La Nouvelle Revue Française N° 585

De
Hommage à Christian Bourgois (1933-2007) :
Antonio Lobo Antunes, Mon ami, mon frère
Linda Lê, De vie à vie
Aventures du roman :
Jacques Rivière, Le Roman d'aventure
Michel Le Bris, Toute la beauté du monde, aux chutes de Murchinson
Sylvain Tesson, Une femme à la mer
Gilles Lapouge, Un jour, j'ai inventé une langue
Alain Mabanckou, Haitian Blues
Luc Albrand, La Maison du carrefour. Une année en Afghanistan
J. M. G. Le Clézio, Bruit de voix rue du Cotentin
'Le monde est un texte' :
Stéphane Audeguy, Le monde comme texte?
Eugenia Rico, Le battement du monde comme pré-texte (Réalité et fiction du monde ou le texte sans lecteur)
Bernard Comment, Le gris du chat
Lourdes Ventura, Le monde est un texte, Le texte est un aleph
Hédi Kaddour, Le marbre et le plâtre
Javier Pastor, Quel monde, quel texte?
Poésie d'avril :
Jacques Réda, Battues
Alain Duault, Ce qui reste après l'oubli
Catherine Tresson, Suite combattante
Lettres de Corée (I) :
Jean-Noël Juttet, Une littérature toute d'énergie
J. M. G. Le Clézio, Cheong, Han, amour et vengeance
Sung Chang Park, La littérature coréenne moderne et contemporaine
Sun-won Hwang, Théorie de la régression masculine
Wanso Pak, Mais qui donc a mangé toutes ces angéliques?
Un Ko, Fleurs de l'instant [Extraits]
Inhun Choe, L'Homme gris
Jung-in Su, Vagabonds
Hyeon-jong Jeong, Poèmes
Kwang-kyu Kim, Poèmes
Sae-young Oh, Poèmes
Heung-gil Yun, Une fleur des champs dans mon souvenir
Sok-yong Hwang, Princesse Bari
Bum-shin Park, Le Pupitre sale
Jung-hi Oh, Le Feu d'artifice
Yong-taik Kim, Poèmes
Chroniques :
S. Michaud, Bonnefoy et Deguy : moisson de l'année 2007
Chroniques : le cinéma :
S. Chauvin, La tragédie des orphelins
Chroniques : les arts :
P. Descargues, Pourquoi certains thèmes s'effacent-ils?
Chroniques : le théâtre :
H. Kaddour, Luc Bondy et La seconde surprise de l'amour
Notes : la poésie :
G. Bocholier, Poésies du monde
A. Duault, Le voyage à Jupiter et au-delà. Peut-être de J. Ristat (Gallimard)
J. Ancet, Un monde ouvert de K. White (Gallimard)
Notes : la littérature :
J. Hayat, Correspondance 1892-1945 d'A. Gide et M. Denis (Gallimard)
F. Kasbi, Représailles de R. Guérin (Finitude)
A. Wald Lasowski, Mémoires des esclavages d'É. Glissant (Gallimard) - Quand les murs tombent d'É. Glissant et P. Chamoiseau (Galaade) - La Terre magnétique d'É. Glissant et S. Séma Glissant (Le Seuil)
Notes : le roman :
Y. Leclair, Songes de Mevlido d'A. Volodine (Le Seuil)
Notes : les essais :
F. Chapiro, Henri Thomas, l'écriture du secret (Champ Vallon)
A. Dufraisse, Journal de lectures de D. Rondeau (Transbordeurs)
T. Hordé, De la mélancolie (Gallimard)
P. Dulac, L'Offrande musicale d'A. Tubeuf (Robert Laffont)
F. Kasbi, Mes dibbouks, rêves améliorés de L. Bondy
Notes : lettres étrangères : Y. Leclair, Pelures d'oignon de G. Grass
Notes : la photographie : J.-H. Berrou, Opus 1995-2007 de J.-L. Moulène
Publié le : lundi 13 avril 2015
Lecture(s) : 7
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072389184
Nombre de pages : 336
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
HOMMAGEACHRISTIANBOURGOIS
(1933-2007)
LadisparitiondeChristianBourgois,le20décembre2007,aété ressentieavecunetrèsviveémotionenFranceetàl'étrangerilvenait derecevoirleprixMeritoEditorialdécernéparlaFoireinternationale duLivredeGuadaljaranonseulementparsesprochesetsesauteurs maisparsespairsetd'innombrableslecteurs. C'étaitunamidelaNRFetdelamaisonGallimard.Nousavons choisiletémoignagededeuxécrivains,parmitousceuxqu'ilaffection-nait,pourluirendrecethommageauquelnous nousassocions.
ANTÔNIOLOBOANTUNES
Monami,mon
frère
Jeconnaispasmald'éditeurs. ChristianBourgois,c'étaitunMonsieur,etpasseule-ment unMonsieur,leplusgrandéditeurquej'aiejamais connu,danslatraditiondesgrandséditeursfrançais. Àmonavis,c'étaitledernierdesgrandséditeursfran-çais,etundestrèsraressurvivantsdesgrandséditeurs mondiaux.
LaNouvelleRevueFrançaise
Entantqu'éditeur,c'étaitunhommeunique. Ilavaitunflair,uneintelligence,uneconnaissancelit-téraireetunamourdulivrecommejen'enaijamais connu.J'aieuplusieursfoisl'occasiondeleluidire. Unjourjeluidisais«Vousêtesleplusgrandédi-teurquejeconnaisse»,ilm'arépondu«Iln'yapasde grandséditeurssansgrandsécrivains». Cequiestàlafoisvraietpasvrai,carilavaitledonde fairedegrandsécrivains,etça,c'estencoreplusrarechez unéditeur. Ainsi,cen'estpasseulementlaFrancequiaperduun éditeurunique,c'estlemondeentierquiaperduun hommedeculture,d'uneintelligence,d'unesensibilité littéraireetd'unecapacitécritiquetrèsrares. C'estnoustousquisommesappauvrisparsamort.
Jevoudraisaussiparlerdeluientantqu'homme. Dansunelettrequ'ilm'aenvoyée,ilm'appelait«mon frère».C'estleplusbeautitrequej'aiejamaisreçudema vie,ditparlui,écritparsamain. C'étaitunhommed'uncourageimmense.Ilavécusa maladieavecuneélégancesanspareille,unedignité,une retenuequigrandissaientencoresapersonnalitéd'homme.
J'aieuleprivilègedesonamitié,etsijesuistellement émuendisantcela,c'estquejeparledequelqu'unque j'aimaiscommeunfrère.Unami,c'estunfrèrequ'on choisit. Luietmoi,ons'estchoisisdèslepremierjour.Pour-quoi?SelonlaformulecélèbredeMontaigneévoquant LaBoétie«Parcequec'étaitlui,parcequec'étaitmoi.» Pendanttoutescesannées,onaeunonseulementune collaboration,maisuneamitiétrèsprofonde.Quandila
AntonioLoboAntunes
étémalade,jesuisalléplusieursfoisàParispourêtreavec lui.Mêmelà,ilcontinuaitàêtreunéditeur.
Christian,aufond,plusqu'unéditeuretqu'unami, c'étaitunhomme.Ilestdeplusenplusraredetrouver deshommes,ilyenatrèspeu,etilaétél'undestrèsrares hommesquej'aieconnusdansmavie.
C'estétrangedeparlerdeluiaupassé,carpourmoiil estvivant,illeseratoujours,etjeresteraiauxÉditions ChristianBourgoisainsijeseraiprèsdelui. Ilm'abeaucoupappris surlalittérature,luiquin'avait pas deprétentionàêtreunmaître. Onabeaucouppartagé.Onatantvécudechoses,des bonnes,desmoinsbonnes,parfoisdestrèsmauvaiseset sonamitiéétaittoujourslamêmelamêmeélégance,la mêmedignité,lamêmepudeurquicachaitunesensibi-lité,unetendresse,toujourslà.
Noustousavonsperduunhomme,untrèsgrand homme.
ANT6NIOLOBOANTUNES
Proposrecueillispartéléphonele15janvier2008.
LINDALE Devieàvie
Ilyaquelquesannées,lorsd'unvoyageàStrasbourg, DominiqueBourgoismedénichaunbréviaire,LesGar-diensdeslivres,renfermantsixpoèmesdeMarinaTsvétaïeva etlesconfidencesdeMikhaïlOssorguine sursaLibrairie desÉcrivains,îlotderésistancedéfendu pard'irréduc-tiblessentinellesqui,aunezetàlabarbedestchékistes, diffusaientleséditionsautographesd'AndreiBiélyet d'IlyaEhrenbourg.
Danslesilencedesonappartement,ilseretiraitces derniersmois,encompagniedeSchubert,guidesouvent conviéquandilexploraitlecontinentpeuplédetrans-cripteursdel'invisible,nyctalopesdontilétaitl'interlo-cuteur,l'amisecret,ChristianBourgoism'apparaissaittel ungardiendeslivres.Ilrépétait,suruntonpince-sans-rire,caractéristiquedesaconversation,qu'aurisquede surprendre,ilsecompareraitvolontiersàunefouineun fureteuràl'affûtdel'Inouï,unguetteurdefulgurances. Sedéfinissantcommeunmondain,ausensancien,c'est-à-direuninquietàl'écoutedesconvulsionsdesonsiècle, unanalysteclairvoyantdespalinodiesdesescontempo-rains,ilpossédaitcequi,selonPessoa,estbienpluspré-
LindaLe
cieuxquel'éruditiondelaconnaissanceoulaculture, cetteéruditiondel'entendementune«éruditiondela sensibilité»,néed'unecapacitéàplongeraucœurdu réel,puisàs'enéloignerpourprendrelelargeets'inter-rogersurcecoudoiement.
Aulieudedevenirungrandcommisdel'État,l'admi-rateurdeRimbaudchoisitdesefaireleféaldelalittéra-ture,donnaàlirelesœuvresd'insurgésdetouslespays, afind'enrayerlasclérosedestempsendormisenétantun excitateurd'idées.OssipMandelstam,dontilprisaitpar-ticulièrementlespagesconsacréesàlabibliothèquede sonenfance,ce«chaosjudaïque»lesin-folioétaient «couchéscommedesruines»,notaitquelafoinesuffit pasàdéplacerlesmontagnes,c'estlegoûtquidéplaceles montagnesparl'entremised'éveilleurspassionnés,des géants«sontdescendusdeleurpiédestaletsesontmisen routepournousrendrevisite».Cartraduire,fairetra-duire,«translater»,rappelleSusanSontagdansTempsforts, l'undesessaislesplusstimulantsqueChristianBourgois aitpubliés,signifiaitjadisdéplacer,sauverunlegsde l'extinctionenletransférantd'unétatàunautre,d'une contréeàuneautre,etdèslors,transmettreleflambeau, êtrelemessagerquipermetunetraverséedesapparences.
Lorsqu'ilévoquaitlesmétéoritesdeRobertoBolano aveccettedécouvreusequ'estaussiDominique,sonalliée detoujours,lesoragesdeGeorgBüchneravecsoncomplice Jean-ChristopheBailly,oulesflammerolesdeRobert Walser,enm'offrantlesPetitstextespoétiquesdel'insaisis-sableflâneur,ChristianBourgoisnesemblaitjamaisfaire sapâturedesmotsaveclafroideurd'unsavantdisséquant songibier.On eûtditque,àl'imagedel'intranquilleBer-nardoSoares,illespercevaitcomme«des corpspalpables,
LaNouvelleRevueFrançaise dessirènesvisibles,dessensualitésincarnées».Ilnepar-laitpasdestransgresseursqu'ilhantaitenaffectantle détachementd'unmandarin,maismettaitdanssespro-posunaccentintime,àlamanièred'undestinatairequi s'estimprégnédelalettreenvoyéedevieàvie.
C'estfortdecettefamiliaritéaveclesconfessionsmas-quéesdefaroucheségarésque,aidéparHubertJuin,il avaitnaguèreentreprisderessusciterdesmerveillesjetées auxoubliettes,telundéterreurdereliquesàtranslaterau présent.Ets'illaissaparfoisperceruncertaindécourage-mentfaceausortréservéàdeschefs-d'œuvre,mégalithes quiluiparaissaientdespiliersdelacivilisation,son ardeuràsouleverl'enthousiasmeétaittropvivacepour qu'ilbaissâtpavillondevantlesblasés.
Toutsustentaitetaiguisaitsonespritscrutateurles petitesironiesduquotidien,lespectacledesmanœuvres déployéespardesMachiavelssansenvergure,lethéâtrede lacruautédontlaplanètecontinued'êtrelascène,la quêtesolitairedeschercheursdevérité,quelquesoit l'instrumentforgépourérigerleurcontre-monde.Il-m'avaitfaitaimerlespremiersfilmsdeSharunasBartas auprintempsdernier,j'avaispu,grâceàlui,voirl'adapta-tiondeVieetdestinparDodineilyaquelquesmois,il m'avait,toutenmetendantlecataloguedel'exposition Allemagne,lesannéesnoires,incitéeàallermefondreaussi danslesimmensitésdeFerdinandHodler.Ilsuscitait ainsiundésirdemueperpétuelle,l'enviedesedépouiller decetteguenille,lemoiétriqué.
Sonrôle,disait-il,n'estpasdedirigerverstelleoutelle voiel'indécisquis'avanceàtâtonslelongdesonchemin périlleuxjonchédelambeauxdephrasesilnetenterapas
LindaLe
delefairedévierdesonprojetenluisoufflantunsujetou enluiédictantdescommandements,maisill'accompa-gnera toujours,s'ilrefusedetraînersapenséedans l'ornièretoutetracée.
Parsafaçondemenerunentretieninfiniaveclesêtres erratiquesadonnésaujeuinsenséd'écrire,ChristianBour-goisincarneàmesyeuxlerêvedesoncherBorgesqui,en guisedepréludeàHistoireuniverselledel'infamie,magni-fiaitlalecture,cetacte«pluscourtois,plusintellectuel» queceluid'écrire«Lesbonslecteurssontdesoiseaux rares,encoreplusténébreuxetsinguliersqueles auteurs.»
LINDALE
Romand'aventureetaventuresduroman
Ilyatoutessortesderomanshistoriques,psychologiques, sentimentauxetmêmenouveaux».Néanmoinsiln'estpas exagérédedirequ'àl'origineleromanpartd'undésirde raconterdesévénements,une histoire. Encelalerécitd'aventure,réelleoufictive,asouventpris naturellementlesaspectsetlesinstrumentsduroman.Lavogue des«romanciersvoyageurs»quirencontretantdesuccèsaujour-d'huinedatepourtantpasd'hier. Pourentémoigner,nousavonschoisi,enguised'introduction, delongspassagesdel'étudedeJacquesRivièreconsacréeau romand'aventure,parueicimêmedanslesnumérosdelaNRF demai,juinetjuillet1913.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant