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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
HOMMAGEACHRISTIANBOURGOIS
(1933-2007)
LadisparitiondeChristianBourgois,le20décembre2007,aété ressentieavecunetrèsviveémotionenFranceetàl'étrangerilvenait derecevoirleprixMeritoEditorialdécernéparlaFoireinternationale duLivredeGuadaljaranonseulementparsesprochesetsesauteurs maisparsespairsetd'innombrableslecteurs. C'étaitunamidelaNRFetdelamaisonGallimard.Nousavons choisiletémoignagededeuxécrivains,parmitousceuxqu'ilaffection-nait,pourluirendrecethommageauquelnous nousassocions.
ANTÔNIOLOBOANTUNES
Monami,mon
frère
Jeconnaispasmald'éditeurs. ChristianBourgois,c'étaitunMonsieur,etpasseule-ment unMonsieur,leplusgrandéditeurquej'aiejamais connu,danslatraditiondesgrandséditeursfrançais. Àmonavis,c'étaitledernierdesgrandséditeursfran-çais,etundestrèsraressurvivantsdesgrandséditeurs mondiaux.
LaNouvelleRevueFrançaise
Entantqu'éditeur,c'étaitunhommeunique. Ilavaitunflair,uneintelligence,uneconnaissancelit-téraireetunamourdulivrecommejen'enaijamais connu.J'aieuplusieursfoisl'occasiondeleluidire. Unjourjeluidisais«Vousêtesleplusgrandédi-teurquejeconnaisse»,ilm'arépondu«Iln'yapasde grandséditeurssansgrandsécrivains». Cequiestàlafoisvraietpasvrai,carilavaitledonde fairedegrandsécrivains,etça,c'estencoreplusrarechez unéditeur. Ainsi,cen'estpasseulementlaFrancequiaperduun éditeurunique,c'estlemondeentierquiaperduun hommedeculture,d'uneintelligence,d'unesensibilité littéraireetd'unecapacitécritiquetrèsrares. C'estnoustousquisommesappauvrisparsamort.
Jevoudraisaussiparlerdeluientantqu'homme. Dansunelettrequ'ilm'aenvoyée,ilm'appelait«mon frère».C'estleplusbeautitrequej'aiejamaisreçudema vie,ditparlui,écritparsamain. C'étaitunhommed'uncourageimmense.Ilavécusa maladieavecuneélégancesanspareille,unedignité,une retenuequigrandissaientencoresapersonnalitéd'homme.
J'aieuleprivilègedesonamitié,etsijesuistellement émuendisantcela,c'estquejeparledequelqu'unque j'aimaiscommeunfrère.Unami,c'estunfrèrequ'on choisit. Luietmoi,ons'estchoisisdèslepremierjour.Pour-quoi?SelonlaformulecélèbredeMontaigneévoquant LaBoétie«Parcequec'étaitlui,parcequec'étaitmoi.» Pendanttoutescesannées,onaeunonseulementune collaboration,maisuneamitiétrèsprofonde.Quandila
AntonioLoboAntunes
étémalade,jesuisalléplusieursfoisàParispourêtreavec lui.Mêmelà,ilcontinuaitàêtreunéditeur.
Christian,aufond,plusqu'unéditeuretqu'unami, c'étaitunhomme.Ilestdeplusenplusraredetrouver deshommes,ilyenatrèspeu,etilaétél'undestrèsrares hommesquej'aieconnusdansmavie.
C'estétrangedeparlerdeluiaupassé,carpourmoiil estvivant,illeseratoujours,etjeresteraiauxÉditions ChristianBourgoisainsijeseraiprèsdelui. Ilm'abeaucoupappris surlalittérature,luiquin'avait pas deprétentionàêtreunmaître. Onabeaucouppartagé.Onatantvécudechoses,des bonnes,desmoinsbonnes,parfoisdestrèsmauvaiseset sonamitiéétaittoujourslamêmelamêmeélégance,la mêmedignité,lamêmepudeurquicachaitunesensibi-lité,unetendresse,toujourslà.
Noustousavonsperduunhomme,untrèsgrand homme.
ANT6NIOLOBOANTUNES
Proposrecueillispartéléphonele15janvier2008.
LINDALE Devieàvie
Ilyaquelquesannées,lorsd'unvoyageàStrasbourg, DominiqueBourgoismedénichaunbréviaire,LesGar-diensdeslivres,renfermantsixpoèmesdeMarinaTsvétaïeva etlesconfidencesdeMikhaïlOssorguine sursaLibrairie desÉcrivains,îlotderésistancedéfendu pard'irréduc-tiblessentinellesqui,aunezetàlabarbedestchékistes, diffusaientleséditionsautographesd'AndreiBiélyet d'IlyaEhrenbourg.
Danslesilencedesonappartement,ilseretiraitces derniersmois,encompagniedeSchubert,guidesouvent conviéquandilexploraitlecontinentpeuplédetrans-cripteursdel'invisible,nyctalopesdontilétaitl'interlo-cuteur,l'amisecret,ChristianBourgoism'apparaissaittel ungardiendeslivres.Ilrépétait,suruntonpince-sans-rire,caractéristiquedesaconversation,qu'aurisquede surprendre,ilsecompareraitvolontiersàunefouineun fureteuràl'affûtdel'Inouï,unguetteurdefulgurances. Sedéfinissantcommeunmondain,ausensancien,c'est-à-direuninquietàl'écoutedesconvulsionsdesonsiècle, unanalysteclairvoyantdespalinodiesdesescontempo-rains,ilpossédaitcequi,selonPessoa,estbienpluspré-
LindaLe
cieuxquel'éruditiondelaconnaissanceoulaculture, cetteéruditiondel'entendementune«éruditiondela sensibilité»,néed'unecapacitéàplongeraucœurdu réel,puisàs'enéloignerpourprendrelelargeets'inter-rogersurcecoudoiement.
Aulieudedevenirungrandcommisdel'État,l'admi-rateurdeRimbaudchoisitdesefaireleféaldelalittéra-ture,donnaàlirelesœuvresd'insurgésdetouslespays, afind'enrayerlasclérosedestempsendormisenétantun excitateurd'idées.OssipMandelstam,dontilprisaitpar-ticulièrementlespagesconsacréesàlabibliothèquede sonenfance,ce«chaosjudaïque»lesin-folioétaient «couchéscommedesruines»,notaitquelafoinesuffit pasàdéplacerlesmontagnes,c'estlegoûtquidéplaceles montagnesparl'entremised'éveilleurspassionnés,des géants«sontdescendusdeleurpiédestaletsesontmisen routepournousrendrevisite».Cartraduire,fairetra-duire,«translater»,rappelleSusanSontagdansTempsforts, l'undesessaislesplusstimulantsqueChristianBourgois aitpubliés,signifiaitjadisdéplacer,sauverunlegsde l'extinctionenletransférantd'unétatàunautre,d'une contréeàuneautre,etdèslors,transmettreleflambeau, êtrelemessagerquipermetunetraverséedesapparences.
Lorsqu'ilévoquaitlesmétéoritesdeRobertoBolano aveccettedécouvreusequ'estaussiDominique,sonalliée detoujours,lesoragesdeGeorgBüchneravecsoncomplice Jean-ChristopheBailly,oulesflammerolesdeRobert Walser,enm'offrantlesPetitstextespoétiquesdel'insaisis-sableflâneur,ChristianBourgoisnesemblaitjamaisfaire sapâturedesmotsaveclafroideurd'unsavantdisséquant songibier.On eûtditque,àl'imagedel'intranquilleBer-nardoSoares,illespercevaitcomme«des corpspalpables,
LaNouvelleRevueFrançaise dessirènesvisibles,dessensualitésincarnées».Ilnepar-laitpasdestransgresseursqu'ilhantaitenaffectantle détachementd'unmandarin,maismettaitdanssespro-posunaccentintime,àlamanièred'undestinatairequi s'estimprégnédelalettreenvoyéedevieàvie.
C'estfortdecettefamiliaritéaveclesconfessionsmas-quéesdefaroucheségarésque,aidéparHubertJuin,il avaitnaguèreentreprisderessusciterdesmerveillesjetées auxoubliettes,telundéterreurdereliquesàtranslaterau présent.Ets'illaissaparfoisperceruncertaindécourage-mentfaceausortréservéàdeschefs-d'œuvre,mégalithes quiluiparaissaientdespiliersdelacivilisation,son ardeuràsouleverl'enthousiasmeétaittropvivacepour qu'ilbaissâtpavillondevantlesblasés.
Toutsustentaitetaiguisaitsonespritscrutateurles petitesironiesduquotidien,lespectacledesmanœuvres déployéespardesMachiavelssansenvergure,lethéâtrede lacruautédontlaplanètecontinued'êtrelascène,la quêtesolitairedeschercheursdevérité,quelquesoit l'instrumentforgépourérigerleurcontre-monde.Il-m'avaitfaitaimerlespremiersfilmsdeSharunasBartas auprintempsdernier,j'avaispu,grâceàlui,voirl'adapta-tiondeVieetdestinparDodineilyaquelquesmois,il m'avait,toutenmetendantlecataloguedel'exposition Allemagne,lesannéesnoires,incitéeàallermefondreaussi danslesimmensitésdeFerdinandHodler.Ilsuscitait ainsiundésirdemueperpétuelle,l'enviedesedépouiller decetteguenille,lemoiétriqué.
Sonrôle,disait-il,n'estpasdedirigerverstelleoutelle voiel'indécisquis'avanceàtâtonslelongdesonchemin périlleuxjonchédelambeauxdephrasesilnetenterapas
LindaLe
delefairedévierdesonprojetenluisoufflantunsujetou enluiédictantdescommandements,maisill'accompa-gnera toujours,s'ilrefusedetraînersapenséedans l'ornièretoutetracée.
Parsafaçondemenerunentretieninfiniaveclesêtres erratiquesadonnésaujeuinsenséd'écrire,ChristianBour-goisincarneàmesyeuxlerêvedesoncherBorgesqui,en guisedepréludeàHistoireuniverselledel'infamie,magni-fiaitlalecture,cetacte«pluscourtois,plusintellectuel» queceluid'écrire«Lesbonslecteurssontdesoiseaux rares,encoreplusténébreuxetsinguliersqueles auteurs.»
LINDALE
Romand'aventureetaventuresduroman
Ilyatoutessortesderomanshistoriques,psychologiques, sentimentauxetmêmenouveaux».Néanmoinsiln'estpas exagérédedirequ'àl'origineleromanpartd'undésirde raconterdesévénements,une histoire. Encelalerécitd'aventure,réelleoufictive,asouventpris naturellementlesaspectsetlesinstrumentsduroman.Lavogue des«romanciersvoyageurs»quirencontretantdesuccèsaujour-d'huinedatepourtantpasd'hier. Pourentémoigner,nousavonschoisi,enguised'introduction, delongspassagesdel'étudedeJacquesRivièreconsacréeau romand'aventure,parueicimêmedanslesnumérosdelaNRF demai,juinetjuillet1913.