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La Nouvelle Revue Française N' 92 (Aoűt 1960)

De
196 pages
Marcel Jouhandeau, Journaliers (I)
Martin Buber, Le Maître du Bon Nom
Roger Judrin, Nicole ou L'amie des fées
Henry Bauchau, La Maison du Temps
Henri Thomas, John Perkins (Fin)
Philippe Garcin, ŤArrigo Beyle, Milaneseť (I)
Chroniques :
Henry Amer, Cioran, le docteur čs décadences
Alain Bosquet, Jean Follain ou Le délire du quotidien
Umberto Eco, L'uvre ouverte et la Poétique de l'indétermination (Fin)
François Nourissier, Le second souffle
Notes : la littérature :
Yves Berger, Parmi les hommes, par Lucien Jean (Éditions Rencontre)
Roger Judrin, L'Éphémčre, par Jacques Brosse (Plon)
Notes : les essais :
Roger Judrin, Claudel plus intime, par Henri Mondor (Gallimard)
Willy de Spens, L'Homme en question, par Claude Roy (Gallimard)
Notes : le roman :
Philippe Jaccottet, Chaque homme dans sa nuit, par Julien Green (Plon)
Robert Abirached, Trésors ŕ prendre, par Violette Leduc (Gallimard)
Willy de Spens, Sens inverse, par Jean Douassot (Julliard)
Notes : les spectacles :
Lucette Finas, La Tradition secrčte du Nô, par Zeami (Gallimard)
Dominique Nores, Le Cercle de craie caucasien, de Bertolt Brecht (Comédie de Saint-Étienne)
Notes : les arts :
Jean Revol, Aquarelles de Cézanne (Galerie Bernheim jeune)
Michel Simon-Brésil, Rétrospective Pedro Figari (Musée d'Art moderne)
René de Solier, Brassaď (Galerie du Pont-Royal) - Bolin (Galerie Coard)
Jean-Jacques Lévęque, Bruyen (Galerie Raymond Cazenave)
De tout un peu :
Jean Follain, Le Pré spirituel, par Jean Moschus (Éditions Club du Livre Chrétien)
Henry Amer, Mémoires, procčs et correspondance, de Rossel (J.-J. Pauvert)
Jacques Bens, Sapotille et le serin d'argile, par Michčle Lacrosil (Gallimard) - La Voie romaine, par Roger Grenier (Gallimard) - La Route bleue, par Hélčne Bessette (Gallimard)
André Miguel, Paul et Isabelle, par Raymonde Temkine (Robert Laffont) - Le Passager de la nuit, par Maurice Pons (Julliard) - Les Charcutnos, par Olivier Cottiou (Stock)
Denis Périer, Hommage ŕ Rouault (Galerie Creuzevault)
Les revues, les journaux :
Jean Guérin, Trois morts
Étiemble, D'une saison ŕ Moscou
Jean Guérin, Curiosités - Divers
Le temps, comme il passe :
Jacques Bureau, La Terre est ronde
Michel Léturmy, Jean Grosjean d'Austrasie
Le mois :
Philippe Jaccottet, La Perte perpétuelle
Paul Desmeth, Promenade ŕ Paris
Édith Boissonnas, Des arbres
Daniel Boulanger, Retouches
Jean Grosjean, Lettre d'avant
André Miguel, Alpilles (II)
Robert Levesque, Antigone ŕ Volubilis
Textes :
Albert Thibaudet, La Boîte de Montaigne
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JOURNALIERS 1957-1958
I
1957.Vendredisaint.
On mefaitdesreprochesausujetduconcertqueje mesuisdonnécesoirdansl'églisedeMontfort Quemadmodumcervus.J'aichantécepsaume,enm'ac-compagnantàl'harmonium.commencelaprofana-tion,finitlapiété?Cequimerassure,c'estdepenser quelesdévotsseraientlespremiersàrecrucifierJésus-Christ,s'ilrevenaitaumonde. Xinvoquel'écartementexcessifdesjambesdesgardes ducorpsdelareined'Angleterre,poursedispenser d'assisteraudéfilé.Onentretientsondégoûtcomme onpeut,quandonenalegoût. LemenuisierPortugaisàÉlise,qu'iladmireQue deuxhommessebattentpourunefemme,jelecom-prends.LesexeestdanslaNature,maispouruneidée quin'estquedansnotretête. Jerencontresouventchezlescommerçantsdela 1
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
porteMaillotunedame,originairecommemoide Chaminadour,pâleetbouffie,coifféed'uneperruque ébène,ellenemanque jamaisdemelanceraupassage uneflècheempoisonnée.CesoirIlyalongtemps, chèremadame,quevousn'êtesalléeàGuéret?J'en reviens.Ahvouspouvezvousvanterd'yêtrehonni. Onm'affirmecependantquelesrancuness'apaisent. Jenem'enaperçoispas.Ilsuffitquejevousnomme pourdéclencherunconcertdemalédictions.Ets'iln'y avaitqu'àChaminadour.Nouspassons,monmariet moi,nosvacancesenBourgogne.Lecurédel'endroit voustientpourleDiableenpersonneetdéjàenEnfer. Silebonheur,luiai-jerépondu,c'estcommel'a prétendudevantmoiunefemmed'esprit,d'avoirchaud etdesesentirdétesté,jesuiscomblé.
Une expressioncurieuseavaitcoursàGuéret,dans majeunesse.Ondisaitdesmarisquifécondaientleur femmeàpeineremisedesesdernièrescouchesqu'ils n'avaientpasattenduquelefourfûtremonté,poury cuireleurpain.Drôlesdeboulangers
Uninterviewermedemandantcequejepensedela gaucheetdeladroite,jeluiairéponduques'ils'agit demesmainsj'aicoutumedelesporteravecrespect, sanspourcelaleurpermettredetouchermonvisage ques'ils'agitd'autrechose,jenepuispasnepasme souvenirdecetteprièred'unmoinethibétainSei-gneur,jevousremerciedem'avoirétablisurdeux fesses,quimepermettentlastabilitélapluscommode pourméditeràl'infinisurlesvéritéséternelles. Chaquefoisquedansmonenfance,aprèssonexorde, l'abbéCrosse,quin'étaitpasunsylphe,entraitdansle vifdesonsujet,ildéclaraitsolennellement,ens'asseyant Jeposemonfondement,équivoqueplaisante.Les ecclésiastiquesm'onttoujoursparuavoirunfaiblepour
JOURNALIERS
ceteuphémisme,souslequelsecacheuneallusionméta-physique,doubléed'unearrière-penséearchitecturale.
Cen'estquemaintenantquejemerendscomptedece qu'Éliseasouffriravecmoi. Depuisqu'unetendreamitiésenoueentreelleetle jeuneCh.,jemereprésentecequefutpourelledurant desannées desoupçonnerentreelleetmoi,àtoutes sortesdesignes,laprésenced'untiers,d'unintrusqui luidisputaitmonattention,moncœur,machair.Sans cessesesentirlésé,trompé,volé,bafoué,dansson proprefoyer.C'estcequej'aifaitlongtemps,sanstout àfaitsavoircequejefaisais.Ilfautquej'arriveà soixante-dixanspour ouvrirlesyeuxsurmesfautes enverselle. Maiscomment,elle,sifière,sialtière,siimplacable, l'a-t-ellesupporté,c'estunmystèrepourmoi,sansse vengerautrementquepardesfoucades?Aujourd'hui que jenesuisplusprisaupiègedefascinationsqui m'empêchaientdemesituerj'étais,nidel'imaginer, elle,danslerôlequejeluiimposais,jesuistoutprêtà luidemanderpardondutortquejeluiaicausé.Comment nes'yest-ellepasdavantageusée? Sij'évited'entrerdanssachambre,depuisqu'elley ainstallélesportraitsdesesamants,jenepeuxpasne pasreconnaîtrequ'elleadroitàsessouvenirs.Quelle injusticedemapart,sijeluienfaisaisgriefEtquime ditqu'ellen'apassongé àcetteexposition,àcegenre d'exhibitionparreprésaille?Lavengeanceencertaines occasionsressemblepresqueàunhommage.C'estbien-fait.Jen'ailapermissionnidemescandalisernideme plaindre.
Jepenseauxchiensetauxchatsd'Algériequenos manifestationsontdérangés.Lesinnocentsdevaient sedemanderQu'est-cequileurprend?Devantces
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
sortesd'événements,jepartageàpeuprèsl'étatd'âme desbêtes.
ExtraitdumanuscritdeMmedeLamartinequeje mettraisvolontiersentêtedeslettresdemamère Alphonsem'aenvoyédesversqu'ilvientdecomposer etquim'ontbienémueilyditprécisémentceque je penseilestmavoix,carjesensbienlesbelleschoses, maisjesuismuette,quandjeveuxlesdire,mêmeàDieu. J'ai,quandjemédite,commeungrandfoyerbienardent danslecœur,dontlaflammenesortpas,maisDieuqui m'écouten'apasbesoindemesparolesjeleremercie delesavoirdonnéesàmonfils.
Dusoucidebiendire. Commejefélicitais,cematin,macharcutière,MmeChal, avenuedelaGrande-Armée,delabonnetenuedeson personnel,ellemedit«Necroyezpas,monsieur,que celas'obtiennesanspeine,etj'yveillesurtoutparceque mesemployéesetmesenfantssecôtoienttoutlejour. Quandl'uned'ellesmedit Madame,jevaismanger? Non,mafille,vousallezdéjeuner. Quanduneautremecrie Madame,jetapelà-dedans. Non,mafille,c'estqu'ilfautprendre. »Cesoucidebiendirevachezmoiplusloin,pour-suit-elle.Jenepuism'empêcherdereprendrejusqu'à mesclients.Quelqu'unmedemande-t-ildujambon ordinaire,jerépondsDansmamaison,madame, iln'yariend'ordinaire.Vousvoulezdiredujambonde Paris.lejambondeParisn'estpasplusordinaireque lejambond'YorkoudeBayonne. »
Hiersoir,dînertêteàtêteavecH.M.Nousparlons del'amouretdecequechacunychercheouycache
JOURNALIERS
avecjalousie.Nousconvenonsqu'iln'estpasunamant quin'aitunemanieplusoumoinsavouablequ'ilsatis-fait,enayantl'airden'ypasprendregarde.Autrement dit,chacunnesesoumettraitauxritesdel'amourqui sontlesmêmes,àpeuprès,pourtoutlemonde,quepour dissimulersousl'essentielundétailaccessoirequilui importeseul. L'attraitqu'exercesurcelui-ciunpieddefemme l'amènepardegréàl'étreindretoutentièreetàla posséder,dansl'espoirqu'illuiserapermisdes'attarder uninstantoulongtempsgîtsahantise,commesi l'ondissimulaitdansunesuitedegestesprévusleseul quiamorceledésiretenmarquelafin,commesil'on atteignaitparl'idolequ'onrêvequin'aquepeude rapportavecl'êtrequ'onserreoccasionnellementdans sesbras.
ValentineH.aprèsm'avoircontécommentellea étédévirginiséeparunefemmeàl'aided'uncanif,se plaintqueleshommes,pourlaplupart,ignoranttout del'amour,fassentcommeexprèséconomiedescaresses quisontledélicedesfemmes,poursecontenterdeleur infligercequ'ellesregardentcommeunsupplice.
JemetrouvaiscematinchezleboulangerCouton. Lepainn'étaitpascuit,undimanche,etlemagasin regorgeaitdegensimpatients,quandungarçonentre, letypeleplusmarquéquej'aievudel'inverti.Démarche dansante,jeuxdemainsaffectés,cheveuxdécolorés,le visagepâli,déshonoré,flétriparderécentesdébauches. Cequitoutdesuitemefrappa,c'estlesilencequi aussitôtplanasursaprésenceetaussilongtempsqu'il mitàpartir,nantidedeuxbabasàlacrème.Apeine fut-ildehors,unjeunehommedugrandmonde,fort beau,mafoi,quirevenaitdelamessedemidi,accom-pagnéparsonépouse,peut-êtrepoursoulignerauxyeux
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE decelle-cilesavantagesdesavirilité,accrochalegrelot Espéronsqu'unjourestproche,s'écria-t-il,l'on nousépargneraledégoûtdefrôlercegenred'ordure. Est-ceunemaisonderedressementquevoussouhaitez? demandequelqu'unNon,uncampdeconcentration. UnecommèreVoilàquipresse.Autrefois,onles comptait.Aujourd'hui,onnepeutplus.Ilyenatrop. Lemieux,glapitunvieuxmonsieurgrivois,serait delesempaleràtouslesparatonnerresdeschefs-lieux, commeçatoutlemondeseraitcontent. Riennerassureleshonnêtesgenscommela vuedes monstres.Onallaitoublierd'êtrefier,iln'yavaitpas dequoietvoilàquelespectacled'unemalformation vousinviteauméprisAhtiens,sedit-on,ilya plusignoblequemoietl'onsesentrétablidansun semblantdedignité. Certes,j'avaiséprouvéunesortedegêne,quandparut l'androgyne,gênélui-même,commeunepoulequise glissedanslabasse-couravecunonglondemoinsou detrop,engranddangerd'êtreécharpée. Envérité,lesfautesdelanatureetlesfaiblessesde lachair,quellesqu'ellessoient,heurtentmoinsl'intelli-gencequecellesducœur,quifleurentuneespèceexé-crabledeméchanceté,voiredelâcheté.
Grimacerestàl'œilcequegrincerestàl'oreille.Notre bouchelesaitbien,touslessentimentssetraduisent pard'imperceptiblesfrémissements.
Chaqueêtrehumaindanssasolitudeetsonsecretme sembleunevivanteimagedeDieudanssonéternité. Tantdeproblèmesàrésoudre,dedifficultésàsurmonter, d'hostilitésàsubir,sansperdresasérénité.Rienn'ajoute àlagrandeurplusquelesilencedontelles'entoure.
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Dansedelachatte.J'airemarquéquel'hiver,quand Bellerevientdujardin,laplantedesespattesglacée, ellelesrelèveencadencel'uneaprèsl'autrelongtemps, avantdes'encerclerdesaqueueopulentesurlaquelle ellelespose,réchauffées,commesuruntapis.
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Ilsuffitdesereprésenternusceuxqu'onseraittenté decraindrepourlesprendreenpitié.
Cesoir,enentrantdanslebois,j'aiéprouvéuneémo-tionétrange,commeilarrive,quandonfaitunedécou-vertequimodifieouéclairenotreconceptiondelavie. Onn'aqu'accidentellementl'intuitiondecequelavie ad'instantané,larévélationdel'Instant.J'épuisais l'instant,jecomprenaisquelavien'estqu'unesuite ininterrompued'instantssuccessifsetenmêmetemps quejemesentaisprisdansl'instantquej'essayaisde retenir,jemesentaisliéàtoutcequideprèsoudeloin setrouvaitmêléconfusémentàcettesorted'avènement sacréqu'estlePrésent,sionsaitlediscerner,l'accueillir avecreligion.LePrésentestunprésentdeDieu,dont laprésencedeDieuaccroîtinfinimentleprix. L'espaceetletempséprouvéscommeunedouble illusion,jemetrouvaisensuspensdevantl'Éternel, commeenconfidenceavecl'essenceduMonde,sans discernertoutàfaitsijedevaiscetteimpressionàun peud'avanceouàunpeuderetardsurletraindeschoses. Ilenrésultaituneconscienceplusvoisinedel'immobilité, delapermanencedelaviequedesonécoulement,une absencetotaledecequiauraitjustifiédemapartun espoirouunregret.Jepossédaistoutàlafois,soudé quej'étaisparunesortedeparentéprofondeàtoutce quisemouvaitautourdemoi,commeuneinfinitéde figuresbizarrementrépartiesdanslatramed'unetapis-serieindivisible. Puismevintl'idéequ'onexisted'autantplusqu'on disposedeplusdepointsdansl'infini,qu'onexistedans lamesureledessinquinouscerneestplusnetetles couleursquinousdésignentplusvivesetrares,quecelui-cin'estqu'unfigurant,quandcelui-làestunpersonnage, lesanimauxetlesarbresfaisantpartiedenotrecortège, commeundécornousapparaissonspourdisparaître,