La Nouvelle Revue Française N° 581

De
Jude Stéfan, Le Locateur
Antonio Tabucchi, Norman Manea, l'éternel étranger
Jean-Paul Michel, 'Rien n'est tragique comme un apprentissage'
Bernard Gendrel, Poèmes
Antonio José Ponte, Sartre à La Havane
Hommage à Jean Grosjean (1912-2006) :
Christian Bobin, Voyou
Gérard Bocholier, Un simple passant
Jean-Pierre Colombi, Dieu seul
Lydie Dattas, Une cursive charitable
Bertrand Degott, De la Saponite
Philippe Delaveau, 'L'ange a passé sans que j'aie des nouvelles de mon cœur...'
Henri Droguet, Pas à pas avec Jean Grosjean
Paul Gellings, Traduire la profondeur
Guy Goffette, Un silencieux intarissable, Jean Grosjean
Roger Grenier, L'homme des paradoxes
Hédi Kaddour, Aussi simple qu'insoluble
Rutger Kopland, Quatre poèmes pour Jean Grosjean
Yves Leclair, Jean de l'Aube ou L'évangile apocryphe de Jean Grosjean
Michel Léturmy, Mon camarade
Jean Maison, D'ici on voit le ciel
Jacques Message, Jean Grosjean sur le seuil de ses maisons
Amaury Nauroy, Jean Grosjean, noteur
Dominique Pagnier, Pour le roi de Prusse
Jérôme Prieur, Sous l'invocation de Jean Grosjean
Jacques Réda, Marche, malice, mélancolie
Textes et contextes du Venezuela (II) :
Juan Carlos Méndez Guédez, Histoire d'amour à Santiago de León Caracas ou La minijupe couleur miel
Igor Barreto, Cimetière de San Fernando
Ana Teresa Torres, Cinq réponses à Gustavo Guerrero et Antonio López Ortega
Antonio López Ortega, Le cours de l'Aponwao
Guillermo Sucre, Poèmes
Ibsen Martínez, Marx und Bolívar
Miguel Gomes, Un fantôme portugais, sans aucun doute
Yolanda Pantín, Poèmes
Fernando Rodriguez, Une longue marche
Chroniques :
S. Rappaport-Jaccottet, Tout sauf une relique, ou la bonne main. Gérard Macé
Chroniques : le cinéma :
S. Chauvin, Actualités d'époque
Chroniques : les arts :
P. Descargues, À chacun sa réalité
L'air du temps :
L. de Boutiny, La cage de Francis Bacon
C. Garcin, Vers le Baïkal
Notes : la poésie :
G. Bocholier, Petit inventaire de poésie
S. Michaud, Donnant donnant (Gallimard) - Le Sens de la visite (Stock) de M. Deguy
R. Blin, Une poignée de monde - La mer à boire de L. Janvier (Gallimard)
M. Blanchet, Chaos de F. Venaille (Mercure de France)
P. Di Meo, Le rapport signal-bruit (Le bleu du ciel) - Précis de nos marqueurs mobiles (De l'Attente) de P. Parlant
Notes : la littérature :
T. Hordé, La fin du monde en avançant - L'invention du présent de P. Bergounioux (Fata Morgana)
C. Tresson, Roman noir de J. Prieur (Le Seuil)
Notes : le roman :
A. Nauroy, La Théorie des nuages - Fils unique de S. Audeguy (Gallimard)
A. Feutry, La Madone des Sleepings de M. Dekobra (Zulma)
Notes : les essais :
F. Kasbi, Léon Bloy critique de G. Négrello (Honoré Champion)
A. Clerval, La Vie parfaite de C. Millot (Gallimard)
A. Dufraisse, Écrire en guerre, de N. Beaupré
Notes : lettres étrangères :
Y. Leclair, Quinze cents kilomètres à pied de J. Muir
Texte :
Rétif de La Bretonne, Memento eroticus
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 2
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072389030
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
JUDESTÉFAN LeLocateur
ChapitreIoucommentl'Auteurvisiteunefemme ditede mauvaisevie,parhabitude
Vousvenez? UncoupauxviscèresdevantsonamplecorpsdeBrune. Danslachambrejetirailerideaupourplusdesanctua-rité,puismejetaiàsonpubis,noir,velu,fatalafindele remercierjesavaisdèslongtempscommentplacerle menton.J'étreignissesdoigtscommesinous nousaimions, ellemetraitade«coquin»,ayantjoui.Forteetbrune, vêtuedelainenoire,jadisj'auraissouhaitél'épouser,tout âgedissipé.Nousredescendîmesl'escalierdel'hôtel,croi-santlabonneportugaiseobligéedesourireenraisondu pourboirenousbûmesuncognacaubarfaisantface. Souslatablejetouchaisongenoudeconnivenceses bouclesd'oreillesallongeaientsonvisagedetrentenaire. Ellemedemandemonnom,monâge,jedisRoman,j'ai quatre-vingtsans(souventjementais),ellesourit,plis-
LaNouvelleRevueFrançaise
santlesyeuxsoussescilsnoircis.Alorsnousparlâmes(je répugneauxdialogues),elleavaitfinisajournée,vula grossesommeoffertemaretraiteexcessive.«Ilfaut toutdépenser»,expliquai-jedemêmequ'ilaétéditil fautlécherouilnefautpaspomper,dansunautreordre d'idées(=ne pasparader).Jemeretrouvaiseulsurletrot-toir,eusenviedecouriraprèsellequiatteignaitlabouche dumétropolitainpourluidirequej'avaismoinspeurde lamort,maisilétaittroptard. Adieu,Femmes
ChapitreIIleMêmeentredansuneéglise
Souventj'yentraisavant,ouaprès,soitparrecueille-ment,soitparpurification.Cettefois-cijenemecon-fessaipoint,l'entretientournantcourtàcausedupeu d'intelligenceduprêtreoubiendemessautesdepensée. Ainsi,ilsnecomprenaientpasqu'onpûttuerparceque c'estinterditplutôtquel'inverse,autrementditil réfléchissait seloncequ'onluiavaitenseigné,quin'était engénéralquemensonge.Uneimmensebâtissecons-truiteauMoyenÂge,maisplusd'outils,d'échafaudages, deroulementsdetombereauxsurlespavés.Personne apparemmentàl'intérieur,tandisquejeremontaislanef lenavirejusqu'àlachairequ'enfantdechœurj'avais toujourseuenvied'occuper,aimantbiencetermede jubéjegravisdonclesquelquesmarches,ouvriset refermailaporteàmi-hauteuretpusdominerbancset prie-Dieu.Jecherchaimesnotes,maisavaislesoublier àlasacristie.Jem'éclaircislavoix,parunpremieressai «Mestrèschersfrères» . oràcemomentaccourutlebedeau,portantencoreun ciergeenmain,quim'intimal'ordrededescendreauplus
JudeStéfan vitesouspeined'expulsion.Jem'excusaietallaim'age-nouillerpourdemanderpardon.Vousaurieznotédes vitrauxcolorés,desautelsdesaints,desex-voto.Pieuse-mentjetrempaimamaindanslebénitierprèsdesfonts baptismauxj'avaisétéondoyéjeperçusl'orguedela communion,leprêchedel'inhumation,l'odeurdesbou-gies,lesencensoirsfumants,leschœursnaïfs,lescloches sonnantleglas,revisl'annonceurdestrépasàl'aircontrit, toutendescendantleparvisouseuilduparadis.Désor-maislescorneillesoccupaientleclochersurmontéducoq allégorique.C'étaitl'égliseSaint-Sauveur,dunomd'un Messiefictif, carjenesavaisplusguère,vumadésaffec-tion,enquelleèrenous nousprétendions,souslaprési-dencedeF.Mitterrandoud'A.Millerand?Nuages,Bois, Maisonsseulsexistaientenréalité,oncomptaitdéjàplus decentmilliardsdedisparusdelaterre,j'étaisuneombre garnied'unpardessus.
ChapitreIIIl'onvoitnotrehérosprendreplace dansunCafé
Alorslà,c'étaitl'enfer.Trognesavinées,miséreuxten-tantlachance,parieurssoumisàdescoursestruquées, plaisanterieshommasses.C'étaitpourtantencoreletemps bénidescigarettes,seuleinventionpacifiquedusiècle, quivolutaientl'ennuitotal.Jemegardaibiendecom-pulserl'immondejournalintéresséaupape,auxguerres, auxsportifsanalphabètes,auxviolsetmeurtrespassion-nantlelecteurincapabled'encommettrej'enavaisper-pétréuneseulefoisavecdeuxcamaradesdanslesbois mecontentantdecommanderunetassedecebreuvage importéd'Éthiopie,tonique,vivaceetstimulantcar-diaquequ'estlecafé.Biensucré,ilguéritlesépreintes,
LaNouvelleRevueFrançaise disait-onjadis.Etjustementj'affectionnaiscesendroits retirésl'ons'accroupittranquillementsurlalunette, contracte puisdilatelesphincter,essuiel'anusàl'aidede papierdecouleurvariéeselonl'achat,maintenantsou-lagé,puisévacuelesdéchetsenappuyantsurlachasse d'eau,avantde revenirdanslasalleprêtàaffronterla journée,nonsansavoirouvertlevasistasparécologisme. Jepayai(retraiteofferteparlesautres,puisquemalade pensionné),achetaitimbres,enveloppes,cigarillospour faireplaisiràlajoliedébitanteblondeetfrisée,carj'avais gardél'espritd'enfance.Au-dehorsilpleuvait,cequi n'étaitpaspourmedéplaire,horrifiéàl'avancedesgels cadavéri(di)quesquinousattendent.Aussiempruntai-je untaxi-autopourmerendreàmadestinationprochaine.
ChapitreIV oùleProtagonisteserend chezunÉditeur
Carc'étaitbienlevœuintime,lavanitépersécutrice decethommedescenduruePaul-Sébasteau.Delasenestre ilappuyasurunboutondoréquidéclenchal'ouverturede lalourdeporte,gravitlesdegrés,poussalaportevitréeet entradansunhallemplidephotographiesd'auteursbien éphémères,pourallers'adresseràlaréceptionniste,son manuscritàlamain,extraitprécautionneusementd'un sacenplastique. ?. -Oui C'estpourlePrix. Pardon?Quelprix,s'ilvousplaît. J'aitoujourseulesprix.Enclassessupérieures,j'ai euceluid'excellence,parexemple. Enclassespréparatoires?
JudeStéfan Oui,vontlaplupartdeceuxquin'intègrentpas l'école. (Lastandardisteetl'hôtessecommencentàs'esclaffer.) Maisici,monsieur,vousêteschezl'Éditeuravez-vousun manuscritàdéposer? Oui,pourleprix. Nousleremettronsenmainpropre,àunLecteur,si vousvoulezbienmelepasser.C'estunRoman? Oui,c'est-à-dire,jevoulaisprécisémentleremettreà dit. quelqu'un,«enmainpropre»,commevousavez ??? ÀmonsieurBlanzat. Jepensequ'iln'estplusici.(elleconsultelalistedes bureaux).Non,iln'yapas deLecteurdecenom. JeanBlanzat,l'auteurdeLeFaussaire. Jeregrette.IlnefigureplusparminosLecteurs. Maisvouspouvezdéposervotreouvrage.C'estunRoman? C'est-à-dire,çaneressembleàrien,àriend'autre,je veuxdire. Donnez,jevousprie.Vousn'avezinscritquele Titre?Ilfautvosnometadresse,peut-êtrefigurent-ilsà l'intérieur? Non,j'aicruqueleTextesesuffisaitàlui-même. Jevaislesnoter,sivouspermettez. Roman,Egon.Posterestante17,àReculefort (38290). Voilà,nous vousremercions.Ilpasseraparlecircuit habituel,soyezbienrassuré.
ChapitreVc'estl'heuredelaSieste
C'est-à-dire,lasixièmeheure,m'étantlevécejourfatal àseptheures,ilsedevaitquejemerendedansunhôtelà
LaNouvelleRevueFrançaise cettefin,unecertainefatigues'étantemparéedéjàdemes vertèbresouautresosetarticulations.Leportierme demandasic'était«pourlanuit»jerépondisoui(sou-ventjementais, parunevieillehabitudecontractéeavec lesfemmes,ouplutôtcontre). Chambre17unecoïncidencejem'étendissurlelit, aprèsavoiruriné(j'airemarquéqueleshérosdefilmsou deromanoublientrégulièrementdelefaire,commes'ils étaientleChristdanslesÉvangiles),etsurleflanc gauche,carauboutdecinqàseptminutes,jem'assoupis-saispourtroisquartsd'heure-uneheurederepos.Etvoici quej'eusunrêve,lequelm'imprégnaitencoreheureu-sementaurelevercontrairementàmeseffervescences nocturnes. Mesdeuxsœurscadettesdescendaientencourantla pelousedansl'arrière-paysslovène,enCarnioled'alors,notrepèredrogmanàTriestelouaitune maisonde vacancesprotégéedebouleaux,suiviesdubergerIrak,les quatreamisdulycéeDantevenantd'arriveretdecorner dansl'automobilemilitaireallemande(WH)quelepère deDragonMarié,résistantcroate,avaitrepriseauxoccu-pantslorsdelalibérationetsetenaient,outresonfils, Bracqboursierlà-bas,Serrel'italianisantbizarrementje tenaisàlamainledictionnaireAngeliqu'ilm'avaitréel-lementlaisséenfind'annéeenfinHéronditleRégicide parcequelointaindescendantduConventionnelde 1792.Elless'écriaient,encourantdejoie,ÈveetHélène, vêtuesderobeblanchetoutesdeuxd'ordinairetenant pourtantàs'habillerdifféremmentalorsqueledernier cités'extrayaitduspider,cedontjem'étonnaispuisque imprévuen detels véhicules.J'avaisencoreàl'oreillele sonrauquedel'avertisseur,quiavaitdû,commeilarrive danslesrêves,dumêmecoup m'éveiller,oubienétaient-celeurscrisjuvéniles?
JudeStéfan AhJeunessejerestaiquelquetempsassissurlelità méditersurcemessagedéfouid'untempsirréparable pourquoicettemêmerobe,quelencouragementcejour-d'été(deuxdesamisaussisouhaitaientécrire),etla visionduchiendebergeràrobenoire.Quandjedescendis del'étage,etremislaclé,leportiermefitremarqueravoir omisderemplirunefiche,quejerédigeaietluiprésentai. IlpointalaligneProfessionenm'interrogeant«c'est quoi?». Locateur. Locateur,c'estquoi? Quelqu'unquivadelieuenlieu,pourplacer. Undémarcheur? Oui,enquelquesorte.Onditbienlocataire Ilmeditàcesoirmaisjenedevaispasrevenir, montempscompté.
ChapitreVInotrehérosprendsoindesasanté, seulbiende lavie
D'immensesprogrèsontétéaccomplisgrâceàla recherchemédicale.Octogénaire,j'avaiseuleloisirde souffrird'àpeuprèstouslesorganes,lecancernesurve-nantqu'àlafin,grâceàlaVierge,peut-être,àlaquelle souvent,sanspourtantlâchementlaprierdes'occuperde moi,jepensais,aussibienenraisondecebleumarialqui luiestattribuéoubiengrâceàmamère,quimeproté-geaitduhautdesCieux?Onsaitquelespharmaciesne désemplissentguèreaussimerendis-jeenl'une,àla belleenseigneverte,nantidemonordonnanceàrenou-veler.Plusieurslaborantinesnedemandentqu'àvous aider,etl'onpeutmêmedécouvrirleurprénominscritsur leurpochettebrodée,cequidonnedubaumeaucœur.
LaNouvelleRevueFrançaise
AprèsavoirobtenuduLoxencontrel'hypertension,sur malancéejecommandai,d'aprèsmaliste(jeprétendis êtrevenupourunevoisinehandicapée),delapassiflorine pourlesommeil,del'aspirinepourlesmauxdetête,de l'Alkaseltzerpourlemaldecœur,duDolipranecontre presquetout,unmédicamentcontrelesmauxd'estomac (Rennie?),contrelesdouleursrénales,encoreunpourla circulationcérébrale,contrelesdouleursarticulaires,je repliailafeuilleetlarempochai.Outredudentifrice,un coricide,uncure-oreilles.Onmeregarde,jeresteimpas-sible.J'allaisoublierlemédicamentcontreladiarrhée, despastillescontrelesmauxdegorge,enfindusirop. Je Uneemployée pouffe,quin'osedire«Etavecceci? règleavecunecarte(1914),expliquantqu'ils'agissait pourmoidedépasserleminimumobligéindiquésur l'éventaire.Laportes'ouvred'elle-mêmeàlasortie,me procurantunesensationencoreaujourd'huiinexpliquée. J'yréfléchirais,danslesquarevoisin.
ChapitreVIIleNarrateurfaitunaveu deplusenpluscourant
J'affectionnaisaussid'allongerlesjambesassissurun banc,protégédequelquesarbustes,loindelacirculation despassantsetdeleursfacesinnombrables.Àcausedu rêvesansdoutej'évoquaimamère.Masœurcadetteun jourm'avaitsuggéré«tuasquelquechoseavecnotre mère»,phrasequi,quoiquemalformulée,m'avaitlong-tempspoursuivi.Orundimanche après-midi,jem'étais étonnéinpettoqu'elleinsisteainsipourenvoyerÈveàla piscine,ensortequenouspuissionsnouspromenerdans lesboisprochesdeBarfleurnousétionsalorsrevenusen Normandie.Àunmomentdonnénousdemeurâmesassis
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant