La Nouvelle Revue Française (n° 611) - Paris, capitale du XXIe siècle ? (Février 2015)

De
Stéphane Audeguy, Paris, capitale du XXIe siècle ?
Alexandre Lacroix, Comment revoir la ponctuation d'une ville
Sylvie Granotier, Rive noire
Philippe Forest, Case trente et une
Judith Brouste, Continent Contrescarpe
Robert Kopp, Paris "capitale du monde civilisé" ?
Catherine Cusset, Sept mètres carrés cinquante
Jérôme Leroy, Uchronie pour un tueur fatigué
Roger Grenier, Paris ma grand'ville
Dominique Manotti, La ville par ses sentiers
Thomas Clerc, Proposition faite au maire du XVIIe arrondissement pour créer une avenue du Japon à la place de l'avenue Mac Mahon
Philippe Le Guillou, Au bord de la faille
Vincent Delecroix, Capitale de rien du tout
Hélène Ling, Dérive de méridiens
Maintenant :
Roger Grenier - Philippe Forest, La société des amis de Paris (entretien)
Un mot d'ailleurs :
Tomasz Rózycki, Nasypali piasku
Épiphanies :
Dominique Ané, L'ouverture
Publié le : jeudi 12 février 2015
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072584497
Nombre de pages : 176
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LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
N° 611 – févrîer 2015
Parîs, capîtae e du xxi sîèce ?
Sous la dîrectîon de Stéphane Audeguy et Phîlîppe Forest
G A L L ï M A R D
STÉPHANE AUDEGUY
e Parîs, capîtale duXXIsîècle ?
Cette questîon n’est pas seuement, dans notre esprît, une boutade. Nous savons bîen que a réponse a pus pares-seuse seraît : maîs non, voyons, Parîs n’est pas a capîtae e du xxi sîèce et ne e sera jamaîs. Les gîrouettes de ’ac-tuaîté ajouteront qu’î s’agît bîen sûr de Shanghaî, de Sao Pauo, de Duba. ï me sembe que cette înterrogatîon mérîte autre chose, et mîeu. D’abord ee n’est pas unîvoque, et ’on peut com-e prendre : en quoî Parîs est-ee une capîtae du xxi sîèce ? Or c’est bîen à cette questîon que répondent, à eur façon sînguîère, a pupart des tetes îcî réunîs. Leur ecture montre qu’î est possîbe de se détourner des dîscours habî-tues sur Parîs, dont on connat a tendance à enfermer a vîe dans un passé jugé d’autant pus prestîgîeu qu’î se réduît à queques îmages aussî rudîmentaîres que pîeuses : es Années Foes, es Champs-Éysées, de vagues souve-nîrs de Vîctor Hugo et de comédîes musîcaes, queques cîchés de Robert Doîsneau, a Igure du baron Hauss-mann, un vers et demî de Chares Baudeaîre, deu ou troîs dérîves pro-sîtus… Parîs, ce machîn ancîen qu’on admîre de conIance sans même se demander en quoî î est vîvant, nî même en quoî î pourraît bîen être encore vîvant ? Nous pourrîons faîre ’hypothèse que beaucoup
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de nos contemporaîns entretîennent avec Parîs es mêmes rapports (ou non-rapports) qu’îs ont avec a îttérature françaîse d’aujourd’huî. Ouî, Parîs ne cesse de changer – comme a îttérature françaîse, justement – pour e meîeur et pour e pîre, pro-babement. On récîte un peu trop vîte a eçon baudeaî-rîenne, maîs î est de faît que a forme d’une vîe change pus vîte que e cœur des mortes, et que a capîtae de a France a beaucoup pus radîcaement évoué que sa patrî-monîaîsatîon tourîstîque, hantée par un rêve îmmobîîste dont e débat récurrent sur a hauteur à Parîs est un bon îndîcateur, ne e aîsseraît croîre ; et non pas seuement parce que a îgne Porte de Cîgnancourt-Porte d’Oréans s’achève désormaîs àMaîrîe de Montrouge, cee de Maîrîe d’ïssy-Porte de a Chapee àFront Populaîre.On a vu à Batî-gnoes surgîr un quartîer nouveau, et encore înachevé. Les frîches des quartîers de a Gare et de Tobîac sont devenues, seon e terme choîsî par ses promoteurs et aménageurs, Parîs Rîve gauche. Quant à a popuatîon parîsîenne, ee n’est pus cee des années 1970, maîntenant que e nom de Cîtroën désîgne non pus des usînes, maîs un jardîn. On peut égaement penser au projet, et au fantasmes, du Grand Parîs, quî vîsent à faîre connatre à Parîs a muta-tîon mégaopoîstîque que d’autres capîtaes (Rîo, Londres, Tokyo) ont panîIée et/ou subîe î y a ongtemps. Capîtae en somme trop petîte pour son temps, dîront ses détrac-teurs ; à taîe humaîne, répîqueront es autres. Que chacun d’entre nous se demande sî ce n’est pas a déInîtîon même de ce qu’on appee changement quî doît être amendée (on réhabîîte à Parîs autant, sînon davantage, qu’on ne rase, par eempe) ; et sî, à travers toutes ces évoutîons, queque chose ne perdure pas. Quî osera, sacrîège, amender a for-mue gavaudée du poète, et dîre ce que chacun pourraît
Stéphane Audeguy
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constater, s’î n’étaît aveugé par e décînîsme et enîvré par ’apocayptîsme, ce syndrome teement répandu : a forme d’une vîe demeure, aussî ? Et son cœur bat à un autre rythme que e nôtre. Resteraît aors à évauer cette persîstance étrange. Aeandre Lacroî choîsît de reever que es grandes vîes qu’on dît muséîIées ne sont pas sî nombreuses de par e monde, et jouent un rôe unîverse – ce sont des asîes de beauté, par eempe. Vîncent Dee-croî, comme on verra, ne partage pas cet enthousîasme. Et quant à ceu quî se gargarîsent des capîtaes à a page, on eur demandera de songer à quoî Berîn, par eempe, doît sa modernîté ; sans parer de Tokyo, vîe martyrîsée par des catastrophes pus ou moîns naturees et accabée par des vîcîssîtudes hîstorîques.
ï s’agît donc pour nous, îcî, d’eporer ’îmagînaîre actue de a capîtae te que es écrîvaîns e produîsent, et dont aussî bîen îs se nourrîssent. La référence à Water Benjamîn quî s’est împosée à notre esprît n’est en rîen réductrîce. Ee ouvre au contraîre de arges perspec-tîves. Car sî Benjamîn s’est întéressé au passé de a vîe, à ces fameu « passages » quî sont, au moment où î écrît, argement morîbonds, î ’a faît dans a perspectîve d’une sorte de généaogîe de son propre sîèce, et dans un rapport vîvant et actîf à ’actuaîté, ou à une înactua-îté, capabe de nourrîr e présent, aînsî qu’à des auteurs pus ou moîns proches de uî, chronoogîquement : e BaudeaîredesTableaux parîsîens; ’Aragon duPaysan de Parîs, entre autres. L’ange de ’hîstoîre benjamînîenne est tourné, comme on saît, vers e passé ; maîs e vent du « progrès » e pousse vers ’avenîr, tant î est vraî que pour Benjamîn î s’agîssaît de faîre advenîr d’autres possîbes et de crîtîquer un certaîn état des choses. Cette fonc-tîon crîtîque de a îttérature, nous a retrouvons dans
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e Lanrf– Parîs, capîtale duXXIsîècle
ce numéro. Quant au faît que tant d’auteurs, îcî, choî-sîssent d’évoquer e passé, quoî de pus norma, s’agîs-sant d’une vîe de cuture ? On notera que a nostagîe a sa pace dans ce numéro. Pourquoî a îttérature se ’înterdîraît-ee ? Ee puîse des forces dans cet affect sî décrîé par es fétîchîstes de ’îns-tant présent. On n’en concura pas trop vîte que a capîtae de a France suscîte îneorabement des médîtatîons réac-tîonnaîres. L’humour est d’aîeurs présent dans ce numéro, comme î n’est pas absent de notre rapport au temps et à a vîe, et a contrîbutîon de Syvîe Granotîer en faît a démonstratîon, entre autres. Phîîppe Le Guîou évoque, pus yrîquement, cet étrange bégaîement de ’hîstoîre quî veut que ’on aît creusé, quarante ans après e premîer, un second trou des Haes. ï y a une joîe d’écrîre de Parîs, et ee est tournée vers e présent : c’est aînsî, je croîs, que ’on peut îre ’eporatîon du « contînent Contres-carpe » que nous offre Judîth Brouste. Nî un Parîs passé, nî un Parîs éterne, maîs un Parîsdans le tempsauque Domînîque Manottî saît se montrer sensîbe, du Sentîer à Aubervîîers. Ce qu’un refus de a réaîté du passage du temps peut porter de cauchemardesque, on e comprendra en découvrant, dans e noîr apoogue de Jérôme Leroy, a Igure d’un tueur désabusé par un Parîs qu’î ne comprend pas, qu’î ne reconnat pus, qu’î n’a jamaîs connu : on ne tue pas sî facîement e temps. Parîs sautera-t-î e pas de son pérîphérîque ? Pour ’înstant, on ne sauraît e dîre ; en attendant, ou peut-être dans ’îndîfférence à de tees attentes, î se trouve encore et toujours autant d’écrîvaîns pour arpenter ’escargot de ses arrondîssements, et même, comme îcî Phîîppe Forest, pour choîsîr de s’en faîre un destîn,întra muros; tandîs qu’Héène Lîng prend acte de a mondîaîté quî affecte cette vîeîecaput mundî, comme ee es transforme toutes.
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