernardCerquiglini,PierrePerret, BernardPivot,BernardQuemada,JosetteetAlainRey, HenrietteWalter. M.B.Vousaviezunvasteprogramme. P.E.Inépuisable.Etredoutableparquelboutsaisir celangage?Nousavonscommencépartravaillersurles formulairesadministratifs.LaFranceestchampionnedu mondedansledomaineduformulairenationalen2001, ilencirculaitplusdemillecinqcents.Leformulaire administratif,c'estcelieuuniquesecroisentl'écriture del'État,imprimée,imperturbable,impérieuse,etcelle ducitoyen,manuscrite,hésitante,etforcémentfautive. M.B.Quelstypesdeformulaires? P.E.-Touslesformulairesadministratifspossiblesla demandedecarted'identitéoudepasseport,lademande deboursepourlescollègesetlycées,lademandede retraite,lademandedeRMI,lesdéclarationsdesucces-sion,lespermisdeconstruire,lesfeuillesdemaladie(plu-sieurscentainesdemillionsd'exemplairesparan,malgré lacartenumérique.),l'ensembledesformulairesqui régulentlesrapportsentrel'Étatetlescitoyens,dontplus decentsontutiliséschacunparplusd'unmilliondeper-sonnestouslesans.Unformulairecommelademandede carted'identité,cartequel'onrenouvelletouslesdixans, touchelatotalitédelapopulationfrançaise.Soituntirage d'environsixmillionsd'exemplairesparan,loindevant touslesbest-sellers.Nousavonsrédigélenouveauformu-laireenessayantdelerendreplusaccessible,moins rébarbatif,etmoinscompliquéàremplir. M.B.Dequellemanière?
LaNouvelleRevueFrançaise P.E.Nousavonstravaillé«àdroitconstant»pour parlerdanscettelanguedespécialitéquiestcellede l'administrationc'est-à-direquenousdevionsévidem-mentrespecterlesdemandesderenseignementsqui découlentdesdiversesloisconcernantl'identificationdes citoyens.C'estuncadrecontraignant,maisquipermetau moinsd'éliminercertainesexpressionsénigmatiques relevantparfoisdugrotesquepuretnecorrespondant plusàrien.Jusqu'en2003,parexemple,dansleformu-lairededemandedelacarted'identité,àlarubriquepor-tantsurlatailledudemandeur,ilétaitprécisé«Lataille estrenseignéeparleserviceémetteur.»Formuleobscure pourlesusagers, maiségalementpourlesgensdugui-chet.Jemesouviensd'avoir demandépolimentàma mairiesetrouvaitle«serviceémetteur»devant «renseigner»mataille.Lapersonnepréposéeaouvertde grandsyeux.Cetemploide«renseigner»suivid'un complémentinaniménesetrouvedansaucundesdic-tionnairesfrançaiscourants,excepté,depuistroisans dansleLexiqueadministratifdontleCOSLAaprisl'initia-tiveetdontuneversionremaniéepourlegrandpublica étépubliéesousletitreLepetitdécodeur.C'estunemploi typiquementadministratifpar«renseignerlataille»il fautentendre,biensûr,«fournirl'indicationausujetde lataille».Quantau«serviceémetteur»,enl'occur-rence,etàsoninsu,ils'incarnaitenlapersonnedemon guichetier,quin'enpouvaitmais.Commentaurait-ilpu «renseigner»lui-mêmemataille?Enl'estimantà l'œil?Aumomentcetexteavaitétérédigé,ilyades décennies,ontrouvaitdestoisesdanslesmairieslepré-posépassaitledemandeuràlatoiseet«renseignait»sa taillesurleformulaire,entantque«serviceémetteur» delademandedecarteauprèsdelapréfecture.J'aidonc expliquéaufonctionnaireduguichetcequecelame