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La Nouvelle Revue Française N' 77 (Mai 1959)

De
204 pages
Marcel Jouhandeau, L'École des Filles (I)
André Masson, Moralités esthétiques
Paul Morand, La Fin de Byzance
Roger Giroux, Retrouver la Parole
Gaston Bouthoul, Notes pour une polémologie
Jean Forton, Le Grand Mal (II)
Chroniques : la poésie :
Philippe Jaccottet, Erreurs et bonheurs poétiques
Chroniques :
Albert Henry, Une Poésie du Mouvement (Fin)
Dominique Fernandez, Critique littéraire et psychanalyse
Chroniques : le roman :
Dominique Aury, Le scandale de Lolita
Chroniques :
François Nourissier, Vive Chabrol!
Notes : la littérature :
Roger Judrin, Jacques le Fataliste, par Diderot - La vie intellectuelle de Stendhal de 1802 ŕ 1821, par V. Del Litto
André Pieyre de Mandiargues, La Révocation de l'Édit de Nantes, par Pierre Klossowski
Jean Grenier, De la tęte au cur, par Henri Petit - L'Honneur de Dieu, par Henri Petit
Notes : le roman :
Jean-Paul Weber, Mon Récit, par Jacques Souniones
Dominique Aury, Terre Paradis, par Paul Colin
Georges Perros, Le Fiston, par Robert Pinget
Lucette Finas, Ailleurs autrefois, par Michel Matveev
Jacques Bens, Fugue ŕ deux voix, par Jacques de Bourbon-Busset
Notes : lettres étrangčres :
Henry Amer, Un peintre dans la vie londonienne : Thomas Dekker, par M. T. Jones-Davies
Lucette Finas, Contes anciens ŕ notre maničre, par Lou Siun
Jean-Paul Weber, Choix de textes, de Boris Pasternak
André Pieyre de Mandiargues, La Casa della Vita, par Mario Praz
Lucette Finas, L'Épervičre, par Gianna Manzini
Notes : les spectacles :
Claude Ollier, Le Poisson Noir, par Armand Gatti - Vertigo (Sueurs froides), d'Alfred Hitchcock
De tout un peu :
Denis Périer, Les Maîtres et les Amis, par Jacques de Lacretelle
Jean-Paul Weber, Manuel pratique du test de Rorschach, par Marguerite Loosli-Usteri
Denis Périer, Roses ŕ crédit, par Elsa Triolet - Aimer fait peur, par Marie-Émilie Rey - Mourir demain, par Jean-Jacques Chaumont
Roger Judrin, Mario Mariani, par Marie-Suzanne Berry
Jean Guérin, Une Confrontation, par Klee et Kandinsky
Jean Revol, Ardoises taillées, de Raoul Ubac (Galerie Adrien Maeght) - Thadée Kantor (Galerie Le Gendre)
Pierre Courthion, La Jeune Parque de Marianne Clouzot (Aux dépens de l'auteur)
Les revues, les journaux :
R. Char, Cinq Poésies en hommage ŕ Georges Braque
J. Guérin - D. de Rougemont, Métamorphoses de Tristan
A. Camus - J. Guérin - E. Ionesco, Cahier des saisons
J. Guérin - M. Vinaver, Le sottisier
J. Guérin, Divers
Le temps, comme il passe :
A. Lubin, La jeune Surprise
R. Judrin, Portrait de Zoďle (I)
Le mois :
A. Pieyre de Mandiargues, Le Corps du Počme
G. Chaissac, Chronique de l'oie
A. Lubin, Printemps
G. Lambrichs, Une bonne nouvelle
J. Guérin, La vie pratique (Suite)
Avant, Austrasie
Anonymes, Lettre ŕ la Sécurité sociale
M. Mourlet, D. Périer, Petite discussion sur un événement attendu
R. Cheval, ŤLe 11 novembre 1937, l'Académie suédoise décidait d'attribuer le prix Nobel...ť
R. Martin du Gard, Discours de Stockholm
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LANOUVELLE RevueFrançaise
I/ÊCOLEDESFILLES
I
Le2mai1951,àChâtenay,nousavonsassistéau baptêmededeuxpetitesfilles,Lilianeetsasœur Monique.ÉliseétaitlamarrainedeLiliane,mais nous étionsloindeprévoircejour-làquelleplaceallaittenir dansnotreviecettegamine.J'aisouventcherchéà retrouverlescausesducharmedeLiliane,desatour-nured'esprit,delacurieuserichessedesonvocabulaire, etilm'asembléqu'elledevaittoutcelaàl'expérience dumalheur,puisaubonheurd'enavoirététiréepar MUedeV.d'abord,petite-filledeJosephduMaistre, etd'avoirvécu delongsmoisdansl'intimitédecelle-ci. Lecontrastedemilieuxsidifférentsavaitdélierson intelligence.Sesyeuxs'étaientd'abordouvertssur l'abîmedetouslesmaux,ettoutd'uncouponluienavait montrélesremèdes.Ainsiavait-elleeudèssespremières annéesuneconnaissancecomplètedelaviesoussesdeux aspects,ledésordreetl'ordre,etdeleurseffets.
LapremièrefoisquenousavionsvuLiliane,dont nousavonsfaitCéline,c'étaitchezmanièceMarthe. Rienn'estplusétrangequecegenrederencontres. L'amourn'estpasseulàproduirelescoupsdefoudre. 1
LANOUVEIAEREVUEFRANÇAISE Iléclatedanscertainesconjonctionsd'âmes.L'unede mesnièces,Marie,conduisaitLilianeàl'hôpitalIari-boisière,l'onpréparaitl'opérationquidevaitcorriger sonstrabisme.CommentMariedécida-t-elleaupassage des'arrêterchezsasœurMarthe,nousachevionsde déjeuner?Dieulesait.Toujoursest-ilqu'àpeine lapetite sefut-elleassisesurunpoufenfacedenous,l'atten-tionseconcentrasurelle.Onnevoyaitqu'elle.Elle devaitavoirunbandeausurl'œilgauche;sonsourire emportaittoutradieux,irrésistible.Chaquefoisqu'elle nousregardaitdesonœilunique,entrevoyait-elleles surprisesdudestin,sonvisageparaissaits'illuminer. Onl'avaitéloignéeunmomentdelasalleàmanger, pournousrapportersonhistoire.Commeellen'était paschrétienneencore,Élisemedit«Pourquoine serais-jepassamarraine?»Éliseadecesgénérositésqui relèventdel'audaceetpresquedelaprésomption,quand onlaconnaît.
C'estainsiquenousnoustrouvionsdanscettepetite églisedeChâtenay,le2mai.J'ypussuivredeprèstous lesritesdelacérémoniequiressembleàunexorcisme. Qued'élémentssymboliquesappelésausecoursdu surnaturell'eau,leseletl'huile.0l'étrangeinitia-tionquitientdelacuisine,del'épicerieetdesmystères orphiques. Leprêtre,enoignantlesoreilles,dit Ouvre-toiàtoutcequiestbon,beauetjuste. «» Quedevéritéscachéessouscessignesmatériels DanslaNature,danslavie,sommeilletantd'inconnu qu'onnesauraityentreravectropdecirconspection, deprécaution. Aumomentl'onvoilaitdeblanclescatéchumènes danslenarthex,destouristessurgirent.Étrangerssans douteànotrereligion,virent-ilsleprêtred'ungeste promptfairevirersonétoleduvioletdeuilaulaméor
L'ÉCOLEDESFILLES
etcettepetitemarmailleautourdelaquelleonmulti-pliaittantdegestesbizarres,ilssemblèrentsedemander dequoiilpouvaitbiens'agir,aussidéconcertésappa-remmentquenous,quandnousassistonsauxincanta-tionsmagiquesdesNègres,pratiquéespareuxsurles tréteauxdenosfoires. Lorette,macaniche naine,quelevicaire,malgréla défenseducuré,avaitautoriséeàassisteràlacéré-monie,n'étaitpasmoinsétonnée,tirantsursalaisse, pourtoutobserverdeprès. Maiscequim'intéressaitleplus,cefutl'émotiondu pèredespetites,qui,leslarmesauxyeux,retrouvaitau fonddesamémoirelesparolesduPateretduCredo qu'ilrépétaitàvoixhauteavecl'officiant.Ilyavaitde l'extasesursonpauvrevisage,commes'ils'étaitsenti parlavertudecequisepassaitdevantluiabsousdeses fautes.Bassurpattes,unejambetordue,portanthaut safacelunaire,iln'avaitpasbesoindenousdirequ'il étaitbreton,Célinel'aird'unebigouden.
Lesbonnessœursqu'onavaitchargéesd'instruire CélineetMoniquesontbiensympathiques.Elleshabi-tentunesortedepalaisduxvmesiècledélabré,elles mènentdepairuneexistencedefermièresetd'éduca-trices.Deboutàquatreheuresdumatin,ellescultivent elles-mêmesleursterres,bêchent,ensemencent.Elles traientleursvaches,leursbrebisetleurschèvreselles-mêmes,ontunepullulantebasse-couretduproduitde leurstravauxnourrissentunecentained'enfantsaban-donnés. Quandunpandemurs'écrouleouquelestoits prennentl'eau,ellesnerecourentàaucunouvrier, réparanttoutdeleursmains. LaSupérieurealeteintrougeaudetlacorpulence d'unepaysanne.Humaine,unpeudébonnaire,elleest préoccupéeautantdelasubsistancequedelacorrec-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
tiondesespensionnaires.Riennesemblepouvoir entamersasérénitéetsoncourage.Lecuré,c'estbien autrechose.Onledevinesensdessusdessousaumoindre espoird'unbénéficequ'onluiprometouquiluiéchappe parcetexcèsd'affairementilcomprometplusqu'il n'assurelesuccèsdelaventedecharitéqu'ilvientde mettresurpied.L'indifférencedelaSupérieure,quià toutpourvoit,sansavoirl'airderien,estbienplus efficace. Élise.Quandjevousdisquelesfemmesvalent mieuxqueleshommes,toutjustebonsàsenoyerdans uncrachat.
Jemepermetsmaintenantderépondreauxreproches quesouventÉliseetCélinem'ontfaitsden'avoirpas acceptéd'êtreparrain.Élisemarraine,celasuffisait. J'aihorreurdesengagementssolennels.Jepréféraisn'en prendreaucunettenirceuxd'Élise,lasachantplus propreàasservirlesgensqu'àleurrendreservice.
Plustard,Élise.Lesrèglementssontsévères? Céline.Ohoui.Onn'aledroitdeparlerniaudortoir, niauréfectoire,nienclasse,nienétude,nisurlesrangs. Élise.Bavarde,tudevaissouventêtrepunie. Céline.Ehbiennon.Jeneparlepas.Jeréponds. Répondre,cen'estpasparler.C'estpoli.
Laconversationtombesurlabeauté. Céline.Voilàquinemetourmentepas.Unefois qu'onsaitqu'on estlaide,onenprendsonparti. Élise.Iaide,toi?Tun'espaslaide. Céline.Pourtant,onmel'adit. Élise. Qui? Céline.Unefille. Élise.Quisansdouteestmoinsbellequetoiette jalouse.
L'ÉCOLEdesFILLES
CÉLINE.Çalaregarde.Commejenemeregarde jamais,je lacrois.
Lesoir,aumomentjevaismeretirer Bonsoir,pépé.Maintenant,j'aideuxpères. « »
Elleaétésimalnourriedanssonenfancequ'Élise quil'aideàsedéshabillermedemandederevenirsur mespaspourvoircommesesépaulessontétriquéeset sonpetitventreballonné. Etvoilàquenousl'avonsfâchéeparnosremarques.
Dulitelleestcouchée,elleregardelachienne endormieetdit«Lorettedort,pendantquejeparle. Peut-êtreelleparlera,quandjedormirai. »
UnefoisÉliseauprèsd'elledanslelit,Célineappuiesa têteàl'épaulequis'offreetsemetàracontercomment samèreestmorte.
ÉlisedéfendàCélinedefréquenterChristian,lefils duconcierge,qu'elletrouvemalélevé. Céline.Oui,qu'ilneviennepasgâchermavie, celui-là.
ProposdeCélineàlavolée «Masœurseracouturièreetmoisupérieure. Supérieure? CÉLINE.Oui,enfinreligieuse. Touteslesreligieusesnesontpassupérieures. LINE.jecroyais.C'estdommage. Ah» Cematin,lapetitedormait,ÉlisemeditJ'aipris « satempérature.Parderrièreçamefaitpeur.J'aimis lethermomètredevant.C'estcommeunepetiterose. Ilfautquetuvoiesça. »
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
Pourquoim'avoirtenucepropos? Et,justeàcemoment,lapetiteavaitouvertlesyeux. J'étaisgêné. J'aibeauéloignerdelaconversation,depuisque Célineestlà,toutmotchoquant,Éliserestelamême, sanspudeur. Biensûr,c'estdesapartsansperversité. Ellereste«nature». Ilmesemblequel'enfanceadroitàplusderespect.
Parfoisjesuisinquietaussisurcequejepermets, sûrquepeuàpeuÉliseasserviraCéline. Commejesuismalade,retenudansmonlitparun anthrax,Élisenecessedusiend'appelerCéline. Alafin,Célineplace «Maman,jepisse.»
Quandjenesuispasimpotent,c'estmoiquifais toutlechemin.Madame,elle,achoisid'êtreimmobile. Toutluiarriveàlabarredesonlit,ellereçoit jusqu'àl'épicier.Ellesecontentedelire,d'écrire,de causer,decoudre. Toutlerestepourlesautres,pourl'autre,du moment quejem'éclipse,pauvreCéline
Moi. fille. ELLE.
Jet'assure,Céline,quetuesunedrôlede
Jesuiscommeonm'acrééeetmiseaumonde.
Rienn'estàelle,aussiriennel'étonnecomme l'égoïsme. Céline.Masœurestmignonne,elleaimebiensa Céline,maisquejesoisàcôtéd'elleàtableetqu'il tombedansmonassiettedeuxfritesdeplusqu'àelle, ellem'enveut.
filles L'ÉCOLEDES
LesjouetsdeCélinesontleprétexted'anecdotes amusantes. Parexemple,chaquesoir,elledélèguelepetitcanard préférédesabasse-cour,pourqu'ilmetiennecompagnie lanuit,etàceteffetl'installesurmatabledechevet, oubienauxpiedsdelastatuedesaintJacques,en disant Ilprierapournous. «»
Noncontentedemerefusersadouceur,Élisesouffre decellequemetémoigneCéline.Lapetiteest-elletrop câlineavecmoi,ellepeuts'attendreàuneruade.
Célinerépète,ensejouant,lederniermotdetoutce quejedis. JedisàI,oretteMachérie. «» ELLE.Sijedisaischérie»,tuleprendraispourtoi « etpuistun'espasduféminin.
ÉLISE,àCéline.Jeteflâneetjetemusarde,c'est touttoi. Moi.Aulieudebadiner,tuferaismieuxdedes-servir. CÉLINE.Ainsi,jesuislafemmedeménage. Enmoi-même,jepense «Tuasbeaufaire.Tuledeviendras.»
Cesoir,Éliseetmoi,nousl'avonsregardéedormir. Sachemiseroselaissaitvoirsesjambesnues.Elleavait repliéunbrassursapoitrineettenaitl'autremain ouverte,enmargedesonvisage.Unsourireextatique l'illuminait.Deminuteenminuteseslèvrestremblaient. Sansdouteparlait-elleauxanges.Non,riendeplus frais,deplusgracieux.
Céline,enpassantlaciresurleparquetdel'atelier quiestimmense«Voilàquin'estpasagréablepour
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
cellequilefait,aussi,jevouspréviens,monsieurpapa etmademoiselleLorette,sivousnevousessuyezpas mieuxlespiedsavantd'entrer,jevouslescoupe.»
Céline.Touslesgarçonsmeregardent,parceque jechanteenrevenanttouteseuledel'école.Qu'est-ce quejepourraisbien faired'autre,sijesuiscontente. C'esttoutlemondequidevraitchanter.Alors,onne meregarderaitpas. JegrondeCéline.Elleserebiffe. Jemenace«Prendsgarde.Çavamaltourner.» Céline,delaraced'Élise,unpeuredoutable,réplique Ets'ilmeplaît,àmoi,queçatournemal. «»
Cematin,jel'entendaischanterunechansonqu'elle truffaitdemotsàelle J'ailiémabotteavecunbrindepaille. J'ailiémabotteavecunbrind'osier. Dansmonpréjefaislacueilletteensabots,entablier. LacueillettedesPâquerettes. Monpèrem'avueetm'agrondée. J'ailiémabotteavecunbrind'osier.
Moi.OndiralesGodeauontchezeuxunepetite filleinsupportable. ELLE.Tutiensdonctantquecelaauxcompliments.
Laquelleseralaplusfortedesdeux,Éliseou Céline? Toutd'uncoup,ellessehérissentetsebravent. Lescolèresd'Élisesontterriblesetjetremblepour Céline,maisCéline,elle,netremblepas. Elleattend,commesousunparapluie,quel'orage cesseet,dèsqu'ellesentlemomentfavorable,encoulant unmottrèsdoux,ellepasselatêteetsonsouriremira-culeusementramènelesoleil.