Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lire un extrait Achetez pour : 12,99 €

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

Publications similaires

En baisse, publié le 06/09/2012

de le-nouvel-observateur

Au bagne

de fyam

Vous aimerez aussi

suivant
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
JAVIERMARiASETMICHELBRAUDEAU Aproposd'uncertain JavierMarias
ii
MICHELBRAUDEAUNousavonsvuenvous(cf.laNRF d'octobre2007)l'auteurimprégnédecultureanglaisenous avonsdécouvertaussileroiénigmatiquedel'îledeRedonda, danslesAntilles,quiestuncailloudanslamer,troppetitpour êtreunparadisfiscal,maisjusteassezgrandpourabriterune noblessedepapierCependant,voushabitezàMadrid,placede laVille.Enfacedel'hôteldeville,n'est-cepas? JAVIERMarïasOui,parfoisj'aienvied'avoirunfusil maisjen'enaipas. M.B.Etvousêtesquelqu'unde bieninscritdanscesiècleet l'Espagned'aujourd'hui.Est-ceque,parexemple,ledépart d'Aznarvousafaitplaisir? J.M.Oui,etmêmebeaucoup.Lejourdesder-nièresélections,le14mars2004,j'aipubliéunarticle, rédigédeuxsemainesavantl'attentatdu11mars,dontle titreétait«Quatre-vingt-dix-huitcoupsdepied».Ily
CetentretiendéveloppecinqconversationsentreJavierMariasetMichelBraudeau enregistréesàMadridenfévrier2005parFranceCulturepourl'émission«Àvoix nue».VoiraussilaNRF583,d'octobre2007.
LaNouvelleRevueFrançaise
aundictonespagnol,lorsquequelquechosevousemmerde, vousdérangebeaucoup,quiditÇamedonnecentcoupsde pied.Jesavaisqu'ilétaitdifficiledevoteravecenthou-siasme.Maisfaceàuneforteabstention,sivraimenton décidaitdesemobiliser,onpouvaittrouverunpartiqui, aulieudecentcoupsdepied,nevousendonneraitque quatre-vingt-dix-huit.Etpourmoi,c'étaitsuffisantpour sedécider.EnEspagnecetyped'attitudeestmalvu. Pourtant,ailleursenEurope,onvotesouventcontre quelqu'un,etpasenfaveurdequelqu'un«n'importe lequelsaufcelui-là».Àl'époque,ilétaitimpensableque lepartisocialisteremportelesélections, mêmeaprès l'attentatdu11marsc'étaitcomplètementimprévi-sible,etcefutunesurprisepournoustous.Mais,sinous avionsànouveauquatreansdepartipopulairenonpas avecAznar,évidemment,ilseraitrestédansl'ombre nouscourionsaudésastre. LegouvernementAznaraétéunevéritablecalamité danstouslesdomaines,notammentaveccettedécision grotesque,incompréhensibleetquin'ajamaisétéexpli-quéeauxEspagnolsdesejoindreauconflitenIrak. L'Espagnes'estridiculisée.Nousnesommespasunepuis-sancemilitaire,justeunepuissanceéconomiquemoyenne expliquez-moicequ'AznarvenaitfaireauxcôtésdeBush etBlairsurlaphotographiedesAçores? M.B.AvecBerlusconi. J.M.Non,Berlusconin'étaitpassurlaphoto,ilest beaucoupplusmalin.Autrechoseaulendemaindu 11mars,onaobservéungentlemansagreementgénéral pournesurtoutpasvoirdanscetattentatuneréplique àlapolitiqued'Aznar.Or,àmesyeux,ils'agissaitau contraire,trèsclairement,dereprésaillesislamistescontre l'Espagne.Jel'aiditdansplusieursjournauxAznarétait tellementvisibleetprésentsurcettephotographieavec
JavierMariasetMichelBraudeau BushetBlair,c'étaitunpeucommes'ilavaitagitéun mouchoirrougedevantuntaureauendisant«Allez-y, onest» Faceàunesituationvraimenturgente,jesuisd'accord pourquelegouvernementfassecequ'ildoitfairemais pasquandiln'yaaucunemenaceréelle,qu'onnedonne aucuneautreexplicationauxcitoyensespagnolsque«Il fautêtrecontrelesarmesdedestructionmassive»,les-quelles,nouslesavionstous,n'existaientpas.Celareve-naitàs'aplatirdevantBush,pointàlaligne.Cettedéci-sionlamentableétait,enfait,liéeàdeséchanges politiquesqueleParlementétaitobligéd'accepter.Lors duvote,touslesdéputésdupartipopulaireontcriéleur joie,ontéclatéderire,ontapplaudi.Jepensequec'est unmanquedescrupuletotal. M.B.Vousavezmêmeproposéquel'onpuissevoter«néga-tivement».Aulieudevoter,commetoutlemonde,pourquel-qu'un,ensachantqueparfoisonserabatsurcequelqu'unpour écartertelleautrepersonne,vousavezsuggéréqu'ilseraitintéres-santd'avoirledroitdevoteraussicontrequelqu'unouquelque choseceseraitplusfranc. J.M.Avecunsystèmedevote négatif,lescitoyensse prononceraientpourunpartiX,etcontreunpartiY «Jeveuxquetelpartigouverne»et«Enaucuncas,jene veuxquecepartigouverne».Etl'onadditionneraitou soustrairaitlesvotespositifsetnégatifs. M.B.Cequiempêcheraitcertainsdirigeantsdeprétendre représenterquatre-vingtspourcentdel'électorat. J.M.Danscertainscas,lepartivainqueurl'emporte-raitavecunmilliondevotesetlevaincuperdraitavec quatremillions.Ceseraitéventuellementunecure d'humilitépourlegagnant. M.B.Vousavezdoncétéheureuxdel'électiondeZapatero.
LaNouvelleRevueFrançaise
J.M.Oui,trèsheureuxdesavictoireetsurtout, commejel'aidit,deladéfaiteduPartiPopulaire.J'ai applaudiàdiversesinitiativesqueZapateroaprisesdèsle début,commeleretraitimmédiatdenostroupesenIrak, l'autorisationdumariagehomosexuel,avecsesconsé-quencesenmatièred'égalitédesdroits,uneloiplus sévèrecontrelamaltraitancedesfemmes(qui,hélas,ne s'estpasrévéléetrèsefficace).Ils'estheurtéàuneoppo-sitionconstanteetvéritablementsauvage,tant duParti Populairequedel'Églisecatholiqueespagnole,encoresi nostalgiquedupouvoirabsoluqu'elleaexercépendant dessiècles.Ladroiteespagnolepasplusquel'Églisen'ont suserésoudreàcequel'Espagne soitgouvernéepar d'autresqueceuxquil'onttoujoursdominée,niqu'elle soitunétatnonconfessionnel.Cesdeuxinstitutionsont déclaréuneguerrepermanenteàZapatero.Moinsaugou-vernementetauPSOEqu'àZapateroenpersonne,dela mêmemanièrequefutattaquéleprésidentAzanadansles annéestrente,unechasseàl'homme.Encesens,j'éprouve delasympathiepourZapatero,parcequ'ilatenubon dansunepasseparticulièrementdifficile.Aucoursdesa législature, quis'achèveraenmars2008,l'opposition, pourlapremièrefoisdansl'histoiredenotredémocratie, autiliséleterrorismecontrelegouvernement,a accusé celui-cid'êtreauservicedel'ETA.Onaentendudes chosesincroyablesetdémentielles.IlestvraiqueZapa-teroapéchéparingénuitéetoptimisme,cequiestpeut-êtreimpardonnablechezun hommepolitiquedepremier rangtantqu'aduréle«cessez-le-feupermanent»de l'ETA(cequiétaitdéjàunecontradictiondansles termes),ilacombattuavecmoinsd'énergiequ'iln'en auraitfallu,entablantsurlaraisond'adversairesquin'en
1.PartiSocialisteOuvrierEspagnol.
JavierMariasetMichelBraudeau ontjamaismontréetn'ontjamaisriencédédeleursexi-genceslunatiques.Celaaprovoquél'insatisfactionetla déceptiondenombreusespersonnesfavorablesau PSOE,notammentdegensaussiintelligents etrespec-tablesquelephilosopheFernandoSavater,undemes bonsamis,quiamaintenantcrééunpartietvaselancer directementenpolitique,parcequ'ilestmécontentde l'actiondugouvernementdanscedomaine.Uneaction quejenecroispassicatastrophiquesimplement, j'insiste,ingénueettropoptimiste,c'est-à-direunpeu idiotemaisilfautcomprendrequ'unhommecomme Savaterestmenacédepuisdenombreusesannéespar l'ETAetnesedéplacepassansuneescorte.Cen'estpas unefaçondevivreacceptable. Parailleurs,legouvernementdeZapaterones'estpas dégagédelabêtisehabituelled'unecertainegauche,qui sacrifiesanscesseleslibertéspersonnellesaupolitique-mentcorrect,aupuritanismedegauche.Celadit,avec toussesdéfauts,onaquandmêmeaffaireàdesgensplus et oumoinscivilisés,cequineseraitpaslecasaveclePP seschefspost-franquistes,dontcertainssontcarrément d'extrêmedroite.Etenl'absenced'unchoixréel, «positif»,plusqu'untriompheduPSOEauxprochaines élections,jesouhaiteunenouvelledérouteduPP.Une déroutecomplèteseraitencorelameilleure,carsesmili-tantssedécideraientalorsàremplacerlesdirigeants actuelsetquitteraientl'âgedes cavernespourformerun partidedroitenormal. M.B.En2008,vousallezfêterlebicentenairedu2Mai, elDosdeMayo.LesFrançaisneconnaissentpassouventlesens decetanniversairequiestplusoumoinsl'équivalentduBicen-
1.LePartiPopulaire.
LaNouvelleRevueFrançaise tenairedelaRévolutioncheznous.SaufqueleDosdeMayo commémorelarébellionespagnole contrelestroupesdeNapoléon. J.M.Oui,maiscen'estplustrèsvivantdansl'ima-ginairedesEspagnols.Jenem'ensouvenaismêmepas. M.B.Unedatequidonneson nomàtantderuesetfigure partoutsurdesmonuments? J.M.Ilyauraprobablementdesdiscours.Ondit plutôticila«guerred'indépendance»,etlesAnglais,the peninsularwar.EnFrance,commentl'appelez-vous? M.B.Onn'enparlepastropfièrement. J.M.La«guerred'Espagne»? M.B.Non,cetermedésignevotreguerrecivile. J.M.«Lacampagned'Espagne»,alors?Pournous, c'estlaguerred'indépendance.L'Espagneareçudesdoses excessivesdepatriotismesousladictaturedeFranco,et pendantleshuitansdegouvernementduPP.Lesgensen sontsaturés.Lepatriotismeestenbaisse,c'estunebonne chose.CegrandpatriotismerabâchéparFranco,associé aufranquisme,aagicommeunvaccincontresespropres excès.Lapreuveenestlorsquevousm'enavezparlé, j'avaispresqueoubliéàquoicorrespondaitleDosde Mayo.Onacélébréen2005labatailledeTrafalgar, maisjecroisque,siArturoPérezReverten'avaitpasécrit sonlivreCabodeTrafalgar,laplupartdesEspagnolsnese seraientmêmepassouvenusdecettebataille.C'estpeut-êtrecela,laforcedesécrivains. M.B.-JemedemandaissilesEspagnolsn'avaientpasdes sentiments,disons,«contrastés»parrapportàlaFranceles gensdedroitenel'aimantpasparcequ'elles'estséparéede l'Égliseetqu'elleainstaurélalaïcité,etceux degauchelui reprochantàlafoisNapoléonetLéonBlum.L'un pouravoir apportédesloisprogressistesauprixd'uneguerresanglante,et l'autre,quiétaitdegauche,pourn'avoirpasaidélarépublique.
JavierMariasetMichelBraudeau CommentlesEspagnolsvoient-ilslaFrancemaintenantqu'ils ontrejointl'unioneuropéenne? J.M.Celaabeaucoupévolué.J'aicinquante-sixans cen'estpasgigantesque,maiscen'estpasrien.Assez poursaisiràquelpointlafaçondontlaFranceétait perçueiciachangé.Lorsquej'aicommencémesétudes, onétudiaitlefrançais,c'étaitunematièreobligatoire.Il n'yavaitpasd'autreoption.Maisdèsladeuxièmeannée delycée,jecrois,c'est-à-direen1963,onnousalaisséle choixentrelefrançaisetl'anglaisauparavant,cela n'existaitpas.Dansmonenfance,lesmilieuxcultivéspar-laienttousunpeulefrançais,c'étaitnormal.Àl'heure actuelle,personneneleparleplus,sauflesgensdemon âgeouplusâgés.Mêmeparmiceux demagénération,il yenapeu,c'esttrèsétonnant. Récemment,j'aientendu unprésentateurdetélévisionannoncerLaBelleetlaBête, «unfilmdeJeanCocteau»,endisant«Djin»pourJean, commeleprénomfémininanglais.Onneconnaîtplusla prononciation.LajoueusedetennisbelgeHeninesttou-joursappelée«Henning»,avecun«h»aspiré,etainsi desuite.Incroyablepourquiconqueavécusonenfance dansunpaysassezimprégnédelaFrance. Pendantdessiècles,laFranceaexercéuneinfluence surlavieespagnoleetsursesintellectuels.C'étaitle paysquiattiraitl'attention,parsalittérature,sespen-seurs,sesmodes.Or,entrenteouquaranteans,celaa complètementdisparu.LaFranceestdevenuesimple-mentunautrepays,unpaysenplus.Onnes'yintéresse qu'àl'occasion,quandcelaenvautvraimentlapeine.Il en va demêmeavecl'Italieoul'Allemagne.LaFrance bénéficiaitd'unepositionprééminente, unique,en Espagne,qu'elleaperdue.Lesjeunesignorentcequ'est laFranceetsalangue.Ilsconnaissentbienmieuxles
LaNouvelleRevueFrançaise
États-Unisetl'Angleterre,parceque,danscesdeuxpays, onparleanglais. Encequiconcernelesgensdegauchequevousévo-quiez,personnenesaitplusquifutLéonBlumDonc,on n'aplusrienàluireprocher.EtNapoléon,c'estunpeu lointain.Certainspensentquel'interventiondeses troupesauraitpuêtreunebonnechosesiellen'avaitmal-heureusementéchouélasituationauraitétéautres'il avaitréussi,etl'histoiredupaystrèsdifférente.Ilest pourtantclairquel'Espagnenepouvaitévoluersousla pressiondelaguerre.Uneinvasionétrangère,même «pournotrebien»,esttoujoursintolérable.Laplupart decesEspagnolséclairésenconstatantquecesgens, aveclesquelsilsétaientd'accord,dontilspartageaientles idéesintellectuellesetpolitiques,envahissaientleurpays ets'ylivraientàdesexactionsépouvantablesaulieude se«franciser»,prirentlesarmescontreNapoléon.Je supposequ'àleurplace,j'auraisréagidemême.Ilnefaut jamaisenvahirunpays. MaisjecroisquelagauchecontinueàaimerlaFrance. J'aiécritunarticle,ilyatroisouquatreans,dontletitre était«QuandlaFranceserend»,àproposd'uncertain nombredeloisqui ontétéadoptéeschezvouspour contrôleretlimiterl'immigration.Delapartd'autres pays,j'auraistrouvéçapresquenormal,maispasvenant delaFranceQuecesoitlaFrance,leberceaudeslibertés, quilégifèrepourrestreindrecesmêmeslibertés,qui décided'autoriserdesécoutestéléphoniquessanspasser parlesjuges,celamesembleêtretrèsgravepourlaFrance etpourtous.SilaFranceserend,silaFrancerecule,cela metoucheetm'inquiète.Plusquesic'estl'Italie,par exemple. M.B.Quelssontvossentimentsàl'égarddumondelitté-rairehispanophoned'Amériquelatine?Êtes-vousplusproche